La conquête du pouvoir politique (Luxemburg, 1898)

par

Chapitre 3 de la deuxième partie de Réforme ou révolution ? (Rosa Luxemburg). [De temps à autres, et plutôt rarement, nous publions des textes qui ne sont pas inédits mais méritent une nouvelle diffusion, presque à chaque fois des fragments de K. Marx ou de R. Luxemburg, qu'il s'agisse de piqûres de rappel s'imposant par l'actualité ou d'utilité de toute façon évidente. Nous avons ainsi publié en 2009 un autre extrait de cette même brochure de Rosa Luxemburg: L’ adaptation du capitalisme par le crédit].

Le sort de la démocratie est lié, nous l’avons vu, au sort du mouvement ouvrier. Mais le développement de la démocratie rend-il superflue ou impossible une révolution prolétarienne dans le sens de la prise du pouvoir d’État, de la conquête du pouvoir politique ?

Bernstein tranche cette question en pesant soigneusement les aspects positifs et les aspects négatifs de la réforme légale et de la révolution, à peu près comme on pèse de la cannelle ou du poivre dans une coopérative de consommation. Dans le cours légal, il voit l’action du raisonnement ; dans son cours révolutionnaire, celle du sentiment ; dans le travail réformiste, une méthode lente ; dans la révolution, une méthode rapide de progrès historique ; dans la légalité, une force méthodique, dans l’insurrection, une violence spontanée.

C’est une chose bien connue que le réformateur petit-bourgeois aperçoit en tout un " bon " et un " mauvais " côté et qu’il mange à tous les râteliers. C’est aussi une chose bien connue que le cours réel de l’histoire ne se soucie guère des combinaisons petites-bourgeoises, et renverse d’un coup les échafaudages bien construits et les calculs, sans tenir compte des " bons côtés " des choses, si bien triés en tas.

En fait, dans l’histoire, la réforme légale ou la révolution se mettent en marche pour des raisons plus puissantes que le calcul des avantages ou des inconvénients comparés des deux méthodes.

Dans l’histoire de la société bourgeoise, la réforme légale eut pour effet de renforcer progressivement la classe ascendante jusqu’à ce que celle-ci se sente assez forte pour s’emparer du pouvoir politique et mettre à bas le système juridique pour en construire un nouveau. Bernstein, qui condamne les méthodes de prise de pouvoir politique en leur reprochant de reprendre les théories blanquistes de la violence taxe à tort de blanquisme ce qui est depuis des siècles le pivot et la force motrice de l’histoire humaine. Depuis qu’il existe des sociétés de classe et que la lutte des classes constitue le moteur essentiel de l’histoire, la conquête du pouvoir politique a toujours été le but de toutes les classes ascendantes ainsi que le point de départ et le point d’aboutissement de toute période historique. C’est ce que nous constatons dans les longues luttes de la paysannerie contre les financiers et contre la noblesse dans l’ancienne Rome, dans les luttes du patriciat contre les évêques et dans celles de l’artisanat contre les patriciens dans les villes du Moyen-âge, ainsi que dans celles de la bourgeoisie contre le féodalisme dans les temps modernes.

La réforme légale et la révolution ne sont donc pas des méthodes différentes de progrès historique que l’on pourrait choisir à volonté comme on choisirait des saucisses chaudes ou des viandes froides au buffet, mais des facteurs différents de l’évolution de la société de classe, qui se conditionnent et se complètent réciproquement, tout en s’excluant, comme par exemple le pôle Sud et le pôle Nord, la bourgeoisie et le prolétariat.

À chaque époque, en effet, la constitution légale est un simple produit de la révolution. Si la révolution est l’acte de création politique de l’histoire de classe, la législation n’est que l’expression, sur le plan politique, de l’existence végétative et continue de la société. Le travail légal de réformes ne possède aucune autre forme motrice propre, indépendante de la révolution ; il ne s’accomplit dans chaque période historique que dans la direction que lui a donnée l’impulsion de la dernière révolution, et aussi longtemps que cette impulsion continue à se faire sentir ou, pour parler concrètement, seulement dans le cadre de la forme sociale créée par la dernière révolution. Nous sommes là au cœur du problème.

Il est inexact et contraire à la vérité historique de se représenter le travail de réforme comme une révolution diluée dans le temps, et la révolution comme une réforme condensée. Une révolution sociale et une réforme légale ne sont pas des éléments distincts par leur durée, mais par leur contenu ; tout le secret des révolutions historiques, de la prise du pouvoir politique, est précisément dans le passage de simples modifications quantitatives en une qualité nouvelle ou, pour parler concrètement, dans le passage d’une période historique d’une forme de société donnée à une autre.

Quiconque se prononce en faveur de la réforme légale, au lieu et à l’encontre de la conquête du pouvoir politique et de la révolution sociale, ne choisit pas en réalité une voie plus paisible, plus sûre et plus lente conduisant au même but ; il a en vue un but différent : au lieu de l’instauration d’une société nouvelle, il se contente de modifications superficielles apportées à l’ancienne société. Ainsi les thèses politiques du révisionnisme conduisent-elles à la même conclusion que ses théories économiques. Elles ne visent pas, au fond, à réaliser l’ordre socialiste, mais à réformer l’ordre capitaliste, elles ne cherchent pas à abolir le système du salariat, mais à doser ou à atténuer l’exploitation, en un mot elles veulent supprimer les abus du capitalisme et non le capitalisme lui-même.

