Archives de la catégorie ‘Impossibilisme’

The Alternative to Capitalism (Buick & Crump, 1987)

13 mars 2013

La brochure d’Adam Buick et John Crump a été mis en ligne par le site Libcom:

Cliquer sur l’image pour ouvrir le pdf externe

Traduction du 4ème de couverture que nous avions réalisée en 2011:

Le capitalisme est une économie d’échange dans laquelle la plupart des richesses, des biens de consommation courants aux vastes infrastructures industrielles et autres biens de production, prend la forme de marchandises, ou d’éléments de la richesse qui ont été produits en vue d’être vendus sur un marché.

Bien que les États soient intervenus dans le capitalisme depuis qu’il est né, dans la mesure où le but était simplement d’interférer avec le fonctionnement des forces du marché mondial, leur intervention était seulement au niveau de la division, non de la production, de la plus-value. Toutefois, au cours des 100 dernières années, il y a eu une nette tendance dans le capitalisme pour que les États aillent au-delà d’essayer simplement de fausser le marché mondial, et qu’ils s’impliquent eux-mêmes dans la production réelle de richesses par l’établissement et l’exploitation d’entreprises d’Etat.

Si le capitalisme d’Etat n’est pas le socialisme, qu’est-ce que c’est? En d’autres termes, si la propriété étatique et la gestion de la production n’amènent pas à l’abolition du capitalisme, mais seulement à un changement dans le cadre institutionnel dans lequel il opère, quelles seraient les caractéristiques essentielles d’une société dans laquelle le capitalisme serait aboli?

Voir aussi:

Memorendum du Socialist Labor Party à la Conférence de Stockholm (1917)

3 mars 2013

Extrait de Conférence internationale socialiste de Stockholm 1917 (Georges Haupt, 1980), sauf un passage du programme unitaire de paix (cf. http://labourhistory.net) qui a dû être retraduit de l’anglais. Le SLP était représenté par Boris Reinstein à la conférence, les autres délégués n’ayant pas obtenu de passeport de l’administration Wilson.

Boris Reinstein

La lutte entre les classes est l’unique base véritable de la vie sociale.

Le Socialist Labor Party» des États-Unis examine les questions relatives aux moyens de mettre fin à la tuerie de la classe ouvrière dans tous les pays, du même point de vue, que celui qu’il envisage quand il traite la question du militarisme et de la guerre en général, aussi bien que les problèmes politiques, économiques et sociaux, c’est-à-dire exclusivement du point de vue de la lutte des classes. Dans nos tentatives de résoudre ces problèmes, nous sommes uniquement guidés par les principes socialistes et par considération pour les intérêts du prolétariat international. Ce n’est pas là, malheureusement, le point de vue de nombreux camarades des puissances centrales et de l’Entente. Ils ont cru pouvoir abandonner, dans la guerre actuelle, le point de vue de la lutte des classes et ils ont préféré résoudre ces question comme Allemands ou Autrichiens, Français ou Anglais et non comme prolétaires et socialistes internationaux. Quant à nous, bien que nous représentions le Parti d’un pays, qui, comme tous les autres a été entraîné par son gouvernement capitaliste et contre la volonté des masses, dans la guerre barbare du capitalisme agonissant — nous refusons de traiter la question de la guerre et de la paix comme Américains. Nous persistons dans notre intention de la traiter comme prolétaires et socialistes internationaux.

La guerre est un combat d’animaux sauvages.

Nous voyons dans la guerre actuelle un combat d’animaux dans la jungle capitaliste. Quand un certain nombre d’animaux sont réunis dans une même cage, il faut s’attendre à les voir s’entretuer, au moment où ils auront un morceau de viande à partager. Les voilà aux prises au bout d’un instant. Inutile d’essayer de constater lequel des animaux est »responsable de la lutte», lequel est agressif et lequel ne fait que défendre ses droits.

Les intérêts commerciaux — l’unique motif réel

Quels que soient les prétextes, les prétentions et les promesses donnés par les divers gouvernements entraînés dans la guerre actuelle, il faut que nous sachions que l’unique motif véritable de leurs actions a été le désir d’assurer le maximum de dividendes aux capitalistes de leurs pays.

Ce désir est inhérent aux capitalistes et aux gouvernements qu’ils soutiennent, de quelque pays que ce soit.

L’hypocrisie du Gouvernement allemand

Voilà pourquoi nous déclarons que le gouvernement allemand est hypocrite quand il parle de culture, de liberté, d’humanité, lui qui opprime la classe ouvrière de Prusse, coupable d’avoir demandé l’extension du droit de vote ! Ce gouvernement, qui soutenait l’activité de la police secrète du Tsar russe, livrait les adversaires de celui-ci aux mains des bourreaux russes. Ce même gouvernement allemand qui tient sous son talon de fer les Polonais de Posen et les habitants de l’Alsace-Lorraine, s’évertue à anéantir des nations entières par sa politique sous-marine qui noie des hommes, des femmes et des enfants sans défense et approuve les massacres et les outrages subis par des centaines de mille d’hommes, de femmes et d’enfants de la part de ses alliés, les Turcs, en Arménie. Tous les discours d’un gouvernement pareil sur la liberté, la culture et l’humanité ne sont qu’une hypocrisie et une tromperie indignes.

L’Hypocrisie du Gouvernement autrichien

Nous disons aussi que c’est de l’hypocrisie quand le gouvernement austro-hongrois veut jouer au père noble, alors qu’il poursuit brutalement sa propre classe ouvrière parce qu’elle veut se libérer de l’oppression capitaliste, alors qu’il noie dans le sang les Tchèques de Bohême et les autres nationalités de l’Autriche-Hongrie, désireuses d’obtenir leurs droits nationaux, et quand il est d’accord avec l’Allemagne en ce qui concerne les meurtres sous-marins et les massacres arméniens! Il en est de même de la Bulgarie et de la Turquie!

L’hypocrisie du Gouvernement anglais

Nous disons encore, que c’est de l’hypocrisie de la part de la Grande-Bretagne quand elle se pose en champion des petites nationalités, de l’humanité, de la liberté et de la démocratie, et qu’elle prétend avoir pris part à la guerre pour défendre la neutralité de la Belgique.

Il n’y a que des gens, ignorants des faits et de la vérité, qui puissent avoir cette opinion au sujet de la Grande-Bretagne. Elle tient sa propre classe ouvrière dans la pauvreté, dans la misère et dans l’oppression. La Grande Bretagne a les mains teintes du sang des martyrs de la cause de la liberté et de l’indépendance de l’Irlande, des Indes, de l’Égypte et du Transval. La Grande-Bretagne, avec la même froideur qui caractérise l’Allemagne, essaie d’anéantir des millions de vies innocentes dans les pays des puissances centrales.

L’hypocrisie du Gouvernement Français.

Nous disons que c’est de l’hypocrisie quand les mêmes prétentions à s’improviser comme champion de l’humanité, de la justice, de la liberté et de la démocratie sont élevées par le gouvernement capitaliste de la République Française. Comme les gouvernements capitalistes de tous les autres pays, il était et il est toujours prêt à noyer dans le sang les efforts du prolétariat français et des ouvriers des colonies françaises qui veulent se libérer de l’exploitation inhumaine exercée par leurs maîtres capitalistes. Ce gouvernement de la République française ne peut parler d’humanité quand d’accord avec ses alliés, il est coupable de vouloir affamer des millions d’êtres innocents dans les pays des puissances centrales!

Le gouvernement de la République française n’est pas le champion de la justice, car il n’y a pas plus de 27 ans, il s’est prostitué au tyran russe au nom de l’Alliance franco-russe, et sur l’ordre de ce tyran, il a fait emprisonner pendant des années des réfugiés politiques russes, sans leur accorder aucun jugement et sans aucun semblant de justice. Il est resté depuis lors le serviteur volontaire et obéissant de l’autocratie russe en permettant à cette dernière, même dans la guerre actuelle, de décider de la question de la guerre et de la paix pour les deux pays!

Le gouvernement de la République française n’est pas le champion de la démocratie. Car ses classes dirigeantes et ses financiers ont été, pendant des dizaines d’années, l’appui financier principal du tsarisme russe. Ils l’ont gorgé de milliards, dont la plupart ont été employés, par l’ancien gouvernement russe, à combattre le mouvement révolutionnaire !

L’hypocrisie de l’ancien Gouvernement russe.

Nous disons que c’était aussi de l’hypocrisie quand le gouvernement du Tsar russe, si heureusement renversé, prétendait être le le champion de la cause de l’indépendance des petites nationalités, de la justice et de l’humanité,  — alors que ce gouvernement du Tsar a provoqué pendant des années le meurtre et la torture de milliers des meilleurs hommes et femmes de Russie, combattant pour la liberté de leur pays et savait se défaire de ses grévistes, comme il l’a fait au district de Lena et ailleurs. Ce même gouvernement versait tranquillement le sang des champions de la liberté de la Pologne, de la Finlande, de l’Ukraine et d’autres, et sanctionnait les massacres des Juifs à Kishineff et dans les autres villes!

Nous pourrions en dire autant de l’Italie, de la Roumanie et d’autres, gouvernements.

L’hypocrisie du gouvernement américain.

Nous disons enfin, à présent, que c’est de l’hypocrisie quand le gouvernement des États-Unis, réputé comme gouvernement de la plus grande et la plus libre république démocratique, parle si haut et avec tant d’éloquence de l’ "humanité» et de la "justice" et de la "démocratie contre l’autocratie", alors que ce même gouvernement est frappé de cécité devant l’exploitation la plus inhumaine de la classe ouvrière d’Amérique, et reste sourd aux gémissements, aux cris de désespoir et aux appels au secours, poussés par les victimes des capitalistes les plus brutaux et les plus insensibles du monde entier. C’est de l’hypocrisie et c’est un crime monstrueux, quand le gouvernement de l’Amérique raconte qu’il prend part à la guerre au nom de l’humanité et pour "abolir le militarisme prussien et l’autocratie allemande». Et pendant qu’il nous berce de ces chansons, que fait-il lui-même ? Il prouve une fois de plus, qu’il est le gardien le plus fidèle des intérêts de la haute finance et des grands capitalistes. Il prussianise les États-Unis pour protéger les milliards de dollars, prêtés par la J. Pierpont Morgan Compagny, par les Rockfeller et autres Shylocks de Wall Street pour garantir le bénéfice des marchands de munition et de matériel de guerre, pour leur ouvrir des marchés en Amérique, pour profiter enfin de l’occasion rare de préparer rapidement une garde prétorienne armée, qui doit servir à défendre les classes dirigeantes de l’Amérique contre la révolution des classes ouvrières qui s’annonce. En quelques semaines, le gouvernement de Washington a militarisé complètement le pays. Il savait cependant que les masses du peuple, malgré le battement des tambours, ne souhaitent pas d’aller comme volontaires "combattre pour les profits de la classe Morgan", surnommée ainsi par les masses elles-mêmes. Le gouvernement américain a battu le record, même sur l’Angleterre et le Canada. Ces deux pays n’ont pas osé, même après trois années de guerre, faire passer la loi du service militaire obligatoire et général, tandis que le gouvernement américain a réussi à imposer le joug de la conscription obligatoire, en quelques semaines, à plus de dix millions de jeunes gens. il s’est acquis ainsi le droit d’arracher, de dresser et d’envoyer sur le front, comme chair à canon, plus de six cent mille hommes, et d’en forcer autant qu’il veut à des emplois industriels, civils et autres services pour la guerre, que ce soient des citoyens américains ou des citoyens d’autres nations. Il paraît même superflu de mentionner ici, pour souligner l’évidence de l’hypocrisie du gouvernement de Washington, ce fait caractéristique, que ce même gouvernement, qui aime tant à juger les procédés arbitraires des autres, ait pris une mesure, indigne de tout gouvernement qui se respecte, à savoir, de refuser les passeports aux trois délégués du Parti Socialiste à la Conférence de Stockholm et d’enlever, par l’intermédiaire des agents secrets du gouvernement, les passeports déjà accordés aux délégués du "Socialist Labor Party" pour cette même Conférence.

Toutes les guerres modernes sont des guerres commerciales.

Ce n’est pas seulement la guerre mondiale actuelle, qui est considérée par le Socialist Labor Party comme déterminée uniquement par la rivalité impérialiste, par la conquête des marchés et par les intérêts commerciaux de divers groupes de la classe capitaliste internationale. Le Socialist Labor Party pense qu’à l’époque actuelle, caractérisée par un déclin prochain de l’ère dite de «civilisation capitaliste», il est inconcevable de songer encore à une guerre dynastique, comme il y en avait dans les vieux temps; à une guerre faite uniquement dans le but de conquérir et de détruire des institutions libres et progressives d’un pays conquis; à une guerre, qui n’a pas son origine et ses racines dans la rivalité commerciale et la conquête des marchés de la part des capitalistes des divers pays! Pareille guerre n’est qu’une vaine spéculation.

Le prolétariat ne doit pas soutenir les guerres modernes.

C’est pourquoi le "Socialist Labor Party» affirme, qu’il ne peut y avoir de guerre à notre époque, sauf la révolution, c’est-à-dire une guerre ayant pour but de renverser un gouvernement oppresseur et de démocratiser les institutions d’un pays, ou bien une guerre du prolétariat mondial dans le but de renverser la classe capitaliste du monde entier. Que ce soit une guerre agressive, sous la forme d’invasion, ou bien une guerre que le gouvernement affirme n’être qu’une guerre défensive, – il n’y a pas de guerre qui mérite le soutien volontaire moral, financier ou physique du prolétariat. En d’autres termes, le Socialist Labor Party rejette aussi loin que possible le principe de défense nationale, malheureusement endossé par le mouvement socialiste international. Il met en garde ses camarades d’Amérique, aussi bien que ceux de l’étranger contre ce rocher contre lequel se brisa pratiquement la Seconde Internationale. Le Socialist Labor Party prie les camarades de tous les pays d’examiner soigneusement, et finalement, de rejeter au moment de la reconstitution de l’Internationale l’idée de la »défense nationale» et »celle de la guerre contre les envahisseurs» comme des principes faux, menteurs et mortels pour le mouvement socialiste international.

La Mise en Garde contre la "Défense nationale" est un message commun de l’Amérique.

Sous ce rapport, nous sommes heureux de pouvoir constater, qu’un autre Parti de l’Internationale aux États-Unis, le Parti Socialiste, a décidé de mettre la classe ouvrière en garde contre les pièges et mensonges des guerres dites défensives. Cette décision a été prise par une majorité accablante des délégués du Parti Socialiste à la «National Convention», qui a siégé à St. Louis le 7 avril 1917 — c’est-à- dire au moment, où les États-Unis étaient déjà jetés dans la guerre.

La "Défense nationale" n’est qu’un piège, tendu au socialisme international.

Nos camarades devraient remarquer que le gouvernement de chaque pays peut, à n’importe quel moment, et sans beaucoup de difficultés, comme nous le montre l’expérience, isoler sa propre classe ouvrière et isoler les socialistes de leurs camarades socialistes à l’étranger, leur couper toutes relations avec ces derniers et leur faire accroire, que le gouvernement est entraîné "contre sa volonté" dans une "guerre défensive" et doit, par conséquent, être soutenu par les socialistes et par les masses du peuple. Aussitôt que les socialistes d’un pays se laissent prendre à ce piège, ils y entraînent immédiatement les socialistes de l’autre côté de la ligne de feu, puisque ceux-ci se voient obligés de se rallier également à la «défense nationale».

