Telle est la conclusion qui s’impose à la lecture du site Internet de la Confédération européenne des syndicats ( http://ww.etuc.org ). Le fonds de l’analyse est très proche de l’historique discours de Toulon du Président français et actuel Président du Conseil européen. Grosso modo, l’analyse de la CES se fonde sur la fable de l’opposition du bien (l’économie réelle que d’autres appellent le capitalisme entrepreneurial) et du mal (le capitalisme financier). Nous sommes au cœur de l’idéologie sarkozienne.
En effet, la CES dénonce : « Le capitalisme de casino [qui] a échoué et la politique doit emprunter d’autres voies. L’Europe ne peut plus permettre à ses membres d’accorder la priorité aux intérêts nationaux. Si les politiques du chacun pour soi se poursuivent, les choses vont vraiment s’aggraver. » Manque de pot, pour les fins stratèges de la CES, la réalité est un tantinet différente. Le second point de l’analyse consiste à « protéger l’économie réelle du capitalisme de casino » en créant « un fonds européen d’investissement. »
A partir de cette position qui ne relève guère de l’indépendance syndicale, découle quatre vœux pieux.
Vœux pieux numéro 1. « L’irresponsabilité des banques, des hedges funds et du reste ne doit plus jamais amener les nations au bord de la faillite. »
Vœux pieux numéro 2. « La CES appelle l’Europe [lire l'Union européenne] à se battre pour les droits des travailleurs. » Toute l’histoire de l’UE depuis le traité de Rome au traité de Lisbonne plaide en sens contraire.
Vœux pieux numéro 3. « Le secteur financier doit être recentré sur sa fonction première, à savoir transformer l’épargne en investissements productifs. »
Vœux pieux numéro 4. « Mettre fin aux paradis fiscaux. » Même Bayrou est plus réaliste puisqu’il se contente de demander que les États mettent fin à leurs relations avec ces lieux de rêve pour la spéculation.
Enfin dans son envolée pour assurer la survie du capitalisme réellement existant la CES finit par faire trois propositions.
Proposition numéro 1. (particulièrement audacieuse) La création d’une agence européenne de notation. Quant à nous, nous préférons militer pour l’ouverture des livres de comptes et la levée des secrets bancaires et commerciaux.
Proposition numéro 2. (encore plus audacieuse) La mise en place d’une « aide en direction des travailleurs touchés, des ménages menacés d’expulsion, des retraites risquant la pauvreté ». Un vrai syndicat mettrait en avant l’augmentation des salaires, l’interdiction de licencier, la défense de la retraite par répartition.
Proposition numéro 3. (le comble de la revendication).La CES propose la création d’un : « Comité de surveillance comprenant les partenaires sociaux européens et les membres du Conseil d’administration de la Banque centrale européenne. » Par principe, nous rejetons toute forme de collaboration de classe institutionnelle ou non.
Finalement, il n’y a là rien de très étonnant de la part d’une structure qui n’est pas autre chose qu’un rouage de l’Union européenne. Par contre, il y a de quoi s’étonner quand le journal CGT-Ensemble de novembre 2008 – destiné aux syndiqués CGT – écrit qui s’agit d’une : « analyse qui rejoint celle de la CGT ».
Camarades de la CGT, partisans d’un syndicalisme de classe ou tout simplement attachés à la défense effective du monde du travail, nous nous devons de combattre avec la plus ferme énergie de tels choix. Après la signature de l’accord avec le MEDEF sur la représentativité syndicale et le refus manifeste de construire un mouvement tous ensemble et au même moment pour contrecarrer la politique réactionnaire de Sarkozy, notre CGT est en danger.
Emile FABROL (Prométhée, militant CGT)
24 novembre 2008 à 7:50 |
Sur la CES voir aussi:
Le communiqué de la honte (Ensemble, 01-05-2005)
Quelques réflexions à propos de l’adhésion à la CES (Syndicalisme de lutte, 01-2007)
Monks et la CES ne regrettent rien (Syndicalisme de lutte, 01-2007)
Dans son discours au meeting de la CFDT en 2005, John Monks, secrétaire général de la CES, déclarait:
“Face à l’insécurité, les peuples d’Europe attendent de leurs gouvernements qu’ils les rassurent et qu’ils les soutiennent. Mais aujourd’hui, cette démocratie doit être étendue aux relations sociales au choix économique, sociaux, environnementaux.
Cette appréciation a motivé la prise de position de la CES sur le traité constitutionnel.” (http://www.etuc.org/a/1127)
En guise de “prise de décision”, John Monks avait appelé à voter pour le Traité européen, et l’avait fait en publiant un communiqué commun avec l’organisation patronale européenne UNICE.