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Le 18 mars en province (Guesde, 1877)

8 mai 2013

COMBIEN ignorent — même en France — non seulement ce qu’a été, mais s’il a existé un mouvement communaliste en province, correspondant au mouvement de Paris et l’appuyant, soit matériellement, soit moralement !

C’est cette lacune — dont il serait trop long d’exposer les causes multiples — que je vais essayer de combler, non pas sans doute aussi complètement que le mériterait cette page très consolante de notre histoire révolutionnaire — il faudrait pour cela des volumes — mais suffisamment pour réduire à néant les calomnies intéressées d’après lesquelles l’explosion ouvrière de 1871 n’aurait pas dépassé les fortifications de l’ex-capitale et aurait été désavouée, condamnée par le reste du pays.

I

Ce n’est que le 20, le 21 même dans certains départements, qu’on apprit les événements du 18, c’est-à-dire l’attaque nocturne des canons de Montmartre, la résistance victorieuse de la garde nationale et la retraite à Versailles du gouvernement de MM. Thiers, Jules Favre, Ernest Picard, Jules Simon, etc.

Dans cette dépêche — véritable chef-d’œuvre de mensonge — l’exécution des généraux Clément Thomas et Lecomte qui, outre qu’elle s’expliquait amplement par les antécédents et la conduite présente des « victimes », n’était, en réalité qu’un incident dû à l’exaspération populaire, cette double exécution, dis-je, était présentée comme une mesure réfléchie, ordonnée par le Comité central dont elle inaugurait et caractérisait en même temps l’avènement au pouvoir.

« L’armée de l’ordre », d’autre part, qui n’existait plus que sur le papier, était donnée comme forte de 40.000 hommes et comme en mesure de prendre immédiatement sa revanche d’un échec provisoire. Et malgré cela, sans attendre môme d’être renseigné sur les hommes, en majeure partie inconnus, qui siégeaient à l’hôtel de ville, Lyon d’abord, puis successivement Saint-Étienne, Le Creusot, Marseille, Toulouse, Narbonne et Limoges se soulevèrent aux cris de : Vive Paris ! A bas Versailles! et proclamèrent leur Commune Lyon, qui devait prendre de nouveau les armes le 30 avril et sceller cette fois de son sang sa solidarité révolutionnaire avec Paris, Lyon, par suite de la défection de ses radicaux bourgeois, fut réduit sans coup férir le 25 mars. Le Creusot, dont le maire était.un ouvrier, Dumay, eut le même sort le 26, et Saint-Étienne le 28. Marseille tint plus longtemps, jusqu’au 4 avril, et eut les honneurs d’un bombardement de douze heures, suivi des premières exécutions sommaires de prisonniers. Toulouse, qui, si elle avait seulement tenu une semaine, eût entraîné une insurrection générale de tout le Midi, et qui malheureusement avait compté sur son préfet, M. Duportal, exclusivement préoccupé de sauver sa préfecture, Toulouse succomba le 27, entraînant dans sa chute Narbonne, dont l’héroïque Digeon ne put, malgré la collaboration ardente de l’élément féminin, que prolonger jusqu’au 81 la résistance désormais inutile.

D’autres mouvements, à Perpignan le 25 mars, a Grenoble le 16 avril, à Bordeaux le 16, le 17 et le 18, à Périgueux le 12 et le 13, à Guers le 31, à Foix, à Varilhes, etc., tendant presque tous à empêcher le départ des soldats et des canons destinés au nouveau siège de Paris, n’eurent pas un meilleur résultat. Mais pour n’avoir pas réussi — nous dirons plus tard pourquoi — ces diverses tentatives armées n’en sont pas moins concluantes : elles témoignent que, dans les villes surtout, les revendications parisiennes étaient comprises et encouragées.

II

Dès le 23 mars, se souvenant de l’empressement avec lequel, en 1848, les gardes nationales de tous les points de France avaient apporté leur part de plomb contre les insurgés de Juin, l’Assemblée dite nationale invoqua le secours de ses électeurs départementaux contre ce qu’elle appelait « une poignée de factieux ».

Pour faire appel à vos courages — portait la proclamation au peuple et a l’armée — pour réclamer de vous une énergique assistance» vos représentants sont unanimes.

Le 24, une loi fut votée, par 449 voix contre 79, ainsi conçue :

Considérant que la représentation nationale est placée sous la sauvegarde de la France entière et que, dans les circonstances actuelles, le pays doit s’unir à l’armée pour repousser le désordre; L’Assemblée nationale décrète :

Chaque département tiendra à la disposition dix gouvernement un ou plusieurs bataillons de volontaires, choisis de préférence parmi les hommes ayant déjà servi dans l’armée, la marine ou la garde mobile, ou appartenant à la garde nationale.

De son côté, le ministre de l’Intérieur télégraphiait a ses préfets :

Une portion considérable de la population et de la garde mobile nationale de Paris sollicite le concours des départements pour le rétablissement de l’ordre. Formez et organisez des bataillons de volontaires pour répondre à cet appel et a celui de l’Assemblée nationale.

Et quel fut le résultat de ces appels aussi réitérés que désespérés? Les registres d’enrôlements ouverts dans toutes les préfectures ne donnèrent pas cent hommes par département. En vain la solde est-elle portée à 1 franc, à 1 fr. 50, plus les vivres de campagne; en vain y ajoute-t-on l’attrait irrésistible de l’épaulette; en vain menace-t-on de faire partir de force, au moyen d’une loi spéciale, ceux qui refusent de marcher de leur plein gré, les volontaires continuent à faire défaut, ou, s’ils se présentent, c’est, comme à Bayonne, « pour défendre la République contre ses ennemis, quels qu’ils fussent ou d’où qu’ils viennent », ou, comme à Besançon, le 4° bataillon de la garde nationale, pour « voler au premier signal au secours de Paris ».

Il en fut ainsi de tous les efforts du même genre qui furent tentés pendant toute la durée du siège et dont aucun n’aboutit. De telle sorte que l’on dut même renoncer à constituer a l’Assemblée la garde d’honneur dont elle avait fini pur se contenter, ainsi qu’il résulte de l’avis suivant publié par le Journal officiel à la date du 14 avril :

L’organisation de ce corps — recruté parmi les officiers de l’ancienne garde mobile — ayant rencontré des difficultés, l’administration informe messieurs les officiers qu’il ne sera plus reçu à l’avenir aucun engagement.

Pour se former une armée contre Paris, la réaction versaillaise fut obligée d’employer les moyens coercitifs en transportant en Afrique les régiments qui, comme le 88° de ligne et le 24° de chasseurs, refusèrent de se battre pour elle, ou en spéculant sur le « mal du pays » de nos prisonniers d’Allemagne qui n’étaient admis à rentrer que contre l’engagement de tourner contre leurs compatriotes la liberté et les armes qui leur étaient rendues.

III

Voila qui est clair, ce me semble, et achève d’indiquer de quel côté étaient les sympathies, les vœux de lu province, des campagnes.

La France départementale, cependant, ne s’en tint pas là; et c’est directement, explicitement, que, jusqu’à l’écrasement final, elle interviendra en faveur de Paris contre Versailles.

Pour ne rien dire des pétitions, toutes plus ou moins favorables à la cause pour laquelle Paris luttait et saignait, qui affluèrent a Versailles dès le 25 mars, et qui inspirèrent tant d’effroi a la majorité rurale que, d’une part, par sa circulaire du 23 avril, le « républicain » Dufaure ordonnait de déférer aux tribunaux leurs signataires pour crime de « conciliation » et que, de l’autre, les commissions municipales, dont elles émanaient en grande partie, furent jugées indignes de présider au renouvellement des conseils municipaux et eurent à céder en bloc la place aux anciennes municipalités de l’Empire d’avant le 4 Septembre, la seule fois où la parole fut donnée au pays, c’est-à-dire le 30 avril, le pays n’hésita pas à faire aux « insurgés » un rempart de ses votes,

Partout, en effet, le scrutin — de municipal qu’il était — fut élargi, transformé en un véritable plébiscite pour ou contre Paris, pour ou contre Versailles; et dans l’immense majorité do nos trente-six mille communes, ce fut Paris qui sortit triomphant des urnes, lorsque, comme à Rochefort, on ne trouva pas plus simple d’inscrire sur le bulletin de vote, aux lieu et place d’un nom de candidat, ce seul mot : « Commune de Paris. »

Aussi le lendemain de ce vote, presque inespéré, que voit-on?

1. Les nouveaux élus s’adressent a l’Assemblée versaillaise pour la sommer d’avoir a faire la paix avec Paris, a proclamer la République, à se dissoudre, son mandat étant expiré. Quant au chiffre do ces adresses, identiques dans le fond, sinon dans la forme, on en aura une idée lorsque l’on saura que dans un département, qui est loin d’être des plus avancé, dans l’Ardèche, de l’aveu du préfet, il se trouva dix-sept conseils municipaux pour les signer et les envoyer à qui de droit. Dans d’autres départements plus rouges, comme l’Hérault, par exemple, sur trois cents et quelques communes, c’est à peine si un tiers s’abstinrent.

2. Deux congrès — toujours de délégués des nouvelles représentations communales — furent décidés, « dans le but, disait le manifeste du comité d’initiative, de délibérer sur les mesures les plus propres a terminer la guerre civile, à assurer les franchises municipales et à consolider la République ». Celui de Bordeaux, fixé au 10 mai, et dit de la Ligue patriotique des villes républicaines, parce que les villes seules y étaient convoquées à raison d’un conseiller municipal par vingt mille habitants, n’eut pas lieu, il est vrai, à la suite d’une note menaçante du Journal officiel se terminant ainsi :

Les déclarations publiées en même temps que leur programme par les membres du comité d’organisation établissant que le but de l’association est de décider outre l’insurrection d’une part et le gouvernement et l’Assemblée de l’autre, et substituant ainsi l’autorité de la Ligue à celle de l’Assemblée nationale, le devoir du gouvernement est d’user des pouvoirs que lui confère la loi du 10 août 1838 (la dissolution par la force). C’est un devoir auquel on peut être assuré qu’il ne faillira pas. Il trahirait l’Assemblée, la France et la civilisation en laissant se constituer, à côté des pouvoirs réguliers issus du suffrage universel, les assises du communisme et de la rébellion.

Ici encore, le courage de la province ne fut pas à la hauteur de sa bonne volonté, quoiqu’il ne manquât pas de Journaux, comme les Droits de l’homme, de Montpellier, pour demander qu’on passât outre au veto gouvernemental et qu’on opposât la force à la force.

Le congrès de Lyon, dit des Municipalités, et ouvert à toutes les communes tant rurales qu’urbaines, fut tenu, lui, le 14, Versailles n’osant et ne pouvant rien «contre les vingt et quelques bataillons de la garde nationale du Rhône qui s’étaient offerts à le protéger contre toute violence. Et bien que la veille un télégramme mensonger eût été envoyé aux diverses municipalités de l’Allier, de la Gironde, des Alpes-Maritimes, de la Savoie, de la Drôme, etc., leur affirmant que le « congrès n’avait pas lieu », seize départements s’y firent représenter. Ce sont : l’Ardèche, les Bouches-du- Rhône, le Cher, la Drôme, le Gard, l’Hérault, l’Isère, la Loire» la Haute-Loire, la Nièvre, les Pyrénées-Orientales, le Rhône, Saône-et-Loire, la Savoie, le Var et Vaucluse. Il dura trois jours et voici la résolution qui fut adoptée à l’unanimité et portée à son adresse par cinq délégués :

Au chef du Pouvoir exécutif de la République française et à la Commune de Paris :

Les délégués, membres des conseils municipaux des seize départements réunis a Lyon,

Au nom des populations qu’ils représentent, affirment la République comme le seul gouvernement légitime et possible du pays, l’autonomie communale comme la seule base du gouvernement républicain, et demandent :

  • La cessation des hostilités;
  • La dissolution de l’Assemblée nationale dont le mandat est expiré, la paix étant signée;
  • La dissolution de la Commune;
  • Des élections municipales dans Paris;
  • Des élections pour une Constituante dans la France entière.

Dans le cas où ces résolutions seraient repoussées par l’Assemblée ou par la Commune, ils rendraient responsable devant la nation celui des deux combattants qui refusait et menacerait ainsi do donner à la guerre civile de nouveaux aliments.

Dans cette pièce — comme on le remarquera — la dissolution de la Commune n’est demandée qu’après la dissolution de l’Assemblée de Versailles : ce qui ne laisse pas que d’être signicatif.

3. Dans plusieurs départements, aux délégués expédiés à Lyon on ajouta des délégations particulières envoyées seulement a Versailles avec la mission d’arracher Paris au cercle de fer et de feu qui Pétreignait.

Celle de l’Hérault ne comptait pas moins de seize membres revêtus du mandat régulier de plus de cinquante conseils municipaux du département. A leur
départ de Montpellier, le 11, ils furent accompagnés à la gare par plus de 15.000 personnes criant : Vive Paris! Sauvez Paris ! Treize d’entre eux, malgré leurs protestations, furent arrêtés militairement à Saincaize, près Nevers, et gardés trois jours entiers en prison. Ce qui ne les empocha pas, aussitôt libres, de poursuivre leur voyage, mais ce qui fut cause qu’ils arrivèrent trop tard, lorsque déjà, entrés par trahison, les massacreurs de l’Ordre étaient maîtres de Montmartre et d’autres points stratégiques de la première importance.

Le projet de transaction dont ils étaient porteurs ne différait d’ailleurs guère de celui qui avait été arrêté par le congrès de Lyon, mais il insistait sur la réunion à Paris même de la nouvelle représentation nationale. Et le rapport qu’ils publièrent à leur retour, en pleine orgie de répression, devait, comme celui du congrès, être écrasant pour Versailles, convaincu de « n’avoir jamais voulu d’autre solution au conflit que celle du canon ».

À l’appui des sentiments communalistes de la France provincial, je devrais également citer les rapports adressés par les préfets et les présidents de Coms
d’appel à la fameuse Commission d’enquête sur les événements du 18 Mars. Étant donné la source peu suspecte dont ils émanent, ils suffiraient à eux seuls à trancher la question que j’ai voulu élucider.

La basse classe, notamment la classe ouvrière, faisait publiquement des vœux pour le triomphe de la Commune, écrit le président de la cour de Besançon.

Les agriculteurs y sont pauvres [dans les Basses Alpes] — écrit le président de la cour d’Aix — ils n’ont pas bougé, mais ils ont envoyé de nombreux émissaires à Marseille; où on a suivi avec anxiété les diverses péripéties et l’on n’attendait que la nouvelle d’un succès mieux assuré pour proclamer la Commune.

Le langage du président de la cour de Bourges n’est pas différent :

Je constate avec douleur que sur plusieurs points du ressort, et plus particulièrement dans le Cher et la Nièvre, l’exécrable tentative de la Commune a soulevé des sympathies et des espérances ardentes. A Vierzon, les vœux et les espérances étaient pour le succès de la Commune, on l’attendait…» etc.

Mais, si instructives que soient ces citations, je suis obligé de les interrompre. J’ai hâte d’arriver à un événement qui, mieux que quoi que ce soit, nous donnera la mesure des dispositions des départements — je veux parler des élections législatives complémentaires du 2 juillet.

A cette date, en effet, il y avait plus d’un mois que la Commune était tombée avec ses derniers défenseurs. La terreur était partout, par l’état de siège qui pesait sur quarante-deux départements, par les conseils de guerre qui commençaient leur sinistre besogne et par les pontons où continuaient à s’entasser les « suspects ». D’un autre côté, les vaincus, selon l’usage, étaient l’objet des calomnies les plus atroces déversées sur eux à flots par une presse immonde qui ne reculait môme pas devant des faux matériels. Et, cependant, sur les quarante-cinq départements qui, en dehors de celui de la Seine, furent appelés à voter, trente-deux se prononçaient à une immense majorité contre les vainqueurs, reprenant pour leur compte, sinon la totalité, nu moins une notable fraction des revendications parisiennes.

Sur les quatre-vingt-douze élus, soixante-seize, réunissant plus d’un million et demi de suffrages, étaient radicalement antiversaillais. Pour qu’on ne pût s’y tromper, en tête venaient : Lervouillat, un des délégués du congrès de Lyon, dans les salons de qui s’était tenu le congrès; Gazot, autre délégué du même congrès pour le Gard; Foucaud, de Bordeaux, que la démocratie girondine avait envoyé à Versailles protester contre le bombardement de Paris; Ordinaire, dont les agissements communalistes n’étaient ignorés de personne, etc.. Ailleurs, comme a Bourges, les candidats qui, dans leur profession de foi, avaient revendiqué « comme le principal honneur de leur vie ». leurs démarches en faveur de Paris, « n’étaient éloignés du succès que de deux à quatre mille voix ». Et le mandat de tous, auquel ils manquèrent d’ailleurs, portait expressément : amnistie pour tous les faits se rattachant à la Commune et dissolution de l’Assemblée qui venait de reprendre Paris sur les Parisiens.

IV

Il est donc absolument incontestable que, en 1871, il n’y a pas eu divorce entre la démocratie parisienne et la démocratie départementale, et que celle-ci, qui a pu manquer réellement d’énergie, était en masse favorable aux « fédérés ».

Tout ce que l’on peut dire, c’est que c’était, moins le côté socialiste que le côté politique de la Commune, c’est-à-dire sa revendication de la République et de l’autonomie communale, qui était acclamé par la province. Mais qui ne comprend que, ces deux points obtenus, les grandes villes où domine l’élément ouvrier, devenues maîtresses absolues de la force publique, de leur administration et de leur législation, la révolution économique n’eût plus été qu’une question de mois, sinon de semaines?

Que, maintenant, dans de pareilles conditions, complices comme ils l’étaient en majeure partie de Paris, les départements n’aient pas réussi, je ne dis pas à le faire triompher, mais seulement à le sauver, c’est ce qui, au premier abord, je l’avouerai, peut paraître inexplicable, et c’est ce que s’expliquent cependant aisément ceux qui ont été mêlés aux événements de cette époque.

Cet insuccès peut se ramener, à mon avis, à trois causes principales : C’est d’abord l’occupation de plus d’un tiers du territoire par les armées impériales et royales de Sa Majesté Guillaume — occupation qui paralysait les meilleurs citoyens et qui, à Paris même, faisait dire le 15 mars, par de futurs fédérés à celui qui écrit ces lignes, que la lutte, considérée d’ores et déjà par tous comme inévitable, ne s’engagerait pas, en tout cas, avant l’évacuation du territoire. N’eût été la crainte d’un retour offensif des troupes prussiennes, annoncé, qui plus est, à plusieurs reprises par les journaux de l’ordre, toute la vallée du Rhône, au moins, eût sauté comme un baril de poudre.

C’est ensuite l’attitude et le langage de l’extrême gauche de l’Assemblée de Versailles, des Louis Blanc et autres proscrits de la République de 48 et de l’Empire dont le prestige était encore intact, et qui ne cessaient de proclamer avec M. Thiers que la République n’était mise en péril que par les insurgés, et invoquaient à l’appui de leur assertion leur propre présence dans les rangs des bombardeurs de Paris. Que ces misérables — élus pour la plupart par la population parisienne — eussent dit un mot, fait un geste; qu’ils se fussent — comme c’était leur devoir de mandataire, et comme le leur demandait le Comité central républicain de Lot-et-Garonne — transportés collectivement dans l’ex-capitale, au milieu de leurs électeurs, en appelant à leur aide la démocratie des départements : et la prise d’armes eût été générale d’un bout de la France à l’autre; l’Assemblée, réduite à sa majorité monarchiste, eût été balayée en moins d’une semaine, presque sans effusion de sang.

Depuis le 4 Septembre enfin, sinon en droit, du moins en fait, par suite surtout du gouvernement central enfermé dans Paris, les communes douées de quelque initiative jouissaient de l’autonomie la plus complète. Là où les travailleurs étaient en majorité, ils s’étaient, comme à Cette, à Béziers, par exemple, emparés de la mairie, administrant, en qualité de commission municipale, la localité qu’ils dominaient encore en tant que garde nationale. Et sans se rendre compte qu’avec l’écrasement de Paris un pareil état de choses ne durerait pas, ne pouvait pas durer, on se demandait ce que à s’insurger on pourrait, môme victorieux, obtenir de plus que ce que l’on avait,

Il n’était pas jusqu’à la Commune qui ne favorisât cette disposition funeste en présentant la révolution accomplie le 18 mars comme exclusivement parisienne, municipale; en même temps que, par ses déclarations répétées que ses seules forces suffiraient à avoir raison de Versailles, elle retint l’arme au pied, une foule de braves gens qui se fussent fait, au contraire, un devoir d’intervenir à coups de fusil, si on leur avait dit franchement ce qu’il en était, c’est-à-dire que la victoire n’était possible qu’au prix de leur entrée en ligne.

Telles sont — je le répète — les raisons de la défaite d’un mouvement qui avait pour lui plus des deux tiers du pays, et il n’y en a pas d’autres. Messieurs les
conservateurs pourront s’en convaincre en temps et lieu.

(Die Zukunft, 1877.)

Hotel de Ville de St-Étienne le 24 mars 1871

Vive la famine ! (Guesde, 1885)

29 avril 2013

Publié dans le Cri du Peuple. Repris dans la brochure Le socialisme au jour le jour (1899) et dans La Révolution prolétarienne N°155 (juillet 1933).

C’est fait !

Par 308 voix contre 173 les élus du suffrage universel, gouvernement en tête, se sont portés au secours de la grande propriété terrienne, des Rothschild du sol, dont les « revenus » — selon l’expression ministérielle — vont être « augmentés » et garantis par un droit de trois francs par hectolitre sur les blés étrangers.

Peu importe que la France, en régime de propriété individuelle, ne produise pas le froment nécessaire à la nourriture de ses habitants, réduits encore par centaines de mille au pain noir de l’orge, sinon de l’ avoine. — On arrêtera à la frontière le pain blanc venu des Etats-Unis ou de l’Inde.

Peu importe que, sous l’action de la plus terrible des crises économiques, les salaires réduits ici et supprimés là rendent de plus en plus insoluble le problème de la vie ouvrière. — Le pain familial sera renchéri de 1 8 francs par an d’après M. Méline, de 25 à 30 francs d’après M. Duval, de 60 francs d’après M. Nadaud.

Vive la famine, du moment qu’organisée fiscalement elle peut seule rehausser le prix des fermages, c’est-à-dire sauver la rente foncière menacée par la concurrence céréalière américaine ou asiatique !

Le gouvernement a pour « devoir » — le mot a été dit — de protéger le travail national, lorsque ce travail est représenté par des nationaux qui ne travaillent pas, par la fainéantise possédante.

Il lui est au contraire interdit d’intervenir, son rôle de protecteur cesse, lorsque le travail national qui crie vers lui est représenté par les travailleurs eux-mêmes, par la classe ouvrière des villes et des campagnes.

Nul n’ignore, en effet, que si les revenus propriétaires, après s’être démesurément accrus pendant les trois premiers quarts de ce siècle, ont baissé depuis quelques années par suite de l’importation des produits agricoles du dehors, les salaires prolétariens ont été — et continuent à être — bien autrement affectés par l’envahissement de la main-d’œuvre étrangère.

C’est par dix-huit cent mille que se chiffrent les bras italiens, belges, allemands et espagnols qui à l’atelier et aux champs ont concurrencé ou remplacé les bras nationaux. Plus de travail pour nos salariés ou le travail au rabais !

Et quoique les victimes d’une pareille invasion n’aient jamais demandé l’exclusion de concurrents transformés en affameurs ; quoiqu’ils se soient bornés dans leur programme électoral, devant la commission d’enquête et ailleurs, à réclamer de la loi un tarif minimum au-dessous duquel il fût prohibé de faire travailler, ils se sont toujours vus repoussés avec perte, l’Etat ne pouvant pas s’immiscer dans le jeu naturel de l’ offre et de la demande.

Le laisser-faire, laisser-passer était un principe sacré, auquel — même pour arracher à la faim des milliers de femmes et d’enfants — il était défendu de toucher, parce que le principe, alors, se traduisait par Une réduction des prix de revient ou par un accroissement de profits pour les employeurs.

Il tombe en revanche au rang de simple « balançoire », et l’on se fait gloire de le balancer, dès qu’appliqué, non plus aux producteurs mais aux produits,il entraîne pour d’autres employeurs l’abaissement des prix de vente ou une réduction de bénéfices.

De même que la République en danger faisait à Rome suspendre toutes les lois, dans notre France capitaliste tout doit être sacrifié aux revenus du capital en danger.

Tout, même nos gouvernants, qui ne sont pas sans savoir quelle responsabilité ils ont assumée en se présentant d’id quelques mois, devant le pays électoral, comme « la République du pain cher ».

C’est leur mort politique que quelques-uns au moins viennent de signer — et qu’ils re-signeraient tous à l’occasion — pour satisfaire la gent capitaliste dont ils ne sont que les valets.

Pere_Lachaise_Guesde_Jules_Colombarium_

Tract 1er Mai du Réseau syndical international de solidarité et de luttes

29 avril 2013

Plus de soixante organisations de différents pays et de quatre continents ont participé à Paris à la Rencontre internationale du syndicalisme alternatif du 22 au 24 mars 2013. Nous, qui nous sommes réunis à Paris, nous optons pour un syndicalisme de confrontation, opposé au syndicalisme des pactes sociaux. Nous affirmons que la lutte est la seule voie vers la transformation sociale. Nous croyons à la démocratie directe, au syndicalisme assembléiste face au syndicalisme des états-majors bureaucratiques, à l’internationalisme, à la lutte internationale de la classe ouvrière et des opprimé-es.

