Soutenons le mouvement des iraniens contre le régime de répression !

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Traduction militante (sous réserves de corrections) de la déclaration publié en anglais ici [+ pdf].

Les protestations contre l’escroquerie flagrante des élections présidentielles de juin  dernier  ont représenté la plus grande crise de la République islamique d’Iran depuis plus de deux décennies. Depuis juin, des millions de personnes sont descendues dans les rues pour dénoncer la réélection frauduleuse de Mahmoud Ahmadinejad, particulièrement la jeunesse, les femmes, les ouvriers et les intellectuels.  Au cri de « mort au dictateur, » ils continuent à affronter les coups,  les arrestations, les emprisonnements, les tortures et les viols.

Le 15 juin ce furent jusqu’à 3 millions de manifestants qui ont rempli la place Azadi de Téhéran. Depuis lors, les grands rassemblements se sont durcis en raison des coups et des meurtres de manifestants, comme cela a été vu lors des confrontations de masse du 20 juin, qui ont opposé  des manifestants, bon nombre d’entre eux des classes ouvrières, aux miliciens Basiji acheminés depuis la campagne en grand nombre.

Néanmoins, les manifestations de masse continuaient à intervalles réguliers. Des centaines de milliers se sont déplacés le 17 juillet pendant les prières du vendredi à l’université de Téhéran, profitant de l’occasion que le sermon du jour était donné par l’influent Hashemi Rafsanjani, devenu de plus en plus critique sur le régime et sa répression.  Un autre très grand rassemblement a eu lieu au cimetière de Behesht-e Zahra le 30 juillet, avec le rituel de Shia consistant à pleurer les morts après 40 jours passés,  et cette fois parmi  ces morts l’étudiante Neda Agha-Soltan assassinée le 20 juin.  Depuis lors, le régime a tout fait pour éviter les grands rassemblements, annulant les grands événements publics où les opposants pourraient  descendre dans les rues.

L’oligarchie islamiste qui a dirigé l’Iran depuis 1979 est elle-même divisée comme jamais.  D’un côté une faction regroupe les plus fondamentalistes et réactionnaires comme Ahmadinejad, le Chef suprême religieux Ali Khamenei, les éléments inconditionnels de l’appareil répressif (gardiens de la Révolution et Basiji), et de l’ordre judiciaire.  De l’autre côté se trouvent plusieurs figures islamiques réformistes importantes, particulièrement le candidat aux présidentielles Mir Hussein Moussavi, la féministe Zahra Rahnavard, l’ancien et très populaire Président Muhammad Khatami (1997-2005), le candidat aux présidentielles Mehdi Karroubi, le conservateur pragmatique Hashemi Rafsanjani, et un certain nombre d’autres religieux comme  le grand Ayatollah Hussein Montazeri. Ces divisions ne se sont creusées que depuis juin, avec l’opposition dans l’élite ne montrant aucun signe de recul.

Non seulement cela constitue une contradiction béante au sommet du régime, mais il y a aussi, de façon dialectique, une situation tout autant contradictoire quant au mouvement démocratique de masse d’opposition.  D’une part, cette division au sommet a facilité la possibilité de manifester publiquement. D’autre part, le leadership islamique réformiste du mouvement a  aussi servi à restreindre son développement.

Prenez par exemple Karroubi, par certains aspects le plus intransigeant et courageux des chefs de l’opposition courante avec sa dénonciation publique des tortures et des viols dans les prisons. Pourtant Karroubi a aussi expliqué qu’il souhaitait réformer ces structures, pour ne pas les renverser. Ainsi, même lorsque son bureau a été pillé et fermé en septembre, Karroubi a non seulement dit clairement qu’il ne voulait pas de révolution, mais aussi qu’il s’opposait à une grève générale.  Produits de leur histoire,  de leur position sociale et de leur mentalité, les gens comme Karroubi sont incapables ou peu disposées à  rompre avec le régime qui les a produits.

Si le leadership réformiste veut préserver la République islamique sous une certaine forme, la logique des événements peut se déplacer dans une direction différente, vers un bouleversement entièrement révolutionnaire.  Bien des choses dépendront de la classe ouvrière – dont les luttes légitimes pour former des syndicats indépendants se sont confrontées à une sévère répression, et qui est confrontée aussi à des salaires de misère, au non-paiement des salaires, à un taux de chômage croissant. Il convient de noter à cet égard que le mouvement contre l’élection frauduleuse n’a pas relayé les revendications spécifiques de la classe ouvrière.

La présence d’un grand nombre de femmes dans les manifestations anti-régime, et la manière dont la martyre Neda Agha-Soltan est venue symboliser le mouvement entier, prouvent que la rébellion est  nourri de l’espoir d’obtenir de nouvelles relations humaines entre les sexes.

Comme Humanistes-Marxistes, nous sommes solidaires des iraniens en ces heures de lutte, mais nous le faisons sur une base indépendante, parfois en conflit avec les positions prises par d’autres socialistes et marxistes.  Beaucoup de membres de la gauche globale, intellectuels, féministes, syndicalistes, et socialistes, ont apporté leur soutien de principe au mouvement iranien tout en s’opposant également clairement à toute intervention impérialiste en Iran, venant des USA ou d’Israël.  Malheureusement, quelques éléments de la gauche globale ont trahi les iraniens à l’heure cruciale en soutenant Ahmadinejad, parmi elles Hugo Chavez du Venezuela et le journal marxiste Monthly Review.  Ces gens de gauche estiment que puisque le régime résiste à l’impérialisme occidental, il mériterait notre soutien.  Ils ont également repoussé les actions de masse de la jeunesse, des femmes, des ouvriers, et des intellectuels d’Iran comme un mouvement isolé de la classe moyenne. Nous condamnons ces mensonges qui servent à masquer la réalité oppressive et exploitante de la République islamique d’Iran.

Dans la gauche iranienne, aucune tendance importante n’a excusé le régime ou n’a pas soutenu le mouvement démocratique.  Quelques-uns l’ont cependant fait sur un mode sectaire, décrivant le leadership réformiste islamique comme presque indistinct des éléments les plus réactionnaires du régime comme Khamenei ou Ahmadinejad.  Une plus grande partie de la gauche iranienne a limité sa solidarité aux droits de l’homme et à la démocratie sans creuser dans la question de la révolution sociale. Ceci est lié au sentiment fréquemment exprimé en Iran où après l’expérience de 1979, « nous ne voulons pas d’une autre révolution. »  En ce sens, la question de ce qu’il adviendra après que la révolution se soit concrétisée est un fait social qui pèse sur le présent.  Mais comme l’a noté Asef Bayat, l’auteur d’études sur la classe ouvrière iranienne : « Actuellement, le mouvement n’est décidément pas pour une révolution. Mais les révolutions n’annoncent pas leur arrivée à l’avance…. L’avenir dira si le régime ne transformera pas ces réformateurs en révolutionnaires. »

A l’attention de la gauche globale, nous appelons à soutenir la jeunesse iranienne,  les femmes, les ouvriers, et les autres citoyens dans leurs luttes de liberté, en même temps que nous combattons l’impérialisme. Ne nous laissons pas abuser par l’anti-impérialisme réactionnaire d’Ahmadinejad et de Khamenei !

Aux iraniens, nous garantissons notre opposition à une intervention israélienne ou des USA et notre solidarité la plus ferme.  À nos camarades de la gauche iranienne, nous exprimons l’espoir qu’ils ne se couperont pas eux-mêmes des masses ni ne s’arrêteront à la seule réforme du régime réactionnaire.

18 septembre 2009

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