Edgar Hardcastle

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Note nécrologique parue dans le Socialist standard (mensuel du Parti socialiste de Grande-Bretagne) d’août 1995. Traduit en français par Stéphane Julien.

Edgar Hardcastle – ou Hardy comme on le connaissait dans le Parti – est mort en juin à l’âge de 95 ans.

Hardy a fourni une importante contribution au Parti en particulier au Socialist standard, participant au comité de rédaction pendant plus de trente ans et écrivant des articles depuis le début des années 20. Il a été également membre du comité exécutif pendant des décennies, un conférencier et un représentant du Parti lors des débats, et  a travaillé au nouveau comité des brochures.

Fils d’un membre fondateur, il est allé en prison comme objecteur de conscience socialiste pendant la première guerre mondiale, rejoignant formellement le Parti en 1922. Après avoir étudié à la London School of Economics les cours du professeur Edwin Cannan il a travaillé toute sa vie en tant que chercheur dans le mouvement  syndical, d’abord pour le syndicat des travailleurs de l’agriculture, un bref temps pour le mouvement syndical international à Bruxelles, puis jusqu’à sa retraite pour le syndicat des postiers où il fut conseiller pour une série de secrétaires généraux de l’UPW.

Hardy avait la réputation d’être un « théoricien » des sciences économiques marxiennes mais en fait il était quelqu’un d’autre et de plus rare dans le mouvement socialiste : une personne qui a combiné une connaissance approfondie des sciences économiques marxiennes avec une connaissance empirique des faits économiques contemporains.

Son intérêt principal était les sciences économiques monétaires. À partir des années 30, ses articles en témoignent, il a lutté contre Keynes au nom de Marx ainsi que, plus curieusement, au nom de son vieux professeur, Cannan. Edwin Cannan, un économiste bourgeois largement oublié de la première partie de ce siècle (il est mort en 1935), pourrait être décrit comme le dernier des économistes politiques classiques tout en partageant certaines vues économiques de Marx. En particulier que l’inflation était un phénomène purement monétaire causé par un excès de papier-monnaie inconvertible et que les banques étaient simplement des intermédiaires financières sans pouvoir de « créer le crédit ». Deux positions qui ont été niées par Keynes, dont les vues sont devenues une  composante de l’orthodoxie économique. Un moment on envisagea de compiler ses articles  dans un  « Marx contre Keynes » mais ça ne s’est jamais fait.

Le penchant empirique de Hardy a permis au Parti de réfuter, avec la démonstration nécessaire, des théories qui furent parfois attribuées à Marx comme celles de  la sous-consommation, de la paupérisation croissante de la classe ouvrière, de l’effondrement du capitalisme (Hardy était l’auteur de la célèbre brochure du Parti socialiste en 1932 Why Capitalism Will Not Collapse [Pourquoi le capitalisme ne s'effondrera pas]) et – de façon plus controversée dans le Parti – de la gravité croissante des crises.

C’est une bien triste affaire qui vers la fin de sa vie, a fait que Hardy s’est trouvé membre d’une branche qui a été exclue par un vote de tous les membres (la seule façon d’exclure dans le SPGB) pour avoir délibérément et à plusieurs reprises refuser d’appliquer une décision prise démocratiquement en Conférence. C’était une triste fin pour la contribution d’une vie au développement du mouvement socialiste.

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Une Réponse to “Edgar Hardcastle”

  1. From The Archive of Struggle no.42 « Poumista Says:

    [...] (1918) * Maximilien Rubel: La leyenda de Marx o “Engels el fundador” (1972) * Adam Buick: Edgar Hardcastle (1995) * Karl Marx: La dette publique (1867) * Socialisme Mondial: James Milne [...]

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