1938-07/11 Le procès du POUM

poum-proces1938

Cinq articles:

- dans Juin 36 (journal du P.S.O.P.),

- de Marceau Pivert dans SIA (journal de Solidarité internationale antifasciste) [+ pdf],

- une déclaration de personnalités espagnoles pour la révision du procès dans La Révolution prolétarienne,

-dans L’Internationale (journal de l’Union communiste),

- une déclaration du secrétariat de la 4° Internationale dans le Bulletin de l’Opposition

1

A BAS LA REPRESSION!

Il faut sauver nos camarades du P.O.U.M.

Article paru dans Juin 36, hebdo du PSOP, du 22 juillet 1938

A l’annonce de l’inique procès que les responsables (?) de la République espagnole veulent intenter aux dirigeants du P.O.U.M., l’émotion a gagné les rangs de la classe ouvrière. Dans la C.G.T., dans le Parti socialiste, des protestations s’élèvent.

Le Populaire écrit que "le seul document sur lequel est fondée l’accusation est un FAUX". Il rappelle que le propriétaire de ce document, le fasciste Golfin, après avoir nié qu’il eût jamais une quelconque relation avec le P.O.U.M., a été fusillé pour que son témoignage ne fût pas apporté devant le Tribunal.

Très justement le Populaire signale que les faits reprochés au P.O.U.M. sont antérieurs à la promulgation de la loi instituant le Tribunal d’Espionnage et par conséquent ne peuvent légalement être jugés devant un tel tribunal. Mais il est évident que la justice n’a rien à voir dans cette affaire. C’est un procès politique que les étranges "défenseurs" de la République espagnole veulent faire contre des militants intègres et qui ont donné des milliers de preuves de leur dévouement à la classe ouvrière et à la révolution. La preuve que le procès est monté de toute pièces par les staliniens qui veulent se débarasser d’adversaires de tendance nous est fournie par l’Huma du 17 juillet. Georges Dimitrov dans une lettre adressée au P.C. espagnol écrit:

"L’EXTERMINATION complète de la bande d’espions trotskistes du P.O.U.M. est une des conditions les plus importantes pour la victoire sur les bandes meurtrières fascistes (1)". L’ordre d’exécution vient donc de Moscou; il est signé de Staline. LE GOUVERNEMENT DE BARCELONE VOUDRA-T-IL SE DÉSHONORER EN OBÉISSANT SERVILEMENT AUX UKASES DE STALINE?

DONNERA-T-IL AU MONDE CETTE PREUVE – FATALE POUR LUI – QU’IL N’EST PAS UN GOUVERNEMENT LIBRE ?

Nous attendons la réponse!

Tout le monde sait la situation angoissante de la République espagnole isolée par la politique de MM. Chamberlain et Bonnet, à laquelle l’U.R.S.S. a donné son adhésion: les franquistes avancent sur Sagonte et la famine sévit durement dans le camp républicain. Pour masquer leurs responsabilités dans les défaites militaires et l’absence de ravitaillement, les journaux communistes espagnols sont remplis d’attaques et de provocations au meurtre contre les courageux militants du P.O.U.M. Ce sont eux qui, en prison depuis un an, sont évidemment responsables de la perte de l’Euzkadi, des Asturies, de l’Aragon, de la chute de Lerida et de Castellon. Comme "preuve de la trahison du P.O.U.M.", le Frente Roja (13 juillet), organe officiel du P.C., cite le voyage à Saint-Sébastien du "poumiste Doriot" (sic) et les discours fascistes du renégat de Saint-Denis.

A ce flot d’infâmies aussi absurdes que criminelles, les travailleurs doivent répliquer en exigeant la libération des militants du P.O.U.M.

Il y va du salut de la République espagnole et de l’honneur du prolétariat international.

(1) Le P.C. français plus prudent ne lance pas d’appel au meurtre; il se contente de "féliciter le peuple espagnol pour sa vigoureuse défense contre les trotskistes du P.O.U.M., agents directs de Franco et de Hitler" (Huma 18 juillet).

2

Va-t-on laisser ressusciter l’Inquisition ?

L’affaire du P.O.U.M.

