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Les idiots utiles à la confusion

9 septembre 2011

Extrait de Extrême droite, extrême gauche : Les artisans de la confusion (Ni Patrie Ni Frontières N° 36-37, à paraître le 25 septembre):

La pater­nité de l’expres­sion « idiots utiles » est géné­ra­lement attri­buée à Lénine, sans que l’on cite jamais l’arti­cle, ou le livre, où se trou­ve­rait cette expres­sion sous la plume du diri­geant bol­che­vik. Elle désigne ici des indi­vi­dus ou des grou­pes qui se déc­larent géné­ra­lement de gauche mais qui, plus que par leur « idio­tie » (cer­tains sont intel­li­gents), se révèlent sur­tout utiles pour leurs adver­sai­res. Si leur sincérité n’est le plus sou­vent pas en cause, leur luci­dité poli­ti­que est sans conteste nulle. Mais ils peu­vent à tout ins­tant rejoin­dre défi­ni­ti­vement le camp de la réaction…

Bricmont, Jean  : cet ami de Chomsky milite pour la libé­ration du négati­onn­iste Reynouard et la liberté d’expres­sion de Dieudonné. Mais qui ne s’est pré­occupé ni de la « liberté d’expres­sion » de Jean-Marc Rouillan, remis en prison suite à une inter­view, ni de la fer­me­ture du site Internet de l’Action anti­fas­ciste par l’avocat de P.-E. Blanrue et Faurisson… Une posi­tion tota­le­ment incohér­ente, donc, sans comp­ter qu’elle est absurde quant au fond (cf. le texte de Luftmenschen « Contre la liberté d’expres­sion », dans notre compil’ n°6).

Auteur de ces lignes repro­dui­tes sur le site fas­ciste voxnr (« La dés­io­ni­sation de la men­ta­lité amé­ric­aine » – rien que le titre de ce texte ne peut que réjouir les par­ti­sans de la théorie du ZOG, com­plot sio­niste mon­dial) : « Il y a essen­tiel­le­ment deux argu­ments qui ont jus­ti­fié la création de l’État d’Israël en Palestine : l’un est que Dieu a donné cette terre aux Juifs, et l’autre est l’Holocauste. Le pre­mier est extrê­mement insul­tant pour des gens qui sont pro­fondément reli­gieux, ce qui est le cas de la majo­rité des Arabes, mais qui ont une croyance différ­ente. En ce qui concerne le deuxième argu­ment, cela équivaut à faire payer un crime à des gens qui ne l’ont pas commis. Ces deux argu­ments sont pro­fondément racis­tes, car ils revien­nent à affir­mer qu’il est juste que les Juifs, et eux seuls, puis­sent établir en Palestine leur État, alors que celui-ci serait de toute évid­ence arabe, comme la Jordanie ou le Liban, sans la lente inva­sion sio­niste. »

M. Bricmont ne trouve pas « insul­tant » et « raciste » pour les athées et non-croyants, ou les fidèles d’autres reli­gions, qu’il existe des Etats « isla­mi­ques » ou « musul­mans ». Rappelons quand même que 57 Etats sont mem­bres de l’Organisation de la Conférence isla­mi­que. Pour qu’un Etat appar­tienne à l’OCI il faut que la majo­rité de sa popu­la­tion soit musul­mane (ce qui sup­pose donc un contrôle de la féc­ondité des femmes non musul­ma­nes, ou bien l’épu­ration démog­rap­hico-reli­gieuse en cas de déséq­ui­libre démog­rap­hique…). Les « rois et les chefs d’Etat » de l’OCI, « guidés par les nobles valeurs isla­mi­ques », doi­vent « déf­endre l’uni­ver­sa­lité de la reli­gion isla­mi­que ». Mais tout cela est normal pour M. Bricmont qui pense, comme tous les natio­na­lis­tes (qu’ils soient isla­mis­tes, répub­licains ou fas­cis­tes), que « Ein Reich, ein Volk, ein Führer » ou « Une Terre, un Peuple, un Dieu » soit un modèle.

Enfin, il est par­ti­cu­liè­rement cra­pu­leux d’affir­mer, comme Bricmont, que l’idée de créer une terre d’accueil pour les res­capés du judéo­cide serait en soi… « raciste » ! Ce qui peut être (et est effec­ti­ve­ment) raciste, ce sont les dis­cri­mi­na­tions mises en place sur cette terre d’accueil par les gou­ver­ne­ments israéliens, mais cer­tai­ne­ment pas la référ­ence au judéo­cide, que Bricmont appelle bizar­re­ment « l’Holocauste », terme reli­gieux qui évoque les sacri­fi­ces dans la Bible…

Dénonçant « l’impér­ial­isme huma­ni­taire » en mars 2011, Bricmont s’aligne sur Chavez, le copain de Kadhafi, et pro­pose une mis­sion de conci­lia­tion entre le régime et les « rebel­les ». Ce savan­tis­sime pro­fes­seur ne s’était pas encore rendu compte, tout comme son cher colo­nel vénézuélien, que le régime libyen était une dic­ta­ture et il déploie dés­ormais tous ses efforts pour lui sauver la mise ou lui ménager une sortie hono­ra­ble…

C’est ce qu’il appelle « faire de la poli­ti­que ».