Aussi longtemps que le mouvement socialiste international ne renoncera à cette idée mensongère de «défense nationale», le mouvement restera à la merci des capitalistes et de leurs gouvernements. Toutes les fois que les groupes capitalistes d’un pays décideront que leur querelle commerciale ou industrielle doit être réglée par la force armée, et toutes les fois qu’ils imagineront de se protéger contre la révolution sociale qui les menace par la manœuvre traditionnelle et favorite des classes dirigeantes — celle de la guerre avec les étrangers — ils ne trouveront point de difficultés pour démembrer le mouvement socialiste international, en envoyant leurs esclaves d’un pays tuer leurs prochains, esclaves d’un autre pays. Après avoir, de cette manière, épuisé les forces de la classe ouvrière, ils peuvent être sûrs d’avoir retardé la marche du mouvement de toute une génération. Les socialistes devraient comprendre quel grand dommage est causé au mouvement socialiste international par une politique qui remplit de haine des millions de cœurs ouvriers et même ceux de millions de socialistes, — de cette haine nationale amère envers leurs camarades, les ouvriers de l’autre côté de la frontière, au delà de la ligne de feu.

Un changement décisif de politique est nécessaire.

En faisant appel à leurs camarades de tous les autres pays pour entreprendre une campagne énergique et décisive pour terminer rapidement la guerre actuelle et pour prévenir les guerres à l’avenir, le Socialist Labor Party doit souligner qu’à son avis, la tentative de blanchir ou de passer sous silence les péchés contre le socialisme, commis par les socialistes des deux camps, ne pourra remédier à la situation. La situation ne pourra pas non plus être matériellement changée par une adoption purement théorique de déclarations en faveur de l’Internationalisme contre le nationalisme comme base du mouvement socialiste international.

Si de pareilles déclarations avaient suffi, la tuerie actuelle des ouvriers ne serait jamais survenue. Depuis plus d’une génération les socialistes de tous les pays avaient prêché la solidarité internationale de la classe ouvrière. Ils l’avaient acclamée, chantée, ils en faisaient une parade et adoptaient des résolutions en faveur de cette solidarité. Mais quand vint le moment décisif, la plupart des socialistes des pays atteints ont constaté qu’ils ne pouvaient réaliser en pratique ce qu’ils avaient prêché. Ils se sont vus forts dans leur esprit et faibles dans leur chair, et, comme conséquence de cette constatation, ils essayèrent de développer de nouveaux arguments philosophiques pour justifier leur nouvelle conduite social-patriotique, qui jure avec toutes leurs intentions et déclarations récentes.

Le parlementarisme opportuniste et le syndicalisme anarchique sont Charybde et Scylla.

Le Socialist Labor Party voit la cause principale du naufrage que l’Internationale a subi, en allant se briser contre le rocher du militarisme, dans ce fait, que les partis affiliés à l’Internationale, ont, comme règle, attaché beaucoup trop d’importance à l’action socialiste des parlements et aux réformes politiques, et qu’ils ont fait trop peu de cas du pouvoir, de l’effet et de la nécessité d’une bonne organisation révolutionnaire et industrielle de la classe ouvrière. Nous voyons dans l’activité opportuniste et réformiste des parlements le Scylla qui menace de destruction le mouvement socialiste, tandis que d’une autre part le Socialist Labor Party s’oppose à Charybde, – le mouvement anarchiste, ou plutôt anarcho-syndicaliste: les deux écueils extrêmes destructeurs qui procèdent l’un de l’autre.

Le Socialist Labor Party reconnaît pleinement l’importance et la nécessité de l’activité politique révolutionnaire de la classe ouvrière comme un bon moyen de propagande.  Il y voit également un moyen réel d’apporter une assistance pratique et précieuse aux efforts de la classe ouvrière d’améliorer la situation économique et sociale, celui de désarmer la classe capitaliste en arrachant de ses mains le contrôle des pouvoirs de l’état, et il y apprécie, finalement, un des principaux moyens de renverser complètement le capitalisme.

C’est pourquoi nous avons toujours combattu et nous combattons encore aujourd’hui l’anarchisme et l’anarcho-syndicalisme comme tendances nuisibles à la cause de l’émancipation ouvrière.

La source principale du pouvoir de la classe ouvrière est le syndicat d’industrie.

Entre les deux politiques extrêmes — celle du syndicalisme anarchiste, d’une part — et celle du réformisme social, d’autre part, le Socialist Labor Party voit la source principale du pouvoir de la classe ouvrière et la meilleure garantie de l’effet et du succès du mouvement socialiste dans tous les rapports, dans l’organisation économique du prolétariat international dans ce que nous appelons le »syndicalisme industriel » .

Nous comprenons par là des syndicats qui réunissent tous les ouvriers d’une industrie déterminée en un organisme, subdivisé en sections, selon le travail spécial existant à l’intérieur de l’industrie même. Ces »unions» devront évidemment, être fondées sur la base de la lutte entre les classes. Il faut qu’elles soient guidées non par des buts étroits et égoïstes de gains individuels de leurs membres, comme cela se fait dans les unions, dites »pratiques», qui transforment l’arme tranchante de l’émancipation des classes en un instrument usé d’une espèce de compagnie d’assurances — mais par l’esprit de la solidarité et de la fraternité internationales de la classe ouvrière. Elles doivent non seulement combattre pour le maximum de l’amélioration des conditions du prolétariat possible à atteindre sous la domination du capitalisme, mais viser encore à renverser complètement le le régime existant et à s’emparer de la constitution des industries dans l’intérêt du peuple tout entier.

Il n’y a que l’activité internationale concertée du prolétariat organisé au point de vue de l’industrie, qui puisse rendre les guerres impossibles.

Nous affirmons, que seule une organisation du prolétariat par unions industrielles internationales solidement construites dan tous les pays dirigeants, peut mettre le prolétariat en état, non seulement d’obtenir une amélioration générale de sa condition, mais rendre les guerres impossibles au moyen d’une activité internationale concertée. La position stratégique de la classe ouvrière est dans l’usine, dans les mines, dans les chemins de fer etc., c’est-à-dire, dans tous les établissements nécessaires pour produire la fortune, la transporter et la distribuer. Or tant que la classe ouvrière n’aura pas développé dans ces industries une organisation suffisamment puissante d’esprit et de corps, sa pression sur le gouvernement sera d’une nature purement morale, elle ne sera pas soutenue par une puissance matérielle et, par conséquent, elle devra rester, dans la plupart des cas, inefficace. Quand la classe capitaliste et le gouvernement qu’elle contrôle ont pris la détermination de réaliser un certain programme, dicté par les intérêts capitalistes et qu’ils s’embusquent derrière les fusils et autres machines du pouvoir matériel du gouvernement, ils n’ont nullement besoin de "l’assistance morale» des ouvriers et ils s’en soucient très peu.

Il en est de même pour ce qui concerne le militarisme et les guerres. Les guerres modernes dépendent au moins autant, si pas plus de la mobilisation et de la force industrielle, que de la force militaire. Les vraies batailles, comme il a été démontré fréquemment au cours de la guerre actuelle, se sont livrées plutôt dans les usines et aux chemins de fer, que dans les tranchées.  Une puissance, qui possède les meilleurs moyens de communication et une bonne production de munition et d’autre matériel de guerre, a gagné une bataille à moitié, avant qu’un seul coup de canon ait été tiré. Là aussi, le prolétariat occupe la position la plus stratégique. Sans être organisée par unions industrielles suffisamment développées et animées de l’esprit de lutte, la classe ouvrière ne peut lutter contre le militarisme et la guerre qu’au moyen des armes de «pression morale». – La propagande internationaliste, anti-nationaliste, – articles de protestation, résolution et meetings, actions de masse dans les rues par les ouvriers mal organisés, qui peuvent facilement être dispersés par la force militaire, les « grèves générales» qui sont d’un romantisme anarchiste, quand elles sont conduites par des ouvriers mal organisés dans la plupart des cas — tout cela, ce sont des moyens qui ne peuvent être efficaces que dans des circonstances exceptionnelles et dans une sphère très limitée.

D’autre part quand on a en mains une telle organisation d’unions suffisamment développées et batailleuses — la situation est toute différente. Le prolétariat sera alors capable de soutenir (…) [page manquante

(…) une organisation, relativement petite, car son progrès sous ce rapport a été bloqué pendant un certain temps par la popularité temporaire des tendances purement politiques et opportunistes parmi les masses des socialistes américains d’une part – et par l’influence réactionnaire de la fédération du travail d’autre part. Le Socialist Labor Party, sans se laisser cependant décourager par ce fait, continuait à combattre pour ces principes avec tant de décision dans sa campagne nationale des dernières années, qu’il est arrivé à de très bons résultats. Par exemple, il a perçu, en dehors des recettes ordinaires, des sommes relativement minimes venant de la part des ouvriers, qui ont réuni au profit de la campagne nationale et locale, — une somme totale de plus de 10.000 dollars (50.000 francs). Le parti les a employés à propager les principes énoncés ci-dessus, à des milliers de meetings, organisés par tout le pays, et à distribuer plus d’un millions de brochures. On voit se multiplier tous les jours les symptômes, qui prouvent, que les devises, inscrites sur la bannière du Socialist Labor Party depuis qu’il existe, deviennent rapidement des principes, autour desquels se groupent des masses de socialistes et de prolétaires révoltés des États-Unis. De ce point de vue donc, l’unique conception logique d’ailleurs, l’activité du Socialist Labor Party n’a pas été vaine. Son énergie et son enthousiasme n’ont pas été dépensés en pure perte. Au contraire, les résultats obtenus confirment avec raison que le parti a beaucoup contribué à faire approcher le jour, où la classe ouvrière aura réorganisé le mouvement syndical d’après les conceptions révolutionnaires, indiquées par le syndicalisme industriel. Le jour, où les socialistes seront parvenus à se grouper sous le drapeau d’un parti révolutionnaire anti-militariste, fidèle à ses principes et adversaire de  toute compromission, ils auront le droit de dire, que les jours de règne  capitaliste aux États-Unis sont comptés et que le prolétariat des États-Unis est prêt à jouer son rôle dans la bataille du prolétariat du monde entier, pour mettre fin à la bestialité du Capitalisme.

Conclusion générale.

En parlant des principes exposés ci-dessus, et en vue de la future Conférence Socialiste Internationale, aussi bien que par rapport à la question concrète et immédiate de la fin de la guerre actuelle, le Socialist Labor Party formule les conclusions suivantes:

I. Comme il a été indiqué plus haut, nous affirmons. que la Conférence n’aura pas rempli sa mission, si elle essaye, par des subterfuges, d’ignorer le fait, que des socialistes des deux camps belligérants ont gravement péché envers le Socialisme et les intérêts du prolétariat. Si les Socialistes de la Conférence essayent, comme il a été fait trop souvent dans le passé, — d’adopter quelque déclaration élastique et vide de sens, qui ne peut être appliquée nulle part — s’ils s’évertuent à rédiger une espèce de formule générale, qui pourra abriter les social-patriotes de l’extrême droite aussi bien que les internationalistes de l’extrême gauche avec toutes les nuances de leurs opinions respectives — le but de la Conférence sera manqué.

II. La Conférence devrait utiliser l’influence de toutes les organisations de l’Internationale, afin d’obtenir la conclusion d’un armistice immédiat.

III. La Conférence devrait élaborer un programme de conditions de paix qu’elle considère comme juste et durable, sans toutefois lui attribuer le caractère d’un ultimatum. Toutes les organisations de l’Internationale doivent essayer, avec toute leur énergie, de réaliser ce programme, en employant tous les moyens dont ils pourront faire usage dans leurs pays respectifs et en combattant tous les partis qui s’opposeraient au programme de la Conférence.

Suggestions pour le programme de paix.

Dans le but de favoriser l’activité concertée du prolétariat, la délégation du Socialist Labor Party des États-Unis, soumet à la Conférence comme programme de paix les suggestions suivantes, élaborées d’accord avec le Parti Socialiste, comme une proposition générale des États-Unis. Mais la délégation du Socialist Labor Party se réserve en même temps le droit d’ajouter en parenthèses des commentaires à quelques-unes de ces propositions.

Ces suggestions sont:

I. Ni indemnités de guerre, ni contributions.

II. Pas d’annexions. Tous les territoires occupés sauf la Pologne, et les colonies occupées par quelque pays que ce soit, doivent être restitués.

III. Restauration d’une Pologne libre, indépendante et une, d’accord avec la volonté du peuple polonais, exprimée par un référendum, opéré dans les trois parties de la Pologne.

IV. La même voie de décision par référendum doit être appliquée à tous les territoires contestés, tels que l’Alsace-Lorraine.

V. Reconnaissance du droit de chaque nationalité à décider de sa propre destinée. Ce droit s’applique aux nationalité vivant sur leur sol comme à celles vivant avec d’autres dans un même Etat. A cet égard le mouvement socialiste international doit encourager la tendance vers des fédérations de libres nationalités et états, comme les Etats-Unis des Balkans, voire les Etats-Unis d’Europe.

VI. Reconstruction des pays dévastés comme la Belgique, la Serbie, la Galicie, etc.

VII. Désarmement concerté de tous les pays avec liberté des mers.

VIII. Abolition de la diplomatie secrète. Le congrès de  paix doit être composé de représentants élus à cet occasion par les peuples de guerre ainsi que par ceux des pays neutres, et non être composé seulement de diplomates et de fonctionnaires. C’est le droit sacré et inviolable des masses, qui ont souffert terriblement des horreurs de la guerre, de conclure une paix juste et durable.

IX. Création d’un Bureau international pour reconnaître des arrangements entre nations, avec le pouvoir d’en exclure des nations, qui s’opposeraient aux décisions de cet organisme.

Afin de terminer la guerre aussi vite que possible nous recommandons la création d’un Bureau socialiste international permanent de la Paix avec un Fonds de Paix chargé de travailler à la réalisation des décisions de la Conférence Socialiste Internationale, jusqu’à ce que la paix soit finalement conclue.

En ce qui concerne les idées, suggérées au paragraphe VIII, et surtout au paragraphe IX, nous voulons souligner encore une fois que le prolétariat ne doit pas avoir trop de confiance dans ces idées elles-mêmes. Leur réalisation et leur effet dépendent en effet entièrement de l’énergie qu’il déploiera et de la pression qu’il exercera dans son activité, dirigée vers une organisation révolutionnaire politique et industrielle de sa propre classe.

Nous terminons notre memorandum par un appel aux ouvriers du monde entier dans l’intérêt de la Paix et de l’Émancipation du prolétariat:

A bas la guerre et le militarisme !

A bas la «défense nationale» comme principe du mouvement socialiste international!

Vive l’organisation politique révolutionnaire, les unions industrielles et l’action du prolétariat!

Vive la solidarité réelle du prolétariat international!

Vive la Paix et la Liberté sous le règne du Socialisme !

Les délégués des États-Unis (Max Goldfarb, SPA, D. Davidovitch, Jewish Workers of America, Boris Reinstein, SLP) avec d’autres (not. Troelstra, Huysmans et Branting). 20 juin 1917.

Rapport à l’Internationale (De Leon, 1905)

12 janvier 2013

Publié en annexe dans Bureau socialiste international: Comptes rendus des réunions manifestes et circulaires (G. Haupt, 1969). Texte paru aussi à l’époque dans L’Avenir social.

Le comité exécutif a reçu du citoyen De Léon, délégué du Socialist Labor Party, le rapport suivant relatif à l’année 1905:

Ceux qui auront lu le rapport du Socialist Labor Party, adressé au Congrès d’Amsterdam, seront agréablement surpris des événements signalés dans ce rapport, qui détaillait des faits encore embryonnaires l’année dernière.

Aux yeux de nos camarades de l’étranger, la situation en Amérique doit sembler chaotique. Elle doit apparaître comme une querelle qui engloble le mouvement politique socialiste jusqu’au mouvement économique ou trade-unioniste. Quand on cesse de l’examiner superficiellement, le chaos devient intelligible.

