2007-01 Le chavisme [Buick]

Traduction d’une note de lecture parue dans le Socialist standard de janvier 2007.

Democracy and Revolution: Latin America and Socialism Today. By D. L. Raby (Pluto Press)

L’Amérique latine a sa propre tradition du marxisme, ou plutôt de "marxisme-léninisme", quoique relativement peu connu en Europe. Issue de l’idéologie démocratique-bourgeoise qui encourageait la «libération» de l’Amérique latine du joug espagnol dans la première partie du XIX° siècle, elle était plus nationaliste et anti-impérialiste que pro-ouvrière même si elle visait à améliorer le sort de «peuple».

Cuba l’illustre bien (et ce livre le montre,  par inadvertance). Les révolutionnaires cubains qui ont renversé la dictature de Batista en janvier 1959 l’ont fait au nom de la tradition révolutionnaire cubaine anti-espagnole, au cri de « Patria o Muerte » (la Patrie ou la Mort).  C’est seulement par la suite que la révolution s’est été déclarée "socialiste".

Au Venezuela aussi, Chavez,  élu président en 1998, ne s’est déclaré« socialiste » que quelques années plus tard (en décembre 2004). Mais, contrairement à Castro, Chavez n’a pas la prétention d’être un marxiste ou un léniniste, mais, annonçant un nouveau type de socialisme: «un socialiste du 21e siècle ». Pour les gauchistes déçus de leurs espoirs placés dans la Yougoslavie, puis en Algérie, puis au Vietnam, puis au Nicaragua, le Venezuela est devenu la nouvelle Mecque. Le livre de Raby est, de fait, une tentative pour défendre le «chavisme» comme  stratégie socialiste.

Il explique que la stratégie du  vieux marxisme-léninisme »«, avec le rôle indispensable de direction qu’il attribue à une avant-garde omnisciente et centralisée, à la façon non seulement par des  vieux partis communiste  liés à Moscou parties anciennes, mais aussi des trotskystes et maoïstes, ne marche pas et ne marchera jamais. Prenant pour exemples Cuba et le Venezuela, il dit que, si l’avant-garde est encore nécessaire, l’essentiel doit venir de masses populaires ayant un lien particulier avec un leader charismatique comme Castro et Chavez.  Selon lui, cette relation n’est pas celle d’un simple chef à ses subordonnés, mais celle où le chef interprète en quelque sorte, et exprime les vœux imparfaits de la population (ce qui semble assez mystique).

Alors que la plupart des gens n’y verraient pas une comparaison flatteuse, Raby compare Castro et Chavez à d’autres dirigeants latino-américains charismatiques comme Peron en Argentine. Cela pourrait avoir une part de vrai dans la mesure où Peron, lui aussi, s’adressait aux travailleurs et en recevait un soutien considérable.

Raby examine aussi trois révolutions infructueuses: le Chili, le Portugal et le Nicaragua. Le cas du Chili est tout présente un intérêt tout particulier pour nous, puisque depuis ce qui y est arrivé à Allende en septembre 1973, quand il a été renversé et mourut dans un coup d’État mené par le général Pinochet, le Chili est toujours utilisé comme un argument contre la possibilité d’instaurer pacifiquement et démocratiquement le socialisme. Raby confirme l’analyse nous avions adopté à l’époque: outre le fait qu’il visait le capitalisme d’État plutôt que le socialisme, un facteur clé c’est qu’ Allende était devenu président en 1970 avec seulement 36 % des voix et qu’il n’a jamais connu le soutien d’une majorité populaire:

«Avec un président élu par seulement 36 pour cent de l’électorat et une coalition qui n’atteignit que brièvement un peu plus de 50 pour cent (en avril 1971), il n’avait pas de réel mandat pour un changement révolutionnaire».

Ce n’est donc pas un exemple de coup d’État  face d’une majorité déterminée, celle qu’il y aura pour que le socialisme puisse être instauré.

Le Venezuela, pays producteur de pétrole de premier plan, bénéficie d’un revenu considérable à titre de rente, que le gouvernement Chavez a redistribué d’une consommation de luxe des riches vers l’amélioration de l’éducation et des prestations de santé pour la masse du peuple. Nous ne voulons pas minimiser cela, mais ce n’est pas le socialisme. Raby en convient, mais dit qu’ une «défaite du capitalisme à l’échelle mondiale »  étant «un idéal irréalisable à l’avenir», c’est la meilleure chose que les socialistes puissent actuellement espérer. Les socialistes doivent donc, dit-il, réduire leurs ambitions et ne pas aller au socialisme, mais se contenter de ce que Antonio Carmona Baez, qu’il cite, appelle  «une économie d’État dirigée par les socialistes».  Nous ne sommes pas d’accord. Assurément, l’une des leçons du 20° siècle aura été que le capitalisme d’État national n’était pas une étape vers le socialisme et qu’il était insoutenable à long terme.

ALB

Une Réponse to “2007-01 Le chavisme [Buick]”

  1. Neues aus den Archiven der radikalen (und nicht so radikalen) Linken « Entdinglichung Says:

    [...] and Prospects for Worker-socialism (Radio KPFK’s Interview with Mansoor Hekmat) (1991) * Buick: Le chavisme (2007) * Helmut Wagner (Rudolph Sprenger): El anarquismo y la Revolución española (1937) * Karl [...]

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