Marceau Pivert

Article paru dans SIA (organe hebdomadaire de Solidarité Internationale Antifasciste [1]) du 10 novembre 1938 [pdf].


Qu’est-ce que le POUM ? Qui sont les accusés ?

Le P.O.U.M. est un parti marxiste espagnol créé par des militants communistes qui se sont séparés de la III° Internationale. Les accusés sont tous des révolutionnaires éprouvés, ayant rempli des fonctions dirigeantes dans le mouvement ouvrier et subi maintes fois la répression de la monarchie ou de la dictature Primo de Rivera. Tous étaient à leur poste de combat le 19 juillet 1936 lorsque les militaires factieux de la Péninsule se sont soulevés.

L’accusation

D’après l’acte d’accusation lui-même, la police de Madrid découvrit en juin 1937 chez un espion fasciste, l’architecte Javier-Fernandez Golfin, « un plan de Madrid millimétré qui devait être remis au camp factieux. Derrière ce plan on découvrit des inscriptions à l’encre sympathique en langage chiffré, interprété par l’État-major, parmi lesquelles la suivante : « Votre ordre sur l’infiltration de nos hommes dans les rangs extrémistes, anarchistes et du P.O.U.M. s’accomplit avec succès… exécutant vos ordres je fus moi-même à Barcelone pour rencontrer le membre dirigeant du P.O.U.M. « N ». « N » vous demande avec insistance, ainsi qu’aux amis étrangers, que ce soit moi qui sois désigné uniquement et exclusivement pour communiquer avec lui. »

L’acte d’accusation estime que « cet important document » a dû être écrit entre le 24 et le 28 avril 1937 et « PROUVE [»] [2] que le P.O.U.M. est « en intime contact avec les organisations fascistes de l’Espagne rebelle et également en relation directe avec les organisations internationales connues sous le dénominatif général de « trotskystes » et dont l’activité chez une déterminée puissance amie de la République espagnole met en relief qu’elles se trouvent au service du fascisme européen et asiatique. » (sic)

Enfin, le mystérieux « N » est plus ou moins ouvertement identifié à NIN, « inculpé arrêté à Barcelone le 16 juin 1937 lorsque fut découvert à Madrid le plan millimétré qui provoqua le procès actuel ». (sic)

En résumé, toutes les accusations articulées contre le P.O.U.M. proviennent de ce système d’explication : il y a des liaisons entre le P.O.U.M. et les fascistes ; la preuve : le document « N ».

En conséquence, les divergences politiques du P.O.U.M. avec les organisations staliniennes sur la conduite simultanée de la guerre et de la révolution sont le résultat de l’influence fasciste.

« Le P.O.U.M. attaque le parlement et préconise la dictature du prolétariat exercée par les ouvriers et les paysans, fascisme ![»] [2]

Il injurie et diffame la Russie soviétique : fascisme !

Il critique l’armée populaire : fascisme [!] [3]

Il publie de fausses nouvelles : fascisme !

Bref, il se comporte en toutes circonstances « comme les fascistes ».

Il distribue des « papillons fascistes ».

Il travaille avec les espions fascistes.

Il héberge des agents de la Gestapo.

Il abandonne le front et fraternise avec les fascistes…

Enfin, il provoque le [«]soulèvement insurrectionnel de mai 37 à Barcelone pour favoriser le fascisme[»].

Tels sont les points principaux de l’acte d’accusation et le système de déduction qui les a reliés entre eux ainsi qu’au document « N » qui constitue la clef de voûte de l’édifice.

Le procès

Une étrange discrétion de la presse espagnole censurée et muette jusqu’au 25 octobre, un peu plus ouverte, mais bien modestement depuis cette date, nous prive des informations complète qu’aurait pu obtenir une publicité complète des débats.

Mais nous en savons assez aujourd’hui, (grâce surtout à « Solidaredad Obrera [4] » pour nous faire une opinion : La machination policière a raté son coup : L’affaire était assez habilement montée : On met tout sur le dos de NIN… après l’avoir assassiné… puis on raconte qu’il est enfin chez les fascistes ! Il n’est plus là pour se défendre et les documents, du moins en apparence, sont accablants !