À l’occasion de la célébration du 1er mai, la journée internationale de lutte de la classe ouvrière, nous déclarons que:

1) La crise-escroquerie économique, politique et sociale actuelle du système capitaliste pousse les travailleurs/ses et les peuples à la misère. Et elle devient une véritable catastrophe sociale dans de nombreux pays.

2) Les gouvernements et les institutions internationales appliquent des plans de guerre sociale et la catastrophe qui les accompagne contraste avec les aides multimillionnaires scandaleuses de ces gouvernements et institutions aux banques, avec des cas de corruption éhontée qui touchent les hiérarques du système.

3) On ne peut pas continuer ainsi. Les gouvernements, loin de tenir compte du rejet social, annoncent de nouvelles coupes sombres dans les emplois, les salaires et les aides sociales, de nouvelles privatisations et le pillage de pays entiers.

La défense des travailleurs/ses et des peuples exige une lutte résolue contre ce système qui conduit l’humanité à la barbarie et à la destruction de la planète. Elle exige d’abandonner toute illusion politique de concertation sociale avec les gouvernements qui mettent en œuvre ces plans de guerre sociale. Il n’y a pas de retour en arrière dans ce processus de lutte.

4) La classe ouvrière du monde et en particulier d’Europe qui mène aujourd’hui des combats décisifs contre les gouvernements de la troïka, doit opposer à ces plans de guerre sociale ses propres mesures et ses solutions pour offrir une issue sociale et populaire à cette crise-escroquerie.

C’est pourquoi nous disons:

À bas les plans d’austérité ! Abrogation immédiate des coupes sociales et des réformes du travail !

La défense d’un salaire digne, de l’emploi, de la santé et de l’éducation publique, exige que les multiples luttes partielles, d’entreprises et de secteurs qui secouent le « vieux continent » s’unissent autour d’une demande urgente : dehors les gouvernements et les politiques d’austérité! Qu’ils s’en aillent! Pas de retour en arrière!

Nous disons qu’il y a vraiment des ressources, qu’on peut vraiment donner une solution à la crise en défendant les intérêts ouvriers et populaires. Mais cela exige de mettre en oeuvre des mesures résolument anticapitalistes. C’est pourquoi nous défendons l’arrêt immédiat du paiement de la dette, une dette illégitime que nous, les travailleurs/ses et le peuple, n’avons pas contracté.

La lutte pour l’emploi, pour le partage du travail et de la richesse exige d’arracher les ressources financières des mains des spéculateurs et des banquiers : nationalisation sans indemnisation du secteur bancaire et des entreprises clés, réformes fiscales faisant payer davantage ceux qui ont le plus, afin de mettre toutes ces ressources au service de l’unique plan de sauvetage qui manque, un Plan de sauvetage des travailleurs/ses et de la majorité sociale (99 %).

5) La classe ouvrière et d’autres mouvements sociaux mènent les luttes avec les opprimé-es du monde. Nous devons mener haut et fort la lutte contre le machisme et toutes les formes d’oppression des femmes ; la lutte contre la xénophobie, le racisme et toute forme d’oppression des travailleurs immigrés, et la lutte au droit à l’autodétermination des peuples, à la défense du droit de toutes les nationalités opprimées à exercer leur souveraineté. Sans une lutte conséquente contre toutes ces formes d’oppression, l’unité de la classe ouvrière pour la transformation et la justice sociale ne sera pas possible.

6) A l’occasion d’une journée de lutte internationale comme le 1er mai, nous réaffirmons notre solidarité la plus résolue avec tous les travailleurs/ses et les peuples du monde qui font face à l’impérialisme et aux dictatures. Notre solidarité va en particulier aux peuples arabes, du Moyen-Orient, aux communautés indigènes et à toutes les luttes populaires.

7) Nous nous engageons à préparer un 1er mai internationaliste et de lutte, en appelant l’ensemble des organisations du syndicalisme alternatif et des mouvements sociaux à faire de grands rassemblements et des manifestations alternatives à celles du syndicalisme institutionnel et bureaucratisé, qui seront une référence claire de classe et de combativité.

8) La situation particulière que nous vivons sur le continent européen et l’expérience récente du 14 novembre dernier exige que nous menions toute une activité d’explication, de coordination et d’initiatives pour arriver à une nouvelle grève générale continentale, qui ait une continuité jusqu’à ce que nous fassions sauter les politiques de la troïka et que nous, travailleurs/ses du monde entier, soyons les protagonistes d’une nouvelle société basée sur la démocratie, la liberté et la justice sociale.

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Pour la France : Union syndicale Solidaires (Solidaires), Émancipation tendance intersyndicale (Émancipation) ; Confédération Nationale du Travail-Solidarité Ouvrière (CNT SO). Courant Syndicaliste Révolutionnaire (CSR). Confédération Nationale du Travail (CNT-f)

Ces rencontres ont été organisées par les organisations syndicales interprofessionnelles suivantes :

Central Sindical e Popular Conlutas (CSP-Conlutas>) – Brésil, Confederación General del Trabajo (CGT) – Etat espagnol, Union syndicale Solidaires (Solidaires) – France.

Sans titre-1

La crise de l’internationalisme socialiste (Pivert, 1950)

24 mars 2013

Publié dans La Revue socialiste en avril 1950.

Un siècle après le Manifeste : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! », où en est l’internationalisme prolétarien ?

Nous qui portons dans notre poche une carte rouge d’un Parti qui se propose, dès les premières lignes de ses statuts, « l’entente et l’action internationale des travailleurs », que faisons-nous, en réalité, pour mettre en pratique cette règle socialiste fondamentale ? Si la Première, puis la Deuxième, puis la Troisième Internationale ont fait faillite, quelles sont les causes de ces échecs successifs ? Dans la division actuelle du monde en deux blocs hostiles qui semblent se préparer fiévreusement à l’éventualité d’une troisième guerre mondiale, où voit-on la possibilité d’intervention d’une force internationale indépendante, parlant et agissant au nom de la communauté des peuples menacés, au nom des opprimés enchaînés sous toutes les latitudes, au nom des travailleurs exploités de tous les pays ? Comment répondre ?

Depuis 1933, il n’y a pas eu de véritable Conférence Socialiste Internationale: il n’y a plus d’Internationale Socialiste...

La crise de l’internationalisme socialiste, c’est la crise même du mouvement ouvrier: contrairement aux appels, et aux espoirs de Marx, le prolétariat international s’est révélé infiniment plus perméable aux idéologies des classes dominantes, dont il a épousé les querelles nationales, qu’à l’idéologie socialiste internationale. C’est que la lutte de classes s’est terriblement compliquée, depuis un siècle. Et que la classe ouvrière s’est trouvée parfois obligée de défendre certaines valeurs, comme les libertés républicaines et l’indépendance nationale, au moment même où les classes dominantes les foulaient au pied.

C’est aussi que la conception générale de la révolution socialiste a dû être révisée à l’expérience, par réaction contre une monstrueuse caricature, qui s’est manifestée à l’Est de l’Europe. La violence calculée d’une minorité de « révolutionnaires professionnels » s’élançant à la conquête du pouvoir politique pour brûler les étapes de l’histoire, comporte décidément des risques trop évidents que Fr. Engels avait déjà aperçus à la fin de sa vie. Ce sont aujourd’hui des masses sachant ce qu’elles veulent, et comment elles le veulent, qui construiront, indiscutablement, la société socialiste, ou bien il n’y aura pas de société socialiste ! Mais précisément, les masses laborieuses sont actuellement désorientées. A peine sorties d’une guerre atroce et libérées de l’oppression totalitaire, elles sont invitées, pour éviter une autre oppression, à recommencer la course aux armements, à placer  leurs garanties de sécurité dans l’organisation militaire. Il doit pourtant y avoir autre chose à tenter ? Mais cette « autre chose » ne peut être trouvée en dehors de l’expérience ouvrière. C’est pourquoi il est essentiel de découvrir les raisons de la crise de l’internationalisme socialiste, et de chercher, dans la réalité politique et sociale de 1950, les chances de sa renaissance.

Tout se paie.

Les masses populaires des nations européennes ont abordé la période de la grande crise (ouverte en août 14) avec des illusions et des formules simplistes. Leurs organisations forgées pendant la période ascendante du capitalisme, n’étaient pas préparées à affronter les bouleversements qu’allaient entraîner la première guerre mondiale et ses conséquences. Les précurseurs, ceux qui avaient indiqué la route, furent sacrifiés: Jean Jaurès, Karl Liebknecht, Rosa Luxembourg, les « pèlerins de Kienthal et de Zimmerwald — autant de pionniers incompris sur la route de « l’internationalisme inconditionnel et viril » (pour reprendre (pour reprendre l’expression même de Fritz Adler, dans sa brochure, écrite en 1915).

La première phase de la Révolution Russe fut cependant une magnifique démonstration de la puissance et de la vitalité, dans la conscience prolétarienne, des sentiments internationalistes. Ce n’étaient pas seulement les plus « co-religionnaires communistes » de Lénine et de Trotsky, c’étaient les classes ouvrières même les plus « réformistes » comme celles de Belgique et d’Angleterre qui marquaient, dans l’action, leur solidarité avec le peuple russe. Mais bientôt, les conceptions autoritaires des bolcheviks, leur frénésie de généralisation, à toute la planète, des méthodes que des circonstances exceptionnelles leur avaient permis de faire triompher, eurent pour résultat un véritable état de guerre civile au sein même du prolétariat. L’on donnait à choisir, aux travailleurs de l’Europe occidentale, entre la solidarité internationale et la liberté. Ils choisirent la liberté. Et, par là même, retombèrent dans une autre forme de solidarité : la solidarité nationale. Mais celle-ci ne pouvait pas fournir une solution aux problèmes nés de la première guerre. La conséquence fut un double désastre : croissance foudroyante d’un totalitarisme contre-révolutionnaire, ultra-nationaliste, dans les pays impérialistes arrivés trop tard à la distribution des colonies et des marchés. Ultra-nationalisme développant inévitablement, dans les pays voisins, des réflexes de « défense nationale » d’autant plus vifs, dans les rangs ouvriers, que les classes dirigeantes commençaient à être gagnées par la contagion contre-révolutionnaire et s’avouaient prêtes à abandonner la cause de l’indépendance nationale : « Plutôt Hitler que Léon Blum ! ». En somme, chaque abandon, même explicable, de l’internationalisme socialiste entraînait une défaite nouvelle pour le socialisme lui-même. Et un renforcement corrélatif de la contre-révolution totalitaire : les ouvriers de l’Europe occidentale, après l’échec de la révolution allemande, étaient condamnés à la retraite continue, dans chaque pays, alors que leurs ennemis les plus irréductibles avançaient partout, en formations totalitaires internationales. Fascisme et stalinisme jouaient leur rôle combiné dans les défaites successives que les socialistes durent enregistrer, pays après pays — en dernier lieu en Espagne. C’est lorsque les deux forces totalitaires, nazi-fascisme et stalinisme, signèrent leur alliance d’août 1939 que la deuxième guerre fut rendue possible; mais il y avait auparavant les derniers épisodes de la résistance politique au double danger: pour retarder la guerre les socialistes avaient dû accepter Munich — et le fascisme avait alors remporté une victoire formidable. Ceux des socialistes qui préféraient la guerre, en 38, au compromis munichois ne représentaient qu’une minorité par rapport à l’état réel de conscience des masses, qui avaient horreur de la guerre. Alors, la tragédie éclata partout : entre ceux qui, pour combattre le fascisme, acceptaient la guerre (et parmi eux, cela se comprend, beaucoup de réfugiés politiques des pays fascistes) et ceux qui, pour refuser la guerre, se résignaient à d’impossibles compromis avec le fascisme. Seuls — et encore une fois désespérément seuls — les internationalistes proposaient par l’aide directe au prolétariat espagnol, comme point d’appui, une contre-offensive révolutionnaire risquée, certes, mais audacieuse, pour briser à la fois la menace fasciste et la menace de guerre.

Leurs prévisions ne se sont hélas que trop bien réalisées, et c’est parce qu’ils savent que rien n’est encore résolu, que les mêmes faux dilemmes risquent d’être encore posés aux prolétaires, qu’ils ne considèrent pas comme une solution suffisante et durable le seul écrasement militaire du totalitarisme (hier hitlérien ou demain stalinien). Ce que le socialisme international doit imaginer et imposer, c’est une solution politique : Il s’agit bien moins de détruire militairement des dictatures que de construire une société nouvelle sans exploiteurs et sans dictateurs : c’est là le rôle du prolétariat international, et plus spécialement la mission du prolétariat européen, dont les classes dominantes ont pactisé avec le totalitarisme nazi. Mais deux conditions sont à remplir préalablement : se débarrasser du virus totalitaire stalinien et dépasser enfin le cadre étroit du nationalisme pour atteindre à la première grande expérience historique d’internationalisme en action. Sinon, les mêmes causes produiront les mêmes effets, à une plus grande échelle: TOUT SE PAIE.

