Chliapnikov (1887-1937)

Alexandre Gavrilovich Chliapnikov

Ouvrier métallo depuis l’âge de 13 ans, né à Murom d’une famille pauvre, social-démocrate (membre du POSDR) en 1901, bolchevik dès 1903 (seul grand dirigeant bolchevik à disposer d’une authentique expérience du travail ouvrier en usine). Condamné à deux ans de prison après la révolution de 1905, il émigre en Occident et milite dans le mouvement ouvrier français. Après 1914, il assure liaison et financement des activités en Russie. Homme de confiance de Lénine, il contribue à rallier A. Kollontaï au bolchevisme.

Dirigeant, avec Molotov et Zaloutski, du Bureau russe du Comité Central, il s’oppose en février 1917 à l’armement des ouvriers réclamé par les dirigeants de Vyborg (comme Kaiourov). Il assiste à la réunion constitutive du Soviet de Pétrograd, le 27 janvier au soir mais n’y définit aucune ligne politique, Kaiourov disant ainsi de lui: « Le camarade Chliapnikov était incapable de donner des directives pour le lendemain. » Il s’oppose cependant à la ligne conciliatrice de Kamenev et Staline et notera dans ses mémoires qu’à son retour en Russie, Lénine était “plus à gauche que notre gauche.

Président du syndicats des métallos en juillet 1917, il gagne ce dernier au bolchévisme. D’abord Commissaire du peuple au travail, membre de la direction de l’Armée rouge sur le front sud, il fonde l’Opposition Ouvrière (1920-22) avec A. Kollontaï et des dirigeants du syndicat des métallos (Medvedev) et des mineurs (Kisselev). Au X° Congrès (1921), ses thèses préconisent de confier la gestion de la production aux syndicats (18 voix seulement). Il dénonce une orientation contraire aux intérêts de la classe ouvrière, et déclare notamment :”Eh bien, camarade Lénine, je vous félicite d’exercer le pouvoir au nom d’une classe qui n’existe pas !” Lénine condamne les thèses comme déviation syndicaliste [*] et demande son exclusion, qui est refusée par le parti. Il subit une nouvelle brimade en étant reconnu “absolument inapte à assumer dans l’immédiat des responsabilités” par une commission médicale après un examen imposé. En février 1922, Chliapnikov signe la déclaration des 22 par laquelle l’Opposition Ouvrière fait appel auprès de l’Internationale des sanctions prises contre elle. Il prononce un discours ironique et mordant devant le XI° Congrès du PCR (mars 1922) où il déclare le Parti aussi démoralisé qu’en 1907, dénonce la NEP comme anti-ouvrière. Il y cite Frounzé qui “a promis de me convaincre avec une mitrailleuse“… Mais à partir de ce moment l’Opposition Ouvrière, démoralisée, décimée, débordée sur sa gauche par des groupes clandestins (La Verité Ouvrière, le Groupe Ouvrier de Miasnikov) se dissout, ne revenant sur le devant que par une lettre de Medvedev à ses camarades de Bakou (1924), prétexte à la répression. Il reste à l’écart de l’opposition trotskyste (de son propre chef ou car jugé compromettant par cette dernière selon les sources), son appartement de Chliapnikov est plusieurs fois perquisitionné, Kollontaï est envoyée en Norvège. C’est l’époque des affectations diplomatiques des opposants. Lui-même est éloigné à Paris de 1924 à 1927, il y fréquenter des militants comme Dunois et Monatte. Il participe à l’Opposition unifiée mais “capitule” sous la menace en même temps que Kroupskaïa en 1926. Il se voit reprocher des Mémoires ne mettant pas assez en valeur le rôle de Staline en 1917 (!). Exclu de nouveau en 1933 comme « dégénéré », exilé en Carélie, arrêté en 1935, il est exécuté fin 1937.

[*] “J’ai déjà dit maintes fois que dans les réunions le camarade Chliapnikov et d’autres m’ont reproché de «semer la terreur» avec le mot «syndicalisme». Au cours de je ne sais plus quelle discussion, peut-être bien au congrès des mineurs, j’ai répondu à ce propos au camarade Chliapnikov : « Qui donc voulez-vous duper ?» Nous nous connaissons, le camarade Chliapnikov et moi, depuis de longues années, depuis la clandestinité et l’émigration ; comment peut-il déclarer que je terrorise qui que ce soit quand je définis certaines déviations ! Et que viennent faire ici les «méthodes administratives» lorsque je dis des thèses de 1′«opposition ouvrière» qu’elles sont erronées, qu’elles sont syndicalistes ? Pourquoi la camarade Kollontaï écrit-elle que je lance à la légère le mot «syndicalisme» ? “(Lénine, discours au X° Congrès, 1921)

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