Deux grands principes se trouvent à la base de la lutte du mouvement socialiste et ouvrier en Amérique. Le premier de ces principes est que le mouvement politique du socialisme ne peut, s’il le voulait, et ne devrait, s’il le pouvait, ignorer le mouvement économique; qu’aucun mouvement politique sain et fécond du socialisme n’est possible s’il n’est pas fondé assis et basé sur un mouvement économique et trade-unioniste. En un mot, ce principe signifie qu’en Amérique un mouvement politique bona fido ou socialisme ne peut être que le reflet d’un mouvement économique d’égale bona fido.

L’autre principe est que le mouvement politique du socialisme ne devrait pas, s’il le pouvait, et ne pourrait, s’il le voulait, avoir quelque relation avec le mouvement économique. Il prêche la neutralité. Toutes les dissensions du mouvement socialiste et ouvrier, en Amérique, portent la trace de la collision de ces deux principes opposés.

Le Socialist Labor Party soutient le premier principe, et, comme conséquence, il essaie de favoriser la fondation d’un trade-unionisme ‘bon fide’.

Le champ du trade-unionisme en Amérique a été trouvé, par le mouvement politique du socialisme, dans un état d’occupation par ce que l’on appelle ‘craft-unionism’, l’unionisme pur et simple.

Ce système d’unionisme organise les métiers non seulement comme des unités, mais comme des corps souverains et autonomes. L’erreur fondamentale de ce système économique a été bientôt considérée comme désirable par la classe capitaliste. L’union de métier rendait tout mouvement économique stérile. En effet, si les salaires de ces unions étaient plus élevés que ceux des ouvriers non organisés, le prix que cette organisation payait pour ces salaires plus élevés était la division sans espoir de la classe ouvrière. Tout d’abord, la ‘craft union’ [4] excluait délibérément de la participation de la majorité des membres par l’apprentissage, les hautes cotisations, des droits élevés d’initiation [sic!] et d’autres expédients. En deuxcième lieu, chacune de ces "craft-unions’ ne pouvait en retour obtenir son denier de Judas, qu’en s’alliant avec l’employeur chaque fois qu’une autre union similaire était en lutte avec la classe possédante. Il est superflu et il me conduirait trop loin de dresser le long catalogue d’actes délibérés de trahison commis au détriment de la classe ouvrière en Amérique et ailleurs, ainsi que de relever les cas multiples de corruption que ce genre d’unionisme a engendrés. Il suffit de dire, comme preuve, que ces craft-unions sont reliées à une organisation de capitalistes appelée la "Civic Federation", dont le but est d’établir des relations harmonieuses entre le capital et le travail. Ces unions sont organisées surtout par l’American Federation of Labor [5].

Un mouvement politique de travail — et que peut être un Parti politique du socialisme si ce n’est un mouvement politique de travail? — ne peut faire des recrues que dans le camp de la classe ouvrière. Il était inévitable que ces querelles, engendrées par l’unionisme pur et simple dans le mouvement ouvrier, devaient se transmettre au mouvement politique. Dans ces circonstances, la classe ouvrière n’était pas seulement divisée politiquement en adhérents aux divers Partis politiques du capitalisme, mais ces dissensions se reflétèrent en Partis socialistes hostiles.

L’évidence croissante que cette conjoncture était insupportable, donna finalement naissance, au mois de juillet de l’année 1905, à une gigantesque révolte contre l’unionisme capitaliste. L’organisation Industrial Workers of the World [6] était lancée avec un nombre de membres qui dépasse déjà 150 000. Sa devise est que la classe ouvrière et la classe possédante n’ont rien de commun; son but est de prendre et de garder ce ui est nécessaire à la production, afin d’établir la république administrative du travail, sa méthode est l’unification de la classe ouvrière tant sur le champ politique que sur le champ économique. Les recrues viennent non seulement des catégories des non-organisés, mais encore des unions « pur et simple » qui ont pris conscience de la trahison de leur chef.

Tandis que cet événement fertile a eu comme résultat premier et immédiat de troubler la paix qui régnait dans la Varsovie capitaliste, son effet rapide et ultime est de construire les fondements larges et solides d’un mouvement politique du socialisme en Amérique et, par là, de réaliser en Amérique cette unification des forces politiques du socialisme que le Congrès d’Amsterdam a ordonnée.

Je suis heureux de dire que cette question, dont la solution est si désirable, est en bonne voie d’aboutissement.

Notes:

[4] Craft-union : il s’agit des Trade-Unions traditionnelles. Les membres du Socialist Labor Party qui en faisaient partie voulaient les politiser de l’intérieur. Leurs adversaires les plus résolus fondèrent l’Industrial Workers of the World; cf. G. D. H. Cole, The Second International, 2e partie, p. 790.

[5] L’ American Federation of Labor compta dans ses rangs en 1904

[6] L’Industrial Workers of the World fut fondé à Chicago en 1905; son principal soutien fut la Western Federation of Miners et son implantation initiale, l’extrême Ouest. Elle s’opposait au trade-unionisme orthodoxe et au socialisme réformiste. Cf. Cole, op. cit., 2e partie, p. 790 et suiv. est l’unification de la classe ouvrière tant sur le champ

Voir aussi:

deleon

Rapport du Parti socialiste du Canada au Congrès international de Stuttgart (août 1907)

29 décembre 2012

Le « Dominion » du Canada comprend un territoire presque aussi grand que l’Europe, situé entre l’Atlantique et le Pacifique. Sur cette énorme étendue est disséminée une population n’excédant pas 6 millions d’habitants. Cette situation rend le travail de propagande et d’organisation extrêmement coûteux et difficile, mais malgré cela, il y a des groupes socialistes dans chaque partie de la contrée. Avant le premier janvier 1905, ces groupes étaient indépendants et sans importance, excepté ceux de la Colombie Britannique, qui formaient une forte organisation provinciale et avaient déjà assuré la représentation parlementaire. Qu’on se rappelle le résultat de l’élection provinciale dans le courant de 1903, où fut élu triomphalement le citoyen J.H. Hawthornthwaite dans le district de Nanaimo et de Parker Williams dans le district de Newcastle. A quelques voix près, Ernst Mills sortit aussi triomphant à Greenwood et il y a plus d’un soupçon pour justifier la supposition que sa défaite a été due tout simplement à la fraude. De bons résultats furent obtenus dans d’autres districts où les candidats ont échoué.

Aux élections générales de 1904, cinq candidats furent présentés et quoique aucun d’eux ne fut élu, on constata un grand progrès.

A la fin de 1904 fut tenu un congrès, où le parti décida de s’organiser dans le reste du pays et l’on créa le Parti socialiste du Canada. Depuis lors, des progrès considérables ont été réalisés, et plus spécialement cette dernière année, dans la Colombie britannique. La cause du progrès rapide du mouvement socialiste est le fait, que, grâce à la nature de la contrée, les industries principales ne sont pas agricoles comme celles des autres provinces. On y rencontre des mines, des hauts fourneaux, des entreprises de construction, de pêche, et d’autres industries fortement capitalisées. C’est pourquoi la grande majorité de la population est composée de prolétaires.

Aux élections provinciales de la Colombie Britannique, en février 1907, le parti présenta environ 20 candidats et il envoya trois membres au parlement de cet État : les camarades J. H. Hawthornthwaite de Nanaimo, Parker Williams de Newcastle et John Me Innis de Grand-York. Dans d’autres cas, le parti ut battu à une petite minorité tout en recueillant un grand nombre de voix, tandis que le résultat général accusa un grand progrès pour le parti, tant au point de vue du nombre que de la qualité des votes.

Une activité considérable a été déployée dans toute l’étendue du « dominion » de Colombia, quoique l’organisation soit grandement entravée par l’étendue du territoire et le manque de fonds. Des organisations locales sont maintenant répandues sur tout le territoire, depuis le territoire de Yukon jusqu’à Newfoundland, et il ne manque pas de signes d’un réveil général qui n’exige qu’un peu de tournées d’organisation pour éveiller l’activité agressive. Le district de Toronto, la partie la plus active en dehors de la Colombie Britannique, a fait de très bons progrès aux récentes élections municipales. Notre candidat pour la place de maire obtint 8200 voix, et faillit atteindre le chiffre du candidat triomphant.

Le mouvement syndical est très actif dans tous les grands centres ouvriers, mais les membres ne sont pas particulièrement sympathiques au socialisme et paraissent disposés à former un Parti Ouvrier à la manière britannique. Ceci n’est pas le cas pour les organisations des mineurs, qui sont profondément socialistes.

Les agriculteurs, propriétaires nominaux de leur tenure, qui constituent la masse de la population du dominion, sont réduits actuellement, par l’action des grandes corporations, à une condition aussi mauvaise que celle du prolétariat de la ville. Ils ont commencé par reconnaître où sont leurs intérêts et de nombreux groupes locaux du parti ont été formés dans les districts de la campagne.

Il n’y a qu’un journal socialiste dans le dominion du Canada, The Western Clarion, publié hebdomadairement à Vancouver, en Colombie Britannique. Ce journal est l’organe du parti et est dirigé par le camarade E. T. Kingsley. Il a largement contribué à donner au mouvement prolétarien du pays, ayant conscience de ses intérêts de classe, une attitude révolutionnaire claire et franche.

Le Canada est en communauté d’idées avec le mouvement universel et il n’entend pas faire défaut dans la lutte internationale contre le capitalisme. Nos travailleurs sont aussi forts de cœur et d’intelligence que n’importe quel autre groupe dans la bataille pour la réalisation du socialisme.

J. G. Morgan, Secrétaire du Comité Exécutif National du Parti Socialiste du Canada.

Voir aussi:

wc

Une plus tardive du Western Clarion

International Organisation (SPGB, 1930)

1 décembre 2012

Article paru dans le Socialist standard (journal du S.P.G.B.) de novembre 1930 qui traite du Bureau de Londres et de sa section française, le Parti socialiste communiste (qui devenait en décembre le Parti d’unité prolétarienne). Nous nous efforcerons de traduire prochainement ce texte en français.

Our readers will be familiar with the Socialist Party’s attitude towards the "Labour and Socialist International," which is a loose association of parties like the Labour Party and the I.L.P., and towards the "Third (Communist) International." We are hostile to the national parties on account of their failure to accept and apply the principles of Socialism, and equally hostile to the international federations which cannot be more advanced than the affiliated organisations themselves.

The "Labour and Socialist International" is composed of parties which are prepared to support the capitalist class in their wars, and are prepared either alone or in coalition with Liberals and Tories, to carry on the administration of the capitalist system.

The "Third International" differs from its rival in several important respects, but its aims and methods are no less dangerous to the working class. It is rigidly centralised, but the control of the organisation is not in the hands of the affiliated parties. These latter are in the position of having their policies, dictated to them by the Russian party. The policies are in line with the wishes of the Russian government, but not necessarily in line with working-class interests. So we see the Communists advocating the dangerous tactic of violence and giving support to capitalist parties (e.g., the Labour Party). The Socialist movement is not helped, but hindered, by such methods.

It is an encouraging sign that there are now quite a number of parties abroad whose experiences during and since the war have taught them that neither of the international federations is deserving of the support of Socialists. While such an attitude is not of itself proof of sound Socialist principles, it is full of promise for the future. An attempt has been made by some of these parties to lay the foundation for

THE INTERNATIONAL BUREAU OF REVOLUTIONARY SOCIALIST PARTIES.

The International Bureau has affiliated to it parties in France, Germany, Italy, Rumania, Russia, and Jugo-Slavia. In addition, a Norwegian party endorses its attitude towards the existing internationals. Reports of the Bureau’s Congresses show that, for most of the delegates, association with either of these bodies is unthinkable, and it is claimed by the Secretary of the Bureau, Angelica Balabanoff, that the constituent parties, that "at least the majority," are Marxist. It is important to notice, however, that the Bureau has no formal constitution. That being so, it is difficult to see how the International Bureau can take the very necessary steps to see that its affiliated bodies are parties which conform to the essentials of Socialist principles and policy. We read, for example, that Maxton and Brockway, of the I.L.P., have indicated their "interest and sympathy." If the Bureau had a formal constitution based on Marxian principles, these two advocates of alliance with the parties of capitalism would have known that they could not give support to it.

In the absence of such a constitution, the soundness of the organisation can only be tested by an examination of its affiliated parties. The principles of one of them, the French party, are examined below.

THE SOCIALIST-COMMUNIST PARTY OF FRANCE.

The Socialist-Communist Party was formed in 1922 by members of the Communist Party who found intolerable the way in which the Moscow organisation habitually ignored and countermanded the decisions arrived at by the Congresses of the French party, especially in view of the fact that Moscow’s orders were not of a kind to further the interests of the working class. The new organisation at its Congress in 1923 adopted the following declaration as a basis of "reconstituting the unity of the working class" :—

“The formation of a class political party for the revolutionary conquest of power by the workers, with a view to securing, by means of a temporary and impersonal dictatorship of the whole working class, the disappearance of the State and the substitution of socialism or communism for capitalism. The utilisation of all means for ameliorating the workers’ conditions of life ; the refusal to vote for capitalist budgets and refusal to participate in the government of capitalism ; opposition to war making, accepting the principle of ‘insurrection rather than war’.”

The party’s attitude to political action is rather obscure. It repudiates the Communist policy of a violent seizure of power by a minority, and it takes part in national and local elections, but "without attaching to elections exceptional importance . . . attributing to them chiefly a propaganda value."

The Socialist-Communist Party’s views on many questions are set out in a pamphlet, "L’Unité Ouvrière Nationale et Internationale" (Working Class Unity, National and International), written by the General Secretary, Paul Louis, and published by the party at 12, Rue Rochambeau, Paris 9.

The main argument of the pamphlet is that, were the working class re-united, Socialism would be obtainable. Unity is to be achieved largely through the instrumentality of an international organisation. The writer, Paul Louis, entirely overlooks the point, which is of the utmost importance, that the working class have never yet been united in any country on a Socialist programme. If they had, the existing divisions could never have arisen.

He makes the serious mistake of supposing that the British Labour Party and the I.L.P. are parties of Marxians. Let us therefore repeat that the Labour Party in this country has never at any time had Socialism as its objective. Its aim has been, and is, some form or other of nationalisation or State capitalism. The Labour Party and the I.L.P. have never even claimed to be Marxian bodies, in which respect they are superficially unlike the Labour Parties in the Continental countries which have made that claim. The difference is, however, one of appearances only. Neither in France nor Germany has the nominal acceptance of Marxian principles meant the application of those principles to policy. The behaviour of the German and French parties in 1914 sufficiently demonstrated that.

When, therefore, Paul Louis writes of "re-uniting" the working class, he is overlooking the fact that the working class have not been won over to Socialism in any country. The majority of them do not want Socialism and do not understand it. That being so, it is mere illusion to imagine that working-class unity on a Socialist basis is attainable at present. A Socialist Party cannot yet be more than a minority party.

Paul Louis is similarly mistaken when he writes of the International having broken down only in 1914.

The International had not been built up on a Socialist basis, as was shown before 1914 by its admission to membership of such parties as the Labour Party, the I.L.P., and the French and German Parties, none of which were based on Socialist principles and policy. The anti-Socialist character of the International was perceived by the Socialist Party of Great Britain long before 1914. We foretold that it would be as useless in war as in peace, and we withdrew long before the outbreak of war proved the correctness of our condemnation.

Paul Louis may say that it is not that kind of unity which his party seeks to reconstitute. But if that is the case, then it is essential that each national party and the International itself should be firmly based upon a clear declaration of essential Socialist principles. The objective of common or social ownership, must be clearly understood (this alone would rule out the parties now in the Labour and Socialist International, all of which are supporters of nationalisation or State capitalism).

There must be no room for policies of minority action and armed revolt.