CAPJPO : groupe anti­sio­niste créé en 2002 qui prés­enta une liste (Europalestine) avec Dieudonné en juin 2004 et le sou­tint lors de son procès en avril 2004 (suite à son sketch de déc­embre 2003 sur un colon israélien qui fai­sait le salut nazi et déc­larait : « Je me suis converti au fon­da­men­ta­lisme sio­niste pour des rai­sons pro­fes­sion­nel­les, euh poli­ti­ques », allu­sion très claire à une prét­endue main­mise des Juifs sur le milieu du show busi­ness).

Plusieurs arti­cles déf­en­dirent Dieudonné sur le site de la CAPJPO et deux de ses représ­entants tém­oignèrent à son procès : « Nicolas Shahshahani a pour sa part tém­oigné que le per­son­nage de Juif reli­gieux, mili­ta­riste et fana­ti­que, campé par Dieudonné dans son sketch, cor­res­pond à une réalité incontes­ta­ble. "Oui, il y a bien, en Israël et plus encore dans les colo­nies juives implantées dans les ter­ri­toi­res pales­ti­niens occupés, des mil­liers de fana­ti­ques, obsédés par leur racisme anti-arabe, se réc­lamant publi­que­ment de l’axe "amé­ri­cano-sio­niste" cité par Dieudonné, et que le défunt grand phi­lo­so­phe israélien Yeshyahou Leibowitz qua­li­fiait de " judéo-nazis ". » « Olivia Zémor, éga­lement d’ori­gine juive, a sou­li­gné que le racisme anti-Arabes est prégnant dans l’édu­cation dis­pensée aux Israéliens, et qu’il est éga­lement rép­andu chez un cer­tain nombre de juifs “com­mu­nau­ta­ris­tes” comme M. Roger Cukierman, pré­sident du CRIF, qui se per­met­tait de déc­larer au len­de­main du pre­mier tour des élections pré­sid­enti­elles, en 2002 :"Le score de Jean-Marie Le Pen est un mes­sage aux musul­mans, leur indi­quant de se tenir tran­quilles", propos qui n’ont fait l’objet d’aucune pour­suite judi­ciaire. »

Ces deux ani­ma­teurs de la CAPJPO invo­quèrent tous deux leurs ori­gi­nes juives et celles d’un phi­lo­so­phe israélien (Yeshaou Leibowitz, dont ils oublient de dire qu’il était pour un Etat israélien laïque) pour jus­ti­fier un parallèle absurde entre les Israéliens et les nazis. Cela montre que ces deux ex-mili­tants trots­kys­tes n’ont pas retenu grand-chose de leur long pas­sage à Lutte ouvrière : si toutes les armées colo­nia­les ou néo­co­lon­iales de la planète sont « nazies », on se demande ce qu’attend la CAPJPO pour dén­oncer les « Franco-nazis » actuels qui opèrent en Afghanistan, en Côte-d’Ivoire, au Tchad, etc., sous les cou­leurs du dra­peau bleu-blanc-rouge. Courageux mais pas témér­aires, nos anti­sio­nis­tes, dans leurs com­pa­rai­sons poli­ti­ques ! Dans le cas du conflit israélo-pales­ti­nien, ce type de propos ne peut servir que les anti­sio­nis­tes-antisé­mites, de gauche comme de droite.