Malheureusement, « a beau mentir qui vient de loin » le document « N » se révèle comme un faux grossier, la clef de voûte de l’édifice s’effondre : les experts en écriture ne peuvent pas affirmer que le texte incriminé est écrit par NIN. Les documents produits sont déclarés « n’avoir aucune valeur militaire » par l’État-major lui-même. Mieux, l’avocat démontre que le fameux plan millimétré a été pris chez Jolfin le 23 mars et qu’à ce moment-là il n’y avait rien d’écrit au dos.

Restent les conditions dans lesquelles NIN a disparu. Ici, l’accusation raconte que « une fois arrêté, Andres NIN fut transféré le 16 juillet 37 à une prison de Madrid et de là à un hôtel aménagé en prison situé dans la rue Alcala de Henarès d’où le 22 juillet 37, à 21 h30, il parvint à s’évader (!) grâce à l’appui d’un groupe d’individus en uniforme qui réduisirent à l’impuissance la garde de l’hôtel ( !) et avec lesquels Andres NIN s’en alla… (!)

Mais le ministre de la Justice de cette époque Manuel Irujo (dirigeant du parti nationaliste basque-catholique de droite) « affirme que le juge spécial qui tentait d’éclaircir l’affaire NIN fut sur le point d’être arrêté et que la police arriva à des méthodes complètement abusives.[»]

« La police, ajoute-t-il) a pratiqué des arrestations sans que le ministre de l’Intérieur en fût averti ! Elle transportait les détenus d’un endroit à un autre, dans des lieux inconnus d’où il arrivait que les gens disparaissent comme dans le cas de NIN, sans que l’on puisse prouver ces faits… »

Conclusion : il est invraisemblable que les policiers staliniens qui ont disposé de NIN sans aviser le ministre de l’Intérieur, l’aient laissé s’évader ! L’ancien secrétaire de l’Internationale syndicale rouge était trop précieux pour eux ; en se débarrassant de lui et en montant l’affaire du document « N » ils espéraient faire coup double.

Maintenant les accusateurs de NIN sont et resteront, pour nous, des accusés et leur procès devra se faire tôt ou tard devant le prolétariat international.

Examinons néanmoins les griefs portés contre la 29° division [5]. L’acte d’accusation et les témoins à charge (staliniens) affirment que cette division composée de militants du P.O.U.M. et commandée par Rovira [6] (avec pour commissaire politique Arquer) avait abandonné le front d’Aragon au moment des journées de mai.

Voici sur ce point le témoignage de José Guarner Vivancos, chef d’Etat-major du gouvernement de Catalogne, chef de la 28° division (C.N.T.) : « Je connais parfaitement la 29° division qui ne donna jamais lieu à aucun trouble de caractère militaire. Je n’ai jamais entendu parler d’un pacte de non-agression entre elle et les factieux. Mais tout le contraire. »

D’après Solidaridad Obrera Vicancos « exposa devant le tribunal les brillantes actions de cette division. Il avait bonne impression du P.O.U.M. Il déclare ne pas savoir au juste si la 29° division abandonna le front au moment des événements de mai, mais il aurait entendu dire qu’elle en était partie et qu’elle y était retournée ensuite. Et que plusieurs divisions avaient également abandonné le front pour avoir entendu dire qu’on assassinait leurs frères À Barcelone.

« Il affirme catégoriquement que jamais le gouvernement central n’a envoyé un seul homme pour prendre les positions abandonnées sur ce front. »

Là encore, les accusations se révèlent sans base sérieuse. Un immense danger a frôlé incontestablement la République espagnole en ces jours tragiques : mais comment imaginer s’il y avait eu des liaisons directes entre le P.O.U.M. et Franco, que celui-ci ne l’aurait pas mis à profit. Comment imaginer, si le front avait été abandonné – puisque aucune troupe n’a été envoyée en ligne – que les fascistes n’en auraient pas profité pour attaquer ?

Le trouble qui s’est emparé des combattants à la nouvelle de ce qui se passait à Barcelone au début de mai est trop explicable, hélas ! il a atteint de larges secteurs antifascistes (et pas seulement le P.O.U.M. !)

Que s’est-il donc passé au début de mai 37 ?

Là est le nœud du problème que les historiens résoudront sans peine.