Cependant, ce que nous venons de dire de la fonction respective de la réforme légale et de la révolution n’est-il pas valable uniquement pour une lutte de classes du passé ?

Peut-être, grâce au développement du système juridique bourgeois, incombe-t-il à la réforme légale de faire passer la société d’une phase historique à une autre ? La conquête du pouvoir d’État par le prolétariat n’est-elle pas devenue  « une phrase vide de sens », comme le prétend Bernstein ?

En fait, c’est le contraire qui est vrai. Qu’est-ce qui distingue la société bourgeoise des autres sociétés de classe, de la société antique et de la société féodale ? C’est le fait que la domination de classe n’y repose pas sur les  « droits acquis », mais sur de véritables rapports économiques, le fait que le salariat n’est pas un rapport juridique, mais un rapport purement économique. On ne trouvera dans tout notre système juridique aucun statut légal de la domination de classe actuelle. S’il en reste encore des traces, ce sont des survivances de la société féodale, tel le règlement du statut de la domesticité.

Comment supprimer alors l’esclavage du salariat progressivement " par la voie légale ", s’il n’est pas traduit dans les lois ? Bernstein, qui prétend, par le moyen de la réforme légale, abolir le capitalisme, se trouve dans la même situation que le romancier russe Ouspenski, qui racontait ainsi son aventure : " Vite je saisis le gaillard au collet ! Mais que vois-je ? Ce misérable n’avait pas de collet ! " Voilà le problème…

« Toutes les sociétés antérieures étaient fondées sur l’antagonisme de la classe opprimante et de la classe opprimée » (Manifeste Communiste). Mais dans les phases précédentes de la société moderne, cet antagonisme se traduisait par des rapports juridiques bien déterminés ; de ce fait, il pouvait accorder dans une certaine mesure une place aux nouveaux rapports dans le cadre des anciens. « Au sein même du servage, le serf s’est élevé au rang de membre de la commune » (Manifeste Communiste). Comment cela fut-il possible ? Par la suppression progressive de tous les privilèges dans le domaine de la cité : corvées, droit de vêtement, taxes sur l’héritage, droit du meilleur catel, impôt personnel, contrainte de mariage, droits de succession, etc., dont l’ensemble constituait précisément le servage.

C’est de cette manière également que le petit-bourgeois du Moyen-âge a réussi « sous le joug de l’absolutisme féodal à s’élever au rang de bourgeois » (Manifeste Communiste). Par quel moyen ? Par l’abolition partielle et formelle ou par le relâchement effectif des liens corporatifs, par la transformation progressive de l’administration des finances et de l’armée.

Si l’on considère le problème dans l’absolu, et non dans une perspective historique, on peut au moins imaginer, dans le cadre des anciens rapports de classes, une voie légale, réformiste, du passage de la société féodale à la société bourgeoise. Mais la réalité montre que là non plus les réformes légales n’ont pas rendu inutile la prise du pouvoir politique par la bourgeoisie, au contraire elles ont servi à la préparer et à l’introduire. Il a fallu une révolution politique et sociale en règle, à la fois pour abolir le servage et pour supprimer le féodalisme. Aujourd’hui la situation est tout autre. Aucune loi n’oblige le prolétariat à se soumettre au joug du capital, c’est la misère et le manque de moyens de production qui l’y contraignent. Mais aucune loi au monde ne peut lui accorder ses moyens de production dans le cadre de la société bourgeoise parce que ce n’est pas la loi, mais le développement économique qui l’a dépossédé de ses moyens de production.

De même l’exploitation à l’intérieur du système du salariat n’est pas non plus fondée sur la loi, car le niveau des salaires n’est pas fixé par voie légale, il dépend de facteurs économiques. Le fait lui-même de l’exploitation n’a pas pour origine une disposition légale, il a un fondement purement économique, à savoir le fait que la force de travail joue le rôle d’une marchandise, possédant entre autres cette qualité de produire de la valeur, et même plus de valeur que n’en consomment les ouvriers dans leurs moyens de subsistance.

En un mot, il est impossible de transformer les rapports fondamentaux de la société capitaliste, qui sont ceux de la domination d’une chose par une autre, par des réformes légales qui en respecteraient le fondement bourgeois ; ces rapports ne sont pas en effet le produit d’une législation bourgeoise, ils ne sont pas traduits par des lois. Bernstein l’ignore, apparemment, puisqu’il se propose une " réforme " socialiste, mais il le reconnaît implicitement lorsqu’il écrit à la page 10 de son livre que le « motif économique se dévoile aujourd’hui, alors qu’autrefois il était masqué par toutes sortes de rapports de domination et d’idéologie ».