There must be no collaboration with capitalist parties. (This would rule out not only the Labour Party and the I.L.P., both of which are prepared to co-operate with Liberals and Tories in the administration of capitalism, but would also rule out the Communist Parties, which for years have urged the workers to vote for the Labour Parties.)

There must be no room in a Socialist International for any but Socialist parties. And this being so, there could be no purpose in forming an international organisation except upon a definitely constituted Socialist basis. If the affiliated parties are Socialist parties then they can and will undertake to conform to Socialist principles.

The work of making Socialists has to precede the growth of the separate Socialist parties, and their construction on a sound basis must precede the formation of an effective international.

If Paul Louis envisages the reverse process, he has failed to read aright the lessons of past attempts at building national and international Socialist organisations.

We would welcome some further information on the aims and methods of the French Socialist-Communist Party.

First we would like to know exactly what is its objective. It ought, of course, to be unnecessary to ask such a question of a party which declares its aim to be Socialism and declares its acceptance of Marxian theories. Unfortunately, the Labour Parties in all countries have misused the word Socialism, and applied it to their aim of state capitalism, which leaves intact the division of society into a propertied class and a class of property-less wage-earners.

Secondly, we would like to know exactly where the Socialist-Communist Party stands with regard to the use of the vote. If, as appears to be the case, they regard elections as having chiefly a propaganda value, how do they propose to gain control of the political machinery, without which Socialism cannot be achieved ?

Thirdly, does the Socialist-Communist Party rule out entirely the policy of collaboration with the non-Socialist parties, including the parties in the Labour and Socialist International and the parties in the Third International?

The Socialist Party of Great Britain is not prepared to join with parties whose aims and methods are contrary to the interests of the working class and a hindrance to the achievement of Socialism. The Labour and Communist Parties are parties to which that condemnation applies. It is our experience that any other policy is fatal for a Socialist organisation.

Voir aussi:

http://bataillesocialiste.files.wordpress.com/2009/03/louis-unite-ouvriere.jpg?w=450

La réhabilitation de Boukharine (1988)

28 octobre 2012

Après l’avoir abattu comme traître et espion en 1938 à l’issue d’un des célèbres procès staliniens, les autorités soviétiques ont décidé de «réhabiliter» Boukharine. Elles disent maintenant que tout cela était un coup monté et que les preuves utilisées pour le condamner étaient fausses et obtenues sous la torture. C’était évident à tous dès l’époque, à l’exception de ceux qui pensait que Staline était un demi-dieu et la Russie le paradis des travailleurs ( une longue liste d’éminents écrivains, savants et artistes pourrait être donnée).

Nikolaï Boukharine était un de ces bolcheviks qui savaient ce que le socialisme était vraiment. Dans L’ABC du communisme, écrit conjointement avec Préobrajensky en 1919, le socialisme est décrit comme une société sans argent dans laquelle il y aurait une distribution en fonction des besoins. Boukharine était évidemment dans l’erreur quant à la façon d’arriver au socialisme, ne favorisant pas l’action majoritaire utilisant des méthodes démocratiques, mais l’action d’une minorité d’avant-garde utilisant la dictature et la terreur – terreur dont il finit lui-même par être victime.

Boukharine était également l’auteur de plusieurs ouvrages qui, une fois éliminés le non-sens bolchevique sur l’incapacité politique des travailleurs et la nécessité d’un parti d’avant-garde pour les diriger, ne sont pas trop mauvais d’un point de vue marxiste. L’économie mondiale et l’impérialisme, écrit pendant la Première Guerre mondiale, a expliqué comment le capitalisme était devenu un système mondial dominé par les blocs nationaux concurrents de capitaux organisés par l’État. Le Matérialisme historique et The Theory of the Leisure Class font face aux critiques contemporaines de la pensée de Marx sur l’histoire et l’économie. Boukharine a en effet montré bien plus de connaissance du marxisme et de la nature du socialisme que ne l’a fait Trotsky, qui n’a jamais été capable de comprendre la différence entre le socialisme et le capitalisme d’Etat.

En 1918, Boukharine a officiellement déclaré que la Russie sous Lénine menait une politique de capitalisme d’État. Il a pour cela été dénoncé par Lénine comme un «crétin gauchiste» mais cela a provoqué la célèbre reconnaissance par Lénine que la Russie était en effet un capitalisme d’État, le gouvernement bolchevique y étant forcé par l’état arriéré de l’économie de la Russie à l’époque.

Plus tard Boukharine en est venu à accepter le point de vue de Lénine et est devenu un partisan enthousiaste de la nouvelle politique économique, officiellement décrite par le Parti bolchevik comme «le développement du capitalisme sous le contrôle de l’État prolétarien", introduite en 1921. Après la mort de Lénine en 1924, il est devenu le principal avocat et défenseur idéologique de cette N.E.P. Au début, le nouveau dictateur, Staline, était avec lui mais en 1928, les paysans riches (koulaks) et les petits entrepreneurs (nepmen) qui prospéraient sous la N.E.P. furent considérée comme une menace potentielle pour la domination bolchevique en fournissant une base sociale d’un mouvement pour « restaurer le capitalisme » en Russie. Staline décida de les écraser et de les éliminer et se lança dans une politique d’industrialisation et de collectivisation forcée. Boukharine, qui, depuis 1925, avait été le numéro 2 du régime russe, n’était pas d’accord et a été exclu du bureau politique en 1929 comme «déviationniste de droite" – la première étape vers sa fin humiliante neuf ans plus tard.

On dit que l’une des raisons pour lesquelles Gorbatchev voulait réhabiliter Boukharine, c’est que sa propre nouvelle politique économique a quelque ressemblance avec celle des années 1920, en ce qu’elle est aussi une politique de développement du capitalisme sous le contrôle d’un État soi-disant prolétarien. C’est peut-être vrai, sauf que si dans les années 1920 les bolcheviks appelaient encore un chat un chat, ce n’est plus le cas. Depuis l’époque de Staline, ces bolcheviks qui comme Boukharine admettaient franchement le capitalisme d’État ont fait place à ce qui est maintenant appelé le socialisme. Gorbatchev est trop stalinien pour revenir à l’ancienne terminologie.

En tout état de cause, il faut espérer que la réhabilitation de Boukharine permettra que ses écrits deviennent disponibles en Russie, en commençant par ceux où il définit correctement le socialisme comme une société sans argent et dans laquelle il a bien vu que la Russie se dirigeait vers le capitalisme d’État. Ensuite, les travailleurs russes pourraient les comparer et voir Gorbatchev pour ce qu’il est: le dictateur politique d’un empire capitaliste d’État. Mais nul doute que serait porter la glasnost un peu trop loin.

Adam Buick (Socialist standard de juillet 1988)

Rosa Luxemburg speaks for the S.L.P. (Hass, 1941)

21 juillet 2012

Extrait de The Socialist Labor Party and the Internationals, article d’Eric Hass publié dans Fifty years of American Marxism, 1941, et repris en brochure en 1949. L’extrait montre que Rosa Luxemburg a défendu les deleonistes américains du Socialist Labor Party (S.L.P.) face à Morris Hillquit, du Socialist Party rival, qui voulut en 1909-1910 faire retirer sa représentation au Bureau socialiste international.

(…) When the S.P. and S.L.P. delegations finally met in joint session, De Leon moved the status quo so far as votes in the Congress and on the Bureau were concerned. Prior to the Stuttgart Congress each nation had two votes in the Congress, but at Stuttgart the system was changed. Of the fourteen votes given the American delegation, the S.L.P. had three, the S.P. eleven. The S.P. was not satisfied with this arrangement, however, and at the joint session Spargo moved that the S.L.P. be given. But Spargo added that the SP delegation had strict instructions to cast their votes for both seats on the Bureau. On this point the S.L.P. would not yield.

The question was appealed to the Bureau, before which De Leon neatly punctured the S.P. claim to 53,375 members. He also showed by the decline in the S.P. vote in the large cities that their claim to an increase in influence among the workers was a gross exaggeration. In conclusion he exhibited Berger’s report of what had allegedly occured at the 1909 session of the Bureau and contrasted it with the official Bureau report in order to demonstrate the degree of reliability that could be attached to utterhances of the S.P.

Hillquit replied, said De Leon, with a "regulation anti-SLP speech of the SPite: The SLP was dead; only De Leon was left; the S.L.P. had 53.375 members; the S.L.P. was only a tremendous impediment to the S.P., hurting the S.P. everywhere; and more to the same effect."

ROSA LUXEMBURG SPEAKS FOR THE S.L.P.

Hillquit was answered in a neat, incisive speech by the uncompromising Polish Marxist, Rosa Luxemburg, who said:

‘ The leading feature of Hillquit’s speech is an inextricable contradiction to me. I do not under- stand how, if the S.P. is as large as it claims and the S.L.P. consists of De Leon only, one single man could so tremendously hurt 53,375 others."

With this the matter of representation on the Bureau was considered settled in favor of the S.L.P., and the question of giving the S.P. thirteen of the fourteen votes in the Congress was taken up and voted on. Ten members of the Bureau voted for the status quo, thirteen to give the S.P. the two extra seats. Of this decision De Leon wrote:

« A European wit who was present remarked that what gave the Socialist Party that majority of three was the speech of Rosa Luxemburg; that she, being violently hated by the nationalists of Eastern Europe, whatever side she took they took the opposite. I answered that I would rather have one vote for the S.L.P. with Rosa Luxemburg’s speech than our former three without that speech.»

On the question of representation on the Bureau the S.P. had been roundly routed in each attack. But there is a singular obstinacy about the reformer which impels him to return again and again, each time hopefully, with a new deception from his inexhaustible bag of tricks. Hillquit was no exception. The resolution he had introduced in order surreptitiously to remove De Leon from the Bureau, but which he denied was for that purpose, was reintroduced with an amendment providing that "no party shall have representation on the Bureau unless it cast two votes in the Congress." If adopted, it would have automatically eliminated S.L.P. representation. Alas for Hillquit, this subterfuge, too, failed.

« It was an instance,» wrote De Leon, « in which the theory was demonstrated that dishonesty betrays stupidity. Civilized legislative methods demanded that the purpose of a law be expressly stated. To get the S.L.P. in Congress reduced with express assurances that there was no purpose to remove the SLP from the Bureau, and then bring in a proposition whereby the reduced vote would be made the ground for automatically vacating the SLP seat — such a move was obviously so dishonorable that it, better than aught I could have proved, illustrated to the Bureau what the S.P. methods are which the S.L.P.was constantly forced to wrestle with; the move was so transparently underhanded that the large majority of the Bureau must have promptly seen through it. Despite the repeated efforts on the part of Hillquit to bring up his original proposition, which would have dragged up behind it that typical Hillquitian amendment to his own motion, the Bureau showed it aside. »

This was the final attempt to get the S.L.P. unseated. The ‘scourge’ of the S.P. remained on the Bureau – to the boundless exasperation of Hillquit and his pals.

Articles du Socialist standard des années 40

18 mai 2012

Une vingtaine de nouveaux articles ont été ajoutés aux archives en ligne du Parti socialiste de Grande-Bretagne (S.P.G.B.):

Discours de Lucien Sanial au Congrès de Paris (1900)

6 mai 2012

(Lucien Sanial représente le Socialist Labor Party des États-Unis).

Discours du citoyen Lucien Sanial

Les socialistes américains ont pris un rôle modeste dans le mouvement socialiste international, mais il sont appelés aujourd’hui à jouer un des rôles les plus importants. A  l’occident commence à luire le grand soleil capitaliste qui modifiera les conditions économiques et précipitera l’avènement du socialisme. La concentration capitaliste américaine, qui va chercher à lutter contre le capitalisme européen et va mettre aux prises les prolétaires d’un pays contre les prolétaires d’un autre pays, nécessite l’organisation internationale socialiste qui rappellera aux ouvriers quels sont leurs devoirs et évitera des luttes meurtrières dont les capitalistes seuls bénéficieraient. (Applaudissements)

L’idée socialiste a déjà fait des progrès dans notre pays. Aux élections de 1876 nous n’avions obtenu que 48.000 voix socialistes, deux ans après aux élections de 1878, nous en obtenions 85.000. Ces chiffres vous montrent qu’avant longtemps plusieurs centaines de mille ouvriers seront rangés sous le drapeau du socialisme international (Applaudissements.)

Un Incident

Notre camarade Sanial a terminé son discours prononcé en français. Il va quitter la tribune lorsque plusieurs délégués américains et anglais lui demandent de vouloir bien le traduire en anglais. Il accède bien volontiers au au désir qui est exprimé. Il était sur le point de terminer, la séance allait prendre fin, lorsque le citoyen Lafargue bondit à la tribune. Il s’empare brutalement de la chaise de notre excellente camarade Clara Zetkin et sans rien dire s’assoit et brandit un morceau de papier qu’il tient à la main. Aussitôt les membres du Parti ouvrier français qui n’avaient pas encore paru dans la salle du Congrès international, l’envahissent et entourent la tribune. Le citoyen Lafargue demande la parole à Jaurès. (…)

Marxisme et syndicalisme chez Daniel De Leon

30 avril 2012

Article de Cristiano Camporesi publié dans Institut Giangiacomo Feltrinelli / Histoire du marxisme contemporain, t. 2 (Paris, 10/18, 1976). On ne partagera pas forcément les points de vue exprimés dans cet article mais la pénurie de documentation en français sur le sujet nous a semblé en rendre la publication utile.

1. Formation et position de De Leon dans le mou­vement ouvrier américain

Définir le marxisme américain revient précisément à poser l’un des problèmes fondamentaux de ce marxisme; jusqu’à quel point, en effet, peut-on parler réellement d’un marxisme « américain »? Partisans et détracteurs sont souvent d’accord pour voir en lui un phénomène procédant plus de l’émigration européenne que de racines autochtones. Pourtant, de nos jours, Daniel De Leon apparaît à de nom­breux critiques comme l’un des théoriciens et l’un des hommes politiques qui a le plus essayé d’adapter l’interprétation du marxisme à la situation réelle des États-Unis, même si, par ailleurs, quelques spécia­listes soulignent chez lui certaines limites qui sont le fait de son attitude excessivement dogmatique. Au moment où la gauche américaine, redécouvrant le syndicalisme révolutionnaire et le radicalisme des débuts du XXe siècle, élabore des reconstructions d’une remarquable rigueur scientifique, mais aussi, exalte parfois les aspects mythiques et romantiques de cette période [1], la figure de De Leon prend un relief particulier, parce qu’elle implique un jugement d’ordre général sur le socialisme aux U.S.A. entre la fin du XIX° siècle et le début de la Première Guerre mondiale.

Daniel De Leon, né le 14 décembre 1852 dans lu colonie hollandaise de Curaçao, fut envoyé, à qua­torze ans, poursuivre ses études en Europe. D’après ce qu’il dit lui-même dans un essai autobiographique, il fréquenta d’abord le lycée classique de Hildesheim, en Allemagne, et ensuite, l’université de Leyde — de ce dernier fait il ne reste aucune trace officielle —, En 1872 il se rend aux États-Unis, à New York, et en 1878 obtient, à la Columbia University, une licence de droit international et de droit constitution­nel. En 1886, lors de la tournée de conférences et de meetings de Wilhelm Liebknecht et des époux Aveling aux U.S.A., De Leon participe à la cam­pagne pour l’élection, à la mairie de New York, do I Henry George, le réformateur et utopiste agraire bien connu. En 1887, il se déclare contre la condamna­tion à mort des anarchistes impliqués dans « l’affaire de Haymarket », et en 1888 il s’affilie aux Knights of Labor. Cette activité politique radicale fut un obstacle à sa carrière universitaire : lecturer à la Columbia University, il n’eut pas de poste de professeur, et il refusa alors de renouveler son contrat de lecteur. En octobre 1890 De Leon entre au Socialist Labor Party (SLP). Née en 1877, cette organisation qui comptait, à l’époque, environ 1 500 membres était dirigée par des éléments pour la plupart originaires d’Allemagne, mais aussi des pays d’Europe orientale. Le parti avait connu disputes et scissions entre les marxistes et les lassalliens, les socialistes et les anarchistes; ses représentants étaient tellement  hostiles aux compromis et à la modération qu’on les appelait « impossibilistes » et « doctrinaires ». A cette époque, Engels en personne polémiquait contre les Knoten (ânes, ignorants) du parti américain, accusés de «confusion théorique», d’« arrogance » et de « lassallisme [2] ».