Ecoutons quelques témoins :

Martin Rouret (sous-secrétaire à la généralité, dirigeant de la Esquerra republicana de Catalunya [7]).

« A [son] avis, les forces publiques, par leur action dans l’affaire de la téléphonique, provoquèrent les événements de mai. »

Andreu Abello, président du Tribunal de Cassation, déclare qu’il « ne peut préciser qui participa à la lutte des journées de mai. Mais [il] croit que le P.O.U.M. eut la plus petite part parce que les forces de la C.N.T.-F.A.I. sont supérieures à celles du P.O.U.M. et ces dernières n’auraient rien pu faire sa ns l’appui de la C.N.T.-F.A.I. »

Federica Montseny (ex-ministre de la Santé du gouvernement Caballero) (C.N.T.-F.A.I.) fut « envoyée par le gouvernement central pour régler les troubles de mai et lorsqu’on pourra faire la lumière sur ces événements, dit-elle, l’on comprendra certaines choses qui, à l’heure actuelle, paraissent obscures, que ni le P.O.U.M., ni la C.N.T.-F.A.I. n’ont aucune responsabilité dans lesdits événements. [»] Elle ajoute que la préparation de ces événements a été faite dans l’ombre, [«] dans le but de renverser le gouvernement Caballero et chasser le prolétariat du pouvoir au préjudice des travailleurs. »

Elle demande d’ailleurs l’acquittement pur et simple des accusés qui sont, à ses yeux, de bons militants antifascistes.

Enfin, Francisco Largo Caballero (ex-président du Conseil, dirigeant de la gauche du Parti socialiste et de l’U.G.T.), déclare que les événements de mai furent provoqués par la lutte qui existait entre les partis politiques. Il affirme qu’il a été l’objet de très fortes pressions pour dissoudre le P.O.U.M. par décret gouvernemental, ce qu’il a refusé catégoriquement.

En résumé, s’il faut condamner le P.O.U.M. pour les événements de mai, aux côtés des accusés doivent comparaître également les organisations suivantes : la C.N.T., la F.A.I., la gauche du Parti socialiste. Cependant, c’est exclusivement en raison de leur rôle dans les journées de mai que les dirigeants viennent d’être condamnés !!

La sentence

« Des membres du P.O.U.M. se sont joints au mouvement subversif provoqué par des éléments rebelles à Barcelone en mai 1937, dans le but d’imposer leurs conceptions sociales… délit de rébellion, art. 238 n°4 du Code pénal, de droit commun « pour avoir tenté de soustraire la nation à l’autorité du Gouvernement…

« En conséquence : quinze ans d’internement à :

Julian Gorkin

Juan Andrade

Enrique Adroher (Gironella)

Petro Bonet

Onze ans à José Arquer.

Acquittés : José Escuder et Daniel Rebull.

« Le tribunal ordonne en outre la dissolution du P.O.U.M. et de la J.C.I. »

(Soli. 29 oct.)

(Rovira, que les staliniens accusaient d’être passé chez Franco alors qu’il assurait la direction politique illégale du P.O.U.M., s’est spontanément présenté à la police le 30 octobre.)

Nos conclusions

1° D’abord l’accusation d’espionnage n’a pas été retenue : La flétrissure se porte donc sur ceux qui ont essayé de salir ignoblement leurs adversaires politiques, et qui ont été jusqu’à l’assassinat sans réussir, d’ailleurs, à abattre de fiers combattants révolutionnaires ;

2° Ensuite, la machination policière contre le P.O.U.M. et contre la révolution espagnole est maintenant très évidente : le procès a mis en lumière les monstrueux procédés employés pour essayer de déshonorer les militants du P.O.U.M. : documents fabriqués, perquisitions préparées, utilisation d’indicateurs tarés (comme l’espion Roca), etc… Aucun agent de la Gestapo parmi les militants fréquentant le P.O.U.M. n’a jamais pu être découvert.

Il faut donc faire un contre-procès pour reconstituer les circonstances et les responsabilités de la disparition de Nin (comme d’ailleurs de Kurt Landau). Il faudra bien clouer au pilori les inspirateurs et les auteurs de ces attentats fascistes.