Ajoutons que ces mili­tants de la CAPJPO man­quent sin­gu­liè­rement de flair poli­ti­que puisqu’ils ont été sur­pris par l’évo­lution antisé­mite de Dieudonné. Ils devaient quand même en avoir perçu quel­ques signes annon­cia­teurs puis­que, dans un com­mu­ni­qué d’octo­bre 2004, ils écri­virent : « Nous sommes désolés que Dieudonné pré­fère la fréqu­en­tation des Alain Soral et Ginette Skandrani à celle d’Euro-Palestine, fréqu­en­tations qui nous pesaient par­ti­cu­liè­rement comme nous le lui avions fait savoir à plu­sieurs repri­ses ». S’ils avaient été moins oppor­tu­nis­tes (moins en quête de noto­riété méd­ia­tique grâce à leur ami Dieudonné) ils se seraient aussi sou­venu d’une émission chez Ardisson en 2002, soit deux ans aupa­ra­vant, où Dieudonné avait déjà déclaré (ou confirmé) des déc­la­rations qu’il avait tenues dans différents jour­naux : « l’antisé­mit­isme n’existe pas », « juif c’est un concept vir­tuel », « qui est juif ou qui ne l’est pas, je m’en fous, je ne me suis jamais posé la ques­tion », etc. Evidemment, tout cela au nom de l’idée que les êtres humains seraient, à ses yeux, tous pareils. Cela n’alerta pas le moins du monde ses amis « anti­sio­nis­tes » de gauche.

Il faut dire qu’ils n’ont pas su non plus déceler la nature antisé­mite du livre de Paul-Emile Blanrue sur Sarkozy, Israël et les Juifs qu’ils dif­fu­saient dans la librai­rie Résistances. Pas plus qu’ils ne savaient que l’avocat de Blanrue, John Bastardi, était celui de R. Faurisson et qu’ils ont laissé ce « baveux » pren­dre la parole lors d’une réunion devant leur local après qu’il eut été van­da­lisé par un com­mando de l’extrême droite juive. Tant d’inca­pa­cité à dét­ecter les dis­cours et les écrits antisé­mites devrait les inci­ter à une petite remise à niveau poli­ti­que voire à une dé(anti)sio­ni­sa­tion (excuse my French ) [*]…

Chossudovsky, Michel  : ani­ma­teur du site mon­dia­li­sa­tion.ca (cf. l’arti­cle des Luftmenschen dans ce numéro) et pote de Thierry Meyssan. Conspirationniste.

Collon, Michel : jour­na­liste tiers­mon­diste, anti­sio­niste qui uti­lise les mêmes argu­ments que l’extrême droite (« L’Etat israélien est l’Etat le plus raciste du monde » qui place « les Palestiniens dans des camps de concen­tra­tion », cf. l’émission « Ce soir ou jamais » de déc­embre 2008 sur dai­ly­mo­tion) et n’hésite pas à par­ti­ci­per à des réunions où sont invités des mili­tants d’extrême droite (Axis for peace). Son livre est publié dans la même maison d’édition (Oser dire) que Sarkozy, Israël et les Juifs de Paul-Emile Blanrue et Le Pin et l’Olivier d’Israël Shamir.

Ce néos­ta­linien est l’ami d’Olivier Mukuna grand déf­enseur de Dieudonné ; pro­cha­viste, il est considéré comme une référ­ence séri­euse dans les milieux alter­mon­dia­lis­tes et fréqu­ente les pla­teaux de télé­vision en France. Parmi les grands éman­ci­pateurs de la femme arabe, il a cité (sans rire) l’Irakien Saddam Hussein et l’Afghan Najibullah (sou­tenu par les Soviétiques), dans une émission du 23 mars 2011.

Au nom d’une cri­ti­que des « média-men­son­ges » et de la dén­onc­iation des inter­ven­tions mili­tai­res des gran­des puis­san­ces, il blan­chit les régimes natio­na­lis­tes du Sud sans tenir compte de l’oppres­sion et de l’exploi­ta­tion qu’ils font régner sur leurs peu­ples, et sans jamais men­tion­ner l’exis­tence d’oppo­si­tions révo­luti­onn­aires à ces régimes. Vanessa Stojilkovic, dans une inter­view réalisée par Michel Collon à propos de son film sur Chavez, affirme que ce der­nier aurait « vrai­ment redonné un sens à la rela­tion peuple-Etat ». Sans le savoir, cette dame nous res­sert le modèle poli­ti­que que prônait le fas­ciste Norberto Ceresole quand il évoquait la rela­tion Caudillo-Armée-Peuple à propos du colo­nel vénézuélien dont il fut tem­po­rai­re­ment le mentor.

Et, le 11 juin 2011, Collon a publié une inter­view de Jacques Vergès inti­tulée : « En Syrie, il faut déf­endre l’Etat actuel ! » Ce qu’il y a d’épatant avec le déf­enseur zélé de Klaus Barbie (Vergès), c’est qu’il parle cash, lui au moins. Et que Michel Collon, lui, juge pru­dent de se taire après de tels propos. On ignore donc s’il les approuve ou pas. Au nom de l’anti-impér­ial­isme sans doute ? Ou peut-être juge-t-il que Assad a aussi ins­tauré un « Etat-pro­vi­dence » en Syrie comme, selon lui, Kadhafi en Libye ?

