Le problème des nationalités dans le Caucase (Rosa Luxemburg, 1908)

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Extrait de la Section III de “La nation et l’autonomie”, publié en 1908 en polonais. Traduction de Claudie Weill dans Rosa Luxemburg La question nationale et l’autonomie, Le Temps de Cerises, 2001 (avec l’aimable autorisation de l’éditeur). Précédé d’une courte introduction des camarades de http://socialisme-mondial.blogspot.com.

Il y 100 ans Rosa Luxemburg a écrit un article sur le problème des nationalités dans le Caucase. Il est toujours pertinent aujourd’hui même si on peut partager le doute qu’elle exprime à la fin que la solution qu’elle préconise ne soit pas réalisable au sein du capitalisme. En tout cas, c’est évident que l’établissement de soi-disant “États-nation” dans le Caucase ne pouvait se faire sans des “épurations ethniques”. Ce que s’est passé tout comme aux Balkans (et, d’ailleurs, aussi dans l’Europe de l’Est après la première guerre mondiale). Le nationalisme et le concept de l’Etat-nation sont toxiques.

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On trouve dans le Caucase un autre exemple remarquable des difficultés auxquelles se heurte le problème de l’autonomie nationale dans la pratique.

Aucun coin de la terre n’offre un tableau de nationalités aussi imbriquées les unes dans les autres que le Caucase, antique piste historique des grandes migrations de peuples entre l’Asie et l’Europe, jonchée de fragments et d’éclats de ces peuples. La population de cette région, comptant plus de neuf millions de personnes se compose (selon le recensement de 1897) des groupes raciaux et nationaux suivants : (en milliers)

  • Russes : 2 192,3 ;
  • Allemands : 21,5 ;
  • Grecs : 57,3 ;
  • Arméniens : 975,0 ;
  • Ossètes : 157,1 ;
  • Kurdes : 100,0
  • Montagnards caucasiens : Tchétchènes : 243,4 ; Tcherkesses : 111,5 ; Abkhazes : 72,4 ; Lezguiens: 613,8
  • Kartveliens : Géorgiens, Iméritiens, Mingréliens, etc. : 1 201,2 ;
  • Juifs : 43,4
  • Turco-tatars : Tatars : 1 139,6 ; Koumyks : 100,8 ; Turcs : 70,2 ; Nogays : 55,4 ; Karatches : 22,0
  • Kalmouks : 11,8
  • Estoniens, Mordves : 1,4.

Les principales nationalités concernées sont reparties territorialement comme suit: les Russes qui constituent le groupe le plus nombreux du Caucase sont concentrés au nord, dans les districts du Kuban et de la Mer Noire et dans la partie nord-ouest du Terek. Les Kartveliens se situent plus au sud, dans la partie occidentale du Caucase ; ils occupent le gouvernement de Kutais et la partie sud-est du gouvernement de Tiflis. Encore plus au sud, le territoire central est occupé par les Arméniens dans la partie méridionale du gouvernement de Tiflis, la partie orientale du gouvernement de Kars et la partie septentrionale du gouvernement d’Erevan, coincés entre les Géorgiens au nord, les Turcs à l’ouest, les Tatars à l’est et au sud, dans les gouvernements de Bakou, Elizavetpol et Erevan. A l’est et dans les montagnes se situent les tribus montagnardes alors que d’autres groupes mineurs tels que les Juifs et les Allemands vivent entremêlés avec la population autochtone principalement dans les villes. La complexité du problème des nationalités apparaît particulièrement dans la question linguistique parce qu’au Caucase, il y a à côté du russe, de l’ossète et de l’arménien environ une demi-douzaine de langues tatares, quatre dialectes lezguiens, plusieurs tchétchènes, plusieurs tcherkesses, mingréliens, géorgiens, svanes et un certain nombre d’autres. Et ce ne sont aucunement des dialectes mais pour la plupart des langues indépendantes, incompréhensibles pour le reste de la population.

Du point de vue du problème de l’autonomie, seules trois nationalités entrent manifestement en considération : les Géorgiens, les Arméniens et les Tatars parce que les Russes qui résident dans la partie septentrionale du Caucase se situent nationalement parlant en continuité avec le territoire de l’État originellement russe.

