L’opposition d’Ossinsky au 12° Congrès résumée par Souvarine (1923)

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Extraits de  « Le Parti Bolchevik tient son 12° Congrès » paru dans l’Humanité du 20 avril 1923 et de « Les bolcheviks discutent » paru dans l’Humanité du 21 avril 1923. Ancien Commissaire du peuple à l’agriculture et ex-porte-parole du groupe du «Centralisme démocratique», Ossinsky semble d’après ces deux compte-rendus être le principal contradicteur au sein du 12° Congrès, se voyant opposé un néologisme: le léninisme (qui sera bientôt utilisé contre Trotsky par la Troïka). Quelques mois après ce Congrès, Ossinsky sera un des signataires de la Déclaration des 46.

(…) Ainsi Lénine prolonge la ligne qu’il a tracée depuis 1918: concentration de la dictature politique du Parti, appel aux compétences bourgeoises dans l’économie, concessions aux paysans pour le maintien de bonnes relations entre le prolétariat dirigeant et la paysannerie consentante. Dans les circonstances actuelles, cette ligne exige une révision de l’appareil d’État et de la machine du Parti. C’est une nouvelle période de la Révolution que Lénine a déclarée ouverte.

Les diverses oppositions

Les deux articles de Lénine ont profondément remué le Parti et la classe ouvrière dans son ensemble. Lénine est tombé, terrassé par la maladie, avant d’avoir pu mener lui-même son idée jusqu’au bout. Mais il en avait assez dit pour que la bonne impulsion soit donnée. Et la discussion est allée bon train.

Le 25 mars, Boukharine, dans un article plein de verve: L’influence de la Nep et les déviations du mouvement ouvrier signalait l’existence d’une opposition de “libéraux” dans le Parti, qui s’exprimaient dans une « plate-forme » anonyme rappelant le point de vue de l’ancien groupe du « centralisme démocratique », dont Ossinsky et Sapronov avaient été les porte-parole au X° Congrès. En même temps, il stigmatisait les auteurs d’un « Appel » lancé par un groupe clandestin s’appelant la Vérité ouvrière [*], nettement contre-révolutionnaire. (Ce « groupe » ne se compose peut-être après tout que d’une seule personne).

Le 24 mars, Ossinsky avait pris nettement position contre le point de vue de Lénine dans son article: Réforme de l’Inspection ouvrière et paysanne ou réforme de tout l’appareil central ? Il préconisait une réorganisation complète des institutions législatives et exécutives de l’État. Dans le même numéro de la Pravda, Kamenev faisait une réfutation serrée de la thèse d’Ossinsky qu’il considère comme une tentative de « révision du léninisme ».

*

Ossinsky attribue « ce qui ne va pas » en Russie à deux causes principales: 1. la désorganisation exceptionnelle des forces productrices, due aux guerres étrangères et civiles, la pauvreté qui en résulte; 2. la construction non réussie de l’appareil central des Soviets. Il est d’accord avec Lénine pour réformer l’Inspection ouvrière et paysanne, mais non pour sa fusion avec la Commission de contrôle du Parti, « organisme factice et peu efficace ».

Lénine se trompe parfois dit Ossinsky (Naturellement !) Rappelez-vous l’importance excessive accordée naguère au « Plan d’Etat ». Maintenant le « Plan d’État » est passé à l’arrière-plan… Il en sera de même de la fusion des deux institutions de contrôle, à laquelle Lénine attache trop d’importance.

Il faut, dit Ossinsky, séparer les fonctions du Parti de celles de l’État. L’Inspection ouvrière et paysanne doit devenir un corps élu, réduire ses dimensions, assurer un contrôle effectif et tenir lieu de conseiller du Conseil des Commissaires du Peuple.

Lénine veut réformer l’Inspection ouvrière et paysanne, la Commission de contrôle et le Comité central du Parti: très bien, dit Ossinsky, mais il faut réformer aussi le Conseil des Commissaires du Peuple, et il propose toute une série de réformes que voici:

1) Réunir le Bureau politique et le Bureau d’organisation du Comité central en un collège exécutif de 13 à 15 membres; 2) Composer celui pour moitié de membres du Conseil des Commissaires du Peuple, l’autre moitié assurant un travail du Parti, des syndicats, etc.; 3) Nommer un président du Conseil des Commissaires du Peuple et un suppléant, au lieu de trois actuels; 4) Faire du Conseil des Commissaires du peuple un organe administratif, et non légiférant; 5) Faire du Comité central exécutif panrusse le corps législatif, tenant des sessions de deux à trois mois; 6) Donner au Comité central du Parti le soin de trancher les grandes questions politiques; 7) Élever à 30 ou 40 membres l’effectif du Comité central du Parti, qui siègerait au moins tous les deux mois, sans préjudice des Conférences du Parti.

Ce n’est pas tout. Ossinsky est en désaccord avec Lénine depuis 1918 sur le recours aux spécialistes bourgeois. Il estime qu’on pourrait se tirer d’affaire, dans l’industrie, en laissant le champ libre à la partie la plus sûre des ouvriers, en chargeant ceux-ci de responsabilités. La Nep, dit-il; crée une ambiance toute différente de celle du capitalisme russe d’avant-guerre ou du capitalisme occidental actuel; les anciens spécialistes s’y perdent; il faut des hommes nouveaux, et non de vieilles expériences.

Naturellement, nous ne pouvons ici que résumer les idées d’Ossinsky d’une façon sommaire. Nous croyons avoir dit honnêtement l’essentiel.

Note de la BS:

[*] Le Manifeste de ce groupe est disponible en russe: Из воззвания группы «Рабочая Правда» (1923).  Dans son Staline (1935) Souvarine reviendra sur ces oppositions moins légales: cf. Oppositions ouvrières en Russie en 1923.

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