Le cas singulier.

Le cas singulier de la classe ouvrière britannique mérite qu’on s’y arrête : en lui réside probablement la clé de tous nos problèmes socialistes et européens. Nous pouvons sans doute regretter que le Labour Party n’ait pas pris la tête du Mouvement Socialiste, Internationaliste, pour les Etats-Unis d’Europe, comme il a pris la tête, avec une remarquable audace, dans ses rapports avec le peuple hindou, des nouvelles relations socialistes qu’il convient d’établir entre peuples ex-coloniaux et vieux pays industriels. On pourrait aussi regretter que les internationalistes, à commencer par Jean Jaurès, n’aient pas été mieux entendus, des socialistes et des masses laborieuses, en 1914-19, en 1936-38, etc. Mais les regrets ne servent à rien : les faits sont là et le mieux est d’essayer de les comprendre pour tirer des enseignements d’une expérience cruelle. Or il se trouve que, dans cette circonstance comme dans d’autres, « c’est le mauvais côté de l’histoire qui fait l’histoire ». Le peuple britannique, seul sur son île, en 1940, a effectivement brisé la menace de la contre-révolution. Sans cette résistance, qui a lié dans un effort commun la plus grande partie de la bourgeoisie britannique, sous la direction de Churchill et la totalité de la classe ouvrière, le cours des choses aurait été entièrement différent. Partout, sur le continent, le totalitarisme nazi a contaminé la majorité des classes bourgeoises et des classes moyennes. En Angleterre, au contraire, l’échec de la mission Hess (compromis avec Hitler) est total: les pro-nazis sont une minorité infime. Partout, sur le continent européen, la classe ouvrière est plus ou moins contaminée par le stalinisme. En Angleterre, non ! Comment expliquer ce double phénomène ? C’est l’histoire même des luttes de la bourgeoisie britannique pour conquérir le pouvoir et construire le plus vieil Empire du monde qui peut nous permettre d’interpréter cette situation paradoxale : la vigueur avec laquelle la bourgeoisie britannique s’est forgée ses instruments de domination — sur ses exploités de la métropole — et sur ses centaines de millions d’esclaves des colonies — a préparé une classe ouvrière également imprégnée de valeurs démocratiques et rebelle aux solidarités internationalistes. Contre la menace de dictature totalitaire, d’où qu’elle vienne, la presque totalité du peuple britannique est d’accord pour prendre les armes. Mais pour découvrir une solution moderne, révolutionnaire, marxiste, à la menace renaissante de guerre et de dictature, la classe ouvrière britannique marque une évidente répugnance: elle craint de s’engager trop loin; elle manque d’audace et d’imagination; elle laisse aux représentants de sa classe dominante (et Churchill est le plus astucieux, le plus éminent de tous) le soin d’entreprendre hardiment, de s’écarter des sentiers battus. La pierre d’achoppement du retour à l’internationalisme socialiste se trouve dans cette psychologie paradoxale. C’est elle qui explique des erreurs symboliques particulièrement désastreuses, comme l’affaire Seretsé ou des discours comme celui de Bevin, justifiant les démontages d’usines allemandes, à la veille des élections en Allemagne, ce qui coûta, dit-on, un million de voix aux socialistes. Le nationalisme est un réflexe de self défense : l’oppression d’un peuple par un autre — ou la menace — le fait sortir des profondeurs du peuple. Mais la solidarité internationale des opprimés seule serait vraiment créatrice.

Spontanéité et organisation.

On aurait cependant tort de croire que la classe ouvrière britannique, et celles des pays du continent européen, sont aussi rebelles que semblent l’être leurs dirigeants à l’internationalisme socialiste.

Lors d’une conférence qui m’avait été demandée, à Winbledon, par les sections du Labour Party de la banlieue sud de Londres, j’ai entendu avec une extrême satisfaction, un vieux militant mineur déclarer: « Nous aurons sans doute à prolonger la durée de nos privations afin de venir en aide à nos camarades du continent qui sont en plus mauvaise condition que nous ».

Mais cet état d’esprit ne transparaît pas assez quand se réunissent les délégués des différents partis socialistes européens pour étudier le problème de la Ruhr, ou celui de la Sarre, ou celui du Conseil de l’Europe…

C’est qu’en effet nous nous trouvons ici devant l’une des questions théoriques les plus classiques, et que tout militant socialiste qui pense par lui-même doit rencontrer un jour ou l’autre: comment concilier les exigences d’organisation du mouvement ouvrier et les manifestations de la spontanéité des masses ? La plupart des défaites ouvrières de 1919 à 1939 mettent en évidence, lorsqu’on les analyse, des spontanéités révolutionnaires (parfois, comme en Espagne, en réplique à des initiatives contre-révolutionnaires). Ce fut le cas, en juin 36, en France. Et les organisations, alors, jouent un rôle conservateur. Le processus historique auquel les masses participent d’un effort créateur, qui comporte ses risques, mais aussi ses conquêtes les plus précieuses, est généralement « encadré » plus ou moins rapidement par les états-majors des organisations. Ensuite, quand la « masse en fusion est refroidie » selon la magnifique expression de Léon Blum, il faut attendre — ou subir les conséquences de l’absence d’audace et de volonté créatrice. En ce qui concerne l’internationalisme socialiste, il y a évidemment aujourd’hui un retard très important, très dangereux, du côté de l’organisation, puisqu’il n’y a pas eu reconstruction de l’Internationale. Doit-on en déduire que « le besoin ne s’en fait pas sentir » dans les rangs des différents partis socialistes ? C’est précisément ce qui reste à voir.

Notre Parti s’est montré, sur ce point, très bien inspiré en favorisant et patronnant aux yeux des autres partis socialistes d’Europe le « Mouvement Socialiste pour les Etats-Unis d’Europe ». Comme organisation démocratique et socialiste, le M.S.E.U.E. est un excellent moyen de se rendre compte de l’état réel de la conscience politique du prolétariat européen. Si, comme nous le croyons, l’étude des problèmes précis relatifs à la socialisation et à la planification européenne des industries de base, ou de la création d’une autorité politique européenne, met en évidence une volonté socialiste internationaliste des militants, il faudra songer rapidement à réunir un véritable Congrès Socialiste International, pour prendre en charge tous les problèmes d’actualité, d’ailleurs liés à celui de l’intégration européenne. Sinon, nous risquons d’être une fois de plus à la remorque des événements, en position de retraite, obligés de nous abriter sous telle ou telle combinaison diplomatique ou ministérielle. Mais alors nous devrons subir les conséquences de cette subordination même en politique intérieure, même en ce qui touche à la répartition du revenu national et du pouvoir d’achat: car il n’y a pas de politique socialiste efficace en dehors d’une orientation socialiste de la politique internationale. La définition d’une telle politique permet de prévoir les phénomènes de « spontanéité » qui se produiront tôt ou tard. Et de forger l’organisation internationale chargée de les interpréter et de les guider vers les objectifs socialistes.

Le socialisme au gouvernement.

Dans la période d’après-guerre que nous vivons, le retour à l’internationalisme socialiste est rendu encore plus difficile par des habitudes prises au gouvernement : trop souvent les ministres socialistes et les responsables des partis socialistes ont dû mettre de côté les conceptions socialistes qu’ils représentaient pour devenir les interprètes de conceptions purement nationalistes, voire même impérialistes, que l’exercice du pouvoir leur imposait. Les socialistes portés au gouvernement ont plus ou moins été solidaires des accords de Yalta, des marchandages de Postdam, des déplacements arbitraires de frontières, des entreprises colonialistes, des destructions d’usines, des annexions déguisées, etc. Il est urgent qu’une Internationale Socialiste se reconstitue pour désolidariser complètement les travailleurs socialistes de ce genre d’entreprises. En particulier, rien n’est plus navrant que le spectacle de ces destructions d’usines, de hauts fourneaux, de laminoirs, de machines-outils, par des soldats britanniques ou autres, sous les yeux des ouvriers désespérés par la menace du chômage. La destruction d’un métier à tisser par les canuts lyonnais au début du siècle dernier s’expliquait par l’ignorance et par la cruauté des conséquences du machinisme générateur de misère dans le régime capitaliste. Aujourd’hui, détruire des machines, créer du chômage, ou détruire des denrées, c’est, pour des socialistes, le signe même de la barbarie capitaliste : il ne faut pas détruire, il faut faire tourner les machines ; et pour qu’elles produisent des moyens de consommation en rapport avec leur capacité de production, il faut les socialiser; là est le point de départ du langage commun entre tous les travailleurs, donc d’une politique commune, internationaliste et socialiste, de tous les exploités.

Qu’est-ce également que ce genre de littérature, jusque dans notre presse socialiste, relative à la « nécessité » de réduire la production de l’acier en Allemagne. Quoi de commun entre cette proposition et les "Cinq points" de Baarn, qui se proposent la planification européenne de la sidérurgie ? Une certaine « accoutumance » dangereuse s’est établie au cours des années d’« exercice du pouvoir » : on a semble-t-il oublié les objectifs fondamentaux du socialisme international. Et les diplomates supervisent les projets socialistes pour les adapter à la défense de certains intérêts « nationaux » cette fois purement capitalistes. N’est-ce pas scandaleux, par ailleurs, de lire, dans le News Chronicle du 18-3-50, le nom des « administrateurs » désignés par la Haute Commission interalliée pour diriger l’industrie charbonnière et l’industrie sidérurgique dans la Ruhr ? Le premier est Heinrich Kost, qui fut membre du parti nazi pendant 11 ans et le second est Heinrich Dinkelbach, qui a dirigé pendant 30 ans la politique financière du grand trust allemand de l’acier, c’est-à-dire qu’il a largement contribué à l’équipement et à l’armement des S.S. nazis. Ainsi, les « Alliés » en sont là ! et cependant, Truman est l’élu des ouvriers américains organisés, Bevin représente authentiquement la classe ouvrière britannique et notre parti S.F.I.O. a tout de même son mot à dire à un gouvernement qui n’existe qu’avec son soutien. Au lieu de rabrouer le Parti Socialiste Allemand qui voit ces choses et qui réclame la socialisation des industries de de la Ruhr, ne devrait-on pas lui marquer un peu mieux notre solidarité internationaliste dans ce domaine ?

Ne parlons pas de la Sarre. Il y a tout de même un certain temps que le problème est posé, que des mesures anti-démocratiques évidentes ont été prises sur ce territoire allemand. Il aurait été souhaitable que, de notre côté, s’élevât une voix de protestation comme pour faire écho, 80 ans plus tard, à la protestation du vieux Wilhelm Liebknecht contre l’annexion de l’Alsace-Lorraine. Mais une sous-commission du C.O.M.I.S.C.O. doit « arbitrer ». Il faudra bien en revenir, bon gré mal gré, à une conception socialiste internationale de ce genre de problèmes, c’est-à-dire qu’il faudra se résigner à ne plus défendre des revendications purement nationales qui opposent travailleurs à travailleurs.

Le soi-disant « internationalisme » stalinien.

Au moins, dans les rangs des partis socialistes démocratiques, nous avons l’espoir de redresser la situation ; un certain nombre de facteurs objectifs nous permettent d’espérer que ce sera rapide : car l’Europe se fera. Et notre front international de classe se reformera, les militants internationalistes y travailleront.

Mais du côté du stalinisme, aucun espoir n’est permis. Si l’on avait besoin d’une preuve supplémentaire que le régime soviétique n’est pas socialiste, il suffirait de la trouver dans la manière dont la Russie stalinienne traite ses satellites ; les relations économiques et politiques entre nations avancées et nations peu développées sont un excellent critère pour le socialisme : plus un peuple est développé et plus il a de devoirs et de responsabilités à l’égard des autres, telle est la règle pour un gouvernement socialiste (et pour un militant socialiste !). Pour Staline, c’est le contraire: plus il est développé, expérimenté, puissant et plus il a le droit d’exploiter les autres, de les encadrer, de les coloniser, de leur fournir ses policiers et ses maréchaux, de leur réclamer des gages, des prix de faveur, des ristournes sur le commerce international, des participations à ses richesses naturelles, etc.

Inutile d’insister: la Yougoslavie en a fait l’expérience et d’autres, qui se taisent, parce que la dictature les tient à la gorge, pourraient aujourd’hui en témoigner.