En 1891 fut créé l’hebdomadaire du Parti, The People. Le directeur en était Lucien Sanial et le vice-directeur De Leon. Engels accueillit défavorable­ment le nouvel organe et le taxa de sot et d’insignifiant. L’année suivante, De Leon devint directeur de la revue et il lui donna alors un caractère marxiste orthodoxe et «farouchement sectaire  [3]». De Leon n’avait pas quitté pour autant les rangs des Knights of Labor, pratiquant la tactique de l’infiltration afin d’essayer de conduire cette organisation au socia­lisme. De fait, De Leon appuya un représentant des Knights, James R. Sovereign, contre la ligne du Grand Master Workman Terence Powderly, néan­moins cette tactique du « boring from within » échoua. Dans un premier temps, en effet, il ne fut pas possible à un représentant du Socialist Labor Party, Lucien Sanial, d’être directeur du Journal of Knights of Labor, et l’année suivante (1895), à la Convention des Knights, De Leon lui-même fut expulsé, sous prétexte que c’était un avocat et non un travailleur. En réponse, les socialistes révolution­naires créèrent un nouveau syndicat, la Socialist Trade and Labor Alliance dont la naissance fut accueillie avec enthousiasme par le SLP.

« Avec une joie ineffable nous saluons la formation de la Socialist Trade and Labor Alliance, comme un grand pas fait vers l’abolition du joug de l’esclavage du salaire (…). Nous invitons les socialistes du pays à porter l’esprit révolutionnaire de la Socialist and Labor Alliance dans toutes les organisations de travailleurs, à consolider et à rassembler ainsi le prolétariat américain en une troupe in­vincible douée de conscience de classe et armée tout à la fois du bouclier de l’organisation économique et de l’épée des voix du Socialist Labor Party [4] ».

De Leon incitait ainsi le prolétariat américain au « dual unionism », c’est-à-dire à la formation d’une organisation socialiste s’opposant aux syndicats modérés existants. Il visait surtout l’American Federa­tion of Labor, dirigée par Samuel Gompers, PJ. Mc Guire et Adolph Strasser. La ligne syndicale do l’American Federation of Labor consistait surtout à réclamer des améliorations salariales pour ses inscrits, pour la plupart des ouvriers spécialisés, organi­sés sur des bases corporatives. Gompers concevra le syndicalisme de façon très pragmatique, tout i fait comme une affaire, comme le business des travailleurs, et il refusait catégoriquement les illusions utopiques de la lutte de classes. D’après ses dire», dans son autobiographie : « Dans les premiers tcemps j’avais l’habitude de discuter avec les socialistes. Je leur disais que la Klassenbewusstein (conscience de classe) qu’ils considéraient comme très importante n’était pas un élément fondamental et intrinsèque, parce que la conscience de classe est un processus mental partagé par tous ceux qui ont de l’imagination, mais que la force primitive qui a son origine dans l’expérience, c’est seulement le Klassengefühl (sentiment de classe). Le sentiment de groupe est l’une des plus grandes forces de cohésion du mouvement ouvrier (…) suivant mon expérience le socialisme de profession va de pair avec l’instabilité jugement ou l’inconsistance intellectuelle, causée par l’incapacité de reconnaître les faits [5] ».

La formule adoptée par Gompers, « unions pure and simple », pour marquer la séparation existant entre les revendications économiques et la lutte politique et sociale, fut par la suite utilisée par ses adversaires pour stigmatiser le modérantisme « cor­poratif » de l’American Federation of Labor, ironi­quement rebaptisée l’American Separation of Labor, puisqu’elle favorisait uniquement l’aristocratie ouvrière. Puis, lorsque le sénateur républicain Mark Hanna, industriel et homme de confiance du prési­dent Mac Kinley, définit les syndicalistes modérantistes comme « les lieutenants des capitaines d’industrie » l’expression « labor lieutenants of the capitalist class » devint un slogan de la polémique de De Leon contre Gompers et l’American Federation of Labor. Gompers se vengea alors en appelant De Leon « Loeb », faisant malignement allusion à son origine juive. Et encore, à l’occasion de la grève de New Bedford, De Leon se rendit dans cette ville et y tint son célèbre discours What means this strike? Gompers, quant à lui, y arriva deux jours avant le théoricien marxiste. La section locale du Socialist Labor Party l’invita à un débat avec De Leon, et Gompers, non seulement déclina l’offre mais encore, dans un de ses discours, compara De Leon à un agent de Pinkerton (policiers privés au service des industriels) dont le dessein était la division de la classe ouvrière. L’attaque était si fausse et tellement injustifiée que le syndicaliste "William Cunnane, secré­taire financier du conseil de grève s’en dissocia pu­bliquement en blâmant l’incorrection de Gompers. Le caractère « collaborationniste » des dirigeants de l’American Federation of Labor apparut clairement aux radicaux américains en 1901 au moment où Gompers et Mitchell acceptèrent de participer à la National Civic Federation, organisme créé par Hanna qui avait pour but de résoudre les conflits entre le monde du travail et celui du capital.

En 1896 De Leon tient un discours significatif : Reform or Revolution [6]. — Rappelons que beaucoup de ses écrits sont des transcriptions de discours et de conférences où brillaient ses étonnantes qualités ora­toires —. L’« ouverture » est consacrée à la descrip­tion ironique des aspects de la réforme à quoi vient s’opposer le sérieux scientifique des révolutionnaires socialistes : « Prenez, par exemple, un caniche. Vous pouvez le réformer de plusieurs façons. Vous pouvez le tondre complètement et laisser une touffe de poils en bout de queue; vous pouvez percer ses deux oreilles et mettre à l’une un nœud bleu et à l’autre un nœud rouge; vous pouvez lui mettre un collier de cuivre à vos initiales et le couvrir d’un petit paletot élégant, cependant caniche il était, caniche il de­meure (…). Chacune de ces transformations, cha­cune de ces étapes peut marquer une époque authen­tique dans la vie du caniche. Et pourtant, pour l’es­sentiel, caniche il était, caniche il demeure. C’est cela la réforme [7]. »

Dans sa polémique, De Leon ne s’en prend pas qu’aux réformateurs, il s’attaque aussi aux approxi­mations de certains révolutionnaires; il s’ensuit une critique des théories anarchistes qui voudraient éli­miner, sans discrimination, tout principe d’autorité, Au contraire, argumente De Leon à la suite de Marx, le système économico-productif du futur Cooperative Commonwealth socialiste, est semblable à un grand orchestre qui pour fonctionner de façon harmonieuse a besoin d’un chef capable : le chef d’orchestre n’est pas un tyran, c’est seulement celui qui possède le plus de compétence pour exercer le leadership. Dans ce cas spécifique, le leadership du mouvement doit être exercé par le Socialist Labor Party, avant-garde minoritaire qui a pour tâche d’éduquer les masses laborieuses. Dans ce contexte, le vote est important, mais il doit être étroitement lié à l’intensification de S la lutte de classes. Ceux qui se bornent à voter pour le Socialist Labor Party, précise De Leon, dans un autre discours, « renvoyant toute leur activité à un seul jour de l’année — le jour des élections —, n’ont pas les pieds sur terre [8] ».

On a déjà vu comment De Leon, suivant en cela d’autres écrivains socialistes, définissait la Répu­blique socialiste en tant que Cooperative Commonwealth, expression tirée du titre d’un ouvrage très , célèbre du philosophe utopiste Laurence Gronlund. Si nous examinons quelle était sa vision du maté­rialisme historique nous nous apercevons qu’elle ne s’éloigne guère des concepts généraux acceptés par I les représentants de la IIe Internationale. De Leon a traduit en anglais L’Évolution du socialisme, de l’Utopie à la Science d’Engels et le Dix-huit Brumaire de Louis Bonaparte de Marx; son image de la Weltanschauung socialiste reste liée aux thématiques prônées par l’Antidühring. Dans le discours sociologique, l’usage d’un certain modèle naturaliste est caractéristique chez le théoricien américain, même si par ailleurs, il évite sciemment certaines formes du « darwinisme social » dans lesquelles tombent beau­coup de socialistes américains de l’époque : « Les lois qui régissent la sociologie courent sur des lignes parallèles et sont l’exacte contrepartie des lois que les sciences naturelles ont établies en biologie, et tout d’abord la figure centrale dans le domaine de la sociologie est celle qui correspond à l’espèce dans le domaine de la biologie prennent la place de l’espèce en biologie [9]. »

Dans ce domaine De Leon se mêle en médiateur à la dispute idéologique pour déterminer si le socialisme doit être évolutif ou révolutionnaire, s’il doit procéder de façon lente et graduelle ou bien pur sauts. A ce propos, De Leon partage quelque peu l’optimisme déterministe de l’époque, dans la mesure où il considère que le processus évolutif est irréver­sible et qu’il est destiné, de par sa dynamique interne, à provoquer des « crises révolutionnaires [10] ». Il convient de signaler également la grande admiration de De Leon pour l’anthropologue Lewis Morgan, ad­miration qui le fait parler avec enthousiasme « de la splendide théorie de Morgan-Marx à propos de la conception matérialiste de l’histoire [11]». S’appuyant sur sa lecture de Ancient Society, De Leon se lance parfois dans de longues dissertations « sur l’origine de la famille, de la propriété privée et de l’État » et, décrivant la naissance de la division en classes des sociétés primitives, il privilégie le discours sur l’ou­til de production. Certaines pages de De Leon rap­pellent en partie les assertions (et les méprises) de Achille Loria sur la fonction de l’outil technique : . « L’apparition de l’outil en fer n’a peut-être pas suffi à diviser la société en une classe de maîtres et une d’esclaves — peut-être pas —. Mais l’apparition de l’outil en fer, comme incident qui poussait la société vers la perfection de l’outil, liée à la loi du progrès qui poussait la société à sortir du sentier battu des conditions primitives universelles, ces deux lois agis­sant ensemble, l’apparition de l’outil en fer accéléra le cours des événements et lui imprima sa marque décisive [12] ».

On croirait se trouver face à une conception quelque peu mécaniste du progrès d’une part, et du développement des forces sociales d’autre part, d’autant plus que De Leon s’intéresse fort peu aux aspects dialectiques de la pensée de Marx. En l’absence d’un approfondissement philosophique — ce qui était d’ailleurs le propre de toute la culture socialiste américaine, hostile à tout retour à Kant et à Hegel — nous trouvons cependant chez De Leon des instances intellectuelles non conformes au climat scientifique et positif du moment, voir, par exemple, le jugement favorable au mouvement moderniste exprimé pendant la polémique avec le jésuite Thomas Jasson [13].

L’attitude intransigeante et ferme à propos des questions théoriques vaut à De Leon une forte hostilité de la part des milieux socialistes américains. A l’intérieur du Socialist Labor Party, d’une part Morris Hillquit, Job Harriman et Max Hayes, par ailleurs fonctionnaire de l’American Federation of Labor — s’opposaient à De Leon —, d’autre part, en 1898, des personnalités comme Eugène Debs et Victor Berger formèrent le Social Démocratic Party. Après la dramatique scission du groupe de Hillquit (les « Kangaroos ») d’avec le Socialist Labor Party, en 1899, les deux nouveaux partis fusionnèrent en 1901, créant le Socialist Party lequel exerça alors son hégémonie sur le mouvement américain et relé­gua dans l’ombre le Socialist Labor Party. Même un syndicat prosocialiste, la Brewery Wokers Union, s’éloigna de De Leon. Celui-ci accusa» les leaders du syndicat d’être « abrutis par l’alcool » et ces derniers ripostèrent en traitant De Leon « d’intellectuel sorti du néant [14] ». De fait, le dogmatisme de De Leon, que l’on accusait d’agir comme le pape ou le tsar du socialisme américain, provoqua l’éloignement du Parti de plusieurs militants comme Lucien Sanial, Herman Simpson, Hugo Vogt, l’ex-directeur du Vorwarts, etc.. Morris Hillquit, l’un des leaders du Parti socialiste, nous a laissé de son rival ce portrait, certes tendancieux mais non tout à fait inexact : « Daniel De Leon était profondément égocentrique. Presque tout de suite après son entrée dans l’arène socialiste il divisa le mouvement en deux camps antagonistes — ses admirateurs et ses fidèles d’une part et de l’autre ses féroces opposants et censeurs (…). Penseur profond et logicien implacable il était transporté au-delà du règne de la réalité par le processus de sa logique abstraite et de quelque façon talmudiste [15]. »

Mais abstraction faite des problèmes de « tempérament », de nombreux socialistes américains étaient opposés à De Leon à cause de leur ligne modérée qui les portait à des prises de position tout à fait ambiguës. Lorsque éclata la guerre hispano-américaine, certains milieux socialistes affichèrent, tout comme Gompers, une attitude belliciste. Le Socialdemokrat en arriva même à écrire : « le succès américain contribuera à faire mûrir les fruits du capitalisme, à précipiter la chute du système économique qui tient actuellement le monde en esclavage [16] ».

Au contraire, De Leon considérait plus justement que l’expansion impérialiste et la conquête de nouvelles frontières auraient affaibli les forces révolutionnaires et stabilisé l’économie des U.S.A. L’interprétation de De Leon fut confirmée, a posteriori, par les estimations de Thorstein Veblen, lequel, en 1904, parlait de la guerre hispano-américaine comme d’un phénomène qui avait « redressé la dépression et apporté la prospérité dans le monde des affaires [17] ».

A cause de son adhésion rigoureuse au marxisme, De Leon exigeait une organisation « intolérante comme la science » et qui aurait « toute la tyrannie de la vérité [18] ». C’est justement pourquoi son parti avait une dialectique interne moins vivante que celle du Socialist Party.

2. Socialisme américain et socialisme européen

Face aux résultats électoraux du parti socialiste, le Socialist Labor Party devint quantité négligeable : aux élections de 1904 le premier eut 409 230 voix contre 31 248 au second (et du reste, en 1905, la Socialiste Trade and Labor Alliance ne comptait guère que 1 450 inscrits). C’est pourquoi Karl Liebknecht, lors de son voyage aux U.S.A. en 1910, invitait les membres du Socialist Labor Party à s’unir au Socialist Party, non pour des motifs théoriques mais bien parce que le parti socialiste était l’organisation la plus importante. Nullement abattu par les résultats négatifs, De Leon assurait que ce qui compte c’est moins la quantité que la qualité, et il continuait imperturbable son combat contre les ten­dances révisionnistes en Amérique et en Europe [19]. Révélateurs, à cet égard, sont les jugements que De Leon porte sur les socialistes européens présents au congrès d’Amsterdam (1904) auquel il participait en tant que représentant du Socialist Labor Party.