Ce n’est pas tout. Le régime capitaliste a ceci de particulier, que tous les éléments de la société future, en se développant, au lieu de s’orienter vers le socialisme, s’en éloignent, au contraire. La production revêt de plus en plus un caractère social. Mais comment se traduit ce caractère social ? Il prend la forme de la grande entreprise, de la société par actions, du cartel, au sein desquels les antagonismes capitalistes, l’exploitation, l’oppression de la force de travail, s’exaspèrent à l’extrême.

Dans l’armée, l’évolution du capitalisme entraîne l’extension du service militaire obligatoire, la réduction du temps de service ; il semble que l’on tende vers un système de milice populaire. Mais cette évolution s’accomplit dans le cadre du militarisme moderne ; la domination du peuple par l’État militariste s’y manifeste nettement, ainsi que le caractère de classe de l’Etat.

Dans le domaine politique, l’évolution du système conduit, si le terrain y est favorable, à la démocratie, à la participation de toutes les couches de la population à la vie politique. On s’oriente donc en quelque sorte vers un " État populaire ". Mais ceci dans le cadre du parlementarisme bourgeois où les antagonismes de classe, loin d’être résolus, s’étalent au contraire au grand jour. L’évolution du capitalisme oscille donc entre des contradictions ; pour dégager le noyau socialiste de la gangue capitaliste, il faut que le prolétariat s’empare du pouvoir politique, et que le système capitaliste soit entièrement aboli.

De ces constatations Bernstein tire de tout autres conclusions : s’il est vrai que le développement du capitalisme doit exaspérer et non pas atténuer les contradictions capitalistes, alors " la social-démocratie devrait ", à l’en croire, " pour ne pas se rendre la tâche plus difficile, essayer de barrer la route aux réformes sociales et d’empêcher l’extension des institutions démocratiques " (page 71). Ce serait juste, en effet, si la social-démocratie avait le souci petit-bourgeois et vain de trier les bons et les mauvais côtés de l’histoire. En ce cas, elle devrait, pour être conséquente, " essayer de barrer la route " au capitalisme tout entier, puisque c’est bien lui le noir criminel qui met des obstacles au socialisme. En fait le capitalisme, tout en mettant des obstacles au socialisme, offre les seules possibilités de réaliser le programme socialiste. Ceci vaut également pour la démocratie. La démocratie est peut-être inutile, ou même gênante pour la bourgeoisie aujourd’hui ; pour la classe ouvrière, elle est nécessaire, voire indispensable.

Elle est nécessaire, parce qu’elle crée les formes politiques (auto-administration, droit de vote, etc.) qui serviront au prolétariat de tremplin et de soutien dans sa lutte pour la transformation révolutionnaire de la société bourgeoise. Mais elle est aussi indispensable, parce que c’est seulement en luttant pour la démocratie et en exerçant ses droits que le prolétariat prendra conscience de ses intérêts de classe et de ses tâches historiques.

En un mot, la démocratie est indispensable, non pas parce qu’elle rend inutile la conquête du pouvoir politique par le prolétariat ; au contraire, elle rend nécessaire et en même temps possible cette prise du pouvoir. Lorsque Engels dans sa préface à La lutte des classes en France révisait la tactique du mouvement ouvrier moderne, opposant aux barricades la lutte légale, il n’avait pas en vue – et chaque ligne de cette préface le démontre – le problème de la conquête définitive du pouvoir politique, mais celui de la lutte quotidienne actuelle. Il n’analysait pas l’attitude du prolétariat à l’égard de l’État capitaliste au moment de la prise du pouvoir, mais son attitude dans le cadre de l’État capitaliste. En un mot, Engels donnait les directives au prolétariat opprimé, et non au prolétariat victorieux.

En revanche, la phrase célèbre de Marx sur la question agraire en Angleterre, et dont Bernstein tire argument, à savoir " qu’on la réglerait plus facilement en achetant les landlords " – cette phrase ne se rapporte pas à l’attitude du prolétariat avant, mais après sa victoire. Car on ne peut parler d’acheter les classes dominantes que si la classe ouvrière est au pouvoir. Ce que Marx envisageait, c’était l’exercice pacifique de la dictature prolétarienne, et non le remplacement de la dictature par des réformes sociales capitalistes.

Marx et Engels n’ont jamais mis en doute la nécessité de la conquête du pouvoir politique par le prolétariat. Il était réservé à Bernstein de considérer la mare aux grenouilles du parlementarisme bourgeois comme l’instrument appelé à réaliser le bouleversement social le plus formidable de l’histoire, à savoir la transformation des structures capitalistes en structures socialistes.

Mais en exposant sa théorie, Bernstein avait commencé par exprimer simplement la crainte que le prolétariat ne s’empare trop tôt du pouvoir. Si tel était le cas, une telle action reviendrait, selon Bernstein, à laisser la société bourgeoise dans la situation où elle est, et le prolétariat subirait une défaite redoutable. Cette crainte montre à quoi aboutit pratiquement la théorie de Bernstein : à conseiller au prolétariat, pour le cas où les circonstances l’amèneraient au pouvoir, d’aller tout simplement se coucher. Mais par là même cette théorie se juge elle-même, se dévoile comme une doctrine condamnant le prolétariat, aux instants décisifs de la lutte, à l’inaction, donc à une trahison passive de sa propre cause.