Il faudra réhabiliter les militants du P.O.U.M. injustement condamnés par des événements provoqués par d’autres. Il faut, immédiatement, développer la campagne en faveur de l’amnistie qui les arrachera au risque d’assassinat toujours possible ;

3° Il faut enfin que le prolétariat international, dans toutes ses organisations politiques et syndicales sérieuses, s’empare du problème posé par les événements de mai : La C.N.T. n’a pas hésité à l’écrire dans sa brochure : « Les journées de mai ont été assassinées par le P.S.U.C. et le Parti Communiste. La provocation partit de la force publique : des ouvriers de la C.N.T. et d’autres organisations […] [8] . »

Nous considérons quant à nous que les journées de mai prendront un relief saisissant avec le recul de l’histoire : Des ouvriers syndicalistes conquièrent, les armes à la main, en juillet 1936, LEUR centrale téléphonique à Barcelone. Et pour des raisons diplomatiques transparentes, la police, aux ordres de Rodriguez Salos et du Parti Communiste, les déloge à coups de fusil de leur position stratégique ! Aucune falsification, aucun truquage n’effacera cela ;

4° Nous nous abstiendrons de tirer des conclusions politiques, elles appartiennent au domaine de la conscience des militants. Nous faisons confiance aux travailleurs espagnols pour qu’ils lèvent l’équivoque redoutable dans laquelle la condamnation et la dissolution du P.O.U.M. place leurs mandataires. En juin 36, le Front populaire espagnol n’osait pas dissoudre la « falanga espanola de la J.O.N.S. » ! Est-ce que ce simple rapprochement n’est pas un signe inquiétant.

5° Enfin, notre S.I.A. a joué courageusement son rôle, en dépit de toutes les pressions exercées sur elle pour étouffer sa voix. Des militants et des organisations osent considérer que la défense des accusés du P.O.U.M. contribue à « discréditer la cause de la République espagnole » Quelle erreur ! C’est au contraire grandir la République espagnole que faire la preuve de son amour de la justice. Un crime odieux a été évité, mais une faute vient d’être commise : il faut la réparer : il faut amnistier les militants antifascistes irréprochables qu’on voulait faire disparaître. S.I.A. a eu raison de répondre : « Nous ne sommes sous le contrôle d’aucun parti ni d’aucun drapeau d’aucune sorte. S.I.A. vient en aide à tous les secteurs antifascistes chaque fois qu’elle croit nécessaire et juste d’intervenir en leur faveur [»].

Voilà la bonne route. Nous aurons besoin de plus en plus de ce langage fraternel, désintéressé et indépendant comme doit l’être le mouvement même du prolétariat. Aussi, nous développerons S.I.A. malgré les insensés qui CONTINUENT à salir le P.O.U.M. et ses défenseurs « comme des traîtres et des agents de la 5° colonne à la solde du fascisme international » (Huma, 6 nov. 38), et nous rassemblerons dans ses rangs, au service de notre cause commune, tous les travailleurs « demeurés fidèles à ces valeurs révolutionnaires par excellence : la liberté – la vérité – la justice.


Notes

[1] Regroupant jusqu’à 15 000 adhérents, SIA organisait des meetings et des livraisons alimentaires à la Catalogne. L’hebdomadaire comprenait des pages en espagnol et en italien.

[2] La distribution des guillemets semble à plusieurs reprises assez accidentée dans l’article. Nous rajoutons entre crochets les guillemets manifestement supposés disparus .

[3] L’article met ici un tiret, il doit vraisemblablement s’agir d’une faute de frappe pour un point d’exclamation.

[4] Il s’agit, mal orthographié, de Solidaridad Obrera [Solidarité ouvrière], quotidien de la CNT à Barcelone

[5] La 29 ° division, formée par la Colonne Lénine du P.O.U.M., et ayant fait preuve d’héroïsme sur le front d’Aragon, a été dissoute en juin 1937

[6] Josep Rovira (1902-1968) et Jordi Arquer (1907-1981) participaient par ailleurs à la direction (Comité exécutif) du P.O.U.M.

[7] Mauvaise orthographe corrigée. Il s’agit de la Gauche républicaine catalane, parti petit-bourgeois participant au Front populaire.

[8] L’article est ici tronqué : une ligne est répétée et la dernière phrase est coupée.

***

3

Pour la révision du procès du P.O.U.M.

Déclaration pour la révision du procès du P.O.U.M.

Novembre 1938

Publié dans la Révolution prolétarienne n°286 (janvier 1939)


Le procès contre le comité exécutif du POUM a eu, en Espagne et à l’étranger, une résonance extraordinaire. Le gouvernement de la République en connaît sans aucun doute tous les détails, c’est pour­quoi nous ne croyons pas nécessaire d’en retracer ici l’histoire. Il nous suffira de rappeler que, accusés d’avoir commis les délits les plus monstrueux d’espionnage et haute trahison, Juan Andrade Rodriguez, Julián Gómez Gorkin, Pedro Bonet Cuito, Enrique Adroher Pascual et Jordi Arquer Saltó furent traduits devant le tribunal d’exception chargé d’instruire ces sortes de délits. Les quatre premiers accusés ont été condamnés à quinze ans de travaux forcés, le dernier à onze ans de la même peine.Dans la sentence, la qualité d’antifascistes éprouvés des condam­nés est reconnue, de même que leur constante participation à la dure bataille que le peuple espagnol mène contre le fascisme. Il est éga­lement reconnu que ce n’est pas eux qui organisèrent ou provoquè­rent les événements de mai 1937. L’accusation consiste seulement dans le fait qu’ils voulurent profiter de ces événements pour implan­ter en Catalogne un régime en accord avec les idées socialistes qui figurent dans le programme de leur parti. Cette responsabilité subsi­diaire, si elle existe, rend cette sentence d’autant plus injuste, puis­qu’il n’y a pas eu d’autres procès ni d’autres accusés pour lesdits événements.Les soussignés ne peuvent approuver en toute conscience cette sentence, même si elle est sans appel, car elle contient, entre autres, une grave faute de droit, ainsi le fait que le tribunal central d’espionna­ge s’attribue toute compétence pour un cas de rébellion (c’est ainsi que le délit est qualifié dans la sentence), court-circuitant les disposi­tions légales en vigueur, qui réservent le jugement de ce type de délits aux tribunaux populaires de justice (DD du 7 mai 1937 et 24 mars 1938).Mais de plus, outre la raison citée ci-dessus, d’ordre juridique, nous avons d’autres raisons d’ordre politique. Les condamnés, tous vieux militants du mouvement ouvrier, ont pris une part active aux luttes de 1930 et d’avril 1931, qui amenèrent la République, et aux luttes d’octobre 1934, février 1936 et juillet de la même année, qui ont empêché la réaction fasciste de s’installer au pouvoir. Aux yeux des masses populaires, ces hommes apparaissent comme condam­nés pour leurs idées révolutionnaires de toujours, comme des victi­mes d’une persécution politique.À l’étranger – et le gouvernement de la République le sait mieux que nous-mêmes – l’émotion a été énorme autour de cette affaire et elle le sera davantage lorsque la sentence sera connue. II est question de faire un contre procès à Paris, avec le concours d’avocats français, anglais et américains connus. La cause de l’Espagne antifasciste peut-­elle bénéficier de cela, surtout en de pareils moments ? Évidemment, non.Un sentiment de solidarité antifasciste envers les condamnés et la conviction qu’ainsi nous servons l’intérêt général de la cause pour laquelle le prolétariat espagnol lutte si vaillamment nous conduisentà demander au gouvernement qu’il permette la révision par les voies légales de ce procès et la réparation des erreurs que, à notre point de vue, contient la sentence édictée.Et par-dessus tout, nous désirons que ces vieux militants antifas­cistes, qui, en Espagne et à l’étranger, jouissent d’une certaine sym­pathie, ne voient pas leur énergie se consumer stérilement dans les prisons, alors que l’effort de tous est nécessaire pour vaincre l’ennemi et sauvegarder les droits de l’héroïque peuple espagnol.En conséquence, nous sollicitons du Conseil des ministres la révi­sion du procès et que s’ouvre une nouvelle instruction du procès des condamnés à cette sentence ou, à défaut, en attendant le moment de cette révision, une amnistie immédiate.