Le groupe national le plus nombreux à coté des Russes est celui des Géorgiens si l’on inclut parmi eux toutes les variétés de Kartveliens. Le territoire historique des Géorgiens se compose des gouvernements de Tiflis et de Kutais, des districts de Sukhumi et de Sakatali, soit une population de 2 110 490 personnes. Cependant, la nationalité géorgienne ne compte que pour un peu plus de la moitié de ce chiffre, soit 1,2 million, le reste se composant d’Arméniens à hauteur d’environ 220 000, concentrés principalement dans le district d’Akhalkalaki du gouvernement de Tiflis où ils représentent plus de 70% de la population ; les Tatars à hauteur de 100 000; les Ossètes, plus de 70 000 ; les Lezguiens constituent la moitie de la population du district de Sakatali et les Abkhazes dominent dans le district de Sukhumi alors que dans le district de Bortchalou du gouvernement de Tiflis un mélange de nationalités diverses détient la majorité par rapport à la population géorgienne.

Compte tenu de ces chiffres, le projet d’autonomie nationale géorgienne présente de multiples difficultés. Le territoire historique de la Géorgie pris dans son ensemble comporte une population numériquement si insignifiante – à peine 2,1 millions – qu’il semble insuffisant comme base d’une vie autonome propre dans le sens moderne du terme, avec ses exigences culturelles et ses fonctions socio-économiques. Dans une Géorgie autonome dotée de ses frontières historiques, une nationalité qui compte pour à peine plus de la moitié de la population globale serait appelée à dominer dans les institutions publiques, les écoles, la vie politique. L’impossibilité de cette situation est si bien perçue par les nationalistes géorgiens à coloration révolutionnaire qu’a priori, ils renoncent aux frontières historiques et projettent de tailler le territoire autonome sur un espace correspondant à la prédominance réelle de la nationalité géorgienne.

Selon ce plan, seuls seize des districts géorgiens formeraient la base de l’autonomie géorgienne alors que le sort des quatre autres où prédominent d’autres nationalités serait décidé par un « plébiscite de ces nationalités ». Ce plan a une apparence très démocratique et révolutionnaire ; mais comme la plupart des plans d’inspiration anarchiste qui cherchent à résoudre toutes les difficultés historiques au moyen de « la volonté des nations », il a un défaut qui consiste en ce que le plan du plébiscite est en pratique encore plus difficile à mettre en œuvre que l’autonomie de la Géorgie historique. La zone tracée sur le plan géorgien comprendrait à peine 1,4 million de personnes c’est-à-dire un chiffre correspondant à la population d’une grande ville moderne. Cette zone découpée tout à fait arbitrairement, en dehors du cadre traditionnel de la Géorgie et de son statut socio-économique actuel est non seulement une base extrêmement mince pour une vie autonome mais ne représente en outre aucune entité organique, aucune sphère de vie matérielle et d’intérêts économiques et culturels, à part les intérêts abstraits de la nationalité géorgienne.

Cependant, même dans cette zone, les intérêts nationaux géorgiens ne peuvent être interprétés comme une expression active de la vie autonome, compte tenu du fait que leur prédominance numérique est liée à leur caractère majoritairement agraire.

Au cœur même de la Géorgie, l’ancienne capitale, Tiflis, et un certain nombre de villes plus petites ont un caractère éminemment international avec pour élément prédominant les Arméniens qui représentent la couche bourgeoise. Sur une population de 160 000 personnes à Tiflis, les Arméniens en comptent 55 000, les Géorgiens et les Russes 20 000 chacun ; le reste se compose de Tatars, de Persans, de Juifs, de Grecs, etc. Les centres naturels de la vie politique et administrative de même que de l’éducation et de la culture spirituelle sont ici comme en Lituanie les fiefs de nationalités étrangères. Le fait qui rend insoluble le problème de l’autonomie nationale de la Géorgie se greffe simultanément sur un autre problème caucasien : la question de l’autonomie des Arméniens.