Si notre programme ne pouvait être applicable à toutes les éventualités et à tous les moments de la lutte – il ne serait qu’un vil chiffon de papier. Formulation globale de l’évolution historique du capitalisme, notre programme doit également décrire dans leurs traits fondamentaux toutes les phases transitoires de ce développement, et donc orienter à chaque instant l’attitude du prolétariat dans le sens d’une marche vers le socialisme. On peut donc conclure qu’il n’existe aucune circonstance où le prolétariat serait contraint d’abandonner son programme, ou d’être abandonné par lui.

Concrètement, cela veut dire qu’il n’y a aucun moment où le prolétariat, porté au pouvoir par les circonstances, ne puisse, ou ne soit tenu de prendre certaines mesures en vue de réaliser son programme, des mesures de transition vers le socialisme. Affirmer que le programme socialiste pourrait se révéler impuissant à une phase quelconque de la prise du pouvoir et incapable de donner des directives en vue de sa réalisation, revient à affirmer que le programme socialiste est, d’une manière générale et de tout temps, irréalisable.

Mais si les mesures transitoires sont prématurées ?

Cette objection révèle une série de malentendus quant à la nature réelle et au déroulement de la révolution sociale. Premier malentendu : la prise du pouvoir politique par le prolétariat, c’est-à-dire par une grande classe populaire, ne se fait pas artificiellement. Sauf en certains cas exceptionnels – tels que la Commune de Paris, où le prolétariat n’a pas obtenu le pouvoir au terme d’une lutte consciente, mais où le pouvoir lui est échu comme un bien dont personne ne veut plus – la prise du pouvoir politique implique une situation politique et économique parvenue à un certain degré de maturité. C’est là toute la différence entre des coups d’État de style blanquiste, accomplis par " une minorité agissante ", déclenchés à n’importe quel moment, et en fait, toujours inopportunément, et la conquête du pouvoir politique par la grande masse populaire consciente ; une telle conquête ne peut être que le produit de la décomposition de la société bourgeoise ; elle porte donc en elle-même la justification économique et politique de son opportunité.

Si l’on considère les conditions sociales de la conquête du pouvoir, la révolution ne peut donc se produire prématurément ; si elle est prématurée, c’est du point de vue des conséquences politiques lorsqu’il s’agit de conserver le pouvoir.

La révolution prématurée, dont le spectre hante les nuits de Bernstein, menaçante comme une épée de Damoclès, ne peut être conjurée par aucune prière, aucune supplication, toutes les transes et toutes les angoisses sont impuissantes à cet égard. Et cela pour deux raisons très simples.

Tout d’abord un bouleversement aussi formidable que le passage de la société capitaliste à la société socialiste ne peut se produire d’un bond, par un coup de main heureux du prolétariat. L’imaginer, c’est faire preuve encore une fois de conceptions résolument blanquistes. La révolution socialiste implique une lutte longue et opiniâtre au cours de laquelle, selon toute probabilité, le prolétariat aura le dessous plus d’une fois ; si l’on regarde le résultat final de la lutte globale, sa première attaque aura donc été prématurée : il sera parvenu trop tôt au pouvoir.

Or – et c’est là le deuxième point – cette conquête " prématurée " du pouvoir politique est inévitable, parce que ces attaques prématurées du prolétariat constituent un facteur, et même un facteur très important, créant les conditions politiques de la victoire définitive : en effet, ce n’est qu’au cours de la crise politique qui accompagnera la prise du pouvoir, au cours de longues luttes opiniâtres, que le prolétariat acquerra le degré de maturité politique lui permettant d’obtenir la victoire définitive de la révolution. Ainsi ces assauts " prématurés " du prolétariat contre le pouvoir d’Etat sont eux-mêmes des facteurs historiques importants, contribuant à provoquer et à déterminer le moment de la victoire définitive. De ce point de vue l’idée d’une conquête " prématurée " du pouvoir politique par les travailleurs apparaît comme un contre-sens politique, contre-sens dû à une conception mécanique de l’évolution de la société ; une telle conception suppose pour la victoire de la lutte des classes un moment fixé en dehors et indépendamment de la lutte des classes.

Or, nous avons vu que le prolétariat ne peut faire autrement que de s’emparer " prématurément " du pouvoir politique, ou, en d’autres termes, il ne peut que le conquérir une ou plusieurs fois trop tôt pour parvenir enfin à sa conquête définitive ; de ce fait, s’opposer à une conquête " prématurée " du pouvoir, revient à s’opposer, en général, à l’aspiration du prolétariat à s’emparer du pouvoir d’État.

Tous les chemins mènent à Rome : nous aboutissons logiquement, ici encore, à cette conclusion que le conseil révisionniste d’abandonner le but final socialiste revient à abandonner le mouvement socialiste tout entier.