L’un des points les plus débattus au congrès d’Amsterdam était le problème Millerand et la diffusion des positions révisionnistes. Alexandre Millerand c’est ce socialiste français qui faisait partie d’un gouvernement bourgeois dont le ministre de la Guerre, était le général Gallifet, bourreau de la Commune, En France, l’entrée de Millerand au cabinet radical de Waldeck-Rousseau provoqua une division au sein du mouvement socialiste, dans la mesure où cette entrée est sévèrement condamnée par Guesde mais approuvée par Jaurès. Au congrès de l’Internatio­nale de Paris (1900), Kautsky tenta de réconcilier les factions opposées en proposant une motion où l’on affirmait que « l’entrée d’un socialiste isolé dans un gouvernement capitaliste » est un « expédient tem­poraire et exceptionnel» et que, de toute façon, l’appréciation d’un tel fait est un problème de tac­tique et non de principe. Cette position excessive­ment modérée fut par la suite modifiée par la social-démocratie allemande, au congrès de Dresde (1903) lequel condamna « les efforts des révisionnistes et leur « politique de concessions à l’ordre établi », La résolution de Dresde fut adoptée, avec une légère modification, par le congrès d’Amsterdam, De Leon la vota également après qu’une de ses motions, plus radicale, eut été repoussée. Dans le rapport de De Leon sur le congrès de Dresde, pour décrire l’opportunisme de Kautsky, dont les thèses étaient soutenues aux U.S.A. par Morris Hillquit, son style est tout à fait caustique. Examinant le groupe social-démocrate du «centre», De Leon donne libre cours à sa rhétorique : « Le groupe en ques­tion est composé de théoriciens (theorickers terme péjoratif) qui se torturent les méninges à propos de la théorie (…). L’exemplaire type du groupe est Kautsky : sa caractéristique c’est manger à deux râteliers [20]. » Et il est intéressant de remarquer qu’à propos de  Kautsky, De Leon cite favorablement l’Iskra, le périodique fondé par Lénine « qui s’est spirituellement moqué et de l’auteur et de sa résotlution dite ‘résolution de caoutchouc’ [21] ».

Dans son rapport du congrès d’Amsterdam, De Leon trace avec une indéniable maîtrise littéraire les portraits psychologiques et politiques des parti­cipants, qu’il sympathise ou qu’il s’oppose à eux. Il décrit avec efficacité l’intelligence de Jaurès, l’habi­lité oratoire de Victor Adler, l’attitude « cabotine » de Vandervelde mais il réserve ses plus grandes protestations de solidarité et de sympathie à August Bebel. Pour De Leon, Bebel c’est le personnage le plus important du socialisme européen, un homme doué de noblesse morale et de grandeur intellec­tuelle, celui qui tend à « idéaliser la praxis », bref, presque un héros romantique. Entre De Leon et Bebel il y a néanmoins quelques points de désaccord que le socialiste américain avait déjà soulignés en traduisant en anglais et en annotant Die Frau und der Socialismus. Dans cet ouvrage Bebel soutient que l’Allemagne prendrait la tête du mouvement révolutionnaire. Or, pour De Leon, en Allemagne, comme dans beaucoup d’autres pays d’Europe, prévaut encore l’esprit féodal; « (…) l’Allemagne (par  rapport aux États-Unis) est presque en retard d’un demi-cycle révolutionnaire. La révolution bourgeoise n’a qu’à moitié réussi (…) des barrages féodaux [obstruent] le chemin du mouvement socialiste dans ce pays [22] ».

3. Syndicalisme modéré et syndicalisme révolution­naire

De Leon considère que les États-Unis, pays sans conditionnements féodaux et qui connaît un progrès industriel de très haut niveau, sont plus près d’une situation révolutionnaire. Emporté par un bel élan utopiste, il ne tient pas compte de l’analyse pessi­miste, que lui-même avait faite, sur le degré de cons­cience des travailleurs américains. Dans un de ses ouvrages très remarquable que Lénine aurait voulu faire traduire en russe [23], Two pages from Roman History (1902), De Leon dénonçait l’action démo­bilisatrice exercée par les syndicalistes modérés sur les masses laborieuses et il établissait un fort intéres­sant parallèle avec l’histoire romaine. Les syndica­listes de l’American Federation of Labor sont compa­rés aux antiques tribuns de la plèbe qui se laissaient souvent corrompre par l’aristocratie. « Tout comme le tribun de la plèbe, le leader syndical est homme « pratique » et il s’en vante, il n’a pas de « visions », il ne choisit pas des « chimères [24] ». Ainsi le séna­teur Mark Hanna, l’artisan de la conciliation entre capital et travail selon une vision « corporatiste » de l’économie, est-il ironiquement comparé au Romain Camille qui fit construire un temple à la Concorde. L’épisode de l’histoire romaine qui paraît à De Leon le plus significatif pour l’histoire du mouvement ouvrier, c’est précisément l’échec des tentatives de réforme des Gracques. De Leon ne refuse pas les réformes mais il soutient que, face à l’opposition intransigeante des classes dirigeantes, le seul moyen d’en faire, pour les révolutionnaires, c’est de pren­dre le pouvoir. De Leon énumère, à ce propos, une série d’enseignements qu’il est bon de rapporter :

« La révolution prolétarienne abhorre les formes, elle est implacablement logique; les palliatifs sont des atténuations du mal; la révolution prolétarienne pro­pose son propre code; elle est irrévérencieuse, elle ménage ses forces; elle refuse les dons propitiatoires; elle est poussée en avant par la raison et non pas par la rhétorique; elle ne fait pas d’équivoque, elle construit des caractères. »

La défiance de De Leon envers les Labor leaders n’était pas seulement motivée par l’attitude des syn­dicalistes de l’ American Federation of Labor, mais aussi par celle de certains de ses collègues socia­listes. L’exemple typique en est fourni par Harry Carless de l’Essex County Independent Socialist Club qui était en même temps « organisateur national » du Socialist Labor Party. Celui-ci avait eu une polé­mique avec De Leon où il soutenait que le Socialist Labor Party ne devait avoir rien à faire avec les syndicats, car les syndicats mènent une politique de défense « égoïste » des intérêts économiques parti­culiers de leurs adhérents, alors qu’une organisation socialiste doit promouvoir la solidarité entre tous les travailleurs. Or, en tant que socialiste, Carless pouvait se solidariser avec toute la classe ouvrière mais, comme membre du syndicat des Silver Polishers, il ne voulait assurer des avantages salariaux qu’aux inscrits du syndicat. Dans The Burning Ques­tion of Trades Unionism [25], De Leon ne se contenta pas de relever à l’intérieur du mouvement ouvrier américain ces contradictions et d’autres semblables, mais encore il signala que les armes traditionnelles du parlementarisme démocratique employées par les partis socialistes sont insuffisantes si elles ne sont pas rattachées au syndicalisme révolutionnaire. En effet, au cas où les travailleurs feraient preuve d’une conscience politique se traduisant en victoire électorale, les capitalistes pourraient encore bloquer la production et affamer le pays. Les travailleurs devraient au contraire occuper les usines et organisa eux-mêmes la production. C’est ici que se place le fameux passage dans lequel De Leon suppose un parlement élu non sur des bases géographiques mais selon l’appartenance à une organisation industrielle — on a pu voir là une analogie avec le système des soviets [26].

Il faut encore voir ce que les théories de De Leon sur le syndicalisme révolutionnaire doivent à des idées importées d’Europe. Dans son étude fondamen­tale sur les Industrial Workers, Paul F. Brissenden soutenait, de façon erronée, que les idées des Wobblies étaient autochtones. « C’est seulement après 1908 que le syndicalisme révolutionnaire fran­çais a eu quelque influence directe sur le mouve­ment syndical américain [27].» On peut facilement invoquer aussi le fait que De Leon, dès 1899, fai­sait publier dans The People des articles parus dans le Mouvement socialiste dirigé par Hubert Lagardelle et que, en 1904, le Daily People citait favo­rablement Arturo Labriola [28]. De Leon se rappro­cha des thèses anarcho-syndicalistes de façon lente et graduelle : si, en 1904, il critiquait encore le « mythe » de la grève générale comme « archaïque et sujet à une double erreur, par la suite, avec la fondation des Industrial Workers of the World il rectifie son point de vue. La naissance de cette orga­nisation IWW qui, dès le départ connut une vie particulièrement difficile, marque un tournant dans l’histoire du mouvement ouvrier américain. Après une conférence informelle tenue’ à l’automne de 1904, il y eut, à Chicago, en janvier 1905, une réunion d’environ trente représentants de la gauche américaine, lesquels rédigèrent un Manifesto [29]. Étaient présents, entre autres, les socialistes Eugène Debs, A. M. Simons et Ernest Untermann, Charles Moyer et William D. Haywood de la Western Federation of Miners — syndicat qui s’était séparé en 1897 de l’American Federation of Labor. Il y avait encore le prêtre catholique aux idées anarchistes Thomas Hagerty et Frank Bohn, du Socialist Labor Party, qui participait à titre personnel, alors que De Leon n’avait pas été invité. Un regroupement aussi peu homogène ne pouvait pas durer car il réunissait des représentants de tendances trop diverses, et de plus une clause du Manifesto établissait que les Industrial Workers ne devaient s’affilier à aucun parti politique pour ne favoriser aucune des organisations socialistes existantes. En réalité, les mem­bres du parti socialiste ne croyaient pas beaucoup à la réussite de l’Industrial Workers. Max Hayes, qui représentait la tendance socialiste à l’intérieur de l’American Federation of Labor (et qui n’avait jamais réussi à faire prendre à ce syndicat des positions radicales), avait déjà émis des doutes quant à cette nouvelle « union », craignant qu’elle ne fût tout aussi sectaire et extrémiste que la Socialist Trade and Labor Alliance. Ernest Untermann, théoricien marxiste de quelque renom et signataire du Manifesto s’empressait, en mai 1905, de mettre en garde les membres de la Western Federation of Miners contre la présence de De Leon à l’intérieur du nouveau mouvement, afin d’éviter à temps les conséquences négatives qui en auraient sans aucun doute résultées [30].

« Le préambule » qui fut adopté à la Ire conven­tion de l’Industrial Workers of the World, usait d’un ton encore plus résolu pour souligner l’indépendance du syndicat face aux partis. C’est justement De Leon qui insista afin que l’expression de Magerty « without affiliation with any political party », déjà employée dans le Manifesto fût de nouveau introduite dans le texte. « La classe ouvrière et les capitalistes n’ont rien en commun… La lutte doit être menée entre ces deux classes jusqu’à ce que les travailleurs s’unis­sent tant dans le domaine politique qu’industriel, qu’ils s’emparent de ce qu’ils produisent par leur travail et qu’ils le conservent, lutte menée à travers une organisation économique de la classe ouvrière qui n’est affiliée à aucun parti politique [31]. »

Cette seconde clause, la clause politique, fut défen­due par De Leon, non seulement pour éviter une influence excessive du parti socialiste sur les Industrial Workers [32], mais aussi pour affirmer que l’ac­tion révolutionnaire de la classe ouvrière ne devait pas être identifiée avec la simple « force physique ». « Le barbare commence par la force physique, l’homme civilisé termine par elle, lorsqu’elle est néces­saire [33] ».

Par la suite, la dramatique rupture entre De Leon et le courant « anarcho-syndicaliste » se fera juste­ment à propos des thèmes qui avaient trait à l’uni­fication de la lutte économique et de la lutte politique et à l’usage de la force physique dans les conflits sociaux. En même temps certains voyaient clairement la position de compromis adoptée alors par De Leon pour tâcher de concilier positions marxistes et positions révolutionnaires. De Leon atténua personnellement ses affirmations de l’année précédente à propos de la grève générale, afin de ne pas se brouiller avec Haywood et la Western Federation of Miners. Dans le discours qu’il fit à Minneapolis, le 10 juillet 1905, pour exposer et commenter le « préambule » des Industrial Workers, De Leon expliquera que par le terme « grève géné­rale » il faut entendre l’expropriation (lock-out) des capitalistes des moyens de production après que les travailleurs s’en soient emparés [34]. Dans ce discours, De Leon tâchait aussi d’éclaircir ultérieurement la prise de position des Industrial Workers à propos de la lutte politique menée indépendamment des partis socialistes existants. Alors que le mot d’ordre des dirigeants conservateurs de l’American Federa­tion of Labor était « pas de politique dans le syn­dicat», expliquait-il, pour les syndicalistes révolu­tionnaires des Industrial Workers il y a unité indé­niable entre la lutte économique et la lutte politique. Seule une organisation économico-syndicale (non un parti, donc) peut garantir à la classe ouvrière l’appropriation des moyens de production. Les installa­tions, les usines, etc.. devraient être prises et gar­dées. Mais — avance De Leon —, « il en va tout à fait autrement pour le « pouvoir politique ». Il doit être conquis en vue de l’abolir. Il en résulte que l’objectif du mouvement politique des travail­leurs est simplement destructif. Supposons que, lors d’une élection, les travailleurs doués de conscience de classe remportent un succès total (…) supposons, que nos candidats soient installés par le président au Congrès (…) supposons tout cela : que leur reste­rait-il à faire? Simplement se mettre en vacance sine die (…). Si (…) la victoire politique trouve la classe ouvrière industriellement organisée, prolonger alors l’existence du mouvement politique équivau­drait à tenter d’usurper les pouvoirs que sa victoire proclame avoir dévolus à l’administration centrale de l’organisation industrielle [35] ».

De Leon ne parle pas seulement de l’abolition de l’État corrigeant, en partie du moins, la thématique d’Engels à propos de « l’extinction », mais il pos­tule aussi l’absence de capitale dans la future répu­blique socialiste : « Là où le conseil général exécu­tif des Industrial Workers of the World tiendra ses séances, là sera la capitale du pays [36]. » La thèse « utopique » de la suppression du pouvoir étatique fut en butte à une forte opposition de la part des écrivains du parti socialiste : « Abandonner le pou­voir politique après l’avoir conquis équivaut plus ou moins à refuser la lutte pour le pouvoir politique en premier lieu », commentait James Oneal. Ce à quoi De Leon répliquait ironiquement : « Avoir démoli la Bastille après l’avoir conquise équivaut plus ou moins à refuser de la conquérir en premier lieu [37]. » Mais tous les représentants du Socialist Party n’agissaient pas de la même manière : s’il y avait ceux qui, comme William J. Ghent, ne cessaient de répéter que le Socialist Labor Party et De Leon devaient être ignorés, par contre Eugène Debs qui critiquait la politique des socialistes envers l’American Federa­tion of Labor, montrait de l’estime pour le théori­cien, même s’il lui reprochait sa « froideur intellectuelle », « De Leon en sait long sur la question du syndicalisme », « le fait est que l’opposition violente des membres du Socialist Party envers les Industrial Workers est dirigée surtout contre la personnalité de De Leon et qu’il s’agit surtout d’une animosité purement personnelle (…) [38] ».

