Distribué à la Fête de Lutte ouvrière, revenant sur:
- des divergences théoriques (notamment sur la nature toujours d’état ouvrier dégénéré de la Russie post-soviétique selon la direction de LO)
- et stratégiques (la construction d’un parti unitaire de l’extrême-gauche et non autour d’un seul d’entre eux, comme avait voulu LO en 1995 et le veux la LCR aujourd’hui avec le NPA)
- et la suspension de la Fraction qui s’imaginait s’épanouir au pays de la démocratie interne.
A lire ici.
Cela surprend toujours d’entendre parler de la Russie d’Eltsine (et de Poutine?) comme d’un “Etat ouvrier dégénéré“, expression classique du trotskysme pour désigner les régimes staliniens. On notera que le fil de discussion en cours sur la nature de l’URSS du Forum des Amis de LO rebâche en tournant en rond les positions orthodoxes contre cliffistes (cf. les positions de T. Cliff), chacun essayant tant bien que mal de se raccrocher à la pensée du maître (exercice de fidélité obligé). Depuis que les partisans de l’analyse de l’URSS comme capitalisme d’État ont quitté la IV° Internationale (entre 1948 et 1950), la théorie de l’État ouvrier dégénéré, a toujours été appliquée par les trotskystes à la Russie (mais pas toujours aux autres régimes semblables: Europe de l’Est, Chine…), sans jamais définir très clairement où commence et où s’arrête un “état ouvrier”, en privilégiant toujours l’analyse formelle, juridique de la propriété par rapport à la réalité de la lutte de classes en régime bureaucratique.
Les limites de ces analyses sont peut-être liées aux difficultés de démocratie interne éprouvées de tout temps et en tous lieux par les organisations trotskystes. On citera ainsi un extrait de la réponse de Spartacus aux trotskystes en 1935:
“Nos désaccords sur les méthodes d’organisation et nos désaccords sur les questions de politique générale sont intimement liés. [...] Nous répudions la conception militariste et dictatoriale de l’organisation centralisée par en haut et nous luttons pour des formes d’organisation qui permettent le plein épanouissement de la spontanéité révolutionnaire de la classe ouvrière. [...] Nous identifions, avec Marx, la dictature du prolétariat à la démocratie directe [...] Nous estimons néfaste à la classe ouvrière l’idéologie du chef infaillible [...]“
(“Les Bolcheviks-léninistes et nous”, Spartacus avril-mai 1935. Cité par J. Chuzeville dans le livret accompagnant son DVD sur René Lefeuvre)
Voir aussi:
- La révolution russe de 1917 (SPGB, 1938)
- Sur la question de l’URSS et du stalinisme mondial (C. Castoriadis, 1947)
- Critique de la théorie de l’Etat ouvrier dégénéré (Programme communiste N°57, 1972)
- Motion de la Fraction à propos de la Russie au congrès de LO (2003)
- Les fondements politiques de notre politique (LO, 2003) avec cette phrase claire: “Nous avons toujours défendu l’analyse trotskyste contre des courants, et ils ont été nombreux, qui, avant même la mort de Trotsky et plus encore après, en abandonnant pour l’URSS la notion d’État ouvrier dégénéré ont en fait abandonné la notion d’État ouvrier tout court.”
- Le léninisme dans la révolution russe (DC & BS, 03-2008)
- Notre dossier URSS


10 juin 2008 à 16:46 |
Les difficultés de démocratie interne sont-elles une spécialité trotskyste?
Pour le cas cité, je crois savoir que la fraction minoritaire de LO, à joui d’une large possibilité d’expression publique d’une, et d’expression dans la presse de LO d’autre part.
A la dernière fête plusieurs stands, et ils pouvaient largement s’exprimer, diffuser leur presse et animer des forums.
Ca me semble pas trop mal comme démocratie.
Comment ça ce passe ailleurs?
10 juin 2008 à 17:02 |
Les difficultés de démocratie interne sont-elles une spécialité trotskyste?
Non. Mais la théorie de l’état ouvrier dégénéré si.