L’exclusion de Tiflis et d’autres villes du territoire géorgien autonome est tout aussi impossible du point de vue des conditions socio-économiques de la Géorgie que l’est leur inclusion à ce territoire du point de vue de la nationalité arménienne. Si on prend comme base la prédominance numérique des Arméniens dans la population, on obtient un territoire bricolé artificiellement à partir de quelques fragments : deux districts méridionaux du gouvernement de Tiflis, la partie septentrionale du gouvernement d’Erevan, la partie nord-est du gouvernement de Kars c’est-à-dire un territoire coupé des principales villes où résident les Arméniens, ce qui est absurde à la fois du point de vue historique et du point de vue de la situation économique actuelle alors que les dimensions de cette zone autonome putative se limiteraient a quelques 800 000 personnes. Si l’on va au-delà des districts où les Arméniens sont prédominants, on les trouvera inextricablement mêlés aux Géorgiens au Nord ; aux Tatars au Sud, dans les gouvernements de Bakou et d’Elizavetpol ; aux Turcs à l’Ouest, dans le gouvernement de Kars. Par rapport à la population tatare essentiellement agraire qui vit dans des conditions plutôt retardataires, les Arméniens jouent en partie le rôle d’élément bourgeois.

Ainsi, tracer des frontières entre les principales nationalités du Caucase est une tâche insoluble. Mais le problème de l’autonomie est encore plus compliqué en ce qui concerne les autres multiples nationalités de montagnards caucasiens. A la fois leur imbrication territoriale et les faibles dimensions numériques de chaque nationalité et enfin les conditions socio-économiques qui restent en grande partie au niveau du pastoralisme nomade extensif ou de l’agriculture primitive, sans vie urbaine propre et sans créativité littéraire dans leur langue nationale rendent le fonctionnement de l’autonomie moderne tout à fait inapplicable.

Tout comme en Lituanie, la seule méthode pour résoudre la question nationale au Caucase dans un esprit démocratique, assurant à toutes les nationalités la liberté de l’existence culturelle sans qu’aucune d’entre elles ne domine les autres et pour satisfaire en même temps l’exigence d’un développement social moderne est d’ignorer les frontières ethnographiques et d’introduire une large auto-administration locale – communale, urbaine, de district et provinciale – sans caractère national défini, c’est-à-dire sans conférer de privilèges à une nationalité quelconque. Seule une telle auto-administration permettra d’unir les diverses nationalités pour qu’elles veillent ensemble aux intérêts économiques et sociaux locaux et qu’elles prennent par ailleurs naturellement en considération la répartition différenciée des nationalités dans chaque district et dans chaque commune.

L’auto-administration communale, de district, provinciale permettra à chaque nationalité, au moyen de décisions prises à la majorité par les organes de l’administration locale, de créer ses écoles et ses institutions culturelles dans les districts ou les communes où elle dispose de la prépondérance numérique. En même temps, une loi linguistique séparée, à l’échelle de l’Etat, sauvegardant les intérêts de la minorité, peut établir une norme en vertu de laquelle les minorités nationales, à partir d’un minimum numérique, peuvent constituer la base de création obligatoire d’écoles dans leurs langues nationales dans la commune, le district ou la province ; et leur langue peut être introduite dans les institutions locales publiques et administratives, dans les tribunaux etc., à coté de la langue de la nationalité prédominante et de la langue de l’Etat. Cette solution serait plausible, à supposer qu’une solution soit possible dans le cadre du capitalisme et compte tenu des conditions historiques. Elle combinerait les principes généraux de l’auto-administration locale avec des mesures législatives spéciales pour garantir le développement culturel et l’égalité en droit des nationalités en les amenant à coopérer étroitement et non en les séparant les unes par rapport aux autres par les barrières de l’autonomie nationale.

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Version anglaise extraite de "The National Question. Selected Writings by Rosa Luxemburg. Edited with an Introduction by Horace B. Davis", édité chez Monthly Press, New York, en 1976.