  • Federica Montseny, dirigeante de la CNT-FAI, ex-ministre de la Santé publique;
  • Francisco Largo Caballero, ex-président du Conseil des ministres et dirigeant du Parti socialiste ;
  • Luis Araquistain, ex-ambassadeur d’Espagne à Paris, dirigeant du Parti socialiste;
  • Rodolfo Llopis, ex-directeur général de l’Enseignement;
  • Nicolau D’Olwer, intellectuel catalan, ex-ministre et actuellement gouverneur de la Banque d’Espagne et président d’Accio Catalana Republicana ;
  • Juan Peiró, ex-ministre de l’Industrie, dirigeant de la CNT;
  • José Tarradellas, chef du gouvernement de la Généralité, dirigeant de la Esquerra Republicana de Catalunya (ERC);
  • Jaime Miravitlles, commissaire à la propagande de la Généralité de Catalogne, membre de l’ERC.
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Le local du POUM à Barcelone (1936)

4

Le procès du P.O.U.M.

L’Internationale n°39 (26 octobre 1938)

Le procès des dirigeants du POUM est terminé, mais nous ne connaissons pas encore les peines infligées aux accusés. Après le réquisitoire du procureur, il faut s’attendre à des dizaines d’années de prison.

Remis plusieurs fois, ce procès s’est tenu à la veille du règlement de la question espagnole qu’annoncent et préparent les impérialismes. Le gouvernement du socialiste Negrin vient de donner à ses amis de Paris et Moscou un gage de son autorité. Ce procès aura en effet montré qu’il n’existe plus en Espagne "républicaine" aucune force ouvrière capable de s’opposer à la contre-révolution triomphante.

Il faut bien souligner l’absence totale de réaction contre ce scandaleux procès, même de la part des anarchistes et syndicalistes de la C.N.T. et de la F.A.I., complètement domestiqués maintenant. Certes, Federica Montseny et Largo Caballero ont fait quelques déclarations en faveur des accusés. Mais nous ne pouvons pas oublier que ces deux leaders étaient précisément ministres lors de la répression qui suivit les journées de mai 1937. Leurs protestations viennent donc un peu tard, lorsqu’eux-mêmes se sentent menacés, après avoir été éliminés du gouvernement.

Que les staliniens, qui ont monté le procès et mené la répugnante campagne que l’on sait, soient les principaux responsables de la répression qui frappe les militants du POUM, c’est un fait qui ne doit pas nous faire passer sous silence le rôle des chefs socialistes, réformistes, anarchistes et syndicalistes. Qu’ont fait la C.N.T., la F.A.I. et le parti socialiste, contre le procès? Rien. Ce sont donc les complices plus ou moins honteux ou avoués des bourreaux stalino-bourgeois du gouvernement Negrin.

A l’étranger, le procès du POUM a soulevé de nombreuses protestations. Les organisations adhérentes au Bureau de Londres ont soutenu les dirigeants du POUM en organisant des meetings, en envoyant des télégrammes, en faisant démarches sur démarches auprès de leurs gouvernements respectifs. Mais nous savons ce que valent de telles manifestations. Par exemple, faire appel, en France, à un Belin et à d’autres personnalités du mouvement ouvrier ou libéral, c’est ne rien faire de sérieux pour le POUM, mais cela permet à ces Messieurs de redorer leur blason auprès de quelques milliers de militants. Si Belin était annoncé au meeting de la Mutualité du 22 octobre, "Le Peuple", lui, n’a rien publié contre la sinistre comédie de Barcelone. Comme toute la presse "ouvrière", "Le peuple" s’est tu, et c’est normal. Ceux qui trahissent en France les intérêts ouvriers ne peuvent avoir d’autre attitude au sujet du sort de révolutionnaires étrangers. Et ce n’est pas le télégramme hypocrite de l’I.O.S. qui peut modifier notre appréciation.

Ce procès du POUM a une signification que nous tenons à rappeler à nos camarades qui luttent contre les traîtres du mouvement ouvrier. Des militants révolutionnaires espagnols ont été accusés d’espionnage et de trahison de la "patrie". Les révolutionnaires en France seront aussi accusés d’être les agents d’Hitler et des membres de la 5° colonne. Les staliniens ont d’ailleurs déjà commencé à proférer des menaces contre les militants syndicaux Lutte de classe. Apprêtons-nous donc à réagir de toutes nos forces.

