Lettre à Henriette Roland-Holst (Rosa Luxemburg, 1904)

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Lettre du 17 décembre 1904. Source: Rosa Luxemburg, d’H. Roland-Holst, p. 215-216, cité dans La vie et l’œuvre de Rosa Luxemburg, de J.P. Nettl (1966, trad. fr. 1972), p. 195-196.

Je veux parler avec vous de la situation générale. Je ne suis pas du tout contente du rôle que les prétendus orthodoxes "radicaux" ont joué jusqu’à maintenant. Courir à la recherche de toutes les bêtises des opportunistes et répéter des discours critiques est un travail peu satisfaisant. En fait, je suis si fatiguée et dégoûtée de ce genre d’activité que, dans de tels cas, je préférerais me taire. J’envie l’assurance avec laquelle certains de nos amis radicaux considèrent qu’il s’agit de ramener seulement dans le troupeau quelques moutons égarés, au sein de la bonne vieille demeure des vieux principes (Prinzipienfestigkeit), ils ne se rendent pas compte qu’en agissant ainsi négativement nous n’avançons absolument pas. Et pour un mouvement révolutionnaire, ne pas aller de l’avant veut dire retourner en arrière. Le seul moyen de lutte radicale contre l’opportunisme est d’avancer soi-même, de développer la tactique, d’accentuer l’aspect révolutionnaire du mouvement. L’opportunisme en tout cas est une plante de marais qui ne fleurit que dans les eaux stagnantes. Si le courant est fort, il meurt de lui-même. Ici, en Allemagne, il est primordial d’aller de l’avant. Peu de gens s’en rendent compte. Certains gaspillent leurs forces en se disputant avec les opportunistes et d’autres considèrent que l’augmentation mécanique du nombre de voix et des militants représente un grand pas vers l’avant. Ils oublient que la quantité doit être transformée en qualité., qu’un parti de trois millions de membres ne peut se satisfaire des simples mouvements automatiques d’un parti de cinq cent mille membres. Je n’ai pas besoin de vous dire que je ne songe aucunement à quelque aventure artificielle, à une brusque "descente de rue". Le travail doit avoir une autre résonance, plus profonde; on doit prendre conscience de sa propre force. [...] Nous reparlerons de tout cela, autrement cette lettre va se transformer en éditorial… Pensez-vous aussi en ce sens? Le problème n’est pas seulement allemand, mais international. Je me suis très bien rendu compte de cela lors du Congrès d’Amsterdam. Mais la social-démocratie allemande doit donner le signal et indiquer la direction.

Henriette Roland-Holst (1869–1952)

Henriette Roland-Holst (1869–1952)

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Une Réponse to “Lettre à Henriette Roland-Holst (Rosa Luxemburg, 1904)”

  1. Neues aus den Archiven der radikalen (und nicht so radikalen) Linken « Entdinglichung Says:

    [...] La Bataille socialiste Portrait de Daniel de Leon (G. Munis, 1979)Affiche pour un meeting du POUM le 21-03-1937Lettre à Henriette Roland-Holst (Rosa Luxemburg, 1904) [...]

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