Les instituteurs et la scission syndicale (Bouët, 1922)

par

Article de Louis Bouët dans l’Humanité du 6 avril 1922.

Deux grandes organisations d’instituteurs et d’institutrices se réclamaient du syndicalisme: le Syndicat national (anciennes Amicales) et notre Fédération des Syndicats de l’Enseignement laïque. La Fédération adhérait régulièrement et franchement à l’ancienne C.G.T., les Amicales prétendaient y adhérer par le canal de la Fédération des fonctionnaires. Une troisième organisation – Amicales groupées derrière Sennelier – se déclarait hostile au syndicalisme. Il n’est pas sans intérêt de noter la position actuelle de ces groupements du personnel enseignant en face de la scission syndicale.

Les dirigeants des associations antisyndicalistes continuent naturellement leur propagande réactionnaire. Ils ont eu l’audace, en plusieurs régions, de présenter des candidats contre les conseillers départementaux démissionnaires, achevant ainsi de se déconsidérer dans l’esprit du personnel. Ils pourront recruter encore, parmi les directeurs d’école arrivistes; mais ils seront sans influence réelle dans la corporation.

La Fédération des fonctionnaires ayant fait cesser, dans des conditions que l’Humanité a fait connaître, le bluff de l’adhésion confédérale, le Syndicat national des instituteurs a déclaré qu’il adhérait à la C.G.T. de la rue Lafayette et la commission administrative des scissionnistes, après avoir exclu notre Fédération, a prononcé bruyamment l’admission des anciennes Amicales, mais il s’agit d’une adhésion de principen car elle n’oblige personne.

« Nous délivrerons – écrit le secrétaire du syndicat national – aux sections qui nous en feront la demande, pour tout ou partie de leurs membres, la carte confédérale et les timbres confédéraux pour 1922. Il lui suffira d’écrire à notre trésorier Carré, en lui adressant autant de fois 1 fr. 60 (carte et timbres confédéraux compris) qu’elles désireront de cartes ».

Sera donc conféré qui voudra, dans cet étrange syndicat, conféré pour 1 fr. 60 ! Telle est sans doute la nouvelle forme du syndicalisme à laquelle nous aurait mené la «fusion globale» avec les amicales que certains préconisaient. Les collègues soi-disant syndicalistes avec lesquels on voulait nous faire réaliser «l’unité» corporative n’ont même pas le courage d’adhérer franchement et régulièrement à une C.G.T. ultra réformiste !

Notre Fédération de l’Enseignement laïque, exclue de la rue Lafayette en compagnie des unions départementales et fédérations organisatrices du Congrès unitaire de Noël, a rallié dans son ensemble la C.G.T. de la rue de la Grange-aux-Belles. Trente syndicats ou sections départementales qui ont tenu leurs réunions générales ont déjà approuvé la décision de leur bureau fédéral qui sera sanctionné d’une façon définitive au Congrès fédéral de Pâques. Quelques «fusionnistes» impénitents ont recommencé – à la faveur de la scission syndicale – des manoeuvres qui auraient pour objet de désorganiser la fédération si elles avaient des chances de réussir; mais notre organisation reste un bloc solide, fidèle à la lutte de classe et à l’internationalisme.

Louis BOUET.

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