Présentation de la revue Aufheben

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Présentation par les membres de la revue, traduite en français dans Théorie communiste N°15. Aufheben n’ayant plus de site, ses publications étant désormais hébergées par Libcom.org, et le nouveau site de TC n’ayant plus guère d’archives, nous croyons utile de rendre à nouveau disponible ce texte et éventuellement faire découvrir ainsi cette revue, cette auto-présentation étant suivie de quelques liens vers des textes issus de cette revue "marxiste libertaire" britannique.

La revue Aufheben est le résultat d’un projet mis en place par un certain nombre d’individus qui se rassemblèrent sur la base de leur participation à diverses luttes dans la région de Brighton.  En particulier, celles contre la poll taxe à la fin des années 80 et au début des années 90. Ressentant le besoin de développer nos idées et de retrouver l’apport de Marx pour le projet révolutionnaire, nous avons commencé par former un groupe de lecture sur le Capital et les Grundrisse. Sur la base d’analyses communes développées à partir de ces lectures, de nos discussions, et de notre expérience de la lutte des classes, nous avons décidé de produire une revue.

L’unité de la théorie et de la pratique a été, pour nous, un thème central. Nous avons commencé l’éditorial du n° d’Aufheben de l’automne 1992 avec une citation  relative à cette unité :

La critique théorique et le bouleversement de la pratique sont des activités inséparables, non pas dans un sens abstrait mais comme changement réel et concret de la société bourgeoise réelle et concrète.” (Korsh, “Marxisme et philosophie”).

Pour nous cela avait une signification immédiate : notre lutte contre ce  monde , en tant qu’individus et en tant que classe, doit impliquer une réflexion sur nos activités. Sans savoir qui réellement lit la revue, on imaginait un public composé de ceux qui se sont engagés dans la lutte et qui ressentent le besoin de rendre compte de ce procès, et de réfléchir sur le capitalisme et le mouvement de son abolition. Essentiellement cela veut dire : écrire pour nous-mêmes sur des sujets que nous pensons importants et au niveau théorique nécessaire pour les aborder. On ne pensait pas qu’une revue anglaise correspondait à cela.

Le titre “ Aufheben ” décrit pour nous un concept / processus important et pour lequel il n’y a pas de traduction anglaise adéquate. Il implique de situer le communisme non comme une négation abstraite de cette société ou comme idéal, mais comme mouvement au sein et contre ce qui existe. Il implique également de s’approprier et d’aller au-delà des efforts théoriques précédents pour comprendre le capitalisme et le processus de son dépassement. L’article sur la décadence que vous publiez est un exemple de cet effort. Finalement choisir le titre Aufheben était d’une certaine manière une provocation envers les préjugés anti-théoriques très présents parmi les militants en Angleterre. Parce que nous sentons le besoin de réfléchir sur ce qui se passe et sur ce que nous faisons, nous rejetons cette position anti-théorique, comme auto-défaitiste. Néanmoins nous comprenons qu’il s’agit d’une réaction contre l’utilisation de la théorie par ceux qui se proclament représentants l’intérêt du prolétariat. Comme cela a été dit, la division entre travail intellectuel et travail manuel est la base fondamentale de la division capitaliste du travail en général et donc de l’aliénation. Les prolétaires ayant peu le loisir d’une expression intellectuelle sont fondés à se méfier des experts de cette expression. Ce qui entraîne également une méfiance fondée du marxisme académique. La théorie n’est pas académique.

Nous nous sentons influencés par, parmi d’autres courants,  les anarchistes de lutte de classe, les communistes de gauche allemands et Italiens, les situationnistes, les autonomes italiens, ainsi que les courants de gauche français "non-parti",  influencés mais critiques par rapport à la Gauche italienne. Pourtant nous ne nous identifions pas entièrement avec une tradition particulière. Si le communisme est le mouvement réel qui abolira les conditions existantes, alors la  "clarification théorique", le devenir conscient de ce qui se passe et de ce qui devra se passer, sont un moment de ce processus. Certains aspects d’une telle "théorie du prolétariat" se trouvent dans ces traditions, mais pas tous. La théorie la plus valable peut devenir idéologie si elle est maintenue d’une manière rigide et congelée. Par exemple, il nous semble que des groupes comme les Situationnistes et les groupes influencés par la  Gauche italienne des années 70 contribuaient plus à une redécouverte et une résurgence de, respectivement, les Gauche Allemande/Hollandaise et Italienne, que ne l’ont fait les groupes qui se réclamaient d’un héritage ininterrompu avec elles. Il y a toujours quelque chose de provisoire dans une clarification théorique  et cela inclue les idées exprimées dans les articles de Aufheben.

Quoique, comme beaucoup avant nous, nous ayons effectué un "retour vers Marx", nous ne pensons pas que ses "écritures" donnent la réponse à tout. Pourtant, nous pensons que la critique de l’économie politique est une référence essentielle. Marx n’a pas inventé le communisme, mais sa critique du capitalisme, son effort de reproduire le "concret dans la pensée", était une contribution fondamentale à la tâche de renversement du capitalisme. En particulier, nous pensons qu’il est important de reconnaître que l’oeuvre de Marx est incomplète, que des sujets comme la subjectivité prolétarienne ainsi que la crise des rapports sociaux capitalistes n’ont pas été suffisamment abordés  dans la critique de l’économie politique. Nous croyons également que certains échecs du marxisme sont liés à l’incapacité de reconnaître cela. C’est autour de ces sujets qu’une compréhension et un dépassement du marxisme objectiviste peut être fait. Nous pensons que les perspectives décrites dans le livre "Le Marx incomplet" (F. Shortfall, 1994, Avebury, Alsershot) sont une contribution importante à ce sujet. (Le texte anglais est disponible sur disquette à notre adresse).

Les individus qui produisent Aufheben ne forment pas un groupe avec des adhérents, et ne se préoccupent pas de recrutement. Nous ne nous définissons pas par une liste "d’objectifs et des principes" ; pourtant nous sommes probablement plus cohérents dans nos pensées que la plupart des groupes qui se sont définis ainsi. En fait nous pensons que les objectifs et les principes de la plupart des organisations formelles sont des compromis ayant comme but de réprimer et de couvrir les contradiction et les désaccords au sein de ces groupes. Même si les articles pour Aufheben sont généralement écrits pas des individus, il y a un processus collectif de lecture, discussion et révision, pour assurer un accord général sur la version finale, même si cet accord ne s’étend pas forcément jusqu’au moindre détail. Nous publions également des  articles d’autres sources, que nous ne soumettons pas aux mêmes procédures. Pour nos propres articles, cet  individu qui écrit ne sait pas forcément ce qu’il ou elle va produire, jusqu’à ce que ce soit réellement écrit, ensuite il y a discussion avant que l’article final soit accepté. C’est en gros par ce processus qu’on peut dire qu’à travers Aufheben des positions collectives sont développées. Les positions d’Aufheben sont alors définies par ce qui y est publié. Le journal s’explique par lui même.

Quelques textes en ligne:

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Une Réponse to “Présentation de la revue Aufheben”

  1. Los Angeles: Le contexte d’un soulèvement prolétarien (Aufheben, 1992) « La Bataille socialiste Says:

    [...] paru dans Aufheben n°1 en automne 1992. Traduction française pour Mordicus n°11 en 1994. Mis en ligne dans la [...]

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