Rosa Luxemburg à Stuttgart (1907)

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Une Réponse to “La conquête du pouvoir politique (Luxemburg, 1898)”

  1. lucien Says:

    en italien:

    La conquista del potere politico (Rosa Luxemburg)

    Abbiamo visto come il destino della democrazia sia legato ai quello del movimento operaio. Forse che lo sviluppo della democrazia anche nel migliore dei casi rende superflua o impossibile una rivoluzione proletaria, intesa nel senso della
    conquista del potere statale, dei potere politico? Bernstein risolve la questione soppesando minuziosamente il pro e il contro della riforma legislativa e della rivoluzione, con la stessa tranquillità con cui si peserebbe cannella e pepe in una cooperativa di consumo. Nel corso legale dello sviluppo egli vede l’azione dell’intelletto, nel corso rivoluzionario quella del sentimento, nel lavoro di riforma un metodo lento, in quello rivoluzionario uno rapido, del progresso storico, nell’opera legislativa una forza metodica, nell’assalto violento una elementare (p. 183). E’ una storia vecchia, che il riformatore piccolo-borghese, vede in tutte le cose del mondo, un lato "buono" e uno "cattivo", e coglie fiori in tutte le aiuole. E’ una storia altrettanto vecchia che il corso reale delle cose si cura molto poco di tali combinazioni piccolo-borghesi, e che il mucchietto di lati "buoni" di tutte le cose possibili del mondo, per quanto preparato con cura, salta in aria per un semplice buffetto. In pratica, nel mondo, noi vediamo agire riforma legislativa e rivoluzione per motivi ben più profondi che non siano i vantaggi o gli svantaggi di questo o quel metodo.

    Nella storia della società borghese, la riforma legislativa ha servito al progressivo rafforzamento della classe ascendente, fintantoché essa si è sentita matura per conquistare il potere politico e rovesciare tutto il sistema giuridico costituito, per costruirne uno nuovo. Bernstein, che si scaglia contro la conquista del potere politico in
    quanto teoria blanquista della violenza, ha la disgrazia di considerare errore blanquista di calcolo proprio quello che è da secoli il perno e la forza propulsiva della storia umana. Dacché esistono società classiste, e la lotta delle classi costituisce il contenuto essenziale della loro storia, la conquista del potere politico è sempre stata tanto la meta
    di tutte le classi ascendenti, quanto il punto iniziale e terminale di ogni periodo storico.

    Questo noi vediamo nelle lunghe lotte dei contadini con i capitalisti del denaro e con i nobili nell’antica Roma, nelle lotte del patriziato con i vescovi e degli artigiani con i patrizi nelle città medievali, nelle lotte della borghesia contro il feudalesimo nell’era moderna. Riforma legislativa e rivoluzione non sono dunque metodi diversi del progresso storico, che si possono scegliere al buffet della storia, come salsicce calde o fredde, ma sono momenti diversi nello sviluppo della società classista, che si condizionano e completano a vicenda ma nel medesimo tempo si escludono a vicenda,
    come il polo nord e il polo sud, la borghesia e il proletariato. E in verità in ogni tempo la costituzione giuridica è semplicemente un prodotto della rivoluzione. Mentre la rivoluzione è l’atto politico creativo della storia delle classi la legislazione rappresenta la continuità della vegetazione politica della società. Giacché il lavoro di riforma sociale
    non ha in sé una propria forza di propulsione, indipendente dalla rivoluzione, bensì, in ogni periodo della storia, si muove solo nella direzione e per il tempo corrispondente alla spinta che gli è stata impressa dall’ultima rivoluzione, o, per parlare concretamente, solo nel quadro di quell’assetto della società che è stato posto in essere dalla più recente
    rivoluzione. Proprio questo è il nocciolo della questione.

    E’ fondamentalmente falso e del tutto antistorico vedere nel lavoro di riforma legislativa solo una rivoluzione tirata per il lungo e nella rivoluzione una riforma condensata. Una rivoluzione sociale e una riforma legislativa sono momenti diversi, non per la loro durata ma per la loro natura. Tutto il segreto dei rivolgimenti storici ottenuti con l’uso del potere politico consiste proprio nella trasformazione di pure mutazioni quantitative in qualche cosa di qualitativamente nuovo; per parlare concretamente, nel passaggio da un periodo storico, da un ordinamento sociale, ad un altro.

    Perciò, chi si pronuncia favorevole alla via della riforma legislativa invece e in contrapposto alla conquista del potere politico e alla rivoluzione sociale, sceglie in pratica non una via più tranquilla, più sicura, più lenta, verso la stessa meta, quanto piuttosto un’altra meta, cioè, in luogo dell’instaurazione di un nuovo ordinamento sociale, soltanto dei mutamenti, e non sostanziali, dell’antico. Così, partendo dalle opinioni politiche del revisionismo, si arriva alla stessa conclusione che partendo dalle sue teorie economiche: che esse, in fondo, non portano alla realizzazione dell’ordinamento socialistico, bensì soltanto a una riforma dell’ordinamento capitalistico, non all’abolizione del sistema salariale, bensì a un minore o maggiore sfruttamento, in una parola alla eliminazione degli abusi del capitalismo e non del capitalismo stesso. O forse queste affermazioni sulla funzione della riforma legislativa e sulla rivoluzione valgono solo nei confronti della lotta tra le classi combattuta nel passato? Forse che, a partire da questo momento, grazie allo sviluppo del sistema giuridico borghese, spetterà alla riforma legislativa anche il passaggio della società da una ad un’altra fase storica, e la conquista del potere statale da parte del proletariato sarà "divenuta una frase priva di senso" come dice Bernstein a p. 183 della sua opera?