Quant à la solidarité envers les militants du POUM condamnés, continuons à l’organiser, mais en restant sur le terrain de la lutte des classes, et non en faisant appel aux âmes charitables. Les révolutionnaires doivent se défendre par leurs propres moyens, en s’adressant à leurs camarades de classe et non aux leaders à double face.

***

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5

Déclaration sur le procès du P.O.U.M.

Publié dans le B. O., n° 71, novembre 1938, p. 16. Cité par P. Broué en annexe de Trotsky : La Révolution espagnole (1975)

Les journaux viennent d’annoncer l’ouverture à Barcelone du procès du P.O.U.M., accusé de complicité avec le fascisme et de complot contre les institutions républicaines. La IV° Internationale, à laquelle le P.O.U.M. n’est pas affilié, a toujours élevé la protestation la plus énergique contre la répétition de procès de Moscou sur le sol de l’Espagne républicaine. Elle souligne que c’est après plus d’un an d’atermoiements, au cours duquel il a été amplement démontré que seuls des faux et des provocations caractérisées, œuvres de MM. Iagoda et Ejov, ont été la base de l’accusation mensongère de complicité du P.O.U.M. avec le fascisme, que le gouvernement Negrin se décide à faire un procès.

Le gouvernement Negrin a accepté de se placer sur le terrain du compromis avec le fascisme (médiation) voulu par M. Chamberlain. Il a rejeté les courageuses phalanges internationales qui se sont, les premières, dressées contre Franco et ses séides, et dont le P.O.U.M. avait, le premier, en 1936, rassemblé les éléments. C’est au moment où ce compromis des " démocraties » s’apprête à livrer l’Espagne à la réaction et à la dictature que le gouvernement met en scène un procès, fondé sur des faux patents, contre un parti ouvrier socialiste. C’est un alibi monstrueux, comme l’ont été les procès de Moscou qui ont soulevé l’indignation de la conscience avancée du monde.

Aucune garantie sérieuse n’a été offerte aux accusés, calomniés quotidiennement au cours de la préparation du procès. Seule la protestation ouvrière internationale a imposé des débats publics. Mais le gouvernement a refusé jusqu’au bout l’accès à la défense d’avocats étrangers et d’une commission internationale ouvrière indépendante.

Le procès de Barcelone ne peut être qu’une vengeance politique. Mais les calomnies et les provocations misérables des agents staliniens y seront démasquées avec l’aide de la classe ouvrière internationale. Déjà le G.P.U. a assassiné Andrés Nin, l’un des leaders du P.O.U.M. En même temps a été « instruite », également sur la base de divers faux, une action contre le groupe bolchevique léniniste espagnol (Munis, Carlini, Rodriguez et autres).

Au moment où N. Ejov s’effondre sous le poids de la répression intérieure qu’il a dirigée, le procès du P.O.U.M. doit marquer un arrêt décisif du gangstérisme dans le mouvement ouvrier.

Toutes les consciences ouvrières honnêtes seront aux côtés des accusés de Barcelone, coupables seulement d’avoir maintenue vivante la foi socialiste au cœur du prolétariat catalan.

Secrétariat de la IV° Internationale, 11 octobre 1938.

(Photo du "procès", J. Gorkin au centre)

Photo du "procès", J. Gorkin à doite

Voir aussi:

poum-blanquerna

3 Réponses to “1938-07/11 Le procès du POUM”

  1. vidal Says:

    en espana tendria que haber un gran debate nacional sobre la memoria no por venganza de lo que paso sino porque necesitamos liberarnos del fascismo

  2. Justice triumphs in Spain! (1938) « La Bataille socialiste Says:

    [...] de la justice du gouvernement républicain espagnol, datée du 15 décembre 1938, à propos du procès contre le P.O.U.M. [Document mis en ligne sur archive.org il y a quelques [...]

  3. Juan Negrín, contre-révolutionnaire « La Bataille socialiste Says:

    [...] Le procès du POUM (1938) [...]

Les commentaires sont fermés.


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