Another outstanding example of the difficulties encountered by the problem of nationality autonomy in practice is to be found in the Caucasus. No corner of the earth presents such a picture of nationality intermixture in one territory as the Caucasus, the ancient historical trail of the great migrations of peoples between Asia and Europe, strewn with fragments and splinters of those peoples. That territory’s population of over nine million is composed (according to the 1897 census) of the following racial and nationality groups (in thousands):

  • Russians 2,192.3; Germans 21.5; Greeks 57.3; Armenians 975.0;
  • Ossetians 157.1; Kurds 100.0
  • Caucasian mountaineers: Chechens 243.4; Circassians 111.5; Abkhaz 72.4; Lezgins 613.8.
  • Kartvelians: Georgians, Imeretins, Mingrels, etc 1,201.2.
  • Jews 43.4.
  • Turco-Tartars: Tartars 1,139.6; Kumyks 100.8; Turks 70.2; Nogays 55.4; Karaches 22.0.
  • Kalmuks 11.8.
  • Estonians, Mordvinians 1.4.

The territorial distribution of the largest nationalities involved is as follows: The Russians, who constitute the most numerous group in the whole Caucasus, are concentrated in the north, in the Kuban and Black Sea districts and in the northwest part of Tersk. Moving southward, in the western part of the Caucasus the Kartvelians are located; they occupy the Kutai and the south-eastern part of the Tiflis gubernias. Still further south, the central territory is occupied by the Armenians in the southern portion of the Tiflis, the eastern portion of the Kars and the northern portion of the Erevan gubernias, squeezed between the Georgians in the north, the Turks in the west and the Tatars in the east and south, in the Baku, Elizabetpol and Erevan gubernias. In the east and in the mountains are located mountain tribes, while other minor groups such as Jews and Germans live, intermingled with the autochthonous population, mainly in the cities. The complexity of the nationality problem appears particularly in the linguistic conditions because in the Caucasus there exist, besides Russian, Ossetian, and Armenian, about a half-dozen languages, four Lezgin dialects, several Chechen, several Circassian, Mingrel, Georgian, Svan, and a number of others. And these are by no means dialects, but mostly independent languages incomprehensible to the rest of the population.

From the standpoint of the problem of autonomy, obviously only three nationalities enter into consideration: Georgians, Armenians, and Tatars, because the Russians inhabiting the northern part of the Caucasus constitute, with regard to nationality, a continuation of the state territory of the purely Russian population.

The relatively most numerous nationality group besides the Russians are the Georgians, if we include among them all varieties of Kartvelians. The historical territory of the Georgians is represented by the gubernias of Tiflis and Kutai and the districts of Sukhum and Sakatali, with a population of 2,110,490. However, the Georgian nationality constitutes only slightly more than half of that number, i.e., 1,200,000; the remainder is composed of Armenians to the number of about 220,000, concentrated mainly in the Akhalkalats county of the Tiflis gubernia, where they constitute over 70 percent of the population; Tatars to the number of 100,000; Ossetians, over 70,000; Lezgins represent half of the population in the Sakatali district; and Abkhazes are preponderant in the Sukham district; while in the Borchalin county of the Tiflis gubernia a mixture of various nationalities holds a majority over the Georgian population.

In view of these figures the project of Georgian nationality autonomy presents manifold difficulties. Georgia’s historical territory, taken as a whole, represents such a numerically insignificant population—scarcely 1,200,000—that it seems insufficient as a basis of independent autonomous life in the modern sense, with its cultural needs and socio-economic functions. In an autonomous Georgia, with its historical boundaries, a nationality that comprises only slightly more than half of the entire population would be called on to dominate in public institutions, schools, and political life. The impossibility of this situation is felt so well by the Georglan nationalists of revolutionary hue that they, a priori, :relinquish the historical boundaries and plan to curtail the autonomous territory to an area corresponding to the actual preponderance of the Georgian nationality.

According to that plan, only sixteen of Georgia’s counties would be the basis of the Georgian autonomy, while the fate of the four remaining ones with a preponderance of other nationalities would be decided by a "plebiscite" of those nationalities. This plan looks highly democratic and revolutionary; but like most anarchist- inspired plans which seek to solve all historic difficulties by means of the "will of nations" it has a defect, which is that in practice the plebiscite plan is even more difficult to implement than the autonomy of historical Georgia. The area specified in the Georgian plan would include scarcely 1,400,000 people, i.e., a figure corresponding to the population of a big modern city. This area, cut out quite arbitrarily from Georgia’s traditional framework and present socio-economic status, is not only an extremely small basis for autonomous life but moreover does not represent any organic entity, any sphere of material life and economic and cultural interests, besides the abstract interests of the Georgian nationality.