    E’ vero precisamente il contrario. Che cosa distingue la società borghese dalle precedenti società classiste, antiche e medievali? Proprio la circostanza che il predominio di una classe poggia non su "diritti legittimamente acquisiti" ma su effettivi rapporti economici, che il salariato non è un rapporto giuridico ma un rapporto puramente economico. Non potrà trovarsi in tutto il nostro sistema giuridico una formula di legge che definisca l’attuale predominio di classe. Se si trovano tracce di una tale formula, esse sono semplicemente residui del regime feudale, come il regolamento della servitù.

    E allora, come abolire la schiavitù del salario "per via legale", gradatamente, quando si è visto che di essa le leggi non fanno cenno? Bernstein, che si vuole accingere alla riforma legislativa, per preparare, su questa strada, la fine del capitalismo, assomiglia a quel poliziotto russo, che, in Uspenskij, racconta la sua avventura: "E allora ho subito afferrato il tipo per il colletto e che cosa è saltato fuori? Che quel dannato tipo non aveva colletto". Qui sta il punto. "Ogni società finora esistita ha poggiato come abbiamo già visto, sul contrasto tra le classi degli oppressori e le classi
    degli oppressi" (Manifesto comunista, p. 17). Ma nelle fasi precedenti della società moderna questo antagonismo era espresso in dati rapporti giuridici e poteva garantire fino a un certo punto che i rapporti futuri si sarebbero mantenuti entro gli antichi confini. "Il servo della gleba ha potuto, continuando a esser tale, elevarsi a membro del Comune" (ivi). E in qual modo? Con l’abolizione graduale nel territorio distrettuale della città, di tutti quei diritti particolari, l’insieme dei quali costituiva la servitù della gleba: le corvées, il prelievo mortuario del vestiario e del miglior capo di bestiame, la capitazione, i diritti sul matrimonio, il diritto alla ripartizione ereditaria, ecc.

    Allo stesso modo, "il borghigiano pur sotto il giogo dell’assolutismo feudale, ha potuto diventare un borghese"(ivi) [4]. Per quale via? Attraverso una parziale abolizione formale e, un allentamento effettivo dei legami corporativi, attraverso una graduale trasformazione dell’amministrazione delle finanze e dell’esercito nella misura indispensabile.

    Se perciò si vuole considerare la questione da un punto di vista astratto anziché storico, si può per lo meno immaginare che vi sia stato, almeno nello stadio precedente, un passaggio della società da feudale a borghese, con metodi legislativo-riformistici. Ma che cosa vediamo in realtà? Che anche qui le riforme legislative anziché rendere superflua la conquista da parte della borghesia del potere politico, servivano a prepararla e a realizzarla. Una formale trasformazione politico-sociale era indispensabile tanto per l’abolizione della servitù della gleba, quanto per la soppressione del feudalesimo.

    Ma la situazione è ora affatto diversa. Nessuna legge obbliga il proletariato a soggiacere al giogo del capitale, bensì ve lo obbliga il bisogno, la mancanza di mezzi di produzione. Ma nessuna legge al mondo può decretargli questi mezzi nel quadro della società borghese, poiché egli non ne è stato privato da una legge, ma dello sviluppo economico.

    Inoltre lo sfruttamento all’interno del sistema salariale non si basa su legge alcuna, giacché il livello dei salari non viene determinato per via legale ma attraverso fattori economici. E il fatto stesso dello sfruttamento non si basa su una disposizione di legge ma su un fatto puramente economico, per il quale la forza di lavoro risulta essere una merce, che ha, fra l’altro, questa pregevole caratteristica di produrre valore, e precisamente valore in misura maggiore di quanto essa stessa consumi nei mezzi di sussistenza dell’operaio. In una parola, tutte le condizioni fondamentali del dominio di
    classe capitalistico non si lasciano trasformare da riforme legislative su basi borghesi, giacché esse né sono state introdotte da leggi borghesi, né da simili leggi hanno ricevuto la loro forma. Bernstein non lo sa, quando fa il progetto della sua "riforma" socialista, ma quello che non sa egli dice a p. 10 del suo libro, quando scrive che "il movente
    economico oggi affiora liberamente, mentre un tempo doveva travestirsi sotto le spoglie di rapporti di dominio e di ideologie". Ma non basta. Un’altra caratteristica del regime capitalistico è che nel suo seno tutti gli elementi della società futura nel loro sviluppo prendono dapprima una forma nella quale, anziché avvicinarsi al socialismo, se ne
    allontanano. Nella produzione si manifesta sempre di più il carattere sociale. Ma in che forma? Di grande impresa, di società per azioni, di cartelli, istituti nei quali le contraddizioni capitalistiche – sfruttamento, oppressione della forza di lavoro – si accrescono enormemente.

    Nell’esercito, quest’evoluzione porta l’estensione del servizio militare obbligatorio, la riduzione della ferma, cioè, materialmente, un avvicinamento all’esercito di popolo.

    Ma tutto questo avviene nelle forme del militarismo moderno, nel quale il dominio sul popolo da parte dello Stato militarista, e il carattere classista dello Stato, trovano la loro massima espressione. Nei rapporti politici, lo sviluppo della democrazia, in quanto trova terreno favorevole, conduce alla partecipazione di tutti gli strati popolari alla vita
    politica, cioè in una certa misura, allo "Stato popolare". Ma questo nella forma del parlamentarismo borghese, in cui gli antagonismi di classe, e il predominio di una classe, non sono aboliti, ma piuttosto dispiegati e messi a nudo. Giacché tutta l’evoluzione capitalistica si svolge in tal guisa per contraddizioni, bisogna, per estrarre il nocciolo della società socialista dall’involucro capitalistico che gli si oppone, avere anche per questo motivo ricorso alla conquista del potere politico da parte del proletariato e alla soppressione totale del regime capitalistico.

    Certo, Bernstein, dagli stessi dati di fatto trae conseguenze diverse: se lo sviluppo della democrazia porta ad inasprire anziché ad attutire le contraddizioni capitalistiche, "la socialdemocrazia", ci risponde, "se non vuole rendersi da se stessa più grave il lavoro, dovrebbe sforzarsi di impedire nella misura del possibile le riforme sociali e le
    istituzioni democratiche" (p. 71). Questo certamente se la socialdemocrazia, secondo il metodo piccolo-borghese, trovasse gusto a questa occupazione da sfaccendati che consiste nello scegliere tutti i lati buoni della storia e nel gettar via i cattivi. Solo in tal caso essa dovrebbe conseguentemente "sforzarsi di impedire" anche tutto il capitalismo, poiché esso è incontestabilmente il ribaldo numero uno, che le oppone tutti gli ostacoli sulla via del socialismo. In pratica, il capitalismo, insieme agli ostacoli, offre anche la sola possibilità di mettere in atto il programma socialista. E questo vale pienamente, anche nei confronti della democrazia.

    Se per la borghesia la democrazia è diventata un elemento in parte superfluo, in parte di ostacolo, essa per la classe operaia, invece, è diventata necessaria e indispensabile. Necessaria, prima di tutto in quanto offre le forme politiche
    (autogoverno, diritto elettorale) che serviranno al proletariato da appigli e punti di appoggio nella sua opera di trasformazione della società borghese. Ma anche indispensabile, perché solo in essa, nella lotta combattuta per la democrazia, nell’esercizio dei diritti democratici, il proletariato diviene cosciente dei propri interessi di classe e dei propri compiti storici. La democrazia insomma è indispensabile, non in quanto rende superflua la conquista del potere politico da parte del proletariato, ma al contrario perché fa di questa conquista una necessità e al tempo stesso l’unica
    possibilità. Quando Engels, nella sua prefazione alle Lotte delle classi in Francia rivedeva la tattica dell’attuale movimento operaio, e contrapponeva alle barricate la lotta legale, egli non trattava – e questo appare evidente da ogni riga della sua prefazione – la questione della conquista definitiva del potere politico, ma quella della lotta quotidiana
    attuale, non l’atteggiamento del proletariato di fronte allo Stato capitalistico al momento della conquista del potere statale, ma il suo atteggiamento all’interno dello Stato capitalistico. Engels, in una parola, ha dato le direttive al proletariato dominato, non al proletariato vincitore.

    Viceversa la ben nota frase di Marx sulla questione delle terre in Inghilterra, alla quale pure si richiama Bernstein "probabilmente se ne verrebbe a capo al miglior mercato comperando in blocco i landlords", non si riferisce all’atteggiamento del proletariato prima della vittoria, bensì dopo di essa. Giacché di "acquisto in blocco" della classe dominante, si può parlare apertamente soltanto se la classe operaia è al governo. Quel che Marx qui prendeva in considerazione è l’esercizio pacifico della dittatura proletaria, e non la sostituzione della dittatura mediante la riforma sociale capitalistica. Questa stessa necessità della conquista del potere politico da parte del proletariato fu in ogni tempo fuori discussione tanto per Marx quanto per Engels. Ed era riservato a Bernstein di scambiare il pollaio del parlamentarismo borghese con l’organo competente a realizzare la trasformazione più formidabile della storia mondiale, cioè il passaggio della società dalle forme capitalistiche a quelle socialistiche.

    Ma Bernstein ha iniziato la sua teoria manifestando paura e ammonendo di fronte al pericolo che il proletariato giunga troppo presto al governo! In questo caso, secondo Bernstein, il proletariato dovrebbe lasciare immutate le condizioni della società borghese, e subire esso stesso una tremenda disfatta. Ciò che traspare innanzitutto da questa paura è che la teoria di Bernstein fa una sola raccomandazione "pratica" al proletariato, nel caso le circostanze lo facessero giungere al governo: di mettersi a dormire. Ma con ciò essa si giudica senz’altro da sé come una concezione che condanna
    il proletariato, nei momenti più importanti della lotta, all’inerzia e al tradimento passivo della propria causa.

    In realtà tutto il nostro programma si ridurrebbe a un miserabile foglio di carta straccia, se non fosse in condizione di servirci per ogni eventualità e in ogni momento della lotta, e servirci grazie alla sua applicazione non alla sua non applicazione. Se il nostro programma contiene la formulazione dello sviluppo storico della società dal capitalismo al socialismo è naturale che esso debba contenere nelle sue grandi linee la formulazione di tutte le fasi intermedie di questo sviluppo, e debba perciò indicare al proletariato, in ogni momento, la condotta più adatta, nel senso di un avvicinamento al socialismo. Ne consegue che in generale non può esservi per il proletariato nessun momento in cui esso sarebbe costretto a piantare in asso il suo programma, o in cui potrebbe a sua volta essere piantato in asso dal programma.

    In pratica questo si manifesta nel fatto che non può esistere alcun momento in cui il proletariato, portato dal corso delle cose al governo, non sia in condizioni e anzi non sia obbligato a prendere certe misure per l’attuazione del suo programma, e certe misure transitorie nel senso del socialismo. Dietro l’affermazione che il programma socialista
    potrebbe completamente fallire in qualsiasi momento del potere politico del proletariato e non dare indicazione alcuna per la sua attuazione, si nasconde inconsciamente l’altra affermazione: il programma socialista sarebbe sempre e assolutamente irrealizzabile. E se le misure transitorie sono premature? Questa domanda racchiude tutto un groviglio di malintesi circa il corso reale dei rivolgimenti sociali. La conquista del potere politico da parte del proletariato, cioè da parte di una grande classe popolare, non è, innanzi tutto, un fatto provocato artificialmente. Se si eccettuano casi, come la Comune di Parigi, nei quali il potere, anziché risultato di una lotta cosciente dei suoi scopi, è caduto eccezionalmente in grembo al proletariato come un bene di nessuno, da tutti abbandonato, questa conquista presuppone un certo grado di maturazione delle condizioni economico-politiche. Qui sta la differenza fondamentale, fra i colpi di stato blanquisti, di una "minoranza decisa" che scoppiano ad ogni momento come colpi di pistola e appunto perciò sempre fuori del tempo, e la conquista del potere statale da parte della grande massa popolare dotata di coscienza di classe, la quale altro non può
    essere che il prodotto iniziale del crollo della società borghese, e che porta perciò in se stessa la legittimazione economico-politica della tempestività.

    E se la conquista del potere politico da parte del proletariato non può quindi, dal punto di vista dei presupposti sociali, avvenire "troppo presto", dal punto di vista delle sue conseguenze politiche, cioè del mantenimento del potere, essa deve invece avvenire "troppo presto". La rivoluzione prematura che turba i sonni di Bernstein, ci minaccia come una spada di Damocle, e nulla vale a difenderci da essa, né preghiere, né suppliche, né ansie, né paure. E questo per due ragioni semplicissime.
    Innanzitutto è assolutamente impensabile che un rivolgimento così formidabile come il passaggio della società dal regime capitalistico al regime socialistico avvenga d’un colpo solo, per un solo attacco vittorioso del proletariato. Supporre questo evento come possibile, sarebbe di nuovo ragionare blanquisticamente. La rivoluzione socialista presuppone una lunga ed accanita battaglia, nel corso della quale molto probabilmente il proletariato verrà ricacciato indietro più d’una volta, cosicché, la prima volta, dal punto di vista del risultato finale della lotta, esso sarà necessariamente giunto al potere "troppo presto".

    In secondo luogo, questa "prematura" conquista del potere statale è inevitabile anche perché questi "prematuri"attacchi del proletariato sono per se stessi un fattore assai importante, che crea le condizioni politiche della vittoria finale, giacché il proletariato, solo nel corso di quella crisi politica che accompagnerà la sua conquista del potere, solo nel fuoco di lunghe e dure battaglie, potrà raggiungere il grado necessario di maturità politica, che lo renderà capace di provocare il grande e definitivo rivolgimento.
    Così questi attacchi prematuri che il proletariato sferra alla conquista del potere politico statale si rivelano momenti storici importanti che contribuiscono a provocare e determinare il momento della vittoria definitiva. Da questo punto di vista, considerare come "prematura" questa conquista del potere pubblico da parte del popolo lavoratore, appare un’assurdità politica, che nasce da una concezione meccanica dello sviluppo della società e suppone per la vittoria della lotta di classe un momento determinato all’infuori e indipendente dalla lotta stessa delle classi.

    Ma dal momento che il proletariato non è in condizione di conquistare il potere pubblico se non "troppo presto", e, in altre parole, dato che deve assolutamente conquistarlo, una sola volta o più volte, "troppo presto" e, insomma, deve conquistarlo continuamente, l’opposizione contro la conquista "prematura" del potere non è altro che opposizione contro lo sforzo in generale che fa il proletariato per impadronirsi del potere pubblico.

    Anche su questa strada – tutte le strade conducono a Roma – arriviamo, naturalmente, a concludere che la raccomandazione fatta dai revisionisti di abbandonare lo scopo socialista, sbocca in quest’altra, di abbandonare tutto il movimento socialista.

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