22 septembre 2008 à 18:50 |
Scission:
Communiqué de LO:
Conférence nationale de Lutte Ouvrière du 21/09/2008
Réunis en conférence nationale, le 21 septembre 2008, pour examiner les relations entre la majorité de Lutte Ouvrière et la fraction L’Étincelle, les militants ont voté à une majorité de 97,3 % la motion suivante :
“Le constat qui s’impose est que la Fraction L’Étincelle s’est, depuis sa création, de plus en plus éloignée de la majorité de Lutte Ouvrière, au point de constituer aujourd’hui une organisation complètement indépendante et autonome n’ayant plus aucun lien politique avec Lutte Ouvrière.
Pendant toutes ces années, elle n’a pour ainsi dire jamais accepté de soumettre ses projets, non seulement à une discussion véritable, mais à un vote pouvant décider d’une attitude commune. Elle a toujours confondu « informer » les instances de Lutte Ouvrière avec débattre et décider en commun.
En dernier lieu, avant les élections municipales, elle a décidé unilatéralement de soutenir et de participer à des listes de la LCR et surtout de soutenir, à Wattrelos, des dissidents n’ayant plus rien à voir avec Lutte Ouvrière. C’est son refus affirmé de respecter la décision prise par la majorité qui a amené celle-ci à la suspendre jusqu’à ce qu’une décision statutaire puisse être prise à leur propos.
A cela s’est ajoutée leur participation à la construction d’un NPA, ce qui les place non seulement en dehors mais très loin de Lutte Ouvrière.
L’existence d’une fraction faisant partie de Lutte Ouvrière est donc une fiction depuis déjà longtemps, et il est temps d’entériner cet état de choses.”
Ce vote décide en conséquence la fin de toute relation entre Lutte Ouvrière et le groupe nommé jusqu’à présent Fraction Lutte Ouvrière – L’Étincelle.
Communiqué de la fraction:
Après avoir suspendu la Fraction l’Etincelle de Lutte Ouvrière, le parti d’Arlette Laguiller l’a exclue ce dimanche 21 septembre lors d’une conférence nationale extraordinaire convoquée tout exprès deux mois avant le congrès annuel de décembre prochain qui devait débattre de cette suspension ainsi que des orientations politiques de l’organisation. De toute évidence la direction de LO ne pouvait supporter ni les critiques concernant sa politique de soutien à l’union de la gauche et au PS lors des dernières municipales ni surtout le débat sur le bilan de cette politique désastreuse : d’une part LO n’a absolument pas obtenu le nombre d’élus escomptés de la petite place qui lui avait été consentie sur les listes du PS, du PC ou des deux contre son soutien à des programmes et des politiques qui n’étaient pas les siens ; d’autre part cette politique opportuniste a terni auprès d’un certain nombre de ses partisans et de travailleurs l’image de rigueur et de fermeté qu’elle avait gagné à juste titre par sa politique antérieure.
Les raisons invoquées pour l’exclusion de la Fraction sont soit un prétexte grossier (reproche d’une alliance passée avec la LCR aux municipales à Agen alors que la majorité de LO s’est retrouvée dans d’autres villes sur des listes avec la même LCR, ou encore d’avoir refusé que à Wattrelos des conseillers municipaux sortants LO, proches de la Fraction, soient écartés pour ne pas accepter la nouvelle alliance électorale avec le PS), soit la démonstration du repli sur soi et de la frilosité politique actuelle de Lutte Ouvrière (accusation d’avoir entrepris d’explorer avec d’autres courants d’extrême gauche les possibilités de construire un Nouveau Parti Anticapitaliste proposé par Olivier Besancenot).
L’exclusion ne change évidemment ni l’activité, ni la politique ni les orientations fondamentales de la Fraction l’Etincelle de Lutte Ouvrière qui milite pour la construction d’un parti communiste prolétarien révolutionnaire, l’implantation du courant trotskiste dans la classe ouvrière et le développement d’un mouvement d’ensemble des salariés, nécessaire pour s’opposer aux attaques redoublées du patronat et du gouvernement contre le monde du travail et les classes populaires.
Le 22 septembre 2008
6 octobre 2010 à 19:42 |
[...] Monde en Question, 2002. • Nature de l’URSS (puis de la Russie) et démocratie interne, La Bataille socialiste. Marqué : Barta, David KORNER, LO, Lutte Ouvrière Publié dans : Editorial, Partis Extrême [...]