Mais alors, on doit comprendre à quel point est périlleuse la défense de la construction socialiste dans un seul pays, qu’il soit britannique ou balkanique. A l’échelle nationale, l’expérience la plus audacieuse, la plus méthodique, est fragile et directement menacée par les forces envahissantes de l’impérialisme politique ou financier. L’internationalisme devient donc une nécessité immédiate, même du point de vue de chaque nation, dans le cadre européen: les hommes d’Etat les plus clairvoyants de la bourgeoisie (parfaitement orchestrés par le Vatican !) se sont rendu compte, avant même la plupart des dirigeants socialistes nationaux, que leur chance de survie capitaliste résidait dans la construction d’une Europe capitaliste.

Sous-estimer cette entreprise, ce serait manquer une occasion qui ne se retrouverait pas de sitôt. Nous aussi, nous voulons l’Europe, notre Europe Socialiste. Et c’est pourquoi nous demandons que les militants socialistes de toute l’Europe — en premier lieu nos amis du Labour Party — travaillent à la convocation d’un Congrès Socialiste Européen destiné à définir le programme socialiste commun à tous les travailleurs européens. Après la réussite de ce premier Congrès, l’internationalisme socialiste aura repris force et vigueur et «l’Internationale» ne sera plus un hymne dépourvu de toute signification.

Marceau Pivert et Fenner Brockway en 1947

Marceau Pivert et Fenner Brockway en 1947

Enseignez-moi les noms… (Marcel Martinet)

25 février 2013

Poésie de Marcel Martinet dédiée à Lucie Colliard, extrait de Plein chant n°26 (1975). Merci à Claire pour cet envoi.

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La voix des sans-papiers N°10

8 février 2013

Numéro daté du 6 Février 2013. 12 pages.

SOMMAIRE :

  • Les sans-papiers au FSM de Tunis : Libre circulation et installation pour tous, dans tous les pays du monde !
  • Sans-papiers subsahariens : Pas de « solidarité », des faits concrets !
  • Circulaire Valls : L’arbitraire en progression continue
  • Circulaire Valls :Au cas par cas, les collectifs répondent : coup pour coup!
  • DOSSIER MALI • Quel avenir pour le Mali ? • Anzoumane sissoko : Le travail collectif, patrimoine de nos villages • projet nord Tambaoura : Partir du travail collectif des villages • La terre aux paysans ! • Les Touaregs ? Des Maliens comme les autres
10

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Interview with Charles Reeve

20 janvier 2013

Le site Libcom a publié une traduction en anglais de l’entretien avec Charles Reeve publié cet été. (cf. aussi la version espagnole dans la revue Trasversales N°27).

You have written several books on the capitalism of the Chinese state. China has become a commercial power in globalized capitalism. Some explain this by referring to the non-convertibility of its currency and its repressive regime. There are, however, many workers struggles, or at least that is what people say. In the absence of any independent trade unionism, do these struggles always take the form of wildcat strikes or is the situation more complicated? Are these struggles always restricted to individual enterprises or are there forms of coordination or extension that embrace entire productive sectors or cities?

First of all … you can have both independent trade unions and wildcat strikes. A strike is defined as a wildcat strike with reference to the strategy of the trade union bureaucracy, even if the latter is independent of party control. And an independent trade union that functions according to the principle of negotiation and co-management is opposed to any autonomous action of the wage workers that could disturb its “responsible” and “realistic” nature. The wildcat strike is an action that shows that the interests of the workers do not necessarily coincide with the goals of the trade union, which is an institution that negotiates the price of labor power. On the other hand, there have been wildcat strikes in the history of the trade union movement, in the US and South Africa, for example, for reactionary, and even sometimes racist goals.

In China, of course, the situation is complicated. The unitary trade union (ACFTU, the All China Federation of Trade Unions) is linked to the communist party and has played the role of policeman against the working class during the years of Maoism and afterwards. After the “opening” (to private capitalism) it was transformed into a gigantic machine for the management of labor power in the service of business enterprises, including the foreign enterprises in the Special Economic Zones. It is totally discredited among the workers. It is perceived as the police and as an arm of the management of the enterprises. For several years now, the bureaucracy of the Communist Party has made efforts to restore some of the trade union’s credibility. For example, it has undertaken demagogic campaigns to “organize” the mingong, that is, to introduce a certain degree of party control over these marginalized working class communities, composed of illegal immigrants in their own country, who come from the interior of China. But this campaign has had no effect and achieved no results and the image of the ACFTU among the workers has not changed. Sometimes the central power exerts pressure to make the leadership of the ACFTU take a position against one or another management group working for an enterprise funded by foreign capital. Yet, in recent struggles, we have seen the trade union thugs attack the strikers and the pickets in defense of the very same enterprise. This proves that this organization, by its very nature, is still basically reactionary and that it is on the side of power, of all powers.

Curiously, some organizations that display an independent trade unionist spirit, such as the China Labour Bulletin (Hong Kong, http://www.clb.org.hk/en), swimming against the current and contrary to the gist of their own analyses, continue to speak of a possible transformation of this unitary trade union into a “real trade union” of the western type. They base this view on the attitude of some local and regional bureaucrats (especially in the south, in Guangdong) who are trying to play negotiating roles in order to pacify the explosive situation that currently prevails in their localities. The militants of these independent organizations (such as the China Labour Bulletin) share the traditional vision of the workers movement. For them, the “natural” organization of the workers is the trade union and only the trade union can express working class consciousness, which, without the help of “politicians”, cannot transcend mere trade union consciousness. We are familiar with this discourse. These are the values and principles of the old workers movement that clings the social democratic ideas of the past.

In China there is no independent trade unionism and there never will be as long as the political form of the Party-State lasts. In view of the power of the strike movement over the last few years, the absence of organizations created by the rank and file provides an indication of the intensity of the repression enforced by the authorities. And all strikes are, by definition, wildcat strikes, since they must take place without the authorization and control of the ACFTU. However, every movement, every struggle, implies organization, which is a principle of the workers struggle. In China we encounter ephemeral organizations, informal strike committees, formed by the most militant male and female workers. These organizations always disappear after the struggle ends. Usually, the most active and courageous workers pay a high price; they are arrested and disappear into the universe of the prisons. It seems that, for now at least, the central power is more tolerant, less harsh in its repression. These informal organizations are not recognized, but they are less subject to oppression. This change of attitude corresponds to the profound and complicated crisis and the internal divisions of the Chinese political class. One aspect of this crisis is the conflict between the local authorities and the central power, which has caused the latter on occasion to support the strikers in order to weaken the local potentates. For their part, the strikers are also trying to take advantage of these divisions and conflicts in order to satisfy their demands. And the unitary trade union, itself affected by disagreements and conflicts among the political authorities, is becoming increasingly paralyzed.

The most recent attempt to create a permanent working class structure, characterized by a trade unionist spirit and independent of the Communist Party, took place in 1989, during the Peking Spring, with the formation of the Independent Workers Union. The massacre of Tiananmen Square on June 4 dealt a particularly hard blow to these militants.[1]

Today there is a network of NGOs, created for the most part in Hong Kong, which fills the vacuum and plays a kind of trade union role, carefully avoiding any political confrontation with the central power. ( Avis au consommateur, Insomniaque, 2011). [2]

Until very recently, the workers struggles have been isolated by enterprise or by region. However, this isolation must be put into perspective and it must be recognized that the situation is changing. Isolation does not necessarily mean separation. There is a kind of unification that is realized by way of common demands, by the consciousness of an enormous, shared social discontent, of belonging to the society of the exploited, of opposing the mafia of power and the red capitalists. The role of the new technologies, of the blogosphere in particular, is fundamental.[3] We are almost tempted to say that information circulates more quickly today in China than in the societies of “free expression” like ours, where we can say and know everything and nothing is said and nothing is known; where information is subject to the consensus of what is “important”, of what is considered to be “news”. In China, thanks to the network of the new technologies, information regarding an important struggle, a popular revolt or a demonstration against a polluting factory is rapidly transmitted to hundreds of thousands of workers.

“Forms of coordination” are not common and those that exist are totally clandestine. However, today we can verify a new tendency in these struggles: their extension. For some time now the struggles have been spreading rapidly beyond the enterprises and are directed against the local authorities, city halls, party headquarters, police, courts….

We also observe how the struggles are spreading and becoming generalized in the industrial zones. Class solidarity is growing and there are workers who travel in order to support workers struggles in other localities. The presence of the mingong, communities of violently exploited undocumented workers, plays an important role in this extension. It is an ongoing process, very consciously experienced, and very political, in the sense that it rapidly exceeds the boundaries of immediate demands and confronts the institutions of repression and administration of the ruling class. It is also political in the sense that these struggles express the desire for a different kind of society, a society that is not based on inequality, a society that is not repressive, and is not controlled by the party mafia. Thus, a parliamentary democratic project of the western type, advocated by dissident currents, can take root. It is inevitable and logical. That it might succeed, and thus foreclose any perspective for social emancipation, is also possible. Everything depends, ultimately, on the scope and the radicality of the social movements.

In the biographical note on Paul Mattick (Sr.) that you included in “Marxisme, dernier refuge de la bourgeoisie?”, you speak of an “exhaustion of the Keynesian project”. This is more or less what Pierre Souyri said in his posthumous and now out of print book, “La Dynamique du capitalisme au XX siècle”: the use of the State to “palliate” the class struggle and to stimulate investment and production has not survived the vicissitudes of the oil crisis and the global mobility of capital. Since then the State has appeared to be more of a victim than a savior. But aren’t there signs of stagnation in the neoliberal project that replaced Keynesianism, after populations resisted the excessive privatization of services and the capitalists began to have qualms about fictitious capital after the crisis of 2008?

It is an excellent idea to start with Paul Mattick [4] and then to speak of Pierre Souyri [5]. They are two similar theoreticians, despite different careers and distinct historical contexts. Both of them are little known, almost never studied, and ignored outside of small radical circles. Souyri even more so than Mattick, despite the fact that he had a university career after his participation in Socialisme ou Barbarie (under the pseudonym of Pierre Brune). Souyri was familiar with Mattick’s ideas, and was an attentive reader of Mattick’s works. His posthumous book, La dynamique du capitalisme au XX siècle (Payot, 1983) went almost entirely unnoticed and is almost never cited.

Mattick and Souyri shared the same theory of capitalist crisis, based on the fall of the profitability of capital and the difficulties of extracting the surplus value required for accumulation. Both of them thought, contrary to the position of most of the currents of radical Marxism (radical with respect to social democracy), that the problem that confronted capitalist accumulation is that of the extraction of surplus value rather than its realization. This distinguishes them from those who explain the crisis on the basis of underconsumption, who were, and still are, basically Keynesian Marxists … or Marxist Keynesians. The ideas defended by Mattick are part of a broader current, which includes, among others, Souyri in France and Tony Cliff in Great Britain.

Souyri viewed the oil crisis of 1974 as evidence for a reversal of the trend of the cycle of capitalist accumulation that started after the war.[6] In Le Jour de l’addition [7] Paul Mattick Jr. (who shares his father’s political views, another aspect Mattick also had in common with Souyri and his son…) also showed how the crisis of 1974 signified a turning point after which capitalism attempted to overcome its crisis of profitability by means of the constant resort to increasing amounts of indebtedness.

For Souyri, classical Marxism (social democracy and its Bolshevik left wing) underestimated the transformations of capitalism and its ability to integrate the working class. For his part, Mattick never ceased to analyze the role played by the organizations of classical Marxism in this process of integration. The debate on the function and the limits of Keynesianism starts from the basis of the verification of this underestimation. Souyri was interested in the question of the transition to planned capitalism, where the State would intervene not only to correct the shortfalls of accumulation, but also to prevent them, in a dynamic that would lead to a rationalized economy.

We know that this idea was also held by eminent theoreticians of social democracy, such as Hilferding. For Souyri this transition rendered the capitalist integration of the proletariat necessary, since the persistence of the class struggle made planning impossible. And this is why, in the 1970s, he thought he could conclude that this transition, this ability of the State to plan the economy, would not take place.

How are we to judge this idea in view of the current situation? Rather than having been integrated, today’s proletariat is being lacerated by the measures of capitalist restructuring. The capitalist class does not subscribe to this project of rationalizing the economy; instead, it has returned to the idea of laissez faire, and the invisible hand of the market. Thus, the question must be considered from another perspective. This is what Souyri did, for whom, beyond class conflicts, there is “a more profound problem: that of the profitability of capital and its decline” (La dynamique du capitalisme au XXe siècle, p. 29). Furthermore, Souyri claimed that the regulatory activities of the State were only possible in periods of growth and that since growth has been interrupted the limits of State intervention have become apparent, “…the first symptoms of the destabilization of the system allow us to establish that the real barriers faced by the continuing accumulation of capital are those that limit the extraction of a sufficient quantity of surplus value” (p. 30). “The crisis of 1974 clearly shows that planning for constant growth is a myth that collapses as soon as the rate of profit declines” (p. 38).

Thus, it is in the problem of profitability and the tendential fall of the rate of profit in the private sector, where one must seek the exhaustion of the Keynesian project, and of its vacillating measures to regulate capitalism. Here Souyri’s views converge with the analysis of the limits of the mixed economy offered by Mattick. For Souyri and for Mattick, “the profitability of private capital has undergone a gradual erosion that has deprived it of its capacity for self-expansion” (p. 35). Keynes also acknowledged this and this is why he attempted to contribute a “solution” capable of preventing a possible social breakdown and its revolutionary dangers. However, Mattick argues that this “solution”, economic intervention, causes the very conditions upon which its effectiveness is based to disappear, and it thus becomes a new problem. The growth of demand by means of State intervention affects general production without actually restoring the profitability of private capital or the possibility of the further extension of accumulation. It increases indebtedness and further exacerbates the insufficiency of private profits.

Today, as we are experiencing the effects of a profound crisis of capitalism, the debates concerning its nature are rare or take place in very restricted forums. There is still a great deal of talk about a “monetary crisis” but this crisis is not actually explained. It is basically the neoliberals who criticize Keynesianism. And the voices that dissent from the official discourse are those of neo-Keynesian economists. This is the case, in France, with the circle of Les économistes atterés and Frédéric Lordon, whose discourses occupy a central place in the post-ATTAC sphere of influence and in Le Monde Diplomatique. In one of his most recent articles, Lordon proposes “a great political commitment, the only way to make capitalism temporarily acceptable, the minimum that an even slightly serious social democratic policy must demand (…)”, which, in its essentials, amounts to the acceptance of the destabilization created by capitalism in exchange for a commitment on the part of the capitalists to “assume collateral damage”, and “to make capital pay for disorders which it incessantly inflicts on society with its relocations and restructurings”. This neo-social democratic “great commitment” would be a pale copy of those of the past; it does not even propose to “correct” or to “prevent” crises, but “to coexist with” and “to pay for the disorders” engendered by the system (Frédéric Lordon, “Peugeot, choc social et point de bascule”, Le Monde Diplomatique, August 2012). It is against this ruinous program of the “left” that we may measure the importance of the work of Paul Mattick and his critique of Keynesianism from an anti-capitalist point of view.

Souyri writes: “There is a quantitative difference, which is tending to become qualitative, between an economy in which the public sector is limited and subordinated to monopoly capitalism, and an economy in which the state sector is predominant while the private sector is tending to become residual. Bourgeois society cannot completely nationalize the economy without ceasing to be bourgeois society” (Ibid., p. 18).

This debate concerning capitalism’s dynamic and its possible evolution in the direction of a form of State capitalism is also present in Mattick’s work. He thought that the limits of the mixed economy would, over the long term, pose the problem of the expropriation of private capitalism due to State expenditures, which are transfers of private profits to the public sector. This dynamic cannot fail to generate opposition from the bourgeois class.

And this “qualitative difference” raises an important political question. Today’s neoliberalism is a militant ideological reaction against this tendency and this threat; it is the acknowledgment on the part of the bourgeois economists of the limits of the mixed economy. However, despite the impact of this anti-Keynesian discourse, the current level of State intervention is higher than it has ever been since the end of the Second World War. And, as Mattick pointed out, any reduction in this intervention plunges the economy into recession. The demise of the neoliberal project is to be found in this narrow margin, between the absence of private capitalism’s “capacity for self-expansion” and the impossibility of the continued increase of State intervention in the economy.

In these conditions, this danger that threatens bourgeois society explains why private capitalists cannot allow interventionist tendencies to proceed unhindered. And it also explains why the neoliberal political tendencies cannot yield. Over the long term, the survival of the bourgeoisie is riding on the outcome of this process. The State is not its prisoner, but it is still its political institution, which it uses to plunder the entire economy, to protect and to assure the functioning of the networks of speculation, and to appropriate profits without, however, actually bringing about a resumption of the accumulation process. Nonetheless, we can imagine a situation of social revolt against which the only way to preserve the capitalist mode of production would be a return to generalized interventionism, and a nationalization of the economy, where even the bourgeoisie would give its tactical support to a “state socialist” program. Once again giving new meaning to Rosa Luxemburg’s observation that Mattick used as an epigraph for his last book: “Bourgeois class rule fights its last battle under a false flag, under the flag of revolution itself.” But the flag of social democracy, of state capitalism disguised as “possible socialism”, is today quite discredited. Social democracy has gotten lost in the swamp of neoliberalism. Given the state of development of society and our accumulated historical experience, we may hope that such a situation would open the door to other possibilities, and to a struggle for social emancipation.

We have not reached that point yet. For now, the capitalists are ruthlessly striving to increase the rate of exploitation with the expectation that they can substantially increase their profits and reverse the tendency towards disinvestment. But Souyri had already written in 1974: “A thoughtlessly retrograde policy with regard to wages could have the effect of causing an increase of desperation and a dangerous rage among the proletariat, without thereby leading to a significant modification of the rate of profit in a positive sense” (“La Crise de 1974 et la riposte du capital”, ibid.). This is the situation in which we find ourselves today.

If the economic depression gets worse it will provoke the disorganization of society. Social struggles will also undergo a qualitative modification. Resistance will not be enough, the subversion of the old social order will seem to some people to be a necessity. From the point of view of capitalism, given the state of accumulation it has attained, in order to reestablish profitability something more than mere super-exploitation will be necessary; the destruction of capital and labor power on a vast scale will be required. Isolated, limited wars, such as the ones that are currently taking place, will not be enough, since capitalism, with its nuclear technology, now finds itself facing its capability for self-destruction.

We are witnessing the dawn of a long period in which capitalism will prove its dangerousness as a system. We are not yet capable of imagining the political consequences. The alternative, social emancipation or barbarism, will once again be posed. The forms that a possible emancipatory movement will assume will be new, as will those of the possible political barbarism, since they are now no longer those of the old fascism, the political and social system of the counterrevolution, a totalitarian variant of State interventionism. Today, reading Mattick and Souyri, among others, can help us to discern where we are heading and which roads we should avoid.

With regard to the current mobilizations against “austerity” measures, which have assumed various forms such as the “Occupy” movement in the United States and the “indignados” in other countries: do you think they are new forms of class struggle? And more generally, what is your analysis of the reactions of the workers to the consequences of the capitalist crisis that the ruling classes have made us endure?

We can begin with the second question. In Spain, in 2011, the banks evicted, obviously with the help of the police, between 160 and 200 persons each month. These figures continue to rise. At the same time, the number of evictions prevented by collective mobilizations has averaged approximately one per day. If the disproportion is enormous, it does not however obviate the fact that there is a powerful movement of opposition against the evictions. It has formed the basis for the development of actions on the part of workers in the street to occupy—they call it “liberate”—vacant real estate that belongs to the banks or real estate corporations. Large agricultural properties (owned by agrobusiness or the banks) are also beginning to be occupied by agricultural wage workers and the unemployed, especially in Andalusia, in the province of Cordoba.

These direct actions are examples of new forms of action carried out by workers who are directly affected by austerity programs. In Europe, the Spanish case is, undoubtedly, the one in which the struggles are becoming most radicalized. And this radicalization, and the popularity of these actions, cannot be separated from the impact of the movements of the indignados, known in Spain as the 15M. In the United States, where the Occupy movement has been crushed by harsh repression on the part of the federal government and the local authorities, the local groups that still support the Occupy movement also persist in the struggle against evictions in poor neighborhoods. These struggles are characterized by the fact that they depart from the purely quantitative framework of immediate demands. They are directed against the law and pose the question of the necessary reappropriation of the conditions of life for those men and women who make the wheels of society turn.

The movements of the indignados have proceeded, with differences and contradictions, in accordance with the specific conditions of each society. They are full of contradictions and ambiguities, but they are unlike anything we have seen before. Where their dynamic has been most intense, where the movement has successfully managed to occupy public space for the longest time, in Spain and the United States, these divergences have ended up assuming an organized form, pitting reformists against radicals. Gradually, the latter tendency, opposed to electoralism and negotiation, has invested its energy and creativity in direct actions, such as support for strikes and occupations of empty buildings, and actions against evictions and against the banks. They dissociate themselves from previous forms of action, they try to come to terms with the dead ends and defeats of the recent past, and they debate principles of engagement and negotiating tactics.

Very critical of the political class and the corruption with which that class is associated, they question, in a more or less extreme way, the very foundations of representative democracy. They seek new methods, they examine the priority of physical confrontation with the mercenaries of the State and are particularly sensitive with regard to the need to extend the movement. They are skeptical of the projects to manage the present situation, and reject today’s capitalist productivist logic and pose the need for a different society.[8]

These concerns are clearly contrary to the consensual and normative activity of the institutions of the parties and traditional trade unions. The creative energy unleashed by these movements has contributed to their social extension, sometimes beyond what could have been foreseen. One recent example: the great student movement that is shaking the society of Quebec, despite the fact that it began with simple corporative demands.[9]

Among the ideas contributed by these movements, that of Occupation seems to have encountered a widespread echo. As has the proposal that those who have an interest in something must act directly for themselves in order to resolve their own problems. The insistence on grassroots organization has been a driving force for these movements, through the constitution of non-hierarchical collectivities, which distrust political manipulations, and do not submit to the charisma of leaders. When the most accommodating press (Paris Match and Grazzia, to cite only two recent examples) takes a paternalist interest in the indignados, it is only in order to complain that they have distanced themselves from traditional political life and have refused to give themselves leaders, shortcomings that are obviously referred to as the principle causes of their failure.

In the United States the impact of the Occupy movement and its ideas have been enormous and it is too early to analyze its scope and its consequences. [10] If at the beginning it mostly affected the young student-workers living in precarious conditions, who constitute a growing fraction of the “working class” in sociological terms, the movement subsequently attracted, as it did in Spain, the great mass of the damned of contemporary capitalism, the excluded, the homeless and others forced to live itinerant lifestyles. In many large cities these latter categories finally comprised an important part of the street encampments. But Occupy also cultivated relations with the most combative sectors of the workers movement, the rank and file of the trade unions. This says much about the state of development in which the conscious workers find themselves in the dead end of trade unionism faced by the crisis and the violence of the capitalist assault.

The slogan, “We are the 99%”, beyond its reductive simplification, has destroyed the ideological expression, “middle class”, a category that included the entire wage earning class, and every worker, with an average level of consumption, on credit, of course. It also revealed the current tendency of capitalism, the concentration of wealth and power in the hands of a minuscule part of society. Therefore, after Occupy, the concepts of exploitation, class and class society have returned to the surface of public discourse. In a territory-continent as vast as the United States, where conflicts, strikes, and mobilizations are increasingly more separated from each other, the word Occupy from now on constitutes a unifying reference point in every local or sectoral struggle.

The occupation of the street is not the occupation of the workplace. But in the United States and Spain, the spirit of Occupy and 15M has infected the “world of the wage workers”. It finds an echo in the workers who are conscious of the fact that the trade union struggle of the past does not aspire to the overthrow, or even the weakening of the operation of capitalism and the aggressive decisions of the capitalists. Its only objective, faced with the decline of industrial sectors, is to get a higher wage, and to sell their skins for the highest price it can get. In this sense, the struggle of the workers at Continental is a model. To insist on making this or that enterprise viable, or this or that sector, only anesthetizes the victims. The idea of “self-managing” an isolated enterprise seems most ridiculous today, in view of the globalization of capitalism. We can see the kind of form and content the future struggle will assume in the French automotive sector. We shall see if it can unite with other struggles, and other sectors where the capitalist class is getting ready to attack. At first, the government and the trade unions restricted themselves to a discourse of “restructuring”, although the automotive sector is subject to global competition in saturated markets. The militants of the trade union left (the last historical mission of the Trotskyists!) will do what they know how to do best and always have done: create a committee of struggle, obtain access to the enterprise’s account books and demand the prohibition of layoffs. Beyond that, they have nothing to say, or else they censor themselves from saying anything else because of tactical considerations regarding the social, human and ecological meaning of automobile production and regarding how and why they can defend such logic, a production that consumes men and societies.

We could, of course, criticize the movements of the indignados, and draw attention to their contradictions and ambiguities. But how can we compare these movements that have in a few months shaken the foundations of modern societies, with the flaccid condition of the workers struggles, where there is currently not even the slightest alternative proposal, or the least idea of a different world, except for resistance and the desire to return to the recent past, the same past that gave birth to the current disaster? Are the movements of the indignados a “new form of the class struggle”? They are actually a form of struggle that corresponds to the current period of the class struggle. They have awakened society and the most conscious elements among the exploited by making them see the dangers of capitalism, and the need to leave behind the classical litany of immediate demands in order to pose questions about the future of society. The workers movement is old and cannot offer either opposition or alternatives to the ongoing capitalist attacks. It is dying and it would be futile to want to resuscitate it. We have to build a new movement on the basis of the struggles of those men and women who are dissociating themselves from the old principles and forms of action. This will take time. Occupy and 15M, among others, have opened up new roads, and new forms of action. The labor of the Mole will do the rest. It is only a goodbye and the forms and contents of these movements will reappear transformed, somewhere else and at another time, in other movements with new dynamics.

Charles Reeve
August 15, 2012

Interviewed by Stéphane Julien and Marie Xaintrailles. Translated from the Spanish translation.

Spanish translation available at: https://bataillesocialiste.wordpress.com/2013/01/02/entrevista-con-charles-reeve-los-movimientos-indignados-y-la-lucha-de-clases/

 

 

 

Wobblies et hobos à Ivry-sur-Seine le 6 février

6 janvier 2013
Conférence littéraire et musicale, entrée libre.

LES GOMMARDS : AUTOUR DE "WOBBLIES ET HOBOS" DE JOYCE KORNBLUH

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A l’initiative de la librairie Envie de Lire dans le cadre du festival Sons d’hiver.

La librairie Envie de lire est une coopérative ouvrière, attentive aux publications portant sur l’histoire du mouvement ouvrier à travers le monde. C’est ainsi qu’elle a découvert le magnifique "Wobblies et Hobos" paru aux éditions de l’Insomniaque.

L’édition en français de cet ouvrage de référence est composée d’une quarantaine de documents écrits et de plus de 130 illustrations provenant de l’édition originale. Cette édition abrégée est une véritable réussite ; l’oeuvre de Joyce Kornbluh a retrouvé là, une seconde jeunesse. Maquette, format et mise en page sont un véritable régal. L’ouvrage est accompagné d’un CD qui contient 22 chansons : des blues inédits écrits et chanté par des hobos noirs dont la plupart sont devenus célèbres (tel Sleepy John Estes) et des chants ouvriers et protest-songs dus à la plume de Joe Hill, de T-Bone Slim ou d’autres, soit dans d’anciennes versions, soit joués par un groupe de blues rock montreuillois : les "Gommards".

Wobblies et Hobos?

Les militants des IWW, sont communément appelés Wobblies. Les IWW étaient nés en opposition au syndicat confédéral corporatiste, raciste et chauvin, AFL, fondé par Samuel Gompers en 1886. Les Wobblies recrutaient quant à eux parmi les travailleurs non qualifiés de toute race et de tout sexe : la main-d’oeuvre féminine sous-payée du textile, les mineurs et journaliers noirs comme blancs, les immigrés fraîchement débarqués et parlant à peine l’anglais, et surtout les travailleurs saisonniers qui sillonnaient le continent en resquillant dans des trains de marchandise :  les vagabonds du rail ou hobos.

Renseignements et infos : www.lehangar94.fr

Je fais passer le "Testament" de Lénine en France (Body)

6 janvier 2013

Extraits de Un piano en bouleau de Carélie (Marcel Body, 1981).

Thorès était chargé de la défense de Schwartzbard, le meurtrier de Petlioura à Paris. Ce dernier devait comparaître prochainement aux Assises. Et c’était pour obtenir son acquittement qu’Henry Thorès et Bernard Lecache demandaient aux autorités soviétiques de leur fournir la preuve que Petlioura avait ordonné certains des nombreux pogromes perpétrés en Ukraine, sur le territoire placé sous son contrôle. Or malgré toutes leurs recherches, les autorités soviétiques ne parvinrent pas à découvrir dans les archives un seul document de ce genre. En quelques jours, Henry Thorès et Bernard Lecache étaient devenus pour nous sinon des amis, du moins des confidents et des hommes sûrs. M’adressant un jour à Henry Thorès, je lui demandai s’il était certain de faire acquitter Schwartzbard.

« Je le ferai acquitter, me dit- il, mais à une seule condition : qu’il ne parle pas. Sinon je ne réponds plus de rien.

— Comment l’empêcherez-vous de parler ?

— Oh ça, dit-il d’une voix de stentor, c’est une question d’organe ! »

Je voyais journellement, en fin de soirée, Alexandre Chlipanikov et Medvédiev et je les mettais au courant et mes pensées et de mes rencontres. L’arrivée d’Henry Thorès et de Bernard Lecache les intéressa beaucoup. A cette époque, dans les milieux informés du Parti, on parlait à mots couverts de ce qu’on appelait le Testament de Lénine, document archi-secret que Staline et son équipe gardaient jalousement sous le boisseau. Trotski lui-même, sous la pression de Staline, niait son existence après qu’il eut proposé à la réunion du Politburo où ce document avait été examiné, de ne pas en tenir compte,afin que Staline, contrairement à ce que demandait Lénine, garde sa place de secrétaire général du Comité central où il disposait de tous les leviers de commande du Parti et de l’État.

Ce « Testament » nous intéressait au premier chef et nous étions de plus en plus désireux de savoir ce qu’il contenait. J’en parlai à Chliapnikov et à Medvédiev et leur demandai de me le procurer. Quelques jours après, ils me remirent une copie authentique du fameux document. Je leur avais dit qu’il m’était possible de le faire remettre en main propre à Boris Souvarine, par Henry Thorès et Bernard Lecache, pour qu’il en tire le meilleur parti possible dans l’action menée contre la mainmise de Staline sur le P.C. russe.

Je confiai donc, chez Pierre Pascal, le document à Henry Thorès lui-même, en présence de Bernard Lecache, en lui signalant l’importance de ce que je lui remettais et le danger qu’il y aurait pour eux, si on venait à le découvrir dans ses papiers à la frontière. De sa voix de Stentor, il me rassura: « Ne vous inquiétez pas. Je vais le mettre dans mon dossier et personne n’ira le chercher là. » C’est dans ces conditions que ce Testament est arrivé en France et a été remis à Boris Souvarine. Quelques jours plus tard, nos deux voyageurs étant de retour à Paris, Pierre Pascal reçut une carte postale de Boris Souvarine où étaient dissimulés ces quatre mots : « Que faire du document ? » D’accord avec moi, Pascal répondit : « Ce que vous voudrez. » Boris Souvarine avait donc le champ libre pour le publier. Mais je ne m’attendais pas à le voir éclater comme une bombe dans la presse internationale. Je croyais qu’il serait publié dans un des organes que faisaient paraître, à Paris, les groupes d’Opposition. Il en fut tout autrement. Boris Souvarine et Max Eastman affrontèrent tous les risques avec courage en publiant ce « Testament de Lénine » et en se portant garants de son authenticité. Staline, son entourage et ses adeptes nièrent l’authenticité de ce Testament. Quant aux dirigeants du P.C. français, ils persistèrent jusqu’au XXe Congrès du P.C. russe, tenu en 1956, à affirmer qu’il s’agissait d’un document apocryphe. Jusqu’à présent, l’origine de ce document, la manière dont il est parvenu en Occident, n’ont pas été rendues publiques.

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Bernard Lecache en 1923

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Henry Torrès en 1921

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La revolución de los comités

13 décembre 2012

La revolución de los comités, de Agustín Guillamón, publicada por Aldarull/El Grillo Libertario (2012), es una obra imprescindible sobre la Guerra civil en Cataluña. Desde una novedosa redacción histórica, los propios protagonistas explican, en primera persona del presente, los acontecimientos vividos en la Barcelona revolucionaria durante el segundo semestre de 1936.

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Las revoluciones sociales, esas tentativas de reorganización de la producción y de la sociedad sobre nuevas bases, son extremadamente raras en la historia. En el siglo XX estallaron la revolución rusa, protagonizada por los soviets, la revolución alemana, caracterizada por los räters (consejos) y la revolución española, identificada con los comités. Soviets, räters y comités fueron los potenciales órganos de poder de la clase obrera en cada una de esas revoluciones. El estudio de esos órganos de poder permite un conocimiento profundo de las dinámicas sociales, problemas y debilidades de cada una de esas revoluciones. Más allá de las circunstancias políticas, sociales y económicas en que surgieron, nos aportan siempre una experiencia insustituible, tanto en sus éxitos como, sobre todo, en sus fracasos. Para los revolucionarios, la gran enseñanza de la revolución de los comités, en 1936, fue la necesidad ineludible de la destrucción del Estado.

El período cronológico tratado en este libro transcurre desde julio hasta diciembre de 1936, es decir, abarca el período álgido de la revolución de los comités. Los comités de barrio ejercieron todo el poder en las calles de Barcelona, enfrentándose, en ocasiones, primero al Comité Central de Milicias Antifascistas, y a partir del 26 de septiembre, a los comités superiores cenetistas, integrados en el gobierno de la Generalidad. Se estudia el origen del organismo revolucionario conocido como Comité Central de Abastos, y su posterior integración en la Consejería de Abastos de la Generalidad, realizada sin apenas problemas gracias a la presidencia de la misma persona: Josep Juan Doménech. Surge impetuosa la figura del economista Joan Pau Fábregas, Consejero de Economía y firmante del Decreto de Colectivizaciones. Sus originales propuestas económicas, entre las que destacaba la monopolización del comercio exterior, como solución de emergencia a la carestía de subsistencias, sólo encontró el rechazo y vacío del resto de consejeros hasta que se produjo su definitiva exclusión, junto a Nin, del gobierno de la Generalidad del 17 de diciembre de 1936, apenas comentada por la historiografía académica. Los precios de las subsistencias empezaron a subir descontroladamente, a causa de la especulación, situando a los trabajadores ante situaciones límites, en las que despuntaban el hambre.

El hambre fue utilizada por el gobierno de la Generalidad y por los estalinistas como una poderosa arma de la contrarrevolución para derrotar a los revolucionarios. El gobierno denegó reiteradamente divisas para constituir una adecuada reserva de alimentos. GENERALIDAD Y ESTALINISTAS QUISIERON DOBLEGAR LA REVOLUCIÓN POR EL HAMBRE,

Otro protagonista de este tomo es la violencia política revolucionaria de los primeros meses, y su colisión con los primeros intentos de su paulatina institucionalización y domesticación. No puede entenderse el orden público sino como violencia institucional. El Estado defiende siempre las instituciones de la sociedad burguesa y posee el monopolio de la violencia, que ejerce mediante las llamadas fuerzas de Orden Público, que aparece como la “normalidad” de la sociedad capitalista. La violencia revolucionaria que rompe ese monopolio es presentada invariablemente como un fenómeno excepcional, caótico, arbitrario y anormal, esto es, como alteración de la ley y el orden burgueses, y por lo tanto como delincuencia. Y sus líderes como criminales. La restauración del Orden Público burgués, a partir de octubre de 1936, se opuso y se enfrentó a la violencia revolucionaria.

El levantamiento militar de julio de 1936 abrió la vía violenta como solución a los conflictos sociales y políticos. En una guerra los conflictos se resuelven matando al enemigo.

La situación excepcional de crisis institucional y revolución social, provocada por el alzamiento militar y la guerra civil, fueron el fértil terreno en el que proliferaron los revolucionarios, difamados como “incontrolados”, que se tomaron la justicia por su mano. En una situación de quiebra de todas las instituciones y de vacío de poder, los comités revolucionarios, y también algunos especializados comités de investigación, se atribuyeron las facultades de juzgar y ejecutar al enemigo fascista, o incluso al sospechoso de serlo, sólo por ser cura, propietario, derechista, rico o quintacolumnista. Y las armas que empuñaban les dieron el poder y el “deber” de exterminar a ese enemigo. Porque era la hora de dar muerte al fascismo, sin más alternativa que la de morir o matar, porque se estaba en guerra a muerte con los fascistas. Si nadie, nunca, acusa a un soldado de matar al enemigo, ¿por qué iba a ser acusado nadie de matar al enemigo, emboscado en la retaguardia? En una guerra al enemigo se le mata por serlo: no había otra ley, ni otra regla moral, ni más filosofías.

Hoy, perros de presa al servicio de su amo, socio de determinados círculos burgueses y franquistas, con ínfulas aristocráticas, continúan ladrando su miedo al “bruto anarquista”, que demonizan como a un vampiro sediento de sangre. A muchos años de distancia, doctos académicos (en su mayoría herederos del estalinismo) elaboran complicadas elucidaciones y teorías para culpabilizar exclusivamente a los anarquistas; pero todos los documentos históricos sobre el tema nos indican que el miliciano (cenetista, republicano, poumista o estalinista) que se iba de “paseo” con un cura, un patrono o un fascista, aplicaba una regla muy sencilla: en una guerra, al enemigo se le mata, o te mata. Desde Federica Montseny, Ministra de Sanidad, hasta Pascual Fresquet, Jefe de la Brigada de la Muerte; desde Vidiella, Conseller de Justicia por el PSUC, hasta África de las Heras, líder de un rondín del PSUC; desde Joan Pau Fábregas, Conseller cenetista de Economía, hasta el miliciano o patrullero más modesto, todos, absolutamente todos, argumentaban ese mismo razonamiento.

El fenómeno de la violencia revolucionaria de los milicianos, en la retaguardia aragonesa y catalana, debe estudiarse en el contexto de la lucha por el poder local: formación del comité revolucionario, castigo y limpieza de curas y fascistas, expropiación de las tierras, ganado y propiedades de los derechistas (en su mayoría asesinados o huidos) y de la Iglesia, que consolidaban económicamente la Colectividad del pueblo. En este proceso jugaba un gran papel los conflictos sociales anteriores, caldo de cultivo de venganzas y ajustes de cuentas en cada pueblo, que explican la mayor o menor virulencia de la “limpieza”.

Violencia y revolución eran inseparables. Violencia y poder eran lo mismo. En épocas de revolución la violencia, mientras sea tan destructiva (del viejo orden) como constructiva (del nuevo orden), no puede dominarse, y encuentra siempre a sus ejecutores, anónimos o no. Así ha sido y será desde la Revolución Francesa a la revolución de mañana. Pero cuando esa violencia incontrolada, ligada a la situación revolucionaria de julio, y a un poder atomizado, empezó a ser regulada hacia octubre (desde su nueva naturaleza de violencia legítima y/o legal del “nuevo” orden público) por las nuevas autoridades antifascistas, dejó de ser una violencia revolucionaria, colectiva, popular, justiciera, festiva y espontánea, porque se transformaba ya en un fenómeno cruel, ajeno e incomprensible al nuevo orden contrarrevolucionario, burgués y republicano, centralizado y monopolista, que se instauraba precisamente sobre el control y extirpación de la anterior situación revolucionaria.

En octubre de 1936, el retorno al “nuevo” orden público, pactado entre el Gobierno de la Generalidad y los comités superiores libertarios, supuso que se considerase “anormal” y transitoria la violencia revolucionaria del verano. En todo caso, ya no se reconocía lo sucedido en julio: había que pasar página. Sólo importaba la unidad antifascista para ganar la guerra.

Algunos perdieron el paso, y no se habituaron nunca al cambio entre una situación de justicia revolucionaria espontánea y atomizada, que duró algunas semanas, y la paulatina restauración del monopolio de la violencia por las instituciones estatales, que marcó el tránsito a una justicia republicana. Y sufrieron una especie de desajuste temporal, como Fresquet. Otros, por el contrario, impulsaron, protagonizaron y vivieron esos cambios desde primera fila, marcando los tiempos y los pasos de esa transformación, como Aurelio Fernández: organizador de las Patrullas de Control; secretario de la Junta de Seguridad, desde donde intentó la aceptación del nuevo orden por los patrulleros, no sin plantearse en algún momento la necesidad de romper la unidad antifascista; consejero de la Generalidad en abril; y paradójicamente preso antifascista desde agosto de 1937; acusado primero del atentado contra Josep Andreu Abelló, y luego por el caso de los maristas. En muy pocas ocasiones, alguno, como Ruano, era un delincuente, sin más, al que los sindicatos condenaron a muerte y finalmente ajusticiaron. Pero ya inmediatamente después de la derrota de los revolucionarios en mayo de 1937, la infamia burguesa y estalinista extendió la criminalización a todo el movimiento anarquista, inflando el número de represaliados hasta el infinito, como infinito era su miedo a los revolucionarios, y excluyendo curiosamente del fenómeno represivo del verano del 36 a republicanos, poumistas y estalinistas. Soler Arumí y la checa de ERC; África de las Heras y su estalinista rondín, organizadora (según Miravitlles) de orgías de sangre y sexo, el terrible José Gallardo Escudero, Salvador González, y tantos otros del PSUC, habían sido borrados de la lista de los represores… para culpabilizar sólo y exclusivamente a los anarquistas, y sobre todo, olvidando el contexto histórico de un pueblo atacado salvajemente por su propio ejército, que convertía a los atacados en asesinos, por la única razón de defenderse ante la agresión. El mundo al revés, cien mil veces repetido por la propaganda burguesa, franquista y estalinista. Un ejemplo: tribunales franquistas fusilando durante doce años a los leales al régimen republicano por el delito de rebelión militar. Otro ejemplo: la historiografía estalinista y la vomitiva producción editorial financiada por círculos burgueses, ecuestres y franquistas.

La labor de historiador, en esta obra, no pretende ser otra que la de dar la voz a los protagonistas de la historia, ceder la palabra a quienes vivieron y sufrieron los acontecimientos, hoy históricos; pero en su momento devenir de un presente cargado de problemas, miserias, luchas y esperanza.

El libro tiene el valor y la osadía de situar en su contexto histórico y de intentar comprender, desde el punto de vista del proletariado revolucionario, dos de los episodios más truculentos, manipulados y mitificados de la represión revolucionaria anarquista: la Brigada de la Muerte de Fresquet y el asesinato de 42 maristas por Aurelio Fernández y Antonio Ordaz, aportando documentación inédita.

En todo momento, en cada línea, se pretende que el lector pueda hacerse una opinión propia de los acontecimientos, de los discursos, de los debates en curso, de las posiciones de los distintos protagonistas. Pero los documentos no hablan nunca por sí solos; han de ser interpretados, contextualizados y explicados. Y la labor del historiador, si es honesto, además de encontrarlos y seleccionarlos, según su idoneidad, no es otra que la de hacerlos comprensibles, o situarlos cronológica e ideológicamente. Para hacerlo se recurre a las notas a pie de página, pero además, cuando el narrador ha de intervenir para completar la información del documento, o dar su propia interpretación (inevitable y necesaria) de los hechos, se utilizan las cursivas, porque ese añadido al documento, o esa interpretación del autor, puede ser discutible, o no tiene por qué ser compartida por el lector. Nada que ver con el método estalinista o/y burgués.

Así, pues, las cursivas se utilizan siempre para indicar que el autor está dando su propia interpretación de los hechos, con el ánimo de ayudarle a comprenderlos; pero con el vivo deseo de no confundir al lector, haciéndole creer que se trata de la única interpretación posible. El objetivo, conseguido o no, es el respeto absoluto al criterio del lector, que en todo momento debe ser libre y capaz de mantener su propia opinión sobre los hechos así presentados. Pero que nadie se equivoque: la lectura de los textos seleccionados, y el “clima” creado por los más diversos documentos, desde cartas y artículos hasta las estadísticas, o los discursos en los mítines y las intervenciones orales, en las reuniones de comités o del consejo de la Generalidad, cambiará sin duda alguna los conceptos previos que el lector pudiera tener sobre revolución, anarquismo, comités, CNT, PSUC, FAI y violencia política. También mudará su opinión sobre los principios (lo que se piensa o se cree), la táctica (lo que se hace) y la estrategia (cómo conseguir lo que se quiere) que el lector pudiera presuponer que sustentaban personalidades históricamente destacadas, desde Companys y Tarradellas hasta García Oliver, Santillán o Federica Montseny. Y, en el proceso de lectura, surgirán nuevos problemas o aparecerán con un relieve adecuado personalidades prácticamente desconocidas o muy secundarias: la guerra del pan, Joan Pau Fábregas, Josep Juan Doménech, Manuel Escorza, Dionisio Eroles, José Asens, Valerio Mas, los comités revolucionarios de barrio, las cooperativas, el papel de los cenetistas en Orden Público, etcétera.

La mayor parte de la documentación utilizada es inédita, o muy poco conocida, y procede de archivos de todo el mundo, desde la Universidad de Stanford, en California, hasta la Tamiment Library de New York, desde el Centro Ruso de Preservacion de la Historia Contemporánea de Moscú, hasta la Biblioteca Anarquista de Estudios Libertarios de Buenos Aires, pasando por la Bibliothéque de Documentation Internationale Contemporaine de Nanterre; aunque los archivos fundamentales y de mayor riqueza han sido el Instituto de Historia Social de Ámsterdam, el Centro de Documentación de la Memoria Histórica de Salamanca, el Archivo Tarradellas del Monasterio de Poblet, el Pabellón de la República y el Ateneu Enciclopédic Popular de Barcelona.

Entre los documentos inéditos o desconocidos, publicados en este libro, destacan la “Soli” del lunes 20 de julio de 1936; el discurso radiofónico de Durruti a primeros de noviembre; los debates de los comités libertarios sobre las numerosas deserciones de las columnas confederales; las reprimendas a Ortiz, Fresquet, Ruano y otros mandos de las columnas; la desmoralización de los milicianos de la columna Durruti, convencidos del asesinato de su líder por los estalinistas; la aprobación y justificación de la eliminación de una cuarentena de maristas por parte de los comités superiores, considerados como enemigos emboscados en la retaguardia; los constantes ataques a Joan Pau Fábregas, el cenetista economista que promulgó el Decreto de Colectivizaciones, hasta conseguir su salida del gobierno de la Generalidad; el balance de Doménech sobre la labor cenetista en Abastos desde julio hasta diciembre de 1936; la existencia de una fortísima red de distribución de alimentos, gestionada por los comités de barrio (y las cooperativas), y un largo etcétera.

Se recogen todas las actas de las reuniones de los comités superiores libertarios, de las sesiones del Comité Central de Milicias Antifascistas, del Consejo de la Generalidad, de la Junta de Seguridad Interior y del Ayuntamiento de Barcelona; complementados con los artículos más significativos de la prensa del momento, desde Solidaridad Obrera a La Vanguardia, del Boletín de Información de la CNT-FAI a Treball o el Diario Oficial de la Generalidad. Otros documentos provienen de las reuniones de la Comisión de Industrias de Guerra, del Sindicato de Alimentación de la CNT o del Comité Económico de la Industria del Pan.

El libro recoge y expone una cuidada selección de algunos fragmentos documentales significativos, que a veces se explican o contradicen unos a otros, pero que son imprescindibles para entender qué estaba sucediendo y qué problemas agobiaban y ocupaban a aquellos hombres y mujeres, ya fueran dirigentes o gente del pueblo llano, y que contribuyen a que el lector entienda intensamente la época, sienta el clima que se vivía en cada instante, asista a los debates que se producían en las reuniones de los comités superiores, o en el Consejo de la Generalidad, consiga cosechar las angustias y miedos de la vida cotidianay pueda visualizar en tiempo presente un conocimiento profundo de aquellos acontecimientos, hoy históricos.

Dos son las grandes lecciones de la revolución de 1936:

1.- La cuestión, en julio de 1936, no era tanto la de tomar el poder (por una minoría dirigentes) como la de destruir el Estado, mediante la coordinación, extensión y profundización de las tareas apropiadas por los comités. Los comités revolucionarios de barriada (y algunos de los locales) no hacían o dejaban de hacer la revolución, ellos eran la revolución social.

2.- La destrucción del Estado era un proceso muy concreto, en el que los comités ejercían funciones arrebatadas a las instituciones oficiales, porque el Estado era incapaz de asumirlas. Ese proceso de destrucción del Estado y consolidación de los comités era paralelo y simultáneo. El proceso contrarrevolucionario consistió precisamente en reconstruir el Estado burgués al mismo tiempo que se destruían los comités revolucionarios.

Este libro fortalece voluntades, abre perspectivas, otea horizontes y arma con un programa enraizado en los combates de nuestros abuelos. La revolución social, colectiva, multitudinaria, internacional y anónima del mañana, sin guías ni dirigentes, se iniciará con la destrucción del Estado. Y se adelanta, ya, ahora, en esta pútrida realidad, con la lucha por la creación de una sociedad paralela, al margen de los caducos valores capitalistas, con el objetivo claro y preciso de abolir todos los Estados, todas las fronteras, todas las policías y ejércitos, el trabajo asalariado, la plusvalía y la explotación del hombre en todo el planeta, arriando todas las banderas, silenciando la fanfarria de todos los himnos, enfrentándose a la amenaza nuclear y la destrucción del planeta por el capitalismo, imponiendo la democracia directa de las asambleas y de la autoorganización del proletariado, que sigue existiendo, por mucho que pese a todos sus sepultureros, se sitúen a derecha o izquierda del capital.

GUILLAMÓN, Agustín: La revolución de los comités. Hambre y violencia en la Barcelona revolucionaria. De julio a diciembre de 1936. Aldarull y El grillo libertario, Barcelona, 2012.

Otras obras del Autor:

Barricadas en Barcelona, Espartaco Internacional, 2007.

Los comités de defensa de la CNT en Barcelona (1933-1938). Aldarull, 2011. (En preparación la tercera edición, modificada y ampliada)

Librerías donde pueden encontrarse estos libros y los cuadernos de Balance:

Aldarull. Torrent de l´Olla, 72 (Gracia). Barcelona.

Anónims. Ricomá 57 de Granollers.

La Ciutat Invisible. Riego 35 (Sants). Barcelona. (Telef. 932 989 947)

El grillo libertario. c/. Florida 40. Cornellá.

La Malatesta, calle Jesús y María 24 de Madrid

La Rosa de Foc. Joaquín Costa, 34. Barcelona. (Telef. 933.188.834)


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