4. Le débat à propos de l’anarcho-syndicalisme et l’expulsion de De Leon des IWW

La vie de De Leon à l’intérieur des Industrial Workers se passait entre des désaccords et des diffi­cultés parfois très violents. Au second Congrès de l’organisation (1906), De Leon s’allia au courant anarcho-syndicaliste (William E. Trautmann, secré­taire-trésorier des Industrial Workers, et Vincent St John) afin de mettre en minorité le président C. O. Sherman et frapper ainsi les éléments les plus modérés des IW. C’est le coup de force de ce qu’on appela la « proletarian rabble » (la lie prolétarienne) stigmatisée ensuite par les représentants socialistes (Morris Hillquit, J. Mahlon Barnes) au congrès de l’Internationale de Stockholm (1907) comme étant une des habituelles machinations « scissionnistes » de De Leon. Comme l’a noté Don K. Mac Kee dans son ouvrage déjà cité, c’était surtout Trautmann d’une part (« le révolutionnaire Trautmann », comme l’appelait ironiquement les socialistes de l’aile modé­rée) qui exerçait à cette époque une certaine influence sur De Leon, mais aussi les théoriciens du syndi­calisme européen, et les positions de De Leon n’en étaient que plus « extrémistes ». Mais, somme toute, De Leon suivait de trop près l’orthodoxie marxiste de la IIe Internationale pour pouvoir accepter sans réserves les théories de l’action directe et du sabo­tage. Aux conventions de 1907 et 1908, après une brève escarmouche au Congrès de 1906, ce conflit, contradiction latente dans la pensée de De Leon, se manifesta clairement. Trautmann et St John, sou­tenus par Haywood, finirent par obtenir l’exclusion de De Leon des IW (1908). De Leon, quant à lui, était particulièrement dégoûté par les conceptions, selon lui infantiles et improvisées, que certains repré­sentants’ de l’aile anarcho-syndicaliste avaient au sujet de l’activité révolutionnaire. A la Convention de 1907, ce secteur « gauchiste » était représenté non seulement par des délégués peu connus — Foote, Axelson, Glover — mais aussi par Ludovico Caminita, le directeur du journal anarchiste La Questione sociale) lequel proposait d’éliminer la clause poli­tique. En défendant la compatibilité entre industria­lisme révolutionnaire et socialisme, De Leon se réfé­rait à Marx, non parce que Marx a raison dans l’absolu, mais parce que l’expérience a vérifié l’exac­titude de ces conceptions. De Leon souligne sur­tout, avec des accents humanistes, la supériorité morale du socialisme sur le capitalisme : « II n’existe pas d’urne pour les bulletins de vote capitalistes, comme il n’existe pas de vote capitaliste, comme il n’existe pas une liberté de parole capitaliste. Ce sont là des conquêtes que le genre humain a arra­chées des griffes de la classe dirigeante [39].» Le dis­cours de De Leon fut applaudi et la motion pour supprimer la clause politique fut repoussée par 113 voix contre 15. Cette éphémère victoire avait été précédée, pendant l’hiver 1906-1907, par d’intenses débats entre De Leon et des tenants de l’action directe comme John Sandgren, Arturo Giovannitti, Joseph Wagner et Léon Vasilio.

De Leon reprochait à Sandgren, lequel soutenait la faible efficacité de l’activité simplement politique pour renverser le système capitaliste, la confusion faite entre l’activité politique en général et des élé­ments contingents comme la participation aux élec­tions. « On ne doit pas refuser tout ce que le capi­talisme a réalisé. Une telle opinion barbare détrui­rait aussi la gigantesque machine de la production moderne. Parmi les choses importantes que le capi­talisme a introduites il y a l’idée de méthodes paci­fiques pour résoudre les disputes [40]. » Interviennent ensuite dans la discussion Joseph Wagner et Léon Vasilio, lesquels prennent comme exemple la « Confé­dération Générale du Travail » française; mais on entend surtout, dans le débat, la voix de Arturo Giovannitti, né en Italie en 1882 et mort récem­ment (1959), il dirigeait aux Etats-Unis l’hebdo­madaire 11 Proletario. Il fut l’un des meneurs de la grève des textiles à Laxrence (1912) et l’un des protagonistes du procès qui s’ensuivit. De Leon pro­fite de l’occasion pour réaffirmer que ses positions et celles du Socialist Labor Party sont les mêmes que celles d’Arturo Labriola en Italie; et Giovan­nitti d’ailleurs n’a aucun droit de citer Labriola pour soutenir ses positions antiparlementaires car ce dernier est membre du parti socialiste italien.

Et le théoricien américain, qui en définitive consi­dère le Parti comme une forme de conscience externe du prolétariat, ne renonce pas à donner une leçon de science sociale à son interlocuteur : « Gio­vannitti affirme : « Une classe qui veut réellement accomplir sa fonction historique doit être révolution­naire, non dans le but mais dans la méthode et les moyens. » Cette affirmation pèche doublement contre la science sociale. Sa première erreur réside dans l’usage de l’expression « méthodes » et « moyens révolutionnaires ». Il n’existe pas de « méthodes et moyens révolutionnaires »! Les moyens et les méthodes peuvent être bons ou mauvais, sages ou fous, jamais « révolutionnaires ». La force physique, les moyens et les méthodes révolutionnaires ne sont pas essentiellement révolutionnaires, ils peuvent être ultra-réactionnaires [41]. »

Sa supériorité théorique et son habileté dialec­tique n’empêchèrent pas De Leon d’être battu au Congrès de 1908. La campagne de Trautmann avait commencé sous prétexte qu’un certain E. Markley aurait écrit dans le Daily People des articles contraires aux IW, accusation dont De Leon dé­montra l’inexactitude. Au contraire, la crainte que le Socialist Labor Party tentât d’avoir une position prééminente à l’intérieur des Industrial Workers, était bien plus fondée; en témoigne Justus Ebert, un partisan de De Leon qui quitta le Parti pour adhérer aux IW.

Mais ce motif ne justifia pas officiellement l’expul­sion de De Leon. Selon le récit de l’historien Patrick Renshaw, De Leon « n’étant pas un travailleur sala­rié ne pouvait être membre de l’organisation. Ses lettres de créance furent repoussées, car il représen­tait la Store and Office Workers Union, au lieu de la section locale de la Printing and Publishing à laquelle il aurait dû appartenir en tant que directeur du journal The People [42] ».

Au congrès, la faction anti-De Leon était représentée par ce qu’on appelait l’ « Overall Brigade » (Brigade des salopettes). Elle était composée par des travailleurs de l’Ouest qui voyageaient d’une ville à l’autre, dans des trains de marchandises, pour diffu­ser les idées des Industrial Workers; leur hymne était la chanson « Hallelujah, I’m a Bum » (Alléluia, je suis un vagabond). A la « Bummery » De Leon répliquait que la répétition monotone du refrain « je suis un vagabond, je suis un vagabond » équivalait au fidéisme et au fatalisme de la devise médiévale « Dieu le veut ».

Malgré l’atmosphère hostile et les cris « je vou­drais donner un bon coup de poing au pape (De Leon) », et bien que St John jouât le rôle du « minis­tère public » avec « un air sinistre [43] », De Leon se défendit brillamment par le discours auquel on donna plus tard le titre de The Intellectual against the Worker [44]. Chassé de l’organisation, De Leon fonda ses Industrial Workers dont le siège était à Detroit. D’autre part, même Trautmann quittera par la suite les Industrial Workers officiels pour adhérer à l’orga­nisation de De Leon, en 1912. A partir de 1923 environ, Trautmann fut acquis à des idées plus modérées et il soutenait les concepts de sociétés démocratiques de Walter Rathenau et de Woodrow Wilson [45].

Lorsque les dirigeants des Industrial Workers, lors du troisième congrès, donnèrent au discours de De Leon le titre de The Intellectual against the Worker, ils rendirent un fort mauvais service au théoricien américain en l’isolant dans un contexte aristocrato-culturel contraire aux véritables intérêts des travailleurs. Et pourtant, par une ironie du sort, c’est De Leon lui-même qui avait critiqué, dans un de ses moments d’exaltation ouvriériste, l’attitude « conformiste » de l’intellectuel socialiste modéré : « II dira tout et signera tout mais fera marche arrière quand bon lui semblera [46]. »

Alors que, d’une part, les dirigeants des IW pro­fitent de l’expulsion de De Leon pour amender le « préambule » de 1905 en éliminant la clause poli­tique et en insistant sur l’action directe [47], la polé­mique de De Leon, d’autre part, se tourna de plus en plus contre les syndicalistes révolutionnaires, accusés d’un « veiled dynamitism ». En prenant ses distances vis-à-vis de ses adversaires, De Leon se lance aussi dans des distinctions de type historico-philosophique qui engagent la signification même du terme « syndicalisme ». Il se réfère à la distinction entre « industrial unionism » et « syndicalism », arguant que ce dernier est un concept d’origine française et qu’il est lié aux conditions particulières du mouvement ouvrier français. En France, les théo­ries de Hervé et de Lagardelle ont du moins le mérite de s’opposer a l’aile modérée du parti socialiste, empêchant ainsi le prolétariat de tomber dans le piège du « crétinisme parlementaire ». Or, aux Etats-Unis, la thèse de l’action directe est fallacieuse parce que (l’argumentation de De Leon est, sur ce point, très faible) la classe ouvrière américaine, laquelle n’a pas l’expérience du service militaire obligatoire comme celle européenne, ne peut pas organiser efficacement une insurrection. « L’ « industrial unio­nism » présente un net contraste avec le syndicalisme. Alors que pour le second on souligne la fonction de l’organisme — le renversement du capitalisme grâce à la force physique — pour le premier, on insiste au contraire sur la structure de l’organisation [48]. »

Le désaccord avec « Big Bill » Haywood se situe sur la même ligne. Expulsé en 1908 de la Western Federation of Miners pour incompatibilité entre cette dernière et les IW, obligé de démissionner, en 1913, du parti socialiste après avoir été expulsé du comité exécutif, en 1905 Haywood avait accueilli avec enthousiasme le discours de De Leon qui com­mentait le préambule des Industrial Workers. Or, De Leon critique désormais Haywood coupable d’avoir sous-estimé l’action politique et soutenu des positions purement destructrices qui favorisent l’expropriation individuelle et qui encouragent le vol et le sabotage. Comme coup de grâce, reprenant presque les accusations de Hillquit, De Leon com­pare le programme de Haywood à l’anarchisme fort critiqué de Bakounine [49]. Ce n’est pas par hasard que De Leon parle de sabotage, attendu que c’est là le mot d’ordre employé par partisans et ennemis des IW, à propos du syndicalisme révolutionnaire. « Sabotage », telle est l’invitation qui émane des affiches et des dessins publiés dans Solidarity, ainsi que des chansons de Ralph Chaplin, un des « bar­des » des Industrial Workers. Dans le même temps le socialiste modéré William J. Ghent fait remarquer que la morale du sabotage n’est pas digne de tra­vailleurs doués de conscience de classe, car elle est du niveau des révoltes d’esclaves de l’empire romain. De façon beaucoup plus nuancée, le socio­logue et économiste Thorstein Veblen insérait la thématique du sabotage dans son discours sur la crise des valeurs de la société industrielle bourgeoise. Le sabotage est, pour lui, un symptôme de la « désaf­fection socialiste », une réaction à la déshumanisation du travail par le « refus délibéré d’efficacité ». « La connotation inquiétante qui lui est souvent associée, comme indiquant violence et désordre, semble venir de ce que l’usage américain de ce terme a été forgé essentiellement par des individus et des journaux qui visaient à discréditer le recours des travailleurs organisés au sabotage (…) [50]. »

Evidemment De Leon n’oublie pas de combattre sur l’autre front, c’est-à-dire contre les représentants modérés du parti socialiste. Il saisit l’occasion de l’élection au congrès de Victor Berger, le « Bernstein américain » (« le premier congressiste socialiste amé­ricain »), pour écrire une magistrale et meurtrière série d’aticles qui décrivent habilement l’incapacité de Berger à conduire une politique de réformes sociales. De Leon, par exemple, fait porter ses cri­tiques sur un projet de loi présenté par Berger concernant la mise à la retraite des travailleurs âgés. Berger prescrit d’abord l’âge de soixante ans alors que l’âge moyen des travailleurs américains n’est que de quarante ans, puis le reversement de la pension est refusé aux orphelins des ouvriers qui ont une entrée d’argent hebdomadaire de six dollars. « A l’exception du 14 juin et du 31 juillet — s’écrie De Leon à propos de Berger — le socialisme, au Congrès, s’est montré muet et vil; le 14 juin le socia­lisme s’est montré ignorant, et maintenant, le 31 juil­let, il s’est montré dépassé [51]. »

5. Polémiques et jugements à propos des théories de De Leon

Un dernier élément ""particulièrement intéressant dans l’œuvre de De Leon, c’est la présence constante de la meilleure partie de la leçon des Revolutionary Fathers. Chez des personnages comme Thomas Jefferson et James Madison, il relève une orientation démocratique et progressiste, orientation qui a été trahie par les classes dirigeantes américaines et que seul le socialisme bien compris peut réaliser. De Leon dédiait, en 1889 déjà, un article à James Madison (article publié dans le Nationalist, la revue du mouvement nationaliste de Bellamy) mais il conti­nue à le citer de façon positive même dans ses derniers écrits (par exemple dans l’article Karl Marx de 1913).

L’un des mérites que De Leon attribue à Madison c’est le réalisme dans l’interprétation des phénomènes sociaux; Madison avait déjà prévu que la majorité des citoyens américains serait restée sans propriété, chose qui est empiriquement contrôlable aujourd’hui. Des considérations semblables seront reprises par l’historiographie progressiste américaine, et avant tout par Charles A. Beard, auteur de la très célèbre Economic Interprétation of the Constitution of the United States lequel voyait en Madison l’un des pré­curseurs de Marx.

De Leon mourut le 11 mai 1914 et aussitôt com­mença la transformation du personnage en mythe. Les disciples et les adversaires ont continué à voir en lui plus un porte-drapeau à abattre ou à exalter selon le cas qu’un sujet à comprendre. Les attaques des socialistes rivaux atteignirent, dans le genre hystérique, à de vrais sommets. L’éditorial du New Yorker Volkszeitung du 13 mai 1914 disait : « Ce qui est arrivé à beaucoup d’autres, est arrivé à l’homme qui est mort lundi matin, il est mort avec vingt ans de retard et a survécu à lui-même. Sa mort n’est pas une perte. » D’autre part, après la Révolution d’octobre, on s’est demandé si, et jusqu’à quel point, Lénine connaissait et estimait l’œuvre de De Leon. Or, tandis qu’un disciple de De Leon, Arnold Petersen, lequel compare son maître rebelle et solitaire au docteur Stockmann de Un ennemi du peuple d’Ibsen, emporté par son admiration acritique, va jusqu’à affirmer que « Lénine se fami­liarisa trop tard avec le De Leonisme pour en tirer profit complètement », les communistes américains, quant à eux, ont tâché d’effacer, dans les années trente, la théorie de De Leon comme étant l’une des erreurs les plus typiques commises par le mouvement ouvrier américain. Ainsi, en 1934, in De Leonism in the light of Marxism Leninism, Walter Burke en arrive à faire le procès de l’historien soviétique Leonid G. Raisky qui avait traité avec trop de bienveil­lance De Leon, dans son essai : Daniel De Leon. The Struggle Against Oportunism in The American Labor Movement, essai publié d’ailleurs quatre ans auparavant dans Communist, revue théorique du parti communiste des États-Unis [52]. Avec le même jugement a priori De Leon a été condamné par d’autres groupes de la gauche américaine [53] et son influence politique actuelle paraît être circonscrite plus au débat entre historiens qu’aux choix poli­tiques des mouvements de la gauche américaine.

