« L’Ecole émancipée » (Bouët, 1921)

by

Article de Gabrielle et Louis Bouët dans l’Humanité du 14 septembre 1921.

L’École émancipée, c’est la revue pédagogique publiée par la fédération des syndicats de l’Enseignement. Cet organe, qui avait été jusqu’à ce jour administré par nos camarades des Bouches-du-Rhône, doit être transféré en Maine-et-Loire pour la rentrée prochaine. Il convient de rappeler ici brièvement son histoire et, après souligné l’effort accompli, indiquer ce qu’il reste à faire.

L’histoire de « L’Ecole émancipée »

La création de la revue fut décidée au Congrès fédéral d’Angers, à Pâques 1910. Notre organisation groupait alors à peu près un millier d’instituteurs et d’institutrices répartis dans une vingtaine de syndicats départementaux. Il fallait de l’audace à cette poignée d’instituteurs syndicalistes pour lancer un hebdomadaire professionnel, quand la Fédération des Amicales, "forte" de 60.000 adhérents, ne l’avait jamais pu faire. Il s’agissait de rivaliser avec les grosses maisons d’édition comme Hachette, Armand Colin, Delagrave, Fernand Nathan, dont les organes d’enseignement primaire, bien connus du personnel, étaient des entreprises commerciales disposant de puissants moyens d’action. Mais l’oeuvre était urgente, et nos militants partirent pleins d’entrain.

Les camarades des Bouches-du-Rhône, à qui étaient confiée la direction du nouveau journal, firent preuve d’une persévérante énergie: au mois d’octobre 1910, l’Ecole émancipée prenait fièrement place dans la presse pédagogique, arborant cette devise: « Instruisons-nous et armons-nous ». Et elle fut vraiment, dès le début, un organe de perfectionnement et de combat.

Rénovation de l’Ecole, lutte contre les abus et les injustices dont souffrait la corporation, action sociale menée en accord avec l’ensemble des travailleurs organisés dans la C.G.T.: voilà le programme qu’on s’était tracé. Administrateurs et rédacteurs – tous étant des maîtres en exercice non rétribués pour leur collaboration – assurèrent la vie de la revue et son développement, malgré toutes les difficultés, sans faillir à ce programme. En juillet 1914, l’Ecole avait déjà plus de 1.000 abonnés, et la Fédération, un moment ébranlée par les poursuites gouvernementales de 1912, comprenait 50 groupements départementaux.

« L’Ecole émancipée » pendant la guerre

1914, la guerre… La plupart des amis de l’Ecole sont mobilisés. La revue va-t-elle disparaître dans la tourmente ? – Non, ceux qui restent font double ou triple tâche. Au 1er octobre 1914, on part comme les années précédentes.

La guerre et le reniement des révolutionnaires les plus connus !… L’Ecole fera-t-elle chorus avec les autres organes syndicalistes, socialistes ou anarchistes ? Prêchera-t-elle l’ « Union sacrée », la « guerre du Droit et de la Civilisation » ? La Fédération de l’Enseignement glissera-telle avec l’ensemble de la C.G.T. ? – Non, nous résistons à la vague chauvine, et la revue reste imprégnée de l’idéal internationaliste. On la censure, on la suspend: elle devient l’Ecole de la Fédération. Réduite pendant un temps à la partie scolaire, elle reprend progessivement son activité corporative, puis son action sociale, restant de 1914 à 1916 le seul hebdomadaire de France qui n’ait pas sacrifié au dieu de la guerre.

Au lendemain du massacre, l’Ecole émancipée, toujours fidèle au syndicalisme révolutionnaire, continue sa propagande sous la direction du syndicat des Bouches-du-Rhône, cependant que la Fédération des Instituteurs, devenue Fédération de l’Enseignement, est administrée par le syndicat de Maine-et-Loire.

Aidez « L’Ecole émancipée »

Au récent Congrès de Paris, arrivés statutairement au terme de notre gestion fédérale, et Marseille ne consentant plus à diriger l’Ecole, nous en avons accepté la charge en Anjou.

S’adressant à 5.000 abonnés, l’organe occupe maintenant une place importante dans la presse pédagogique. La « vie scolaire » apportera, comme dans le passé, une aide sérieuse aux camarades pour l’accomplissement de leur tâche journalière. La « vie pédagogique », qui s’inspirera des décisions du congrès, alternera avec une « vie littéraire et scientifique »; la « vie corporative » continuera le bon combat contre l’arbitraire et le favoritisme, prenant la défense de l’école laïque et de ses maîtres, s’efforçant d’obtenir des améliorations matérielles; quant à la « vie sociale », elle restera dans la tradition internationaliste à laquelle l’Ecole est attachée depuis sa fondation. D’une façon générale, notre organe sera une école de perfectionnement mutuel dans laquelle la libre discussion sera garantie aux camarades des diverses tendances syndicalistes.

Faire vivre et prospérer l’Ecole émancipée sera pour nous une lourde tâche à laquelle nous espérons ne pas être inférieurs, sûrs du concours de tous les bons militants de notre Fédération, et plus particulièrement du nouveau bureau fédéral.

G. et L. BOUET.

P.S. – Dans le but de soutenir la concurrence, nous avons décidé d’abaisser à 12 francs le prix de l’abonnement, sans réduction du nombre de pages. Cela entraînera une notable diminution des ressources, et il est indispensable que tous les amis de l’E.E. fassent un effort supplémentaire, comme les années précédentes par le moyen de l’abonnement-souscription. Les fonds peuvent être adressés dès maintenant à L. Bouët, 15 rue Fardeau, Saumur (M.-et-L.), compte courant 8126, bureau de chèques de Nantes (tarif unique, 0,15)

About these ads

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 440 autres abonnés

%d bloggers like this: