Traduction en italien de l’article Nationalisme et socialisme:
D’autres traductions sont disponibles sur le blog Connessioni per la lotta di classe.
Traduction en italien de l’article Nationalisme et socialisme:
D’autres traductions sont disponibles sur le blog Connessioni per la lotta di classe.
Nous, militants ouvriers et syndicalistes, condamnons fermement le massacre des mineurs de platine par la police le 16 août en Afrique du Sud. C’est une véritable barbarie et un crime contre l’humanité. C’est clairement un massacre d’ouvriers sans défense qui ne font que défendre la juste revendication d’une hausse de salaire. Toutes les preuves montrent que c’est une attaque sanglante contre des grévistes planifiée par la police et l’employeur, et qu’aucun prétexte ne peut justifier cette brutalité contre des travailleurs. Nous appelons tous les travailleurs, les syndicalistes, et les gens du monde entier à protester et à condamner cette barbarie commise par la police sud-africaine et les patrons.
Nous déclarons que :
1- L’identité de tous les assassins de mineurs doit être rendue publique dès que possible. Tous les travailleurs et manifestants arrêtés doivent être immédiatement libérés.
2- Toutes les autorités et tous les individus qui sont, à un niveau ou à un autre, impliqués dans ce massacre, que ce soit en le décidant, en l’organisant ou en tirant, doivent être jugés au cours d’une audience publique.
3- Les mineurs et les familles de toutes les victimes doivent avoir accès gratuitement à des conseillers juridiques et à des avocats lors de ce procès.
4- Toutes les familles des victimes doivent immédiatement recevoir un soutien financier leur permettant d’avoir un niveau de vie décent pendant toutes leurs vies.
5- Tous les mineurs blessés doivent avoir un accès gratuits et de qualité pour les soins médicaux et recevoir l’intégralité de leurs salaires jusqu’à ce qu’ils soient complètement guéris.
6- Les travailleurs de la mine de platine de Marikana revendiquaient une hausse de salaire lorsqu’ils ont été brutalement attaqués par la police. Le massacre ne doit pas faire oublier les revendications salariales des mineurs. Nous soutenons la revendication de hausse des salaires des mineurs de Marikana.
7- Nous, signataires, déclarons le jour du massacre des mineurs comme journée internationale de protestation contre la barbarie du capitalisme à l’encontre des travailleurs dans le monde. Nous appelons tous les syndicats, ouvriers et humanistes du monde à soutenir ces revendications et à encourager leurs organisations à signer officiellement ce texte.
Premiers signataires :
Présentation dans Root & Branch N° 2 (1971) de la traduction d’un article publié dans Lotta Continua en février 1970. (Les deux textes ont été traduits et sont téléchargeables sur le site du C.A.T.S. de Caen).
L’idée sous-jacente dans cet article est que la signification d’un combat dans un département au sein de l’usine, par exemple, ou d’une strate au sein de la classe ouvrière, dans ce cas les femmes, peut seulement être compris en termes de relation entre ce point particulier de lutte et les autres. L’importance d’une telle analyse est particulièrement visible dans le cas d’une ville comme Turin, dans laquelle chaque aspect de la vie sociale est déterminé par la stratégie de FIAT. Une écrasante majorité de la force de travail est employée directement par FIAT, ou par les compagnies comme Alpha-Romeo, qui appartient à FIAT. Le système de transport public est dirigé par la Compagnie, dans les mains de laquelle se trouve une part décisive si ce n’est la plupart des propriétés de la ville. Les hôpitaux sont la propriété de FIAT, les journaux sont sous sa coupe. Turin est FIAT. On pourrait même dire que le Nord de l’Italie dans
son ensemble est sous la dictature de l’automobile, avec des industries et d’énormes corporations comme Pirelli (pneus, caoutchouc), strictement corrélée avec l’industrie automobile, ou les usines chimiques à Porto Marghera (près de Venise). Cette dictature s’étend, de plus, au Sud de l’Italie, par son contrôle sur le niveau d’immigration vers le Nord industriel « riche ».
Dans ces circonstances, dans lesquelles le capital peut tenter de coordonner sa domination de la totalité de la vie dans une région complète, il est clairement nécessaire de comprendre et de diffuser des informations sur l’interrelation pas seulement entre différents secteurs de production mais aussi entre le lieu de travail et les aspects de la vie des travailleurs/euses, apparemment séparés mais en fait connectés. Mais la même tâche s’impose elle-même dans des situations sociales/économiques d’une plus grande complexité que celle qui vient d’être décrite et/ou celles dans lesquelles les capitalistes sont moins capables ou désireux de coordonner leurs tentatives de faire des profits. La signification des récentes grèves sauvages des chauffeurs routiers, par exemple, ne peut être comprise sans référence aux relations entre des industries de transport différentes et en concurrence, au rôle du transport dans l’économie d’aujourd’hui, sans parler des conditions générales de l’économie américaine. La prise en considération des luttes des noirEs dans une ville du Nord demande une compréhension de la mécanisation de l’agriculture dans le Sud, de l’étendue et des types d’emploi des noirEs dans le Nord etc… Le document qui suit est une tentative d’appliquer ce type d’analyse aux luttes des femmes ouvrières à Turin.
Il commence par montrer comment FIAT essaye d’utiliser les femmes pour briser la lutte que les travailleurs, principalement des hommes, ont mené dans les usines, spécialement depuis 1968. Il décrit ensuite l’importance grandissante des femmes au sein du combat de la classe ouvrière dans son ensemble, à la fois dans les ateliers et dans la vie sociale en général (famille, logement, santé, transport, école etc…).
Cette manière de regarder la situation découle de, et mène à un point de vue précis sur la manière suivant laquelle les militantEs de Lotta Continua souhaitent aider la lutte à se développer : en montrant comment au sein des intérêts spécifiques des hommes et des femmes, des jeunes et des vieux et vieilles, des qualifiéEs et des non qualifiéEs, des employéEs et des chômeurs/euses peut être trouvé le même intérêt commun, la base pour une unité de classe qui ne supprime pas mais qui exprime les situations particulières des différents groupes dans la classe qui peuvent être comprises et sur lesquels on peut agir.
Extrait de Extrême droite, extrême gauche : Les artisans de la confusion (Ni Patrie Ni Frontières N° 36-37, à paraître le 25 septembre):
La paternité de l’expression « idiots utiles » est généralement attribuée à Lénine, sans que l’on cite jamais l’article, ou le livre, où se trouverait cette expression sous la plume du dirigeant bolchevik. Elle désigne ici des individus ou des groupes qui se déclarent généralement de gauche mais qui, plus que par leur « idiotie » (certains sont intelligents), se révèlent surtout utiles pour leurs adversaires. Si leur sincérité n’est le plus souvent pas en cause, leur lucidité politique est sans conteste nulle. Mais ils peuvent à tout instant rejoindre définitivement le camp de la réaction…
Bricmont, Jean : cet ami de Chomsky milite pour la libération du négationniste Reynouard et la liberté d’expression de Dieudonné. Mais qui ne s’est préoccupé ni de la « liberté d’expression » de Jean-Marc Rouillan, remis en prison suite à une interview, ni de la fermeture du site Internet de l’Action antifasciste par l’avocat de P.-E. Blanrue et Faurisson… Une position totalement incohérente, donc, sans compter qu’elle est absurde quant au fond (cf. le texte de Luftmenschen « Contre la liberté d’expression », dans notre compil’ n°6).
Auteur de ces lignes reproduites sur le site fasciste voxnr (« La désionisation de la mentalité américaine » – rien que le titre de ce texte ne peut que réjouir les partisans de la théorie du ZOG, complot sioniste mondial) : « Il y a essentiellement deux arguments qui ont justifié la création de l’État d’Israël en Palestine : l’un est que Dieu a donné cette terre aux Juifs, et l’autre est l’Holocauste. Le premier est extrêmement insultant pour des gens qui sont profondément religieux, ce qui est le cas de la majorité des Arabes, mais qui ont une croyance différente. En ce qui concerne le deuxième argument, cela équivaut à faire payer un crime à des gens qui ne l’ont pas commis. Ces deux arguments sont profondément racistes, car ils reviennent à affirmer qu’il est juste que les Juifs, et eux seuls, puissent établir en Palestine leur État, alors que celui-ci serait de toute évidence arabe, comme la Jordanie ou le Liban, sans la lente invasion sioniste. »
M. Bricmont ne trouve pas « insultant » et « raciste » pour les athées et non-croyants, ou les fidèles d’autres religions, qu’il existe des Etats « islamiques » ou « musulmans ». Rappelons quand même que 57 Etats sont membres de l’Organisation de la Conférence islamique. Pour qu’un Etat appartienne à l’OCI il faut que la majorité de sa population soit musulmane (ce qui suppose donc un contrôle de la fécondité des femmes non musulmanes, ou bien l’épuration démographico-religieuse en cas de déséquilibre démographique…). Les « rois et les chefs d’Etat » de l’OCI, « guidés par les nobles valeurs islamiques », doivent « défendre l’universalité de la religion islamique ». Mais tout cela est normal pour M. Bricmont qui pense, comme tous les nationalistes (qu’ils soient islamistes, républicains ou fascistes), que « Ein Reich, ein Volk, ein Führer » ou « Une Terre, un Peuple, un Dieu » soit un modèle.
Enfin, il est particulièrement crapuleux d’affirmer, comme Bricmont, que l’idée de créer une terre d’accueil pour les rescapés du judéocide serait en soi… « raciste » ! Ce qui peut être (et est effectivement) raciste, ce sont les discriminations mises en place sur cette terre d’accueil par les gouvernements israéliens, mais certainement pas la référence au judéocide, que Bricmont appelle bizarrement « l’Holocauste », terme religieux qui évoque les sacrifices dans la Bible…
Dénonçant « l’impérialisme humanitaire » en mars 2011, Bricmont s’aligne sur Chavez, le copain de Kadhafi, et propose une mission de conciliation entre le régime et les « rebelles ». Ce savantissime professeur ne s’était pas encore rendu compte, tout comme son cher colonel vénézuélien, que le régime libyen était une dictature et il déploie désormais tous ses efforts pour lui sauver la mise ou lui ménager une sortie honorable…
C’est ce qu’il appelle « faire de la politique ».
CAPJPO : groupe antisioniste créé en 2002 qui présenta une liste (Europalestine) avec Dieudonné en juin 2004 et le soutint lors de son procès en avril 2004 (suite à son sketch de décembre 2003 sur un colon israélien qui faisait le salut nazi et déclarait : « Je me suis converti au fondamentalisme sioniste pour des raisons professionnelles, euh politiques », allusion très claire à une prétendue mainmise des Juifs sur le milieu du show business).
Plusieurs articles défendirent Dieudonné sur le site de la CAPJPO et deux de ses représentants témoignèrent à son procès : « Nicolas Shahshahani a pour sa part témoigné que le personnage de Juif religieux, militariste et fanatique, campé par Dieudonné dans son sketch, correspond à une réalité incontestable. "Oui, il y a bien, en Israël et plus encore dans les colonies juives implantées dans les territoires palestiniens occupés, des milliers de fanatiques, obsédés par leur racisme anti-arabe, se réclamant publiquement de l’axe "américano-sioniste" cité par Dieudonné, et que le défunt grand philosophe israélien Yeshyahou Leibowitz qualifiait de " judéo-nazis ". » « Olivia Zémor, également d’origine juive, a souligné que le racisme anti-Arabes est prégnant dans l’éducation dispensée aux Israéliens, et qu’il est également répandu chez un certain nombre de juifs “communautaristes” comme M. Roger Cukierman, président du CRIF, qui se permettait de déclarer au lendemain du premier tour des élections présidentielles, en 2002 :"Le score de Jean-Marie Le Pen est un message aux musulmans, leur indiquant de se tenir tranquilles", propos qui n’ont fait l’objet d’aucune poursuite judiciaire. »
Ces deux animateurs de la CAPJPO invoquèrent tous deux leurs origines juives et celles d’un philosophe israélien (Yeshaou Leibowitz, dont ils oublient de dire qu’il était pour un Etat israélien laïque) pour justifier un parallèle absurde entre les Israéliens et les nazis. Cela montre que ces deux ex-militants trotskystes n’ont pas retenu grand-chose de leur long passage à Lutte ouvrière : si toutes les armées coloniales ou néocoloniales de la planète sont « nazies », on se demande ce qu’attend la CAPJPO pour dénoncer les « Franco-nazis » actuels qui opèrent en Afghanistan, en Côte-d’Ivoire, au Tchad, etc., sous les couleurs du drapeau bleu-blanc-rouge. Courageux mais pas téméraires, nos antisionistes, dans leurs comparaisons politiques ! Dans le cas du conflit israélo-palestinien, ce type de propos ne peut servir que les antisionistes-antisémites, de gauche comme de droite.
Ajoutons que ces militants de la CAPJPO manquent singulièrement de flair politique puisqu’ils ont été surpris par l’évolution antisémite de Dieudonné. Ils devaient quand même en avoir perçu quelques signes annonciateurs puisque, dans un communiqué d’octobre 2004, ils écrivirent : « Nous sommes désolés que Dieudonné préfère la fréquentation des Alain Soral et Ginette Skandrani à celle d’Euro-Palestine, fréquentations qui nous pesaient particulièrement comme nous le lui avions fait savoir à plusieurs reprises ». S’ils avaient été moins opportunistes (moins en quête de notoriété médiatique grâce à leur ami Dieudonné) ils se seraient aussi souvenu d’une émission chez Ardisson en 2002, soit deux ans auparavant, où Dieudonné avait déjà déclaré (ou confirmé) des déclarations qu’il avait tenues dans différents journaux : « l’antisémitisme n’existe pas », « juif c’est un concept virtuel », « qui est juif ou qui ne l’est pas, je m’en fous, je ne me suis jamais posé la question », etc. Evidemment, tout cela au nom de l’idée que les êtres humains seraient, à ses yeux, tous pareils. Cela n’alerta pas le moins du monde ses amis « antisionistes » de gauche.
Il faut dire qu’ils n’ont pas su non plus déceler la nature antisémite du livre de Paul-Emile Blanrue sur Sarkozy, Israël et les Juifs qu’ils diffusaient dans la librairie Résistances. Pas plus qu’ils ne savaient que l’avocat de Blanrue, John Bastardi, était celui de R. Faurisson et qu’ils ont laissé ce « baveux » prendre la parole lors d’une réunion devant leur local après qu’il eut été vandalisé par un commando de l’extrême droite juive. Tant d’incapacité à détecter les discours et les écrits antisémites devrait les inciter à une petite remise à niveau politique voire à une dé(anti)sionisation (excuse my French ) [*]…
Chossudovsky, Michel : animateur du site mondialisation.ca (cf. l’article des Luftmenschen dans ce numéro) et pote de Thierry Meyssan. Conspirationniste.
Collon, Michel : journaliste tiersmondiste, antisioniste qui utilise les mêmes arguments que l’extrême droite (« L’Etat israélien est l’Etat le plus raciste du monde » qui place « les Palestiniens dans des camps de concentration », cf. l’émission « Ce soir ou jamais » de décembre 2008 sur dailymotion) et n’hésite pas à participer à des réunions où sont invités des militants d’extrême droite (Axis for peace). Son livre est publié dans la même maison d’édition (Oser dire) que Sarkozy, Israël et les Juifs de Paul-Emile Blanrue et Le Pin et l’Olivier d’Israël Shamir.
Ce néostalinien est l’ami d’Olivier Mukuna grand défenseur de Dieudonné ; prochaviste, il est considéré comme une référence sérieuse dans les milieux altermondialistes et fréquente les plateaux de télévision en France. Parmi les grands émancipateurs de la femme arabe, il a cité (sans rire) l’Irakien Saddam Hussein et l’Afghan Najibullah (soutenu par les Soviétiques), dans une émission du 23 mars 2011.
Au nom d’une critique des « média-mensonges » et de la dénonciation des interventions militaires des grandes puissances, il blanchit les régimes nationalistes du Sud sans tenir compte de l’oppression et de l’exploitation qu’ils font régner sur leurs peuples, et sans jamais mentionner l’existence d’oppositions révolutionnaires à ces régimes. Vanessa Stojilkovic, dans une interview réalisée par Michel Collon à propos de son film sur Chavez, affirme que ce dernier aurait « vraiment redonné un sens à la relation peuple-Etat ». Sans le savoir, cette dame nous ressert le modèle politique que prônait le fasciste Norberto Ceresole quand il évoquait la relation Caudillo-Armée-Peuple à propos du colonel vénézuélien dont il fut temporairement le mentor.
Et, le 11 juin 2011, Collon a publié une interview de Jacques Vergès intitulée : « En Syrie, il faut défendre l’Etat actuel ! » Ce qu’il y a d’épatant avec le défenseur zélé de Klaus Barbie (Vergès), c’est qu’il parle cash, lui au moins. Et que Michel Collon, lui, juge prudent de se taire après de tels propos. On ignore donc s’il les approuve ou pas. Au nom de l’anti-impérialisme sans doute ? Ou peut-être juge-t-il que Assad a aussi instauré un « Etat-providence » en Syrie comme, selon lui, Kadhafi en Libye ?
Finkelstein, Norman : auteur d’un pamphlet (L’Industrie de l’Holocauste) contre les avocats américains qui défendent les Juifs victimes de l’Holocauste. Une partie de ses arguments sont régulièrement repris par les fascistes et les négationnistes, ce qui est injuste pour l’auteur, et en même temps mérité, vu la légèreté incroyable de son argumentation.
Grand Soir, Le : « journal militant d’information alternative » créé en 2002. Défend des positions procastristes et chavistes. Dénoncé comme « rouge-brun », suite à une polémique avec le site Article XI, Le Grand Soir a établi une comptabilité précise (que nous supposons exacte) des auteurs « douteux » (Jean Bricmont, Ginette Hess-Skandrani, Michel Chossudovski, Michel Collon, Paul-Eric Blanrue, Silvia Cattori, Thierry Meyssan, Yahia Gouasmi) qu’il a publiés. Il a abouti au résultat suivant : moins d’un pour cent des articles publiés mériteraient la volée de bois vert administrée par une journaliste d’ACRIMED.
Il est donc difficile d’accuser Le Grand Soir d’être sympathisant de l’extrême droite comme la rumeur sur Internet l’en accuse : c’est plutôt un site anti-impérialiste réactionnaire : il suffit de parcourir les titres des 120 articles de Vivas (l’un des deux responsables avec Viktor Dedaj) publiés pour voir qu’il passe l’essentiel de son énergie à défendre la vision géopolitique stalino-soviétique classique remisée au goût altermondialiste du jour : il n’y a qu’un seul impérialisme (l’impérialisme américain) et sa tête de pont au Moyen-Orient, Israël. Pas étonnant que Le Grand Soir déteste « les gauchistes », pas étonnant qu’il se réclame du programme du Conseil national de la Résistance en taisant comment les ouvriers ont dû marner pour reconstruire le capitalisme français quand le PCF considérait que la grève était « l’arme des trusts », etc., jusqu’à ce que la grève des ouvriers de Renault oblige les ministres communistes à quitter le gouvernement.
Si l’on consulte les titres et les auteurs des 80 articles consacrés à la crise économique, on voit que ce site a une vision réformatrice du capitalisme, tout à fait conforme à la pensée altermondialiste keynésienne dominante. Il se caractérise également par un antisionisme radical (ce qui n’est pas un défaut) sans la moindre critique vis-à-vis du Hamas (ce qui est nettement plus grave mais assez prévisible). Les positions les plus douteuses et critiquables se trouvent dans les commentaires placés à la suite des articles : ils traduisent l’état d’esprit des internautes qui apprécient ce média ou qui le parasitent (les militants d’extrême droite aiment se glisser dans les discussions sur les sites altermondialistes en essayant de faire passer leur propagande de façon déguisée). C’est à ce titre que, jusqu’à plus ample informé (nous n’avons pas lu les 6 000 articles de ce site pour faire cette note), Le Grand Soir est placé dans la rubrique des Idiots utiles à la confusion…
Lacroix-Riz Annie : historienne stalinienne, l’une des fondatrices du PRCF (Pôle de renaissance communiste en France) fréquemment invitée sur…Radio Libertaire mais qui n’hésite pas aussi à causer chez les antisémites conspirationnistes de Jacques Cheminade, au Local du fasciste Serge Ayoub et dans des conférences internationales communes aux médias d’extrême droite et à ceux d’Etats comme la Russie, l’Iran et le Vénézuela (Axis for Peace).
Primitivi.org : « relais d’infos sud-américaines, relais des médias libres français, informations alternatives marseillaises ». Ce site héberge des articles en faveur des régimes de Chavez et Morales, ce qui ne nous surprend pas. Un site qui s’intéresserait aux luttes de classe sur le continent latino-américain n’aurait guère de succès chez les gauchistes tiersmondistes et néostaliniens ou auprès des altermondialistes réformards. Dans ses liens, on trouve donc les ingrédients habituels de la salade de la confusion : CQFD (gauche radicale), RESF (humanitaires de gauche), Le Monde diplomatique (tiersmondain et souverainiste), Article 11 (antifasciste), mais aussi alterinfos (tiersmondiste réactionnaire) et le Grand Soir (néostalinien, nationaliste de gauche)… Et deux articles du Réseau Voltaire (conspirationniste). Un petit débat s’est engagé à la suite des derniers délires de Meyssan en faveur de Kadhafi après sa chute, mais rien de plus…
Ramadan, Tariq : Dans un texte paru sur son blog le mardi 14 avril 2009, ce grand ami des altermondialistes défend sur son blog l’antisémite Dieudonné en ces termes : « J’ai défendu, et je continuerai à défendre, le droit de Dieudonné à s’exprimer. En 2005, j’ai dit et répété publiquement que l’on ne pouvait pas accuser Dieudonné d’antisémitisme alors que, procès après procès, il était blanchi de ces accusations. » Donc si l’on suit Ramadan et sa confiance dans la justice, toutes les personnes accusées d’« islamophobie », ou de racisme anti-Arabes et anti-Africains, et qui ont été « blanchies » ont été injustement accusées ?
Tariq Ramadan est parfaitement capable de dénoncer « un discours antisémite qui cherche à tirer sa légitimité de certains textes de la tradition musulmane » ; les « intellectuels ou les imams qui, à chaque écueil, au détour de chaque revers politique, voient la main manipulatrice du “lobby juif” » ; les « fausses rumeurs sur les 4000 juifs qui ne se seraient pas présentés à leur poste, le matin des attaques contre le World Trade Center » et il ne craint pas d’affirmer : « L’antisémitisme ne se justifie jamais. » A priori, Ramadan aurait donc les idées très claires sur ce sujet.
Mais dans Les musulmans d’Occident et l’avenir de l’islam, il tient des propos beaucoup plus ambigus : « D’aucuns proposent aux musulmans de prendre exemple sur les juifs aux Etats-Unis. »
On se demande qui est ce mystérieux « d’aucuns », bien commode pour disserter sur le mythique lobby juif américain, objet de tous les fantasmes à l’extrême droite et chez les partisans de la théorie du complot. Ramadan « oublie » de nous préciser que ce lobby bien réel n’est pas un lobby seulement religieux – donc que la comparaison avec un éventuel lobby musulman n’a pas de sens – et qu’il englobe des Américains qui ne sont pas juifs et souhaitent que leur pays entretienne des liens étroits avec Israël, pour des raisons géopolitiques évidentes et pas pour des raisons religieuses. Sans compter la Droite chrétienne (fondamentaliste et souvent antisémite) qui soutient les gouvernements israéliens car elle pense que, pour que Jésus revienne sur terre, il faut d’abord que tous les juifs soient regroupés en « Terre sainte » ! La question est donc beaucoup plus complexe que feint de le croire Ramadan. Ou alors est-il tout simplement ignorant, comme le souligne la très complaisante Esther Benbassa, qui pense que le conseiller ès-Islam de Tony Blair, « connaîtrait mal la communauté juive » ?
Mais poursuivons notre lecture :
« Lobby extrêmement bien organisé, très présent et influent dans les allées du pouvoir de Washington, il se caractérise par une action permanente soit dans le but de protéger les intérêts de la communauté juive, soit dans celui de soutenir l’Etat d’Israël ».
Se rendant compte qu’il s’engage sur un terrain glissant, sur les traces d’une foultitude d’altermondialistes et de gauchistes qui jouent avec le feu, Ramadan ajoute aussitôt que « la tradition du lobbyisme est différente des deux côtés de l’Atlantique ». Ouf, on respire ! Mais notre équilibriste vacille de nouveau en ajoutant que « chaque culture politique nationale a déterminé une certaine façon, pour les différentes allégeances communautaires, économiques ou religieuses de faire pression et d’influer sur la vie politique du pays ». Et que ces « pratiques de lobbying ou des groupes de pression » « sont menées dans les pays européens de façon différente, ou simplement plus discrète ».
« Plus discrète », qu’est-ce à dire ? Que veut insinuer là notre lettré suisse ? Les insinuations de Ramadan deviennent d’autant plus troublantes qu’il écrit que la « très grande majorité des musulmans » d’Occident n’ont pas « les moyens dont sont riches les communautés juives ». Les pétromonarques qui distribuent généreusement de l’argent en Europe (et qui ont arrosé Sani Ramadan, le père de Tariq, pendant près de vingt ans) ont dû bien rigoler en lisant ces lignes ! Quant à l’opposition entre la pauvreté des « moyens » dont disposent la majorité des musulmans européens, et la richesse prétendue de moyens des Juifs européens, elle nous rappelle de très mauvais souvenirs, même si ce discours nous est servi en termes très alambiqués.
Résistance71 : Ce site aux apparences libertaires « se veut être le réveil- matin (ou la sonnette d’alarme) de notre conscience sociale bafouée et assujettie à la société de consommation, arme de destruction collective des libertés individuelles. Résistance pour notre mission de lutter contre la pensée unique si répandue de nos jours et lutter contre le néo-fascisme globaliste du Nouvel Ordre Mondial (…). 71 pour la date de la Commune de Paris de 1871, réprimée dans le sang par la République. Commune qui, bien qu’imparfaite et massacrée dès sa naissance, a été et est toujours le symbole d’un espoir d’émancipation sociale de l’ensemble du genre humain, solidaire et fraternel pour qu’enfin la justice se réalise dans l’Histoire, débarrassée des chaînes de l’exploitation. »
Malheureusement cette déclaration d’amour aux communards coexiste avec les liens les plus douteux (les « suspects habituels » : Meyssan, Catori, Collon, Chossudovsky, et des sites comme le Grand Soir), mais aussi avec ceux de la FA, de la CNT, et de quelques sites anarchistes. Au nom de la lutte contre la « pensée unique », Résistance 71 organise la confusion, fait la part belle aux théories du complot, publie et traduit des contributions qui défendent les régimes libyen et syrien, à grand renfort de citations anarchistes, de la CNT espagnole à Bakounine et Proudhon !
Résistances : librairie parisienne anti-impérialiste et « antisioniste », créée par deux ex-militants de Lutte Ouvrière, par ailleurs membres de la CAPJPO. Cette librairie a soutenu la candidature Dieudonné sur les listes Europalestine avant de se fâcher avec lui. A invité dans ses murs Gilad Atzmon, musicien juif qui tient des discours délirants contre la gauche juive ; Paul-Emile Blanrue, autour d’un livre bourré de sous-entendus antisémites (Sarkozy et les Juifs) ; et des écrivains conspirationnistes comme Thierry Meyssan et Webster G. Tarpley.
Suite à l’agression dont ce local avait été victime, agression menée par des sionistes d’extrême droite après que la librairie eut accepté d’accueillir le livre de P.-E. Blanrue, ces animateurs ont écrit dans une lettre circulaire : « les agressions subies à plusieurs reprises par la librairie Résistances (…) visaient de toute évidence à bâillonner la défense des droits du peuple palestinien, mais aussi la contestation plus générale de l’idéologie du "choc des civilisations", du racisme, ainsi que l’information régulièrement disponible sur toutes les autres luttes : celles des sans papiers, des peuples d’Amérique Latine, d’Afrique noire… ».
On voudrait les croire malheureusement, P.-E. Blanrue se fout comme de ses premières chaussettes des « droits du peuple palestinien ».
Y.C.
[*] Expression anglosaxonne employée pour faire passer la pillule lorsqu’on utilise un gros mot ou une expression vulgaire
Voir aussi:
[Les photos ont été ajoutées par la BS.]
Brochure de Daniel Guérin au format pdf. Merci au C.H.T. de Nantes.
Le N°5 de La voix des sans-papiers est sorti et est téléchargeable au format pdf (8 pages) ici. Ci-dessous son éditorial:
COORDINATION 75 DES SANS-PAPIERS : LA SCISSION
Ce numéro de notre bulletin sort bien méconnaissable par rapport au projet initial.
Depuis fin avril, une crise grave, concernant d’abord le seul collectif du 18e, étendue ensuite à tous les collectifs de la CSP75, secoue l’ensemble de la coordination parisienne formée en 2004, au point d’être désormais sentie de part et d’autre comme une scission véritable.
Quand l’idée de ce numéro a été lancée, il a été proposé et accepté par les deux parties selon ce plan de principe : 1) aller au-delà de l’événement brut pour en saisir les raisons de fond, 2) présenter les positions des uns et des autres « en regard », sur une page celles du « côté Sissoko », sur la page d’en face celles du « côté Danfakha », ou vice versa, et ainsi de suite.
Nous espérons ne pas avoir entièrement failli au premier point. Mais, pour le second, il en va tout autrement.
Le côté Danfakha avait d’abord (28 juillet) accepté et salué ce projet, et un premier rendez-vous collectif de travail avait été fixé au mardi 2 août. Mais deux jours avant, un mail nous avertissait qu’« on se fixera un autre rendez-vous plus tard ». Finalement, le dimanche d’après (7 août), à une réunion de leur groupe, Dramé et Danfakha nous ont annoncé qu’ils refusaient toute contribution au journal. Vaine a été toute tentative de les convaincre.
Que faire ? Mieux vaut une information incomplète, que pas du tout d’information. L’assistance a alors été avertie que le travail d’interviews et de rédaction des articles était, côté Sissoko, bien avancé, que donc le journal paraîtrait avec les seules positions de cette partie. La réponse a été que la leur se réservait un « droit de réponse » (Dramé), bien improbable, vu le caractère épisodique de notre publication : ceci a été exprimé de manière appuyée, au cours de la tentative de persuasion.
C’est donc largement incomplet que paraît ce numéro de la Voix des sans-papiers. Il y a là une situation subie, contraire à notre volonté, voulue par d’autres pour des raisons inexpliquées. Mais il s’en trouvera qui nous accuseront quand même de « prendre parti»… Eh bien voilà, c’est déjà fait : avant même que le journal ne sorte. Et du côté d’où on se l’attendait le moins.
La FASTI ne saurait être trop remerciée d’avoir été la seule association parisienne à appuyer publiquement l’occupation de la Bourse du travail par les sans-papiers de la CSP75, et d’avoir, depuis, durant trois ans, mis ses locaux et son matériel à la disposition des publications qui se sont succédé.
Seulement voilà : alors que la plupart des articles de ce numéro étaient rédigés et que la composition allait commencer, par lettre du 11 août remise le jour même (adressée aux « membres des collectifs de sans-papiers »), la FASTI nous a annoncé qu’elle n’entendait « pas prendre position pour l’une ou l’autre des parties » : en conséquence notre publication devait cesser de se servir du matériel de l’association.
Vaines ont été nos protestations d’indépendance et autonomie du journal par rapport à quelque collectif que ce soit, vains nos arguments touchant l’information correcte : différence entre information partielle (incomplète) et partiale (qui prend parti): c’est en faisant obstacle à l’information de se faire et circuler, qu’on « prend position », même sans le vouloir. En l’occurrence, pour ceux opposés à la parution du journal.
Et c’est pourquoi ce numéro, réalisé en plein mois d’août avec des moyens de fortune, paraît avec une semaine de retard.
Vidéo (en anglais) du débat contradictoire organisée à Londres le 23 octobre 2010 entre l’anarcho-chaviste Michael Albert et Adam Buick, du Parti socialiste de Grande-Bretagne. On lira aussi avec amusement le voyage de Michael Albert au Venezuela dans le livre de Rafael Uzcátegui, p. 218-220.
Le numéro de juin de la revue libertaire en ligne Divergences publie une traduction en français de l’article de Paul Mattick junior Capitalism’s Dismal Future: lire ici.
Paul Mattick jr est l’auteur d’un nouveau livre (en anglais): Business as usual. On peut lire en français Le jour de l’addition publié dans la revue Échanges puis chez L’insomniaque éditeur en mai 2009.
Article de Maximilien Rubel paru dans Le Monde du 7 mai 1976. [Nous avions déjà publié sa traduction en anglais par A. Buick: The Dictatorship of the Proletariat ].
Dans le débat sur l’« abandon » par le parti communiste français de la dictature du prolétariat, personne ne semble avoir mentionné un fait qui méritait pourtant d’être mis en lumière. Il permet d’éclairer, en effet, mieux que tout autre le sens et la nature de cette démarche : c’est le parti qui s’arroge le droit de décider si le prolétariat doit ou non exercer sa dictature ; c’est le parti, voire son secrétaire entouré de ses idéologues, qui, se substituant à la classe et à la masse des travailleurs, décide de rayer d’un trait de plume ce qui, selon Marx, représente une « période », transitoire certes, mais nécessaire et inévitable de l’évolution de la société et nullement un phénomène accidentel susceptible d’être abandonné ou accepté au gré des impératifs de la nouvelle stratégie politique dictée par le programme commun. Le parti se garde bien de remettre en question l’essentiel, à savoir ses prérogatives, de représentant autoproclamé de la classe ouvrière. C’est toujours lui qui, par la voix de ses chefs, décide au lieu et place de la classe ouvrière, c’est lui qui définit la nature et la forme que doit prendre l’action de cette classe ; et rien ne garantit que l’abandon de la dictature du prolétariat entraîne l’abandon de la dictature sur le prolétariat, la seule qui importe au parti.
Le concept de dictature du prolétariat est partie intégrante de la théorie du développement du mode de production capitaliste et de la société bourgeoise, développement dont Marx affirme avoir révélé « la loi naturelle ». Engels range cette théorie parmi les deux grandes découvertes scientifiques de son ami, après la conception matérialiste de l’histoire comparable à la découverte de Darwin : « Ainsi que Darwin a découvert la loi de l’évolution de la nature organique, Marx découvrit la loi de développement de l’histoire humaine. » Le postulat politique de la dictature du prolétariat s’inscrit dans la perspective d’une société capitaliste pleinement développée, terrain de l’affrontement entre une classe possédante fortement minoritaire, mais au sommet de son pouvoir, et une classe ouvrière largement majoritaire, dépossédée économiquement et socialement, mais intellectuellement et politiquement mûre et apte à établir sa domination par la « conquête de la démocratie » au moyen du suffrage universel. Parvenu à cette position dominante, le prolétariat n’usera de la violence que pour répondre à la violence, au cas où la bourgeoisie quitterait le terrain de la légalité afin de conserver ses privilèges de domination. La dictature du prolétariat est décrite dans la conclusion du Capital comme « expropriation des expropriateurs » , autrement dit comme « expropriation de quelques usurpateurs par la masse ».
Tout en étant limitées à une étape déterminée de l’évolution globale du genre humain, les lois et les tendances du développement de l’économie capitaliste « se manifestent et se réalisent avec une nécessité de fer », les pays développés industriellement montrant aux pays moins développés « l’image de leur propre avenir ». Donnant la parole à un critique russe du Capital, Marx souscrivait sans réserve à une interprétation qui mettait tout l’accent sur le déterminisme implacable de sa théorie sociale : elle « démontre, déclarait ce critique, en même temps que la nécessité de l’organisation actuelle, la nécessité d’une organisation dans laquelle la première doit inévitablement passer, que l’humanité y croie ou non, qu’elle en ait ou non conscience ». Marx lui-même n’est pas moins catégorique : « Lors même qu’une société est arrivée à découvrir la piste de la loi naturelle qui préside à son mouvement (…) elle ne peut dépasser d’un saut ni abolir par des décrets les phases de son développement ; mais elle peut abréger la période de la gestation et adoucir les maux de leur enfantement. » (Le Capital.)
Que faudrait-il penser d’une société de savants qui oserait proclamer le « renoncement » à la loi newtonienne de l’attraction universelle ou aux lois mendéliennes de la hybridation des plantes et de l’hérédité chez les végétaux ? Et qui invoquerait, pour justifier sa décision, le caractère « non dogmatique » de ces lois, sans se soucier de les réfuter par des méthodes scientifiques, mais en prétextant un profond changement des modes de pensée dans les classes non intellectuelles ? Cette société « savante » se couvrirait de ridicule. Telle est pourtant l’attitude de la compagnie savante se disant communiste et marxiste qui, tout en se réclamant d’une théorie dont elle ne cesse de souligner le caractère scientifique, en rejette l’enseignement majeur, celui même qui intéresse l’existence de la majorité des hommes : agissant au nom du « socialisme scientifique », ses dirigeants et idéologues ne déclarent-ils pas que l’évolution des sociétés capitalistes a rendu caduc l’impératif de la dictature du prolétariat, ce qui équivaut à remettre en question une thèse que Marx lui-même considérait comme son principal apport au socialisme scientifique.
Il importe peu de savoir si l’ « abandon de la dictature du prolétariat » répond à des impératifs de tactique électorale ou renvoie à d‘autres préoccupations : car cet « abandon » signifie au fond que les responsables de la politique du parti écartant du débat le principal intéressé, le prolétariat, qui seul a pour « mission historique » de libérer les sociétés de l’esclavage de l’argent et de l’Etat, donc d’exercer sa dictature. Ainsi le veut la science de Marx autant que le simple bon sens non marxiste : la dictature du prolétariat ne pouvant être que l’affaire des exploités – donc de la presque totalité de l’espèce humaine, – la décision d’un parti, quel qu’il soit, d’effacer un postulat dont la portée éthique le dispute au revêtement scientifique ne saurait avoir le moindre effet sur l’évolution de la société et la vocation révolutionnaire et émancipatrice des esclaves modernes. Car si le mouvement ouvrier est, d’après le Manifeste communiste, « le mouvement de l’immense majorité dans l’intérêt de l’immense majorité », la dictature du prolétariat peut être définie comme la domination de l’immense majorité dans l’intérêt de l’immense majorité, autrement dit, l’autodétermination du prolétariat. En somme, elle est censée réaliser les promesses d’une démocratie intégrale, l’autogouvernement du peuple, contrairement à la démocatie partielle (bourgeoise) dont les institutions assurent la dictature des possédants – du capital contrôlant le pouvoir politique, donc d’une minorité de citoyens – sur les non-possédants, donc sur l’immense majorité des citoyens. Dans ces conditions, comment expliquer qu’un parti se réclamant de Marx et du communisme abandonne une conception de la dictature du prolétariat qui – à tort ou à raison – annonce l’avènement de la démocratie intégrale ?
Alors qu’avant 1917 Lénine rêvait pour la Russie d‘un autogouvernement des ouvriers et des paysans, après la prise du pouvoir, il s’orientera vers la conception d’une dictature du prolétariat susceptible d’être exercée par la « dictature de quelques personnes », voire « par la volonté d’un seul » ; cette conception correspondait parfaitement à l’état économique et social d’un pays qui pouvait tout « développer » excepté le… socialisme, la dictature du parti ayant pour objectif la création du prolétariat « soviétique » et non l’abolition de celui-ci. donc la mise en place de rapports sociaux compatibles avec l’exploitation du travail salarié et là domination de l’homme par l’homme. C’est à cette école et non à celle de Marx que les dirigeants des partis communistes ont pris leurs leçons d’hommes politiques. C’est eux-mêmes qu’ils condamnent en prenant leur distance avec un régime qui a su construire pour des millions de paysans prolétarisés un archipel de bagnes dont la description n’a d’analogue que l’Inferno de Dante.
L’impératif de la dictature du prolétariat implique la vision de l’abrègement et de l’adoucissement des maux d’enfantement de la société enfin humaine. Les révolutions « marxistes », russe et chinoise, n’ont fait que susciter le mal qu’elles sont censées avoir supprimé. Telle est la mystification de notre époque. Et si les partis dits ouvriers peuvent décréter l’« abandon de la dictature du prolétariat », n’est-ce pas parce que le prolétariat n’a pas (encore ?) cette conscience révolutionnaire que la conception matérialiste de l’histoire tient pour le résultat fatal du devenir-catastrophique du mode de production capitaliste en pleine expansion mondiale ?