En Espagne: Le régime de la terreur blanche (Gorkin, 1925)

by

Article de Julián Gorkin dans l’Humanité du 5 mars 1925.

Les arrestations dernières ordonnées démontrent que la terreur blanche en Espagne est en pleine apogée et qu’elle a un caractère éminemment anti-communiste.

Depuis 1921 jusqu’à ce jour, l’Espagne ouvrière a été soumise à un régime permanent de terreur. Déjà en 1909 le gouvernement conservateur Maura-la-Cierva en faisant fusiller Ferrer et en poursuivant avec acharnement les révolutionnaires espagnols adopta cet instrument classique de réaction et les gouvernements qui sont se succédé, spécialement depuis quatre ans, l’ont converti en un traditionnel instrument politique.

Chaque échec au Maroc a toujours été suivi d’une intensification du terrorisme gouvernemental dans la Péninsule. Par exemple la tragédie d’Annale [*] où succombèrent 12.000 soldats eut un autre parallèle tragique: l’assassinat à Barcelone et dans quelques autres villes ouvrières d’Espagne de quelques centaines de militants. La bourgeoisie espagnole a toujours prétendu étouffer les protestations publiques de ses crimes de classe au Maroc par des nouveaux crimes de classe dans l’Espagne.

Martinez Anido

De 1921 à 1922 les gouverneurs se succédèrent rapidement à Barcelone. Le gouvernement les envoyait dans la ville révolutionnaire avec une seule consigne: répression impitoyable du mouvement syndicaliste. Si les mandatés ne remplissaient pas entièrement leur mission, le « Fomento Industrial y Mercantil », c’est-à-dire l’association de la bourgeoisie catalane exigeait tout de suite leur destitution. Le gouvernement, à la fin, envoya un personnage sinistre: le général Martinez Anido qui promit d’exécuter intégralement les ordres de l’infâme association bourgeoise.

Il commença une répression féroce, inhumaine contre les organisations et contre les ouvriers militants: fermeture des syndicats, des arrestations en masse, des prisonniers conduits à pied d’un bout à l’autre de l’Espagne, application en masse de la "loi de fuite" (ley de fugas), subventions aux bandes de "pistoleros", assassins professionnels.

Martinez Anido et son digne collaborateur Ariegui exécutaient souvent eux-mêmes les supplices. Aux militants qui ne voulaient pas dénoncer leurs camarades et qui refusaient de signer de fausses déclarations, ils leur tordaient les organes génitaux, leur brûlaient les pieds ou les piquaient avec des épingles…

Chaque jour une liste noire était préparée et les militants, le soir, étaient assassinés. Il en fut ainsi de l’avocat Leyret, un vieillard estropié, des militants syndicalistes: Boal, Vandellos, Arlandis (frère d’Hillaire)… La liste serait interminable.

Martinez Anido, bête noire, l’anormal sanguinaire, l’assassin professionnel anti-prolétarien est aujourd’hui l’inspirateur de la politique terroriste du Directoire militaire. Sa carrière politique est une chaîne de crimes. Aux yeux de la bourgeoisie, il a du mérite, et il veut faire encore plus.

Le bilan actuel

Primo de Rivera a prononcé le 19 février un discours en affirmant que « la dictature espagnole n’exerçait ni persécutions ni violences ».

Faisons un premier bilan:

Après le coup d’État du 13 septembre 1923, toutes les organisations ouvrières et paysannes révolutionnaires ont été dissoutes et les militants connus ainsi que ceux du Parti communiste ont été arrêtés. Il y a des camarades qui sont en prison depuis 14 et 15 mois.

La Batalla, le journal syndicaliste-communiste, a été suspendue. La Antorcha de Madrid, et Lucha Social, de Bracelone, sont soumis à une rigide censure militaire.

A Pampelune, on a exécuté les anarchistes Gil, Martin et Santillan, après un acquittement du premier Conseil de guerre. A Barcelone, on a exécuté aussi, sans preuve de culpabilité, les ouvriers Llacer et Montejo. Il y a encore dans la prison 24 anarchistes, menacés de mort, après l’aventure de Vera.

Le 22 janvier, Joaquin Maurin était blessé à la jambe et arrêté. Le 29, sans être guéri, il fut transféré à Montjuich et gardé en otage. A la même époque, les camarades Arlandis, Trillès et Tirado Benedi furent enfermés séparément, dans d’infects cachots et menacés, comme Maurin, d’être tués, si un accident se produisait contre Anido et Primo.

Les camarades Juan Tolosa, à Barcelone, et Urchutegui, Martin et Caballero, à Madrid, ont été sauvagement battus par la police. Ils eurent le corps et la figure pleins de blessures.

Dans la prison de Barcelone, il y a une cinquantaine de communistes, parmi lesquels les militants bien connus, José José, David Rey et J. Vall. A Madrid, il y en a une quarantaine, entre autres Andrade, Canga, Munoz, Ramos, Gonzalez, etc… Il y a au total 200 communistes et environ 150 anarchistes arrêtés dans les différentes villes d’Espagne.

Les militants qui restent en liberté sont toujours poursuivis par la police. Pour ne pas être arrêtés, ils sont obligés de quitter leur lieu de travail et de vivre cachés.

Cotiser pour les camarades emprisonnés ou pour leurs familles est un crime qui se paye par la prison.

Toute l’Espagne est sous un régime de Terreur. Personne ne peut parler de politique ou lire publiquement la presse sociale.

Situation révolutionnaire

Objectivement la situation en Espagne est révolutionnaire. Cette situation s’est précisée, généralisée surtout après la chute de l’impérialisme espagnol par les vaillantes troupes  d’Abd-el-Krim, et où périrent, dès que Primo de Rivera dirigea les opérations au Maroc, plus de 30.000 soldats.

La politique financière du directoire a été désastreuse à tous les points de vue. La dette publique s’élève à 18 millions de pesetas. Les réserves or ne représentent que les 47  %. L’inflation monétaire, la vie chère, la,paralysation de l’industrie, le chômage, voici les résultats immédiats qui se traduisent par une misère croissante pour les masses ouvrières.

Dans l’industrie générale, particulièrement dans la Catalogne, il y a 42 % de chômeurs.

Le mécontentement des masses ouvrières et des 200.000 soldats, qui restent au Maroc, est absolu. Le Directoire sait bien que l’unique opposition révolutionnaire vient des communistes. C’est pour cela qu’il les persécute avec tant d’acharnement.

Mais cette répression contre le Communisme est un formidable moyen de propagande communiste. Cette période historique de terreur blanche et d’héroïsme rouge créera les bases d’un grand Parti Communiste de masse, un parti bolchévik, un parti léniniste capable d’instaurer, demain, la Dictature du prolétariat.

GORKIN.

Note de la BS:

[*] Anoual.

About these ads

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 439 autres abonnés

%d bloggers like this: