Nationalisations : l’État au service des capitalistes  !

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Article paru dans Convergences révolutionnaires N°85, janvier-février 2013. Il nous a paru suffisamment "méritant" pour un groupe trotskyste (la fraction lEtincelle) pour que nous dérogions à notre préférence pour les textes inédits et le reproduisions ici.

Nationalisations : l’État au service des capitalistes  !

Difficile de comprendre le rôle des nationalisations sans comprendre celui de l’État. Ce sont les États, par leur puissance financière et leur bras armé qui ont permis au capitalisme de se développer et de perdurer. Les nationalisations ne sont qu’une facette de l’intervention des États dans le fonctionnement de l’économie capitaliste, pour cette économie.

L’État capitaliste nationalise pour trois raisons essentielles

L’une est l’incapacité des capitalistes privés de développer des pans entiers de l’économie nécessaires à son fonctionnement ou de prendre en charge des secteurs non rentables. C’est le cas des nationalisations d’après-guerre : EDF, SNCF, Charbonnages, Santé… Les investissements nécessaires à la relance de la machine économique étaient tellement énormes que seuls les États (France, Angleterre, Allemagne, etc.) étaient en capacité de le faire sans pour autant que ce soit une socialisation des moyens de production. Une autre raison des nationalisations, comme celles faites par Mitterrand en 1981, est de permettre de restructurer l’appareil de production capitaliste en difficulté. La troisième raison est d’absorber par la nationalisation les pertes du secteur privé, comme ce fut le cas pour la sidérurgie, entre autres.

En 1982, vague de nationalisations sous Mitterrand

Les quatre grandes banques françaises (Crédit Lyonnais, Société générale, Comptoir national d’Escompte et BNCI qui devaient donner la BNP) avaient été nationalisées en 1946 sous de Gaulle. En 1982, sous Mitterrand, nationalisation de seize autres banques (dont Paribas, Suez, CIC, Crédit du Nord, Crédit commercial de France, Banque Rothschild, Banque Worms…) Nationalisation également de Dassault et Matra et de cinq groupes industriels (CGE, Rhône-Poulenc, Saint-Gobain, Pechiney-Ugine-Kuhlmann, Thomson-Brandt). Pour le milieu de gauche de l’époque, naissait l’espoir que ces nationalisations pourraient être un début de socialisation de l’économie, espoir bien entretenu par le PC et le PS aux commandes gouvernementales. La droite hurlait au loup, plus pour faire monter les enchères que par spoliation, car elle comprenait parfaitement la nécessité de cette intervention de l’État dans la première crise d’après-guerre que connaissait le monde capitaliste. Ces entreprises n’étaient pas en difficulté financière, mais ne pouvaient et ne voulaient plus investir pour faire face à la concurrence mondiale.

En tout premier lieu, les actionnaires des entreprises nationalisées ont touché la modique somme de 40 milliards de francs d’indemnisations, soit plus de 30 % de ce qui était prévu initialement ! Somme qu’ils ont naturellement fait fructifier ailleurs. En second lieu, l’État a investi dans ces entreprises nationalisées 50 milliards de Francs en 3 ans, ce que les capitalistes ne faisaient plus, en modernisant et restructurant, c’est-à-dire en supprimant des milliers d’emplois ! L’État s’est comporté comme n’importe quel capitaliste privé, à la différence que toutes les restructurations se sont faites en ponctionnant les contribuables directement ! Mais ce que les socialistes avaient en vue, par l’intermédiaire des nationalisations du gouvernement Mauroy, c’était uniquement de relancer la machine économique par l’injection aux capitalistes d’argent frais suite aux indemnisations ou injections dans le capital des banques. Mais aussi nourrir le capital privé par le biais des investissements publics faits dans le secteur nationalisé. Ajoutez à cela les multiples cadeaux fiscaux aux capitalistes pour maintenir l’activité économique dans la même période et l’on assiste à une montée de l’endettement de l’État, qui pour en limiter les dégâts, se voit contraint de brader ses « bijoux de famille ». Entreprises et banques nationalisées en 1982, remises à flot par l’État, retournent dans les années 1980 et 1990 les mains du privé, et certaines pour une bouchée de pain.

Dans ces nationalisations de 1981-82, les travailleurs n’y ont rien gagné, par contre pour les actionnaires, ce fut du gagnant-gagnant. Gagnant sur l’indemnisation, gagnant sur le rachat.

René SENS

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La nationalisation de la sidérurgie : 75 000 emplois supprimés !

Usinor et Sacilor, deux grosses sociétés sidérurgiques françaises, étaient lourdement endettées. Installations en partie vétustes, défaut d’investissement, difficulté face à la concurrence, il n’en fallait pas moins pour qu’un gouvernement de droite les nationalise en 1978. Et c’est un libéral, Raymond Barre, qui en est à l’origine ! L’État injecte 22 milliards de Francs et devient actionnaire majoritaire. Dans le Nord et dans l’Est, 22 000 emplois sont supprimés.

En 1981, l’État remet 21 milliards de Francs dans le pot. 12 000 emplois sont de nouveau supprimés.

En 1984, injection de 30 milliards de francs et 21 000 emplois disparaissent.

En 1986, nouvelle recapitalisation d’une dizaine de milliards et encore 20 000 emplois de moins.

En 1989, après que l’État eut déboursé près d’une centaine de milliards de francs et viré plus de 75 000 salariés, la sidérurgie dégageait enfin des bénéfices, critère capitaliste pour que les actionnaires veuillent bien en reprendre les commandes. Ce fut chose faite en 1995 sous Juppé.

Parfait exemple, malheureusement, où la nationalisation sert à remettre en selle un secteur de production non rentable par l’État pour le remettre entre les mains du privé une fois toiletté. Mais dans tous les cas, privé ou étatisé, ce sont les travailleurs qui trinquent !

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La socialisation… des dettes du Crédit Lyonnais

En 1981, l’État achève la nationalisation du Crédit Lyonnais. Il éponge ses dettes à hauteur de 800 millions de francs. Une bagatelle au regard des 100 milliards de francs que les contribuables paieront pour renflouer la banque en vue de sa privatisation en 1999. C’est qu’entre temps, les spéculateurs du Lyonnais avaient vidé les caisses dans des opérations autant hasardeuses que bénéfiques pour nombre d’industriels !

Nationalisés ? Les milliers de salariés qui ont vu leur emploi supprimé pour les futurs actionnaires en gardent un goût amer !

 

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