However, even in this area, the Georgians’ nationality claims cannot be interpreted as an active expression of autonomous life, in view of the circumstance that their numerical preponderance is linked with their pre-eminently agrarian character.

In the very heart of Georgia, the former capital, Tiflis, and a number of smaller cities have an eminently international character, with the Armenians, who represent the bourgeois stratum, as the preponderant element. Out of Tiflis’s population of 160,000 the Armenians constitute 55,000, the Georgians and Russians 20,000 each; the balance is composed of Tatars, Persians, Jews, Greeks, etc. The natural centres of political and administrative life as well as of education and spiritual culture are here, as in Lithuania, seats of foreign nationalities. This circumstance, which makes Georgia’s nationality autonomy an insoluble problem, impinges simultaneously on another Caucasian problem: the question of the autonomy of the Armenians.

The exclusion of Tiflis and other cities from the autonomous Georgian territory is as impossible from the standpoint of Georgia’s socio-economic conditions as is their inclusion into that territory from the standpoint of the Armenian nationality. If we took as a basis the numerical preponderance of Armenians in the population, we would obtain a territory artificially patched together from a few fragments: two southern counties of Tiflis gubernia, the northern part of Erevan gubernia, and the north-eastern part of Kars gubernia, i.e., a territory cut off from the main cities inhabited by the Armenians, which is senseless both from the historical standpoint and from the standpoint of the present economic conditions, while the size of the putative autonomous area would be limited to some 800,000. If we went beyond the counties having a numerical preponderance of Armenians we would find the Armenians inextricably mixed in the north with the Georgians; in the south—in the Baku and Elizabetpol gubernias—with the Tatars; and in the west, in the Kars gubernia, with the Turks. The Armenians play, in relation to the mostly agrarian Tatar population which lives in rather backward conditions, partly the role of a bourgeois element.

Thus, the drawing of a boundary between the main nationalities of the Caucasus is an insoluble task. But even more difficult is the problem of autonomy in relation to the remaining multiple nationalities of the Caucasian mountaineers. Both their territorial intermingling and the small numerical size of the respective nationalities, and finally the socio-economic conditions which remain mostly on the level of largely nomadic pastoralism, or primitive farming, without an urban life of their own and with no intellectual creativity in their native language, make the functioning of modern autonomy entirely inapplicable.

Just as in Lithuania, the only method of settling the nationality question in the Caucasus, in the democratic spirit, securing to all nationalities freedom of cultural existence without any among them dominating the remaining ones, and at the same time meeting the recognized need for modern development, is to disregard ethnographic boundaries, and to introduce broad local self-government—communal, urban, district, and provincial—without a definite nationality character, that is, giving no privileges to any nationality. Only such a self-government will make it possible to unite various nationalities to jointly take care of the local economic and social interests, and on the other hand, to take into consideration in a natural way the different proportions of the nationalities in each county and each commune.

Communal, district, provincial self-government will make it possible for each nationality, by means of a majority decision in the organs of local administration, to establish its schools and cultural institutions in those districts or communes where it possesses numerical preponderance. At the same time a separate, empire-wide, linguistic law guarding the interests of the minority can establish a norm in virtue of which national minorities, beginning with a certain numerical minimum, can constitute a basis for the compulsory founding of schools in their national languages in the commune, district, or province; and their language can be established in local public and administrative institutions, courts, etc., at the side of the language of the preponderant nationality (the official language). Such a solution would be workable, if indeed any solution is possible within the framework of capitalism, and given the historical conditions. This solution would combine the general principle of local self-government with special legislative measures to guarantee cultural development and equality of rights of the nationalities through their close cooperation, and not their mutual separation by barriers of national autonomy.

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Une Réponse to “Le problème des nationalités dans le Caucase (Rosa Luxemburg, 1908)”

  1. entdinglichung Says:

    Rosa Luxemburg was very interested in the developments in Armenia, she was one of the few socialists (another was her reformist opponent Bernstein) during the first world war, who did not only register the genocide against the Armenians but also tried to raise the issue (without much success) in the workers’ movement … as far as I know, she belonged to the minority in the International which tried to stop the left nationalist Dashnak or ARF from joining the international

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