Comme l’écrivait en 1957 Hal Simon, responsable de la section syndicale du parti communiste améri­cain, De Leon est désormais considéré comme un « chien mort » :

« Ressortir aujourd’hui l’approbation de Lénine en 1920 pour la phrase de De Leon qui définissait les dirigeants syndicaux comme « les lieutenants des capitalistes dans les rangs du mouvement ouvrier » et venir la présenter comme une directive fonda­mentale pour la tactique et la stratégie syndicales aux U.S.A., est tout autre qu’utile. Certains petits changements, de ceux que Lénine pensait qu’on devait toujours avoir présent à l’esprit, sont inter­venus. Sinon nous ferions en 1957 du «De Leo­nisme » et nous ne serions pas du tout léninistes [54]. »

On peut voir clairement les limites de l’œuvre de De Leon en partant de cet exposé. Sa position est trop souvent plus polémique et journalistique que scientifique (font défaut, dans sa production, des ouvrages qui portent la véritable marque du philo­sophe). De même son adhésion au marxisme est parfois plus dogmatique que critique : son intuition très heureuse sur la spécificité de la situation amé­ricaine par rapport à celle européenne reste limitée, sans être malheureusement approfondie, à une prise de position isolée. Comparé surtout à nombre de ses adversaires du Socialist Party, est indéniable sa personnalité d’homme politique, c’est-à-dire de leader capable de voir simultanément les aspects théoriques et pratiques des problèmes qu’il affronte. Mais la capacité de distinguer, de façon cohérente, entre tactique et stratégie lui fait défaut, c’est ainsi qu’il est conduit à des heurts continuels et souvent stériles avec ses antagonistes situés sur des positions plus à droite ou plus à gauche. De Leon ne réussit pas non plus à résoudre avec cohérence le contraste entre le socialisme orthodoxe et l’anarcho-syndicalisme. On dirait qu’il oppose, selon les conditions contingentes, les deux éléments l’un contre l’autre, tantôt sur la praxis révolutionnaire de la classe ouvrière pour combattre le révisionnisme socialiste, tantôt réévaluant la structure du parti politique et l’importance des institutions démocratiques (les élec­tions, la participation à la vie parlementaire) pour combattre l’extrémisme des Industrial Workers of the World. Mais en définitive, il ne résulte pas, de l’ensemble de son activité, un modèle nouveau de marxisme révolutionnaire, comme le formuleront, de diverses façons, les leaders du mouvement ouvrier européen.

Aussi l’œuvre de De Leon demeure-t-elle partielle­ment dépassée par rapport à celle de Lénine, Trotsky, Rosa Luxemburg, Gramsci.

Traduction française de Antonina Sparta

NOTES

1. On comparera, à propos de cet aspect littéraire,, les exaltations de The Industrial Workers of the World qui sont le fait d’écrivains comme Jack London, John Reed, Max Eastman, John Dos Passos, avec l’attitude scientifico-critique d’historiens comme James Weinsteîn. Cf. James Weiristein, The decline of Socialism in America, 1912-1925, New York, 1967, p. 1.
2. Cf. la lettre du 8 février 1890 de F. Engels à F. Sorge, in Karl Marx and Friedrich Engels; Selected Correspon­dent, New York. 1942, p. 461-462 (voir aussi in MEW, vol. 37, p. 352-355). Du reste Engels écrit à Sorge (lettre du 7 octobre 1893) qu’il a vu à Zurich, De Leon et Sanial, lesquels ne lui ont pas fait une grosse impression. Cf. Karl Marx et F. Engels, Letters to Americans; 1894-1895, edited by Alexander Trachtenberg, New York, 1953, p. 256 (ou in MEW, vol. 39, p. 133). A propos du SLP, cf. H. Quint, The forging of American Socialism, Columbia, South Carolina, 1953; A. Sartorius von Waltershausen, Der moderne Socialismus in den Vereinigten Staaten von Amerika, Berlin, 1890; W. J. Kerby, Le socialisme aux Etats-Unis, Bruxelles, 1897.
3. Paul Buhle, American Marxism, texte dactylographié, rapport présenté à la First « Telos » International Confé­rence, «The new marxism», October 8-11, 1970, p. 3.
4. Proceedings, Ninth Convention, 1896, p. 30.
5. Samuel Gompers, Seventy years of Life and Labor, revised and edited by Taft and J. A. Sessions, New York, p. 214-15. De façon analogue le socialiste modéré Herbert N. Casson, dans un de ses ouvrages dédié à l’AFL identifie le « socialisme », dans l’acception raisonnable du terme, avec « l’esprit américain » démocratique qui a, pour ainsi dire vérifié l’égalité des citoyens. Casson se réfère au livre de Thomas Skidmore The rights of Man to Property et il commente « le socialisme n’est pas du tout un produit allemand ou français. Il a été présenté comme une propo­sition concernant le sens commun des affaires en Amérique, alors qu’il était traité, en France, comme un idéal social imaginaire bien avant d’être élaboré en une rigoureuse philosophie économique en Allemagne. On peut dire aussi que la consolidation de l’industrie, fondement et condition nécessaire du socialisme, n’est encore, en Europe, qu’une théorie ou une plate-forme poli­tique, alors que c’est le fait le plus marquant aux Etats-Unis ». Herbert N. Casson, Organized Self Help, New York, 1901, p. 143.
6. Daniel De Leon, Reform or Revolution (26 janvier 1906), New York, 1932.
7. Daniel De Leon, Reform or Révolution, op. cit., p. 2.
8. Daniel De Leon, What means this strike? (11 février 1898), New York, 1913;
9. Daniel De Leon, Reform or Révolution, op. cit., p. 10.
10. Daniel De Leon, Marxian science and the Colleges, New York, 1932, p. 26.
11. Daniel De Leon, The ballot and the class struggle, New York, 1935, p. 12. Sur les limites de De Leon en tant que théoricien, on peut voir les observations critiques de Paul Buhle, Intellectuals in the Debsian Socialist Party, in Radical America, a. IV, 1970, n" 3, p. 36; Debsian Socialism and the new immigrant Worker, texte dactylo­graphié.
12. Daniel De Leon, The ballot and the class struggle, op. cit., p. 8.
13. Daniel De Leon, Abolition of Poverty. Socialist Versus Ultramontane Economics and Politics, New York, 1935, p. 31.
14. Cf. John Laslett, Labor and the Left. A Study of Socialist and radical influences in the American Labor Movement, New York and London, 1970, p. 19.
15. Morris Hillquit, Loose Leaves from a busy life, New York, Rand School Press, 1934, p. 46. Même un radical comme Louis Fraina, qui avait été journaliste du People accusait de jésuitisme l’attitude de De Leon; Louis Fraina, De Leon, in The new review, a. II, 1914, n° 7, p. 391.
16. Cit. en Howard H. Quint, American Socialism and the Spanish American War, in American Quarterly, a. X, 1958, p. 134-37.
17. Daniel De Leon, in The People, 26 juin 1898; Thorstein Verblen, The theory of business Entreprise, New York and London, s.d. p. 120.
18. Daniel De Leon, Reform or Revolution, op. cit., p. 10; Letter Box (To « S » Meriden, Conn.) in the People, 9 juillet 1899, p. 3; Letter Box (To T.I.T, Buffalo, N.Y) in the People, 7 janvier 1900, p. 5.
19. De Leon jugeait défavorablement l’union des marxis­tes et des lassalliens dans la social-démocratie allemande, car « la fusion implique toujours un abandon des principes ». Cf. Daniel De Leon, in Daily People, 7 janvier 1900 et Did Marx Err?, in Daily People, 9 juillet 1911. De Leon considérait qu’il valait mieux pour le parti allemand se diviser en deux, un parti socialiste plus radical et un parti bourgeois progressiste.
20. Daniel De Leon, Flashlights of the Amsterdam Congress, New York, 1906, p. 196. Sur les congrès de Paris et d’Amsterdam, cf. G. D. H. Cole, (A history of socialist thought) Storia del pensiero socialista. La seconda Internazionale 1889-1914, Bari, 1968, première partie  p. 50-76. De Leon participa aux congrès suivants de l’Internationale : Zurich (1893), Amsterdam (1904), Stockholm (1907), Copen­hague (1910). A Copenhague, le représentant socialiste Morris Hillquit manoeuvra afin que De Leon perdît son siège au Bureau socialiste International, mais il échoua.
21. Daniel De Leon, Flashlights of the Amsterdam Congress, op. cit., p. 201.
22. Daniel De Leon, note p. 372 d’August Bebel, Woman under Socialism, New York, 1904.
23. Cf. V.I. Lénine, Œuvres Complètes, Editions sociales, Paris, 1959, tome 36, 1900-1923, Lettres, p. 545.
24. Daniel De Leon, Two Pages from Roman History, New York, 1935, p. 46.
25. Daniel De Leon, The burning question of Trades Unionism, New York, 1934, p. 37-43 et 11-12. Le carac­tère typique des critiques de De Leon contre les « unions officers » est relevé aussi par Robert Michels, Les partis politiques, Paris, Flammarion, 1971, p. 224, 225, 226.
26. Pour les comparaisons De Leon-Lénine, cf. Antonio Gramsci in L’Ordine nuovo, a. II, 1920, n° 12 et n° 14 (maintenant in L’Ordine nuovo, Torino, 1954, p. 152) et Sidney Hook, Towards the understanding of Karl Marx, New York, 1933, p. 309.
27.Paul F. Brissenden, The IWW, A study of American Syndicalism, New York, 1919, p. 53.
28. Don K. Mac Kee, Daniel De Leon: A reappraisal, in Labor History, a. I, 1960, n° 1, p. 286-87.
29. Manifesto, in Rebel Voices. An IWW Anthology, par Joyeel Kornbluh, Ann Arbor, 1964, p. 7-9.
30. Ernest Untermann, in The Voice of Labor, mai 1905, p. 8-10.
31. Préambule (as adopted by the 1905 IWW Convention), in Rebel Voices, op. cit., p. 12.
32. Par la suite De Leon eut l’occasion d’affirmer : « Ayant face à face deux partis socialistes rivaux l’IWW, en 1905, était confronté non à une théorie, mais à une circonstance. Le préambule de l’IWW répondait à (cette) circonstance (…).» Daniel De Leon, France and America (Editorial), in Weekly People, 13 avril 1912, p. 4. Il faut noter que, alors que l’introduction du concept; de lutte politique irrita l’anarchiste Hagerty qui y voyait un expédient électoral, le fait de n’être affilié à aucun parti fut sévèrement critiqué par le socialiste Simons.
33. Proceedings, First IWW Convention, New York, p.227.
34. Daniel De Leon, Socialist Reconstruction of Society, New York, 1930, p. 52-57.
35.Daniel De Leon, Socialist Reconstruction of Society, op. cit., p. 46.
36. Daniel De Leon, Socialist Reconstruction of Society, op. cit., p. 47.
37. Cit. par A. Petersen, dans la préface à Socialist Reconstruction of Society, op. cit., p. 6.
38. Eugène V. Debs, The Corning Labor Union, in Miner’s Magazine, a. VII, 26 octobre 1905, n° 122, p. 13; The Socialist Party and the Trade Unions, in the Worker, 28 juillet 1906 ou aussi Miner’s Magazine, 30 août 1906, p. 9. A propos de l’opposition des socialistes à la stratégie syndicale de De Leon, dès l’époque de la Socialist Trade and Labor Alliance, cf. N. I. Stone, The attitude of the Socialists towards the Trade Unions; An adress given at the Rochester Unity Convention, March 28, 1900, New York, 1900. La polémique de Stone, ex-membre du SLP, favorable à une politique commune des socialistes avec l’AFL, contre le doctrinarisme de De Leon est très vio­lente : « Au fanatique intransigeant qui conçoit le socia­lisme comme une panacée sortie du fertile cerveau de son maître, qui ne voit devant lui rien d’autre que son « idée fixe », qui est aveugle et sourd à la vie et à sa réalité; qui croit que tout ce qui ne s’adapte pas à ses conceptions doit être annulé ou effacé, à celui-là les syndicats apparaî­tront sous une lumière différente » (ibid, p. 1). Dans le débat avec le socialiste Job Harriman, le 25 novembre 1900, De Leon avait soutenu que les syndicats comme l’ÀFL doivent être « brisés de l’extérieur » : A Debate on the Tactics of the ST and la Toward Trade Unions between Daniel De Leon and Job Harriman, New Haven Conn., Nov. 25, 1900. Comparer avec Morris Hillquit, History of Socialism in the United States (5° édition), New York, 1965, p. 337.
39.Le discours de De Leon est rapporté par Rudolph Katz, With De Leon since 89, in Daniel De Leon. The Man and his work, a symposium, New York, 1969, p. 131-41.
40. Daniel De Leon, As to Politics, New York, 1935, p. 17.
41.Daniel De Leon, As to Politics, op. cit., p. 50. A ce sujet cf. aussi Melvyn Dubofsky, We shall be ail. The History of the Industrial Workers of the World, Chicago, 1969; Philips Foner, History of Labor Movement in the United States, vol. 4. The Industrial Workers of the World, 1905-1917, New York, 1965.
425. Patrick Renskaw, Il sindicalismo rivoluzionario negli Stati Uniti, Bari, 1970, p. 71. Ed. américaine, The Wobblies, The story of syndicalism in the United States, 1 st. éd. Gardon City, N. Y. Doubleday, 1967.
43. Cf. Rudolf Katz, With De Leon since 89, op. cit., p. 150-51.
44. Cf. Daniel De Leon, The Intellectuel against the Worker, in Industrial Union Bulletin, 10 octobre 1908, p. 1-2, cf. la réponse de Vincent St John, The worker against the intellectual (ibidem).
45. L’historien Paul F. Brissenden a ainsi schématisé l’évolution des IWW de 1905 à 1917: 1905: Sherman.. De Leon… St John ou Haywood… Trautmann. 1906: De Leon… St John… Trautman. 1908: I Fidèles de De Leon (SLP ou IWW de Détroit),  II Groupe St John-Trautmann (IWW de Chicago ou « Bum-1917 mery»). 1917: I Groupe De Leon-Trautmann (The Worker’s International (IWW) Union), II Groupe St John-Haywood (IWW). (d’après P. F. Brissenden, The IWW. A Study of American Syndicalism, op. cit., p. 219-220).
46. Daniel De Leon, The intellectual, in Daily People, 19 mars 1905, repris in Industrial Unionism, New York, 1920, p. 22.
47. Preambule and Constitution of the Industrial Workers of the World, amended to 1908, in Rebel Voices, op. cit., p. 12-13.
48. Daniel De Leon, A propos of « Direct Action », in Daily People, 2 avril 1913, repris in Industrial Unionism, op. cit., p. 51.
49. Daniel De Leon, Haywoodism and Industrialism, in Daily People, 13 avril 1913, repris in Industrial Unionism, op. cit., p. 71-79. Pour le jugement défavorable de Haywood sur De Leon, cf. William D. Haywood, Bill, Haywood’s book, New York, 1929, pp. 220-22 et 278-79. Les trente-sept membres du parti socialiste qui protestèrent contre l’expul­sion de Haywood du comité exécutif, parmi lesquels il y avait des représentants connus comme Louis B. Boudin, William English Walling et Max Eastman, profitèrent de l’occasion pour condamner dans leur Resolution of Protest le dogmatisme orthodoxe de De Leon et sa « chasse aux hérésies». Cf. le New York Call, 4 janvier 1913.
50. Thorstein Veblen, Les ingénieurs et le capitalisme, Gordon et Breach, Publications Gramma, Londres-Paris,1971, p. 2.
51. Daniel De Leon, Revolutionary Socialism in US Congress, New York Labor News CO. 1935, p. 64. La polé­mique pleine d’ironie de De Leon contre le quotidien de Berger, le Milwaukee Leader, modestement défini comme le « plus grand quotidien socialiste de langue anglaise au monde » est rapportée par Arnold Petersen, Daniel De Leon; Pioneer Socialist Editor, New York, 1931, p. 28-29.
52. Walter Burke, De Leonism in the light of Marxism-Leninism, in The Communist, a. XII, 1934, p. 302-10; n° 4, pp. 405-16. L’ouvrage de Leonid G. Raisky, Daniel De Leon: The struggle against opportunism in the American Labor Movement est réédité par la New York Labor News Co, 1932. Les écrits de Arnold Petersen sur De Leon sont réédités in Daniel De Leon : Social Architect, New York, 2 vol. 1941 et 1953.
53. Cf. entre autres K, Svanum, Daniel De Leon, in International Council Correspondance, a. I, 1935, n° 6, p. 1-4.
54. Hal Simon, Per un mutamento radicale nella politica sindacale del PC, in Il XVI congresso dei comunisti americani, Milano, 1958, p. 80-81. Le passage de Lénine auquel Simon fait allusion se trouve dans La maladie infantile du communisme, « le gauchisme », Paris, E.S., p. 102, 1968.


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