Finkelstein, Norman  : auteur d’un pam­phlet (L’Industrie de l’Holocauste) contre les avo­cats amé­ricains qui déf­endent les Juifs vic­ti­mes de l’Holocauste. Une partie de ses argu­ments sont régul­ièrement repris par les fas­cis­tes et les négati­onn­istes, ce qui est injuste pour l’auteur, et en même temps mérité, vu la légèreté incroya­ble de son argu­men­ta­tion.

Grand Soir, Le : « jour­nal mili­tant d’infor­ma­tion alter­na­tive » créé en 2002. Défend des posi­tions pro­cas­tris­tes et cha­vis­tes. Dénoncé comme « rouge-brun », suite à une polé­mique avec le site Article XI, Le Grand Soir a établi une comp­ta­bi­lité pré­cise (que nous sup­po­sons exacte) des auteurs « dou­teux » (Jean Bricmont, Ginette Hess-Skandrani, Michel Chossudovski, Michel Collon, Paul-Eric Blanrue, Silvia Cattori, Thierry Meyssan, Yahia Gouasmi) qu’il a publiés. Il a abouti au rés­ultat sui­vant : moins d’un pour cent des arti­cles publiés méri­teraient la volée de bois vert admi­nis­trée par une jour­na­liste d’ACRIMED.

Il est donc dif­fi­cile d’accu­ser Le Grand Soir d’être sym­pa­thi­sant de l’extrême droite comme la rumeur sur Internet l’en accuse : c’est plutôt un site anti-impér­ial­iste réacti­onn­aire : il suffit de par­cou­rir les titres des 120 arti­cles de Vivas (l’un des deux res­pon­sa­bles avec Viktor Dedaj) publiés pour voir qu’il passe l’essen­tiel de son énergie à déf­endre la vision géo­po­li­tique sta­lino-sovié­tique clas­si­que remisée au goût alter­mon­dia­liste du jour : il n’y a qu’un seul impér­ial­isme (l’impér­ial­isme amé­ricain) et sa tête de pont au Moyen-Orient, Israël. Pas étonnant que Le Grand Soir dét­este « les gau­chis­tes », pas étonnant qu’il se réc­lame du pro­gramme du Conseil natio­nal de la Résistance en tai­sant com­ment les ouvriers ont dû marner pour recons­truire le capi­ta­lisme français quand le PCF considérait que la grève était « l’arme des trusts », etc., jusqu’à ce que la grève des ouvriers de Renault oblige les minis­tres com­mu­nis­tes à quit­ter le gou­ver­ne­ment.

Si l’on consulte les titres et les auteurs des 80 arti­cles consa­crés à la crise éco­no­mique, on voit que ce site a une vision réf­or­mat­rice du capi­ta­lisme, tout à fait conforme à la pensée alter­mon­dia­liste keynési­enne domi­nante. Il se caracté­rise éga­lement par un anti­sio­nisme radi­cal (ce qui n’est pas un défaut) sans la moin­dre cri­ti­que vis-à-vis du Hamas (ce qui est net­te­ment plus grave mais assez pré­vi­sible). Les posi­tions les plus dou­teu­ses et cri­ti­qua­bles se trou­vent dans les com­men­tai­res placés à la suite des arti­cles : ils tra­dui­sent l’état d’esprit des inter­nau­tes qui apprécient ce média ou qui le para­si­tent (les mili­tants d’extrême droite aiment se glis­ser dans les dis­cus­sions sur les sites alter­mon­dia­lis­tes en essayant de faire passer leur pro­pa­gande de façon déguisée). C’est à ce titre que, jusqu’à plus ample informé (nous n’avons pas lu les 6 000 arti­cles de ce site pour faire cette note), Le Grand Soir est placé dans la rubri­que des Idiots utiles à la confu­sion…

Lacroix-Riz Annie : his­to­rienne sta­li­nienne, l’une des fon­da­tri­ces du PRCF (Pôle de renais­sance com­mu­niste en France) fréqu­emment invitée sur…Radio Libertaire mais qui n’hésite pas aussi à causer chez les antisé­mites cons­pi­ra­tion­nis­tes de Jacques Cheminade, au Local du fas­ciste Serge Ayoub et dans des confér­ences inter­na­tio­na­les com­mu­nes aux médias d’extrême droite et à ceux d’Etats comme la Russie, l’Iran et le Vénézuela (Axis for Peace).

Primitivi.org  : « relais d’infos sud-amé­ric­aines, relais des médias libres français, infor­ma­tions alter­na­ti­ves mar­seillai­ses ». Ce site héb­erge des arti­cles en faveur des régimes de Chavez et Morales, ce qui ne nous sur­prend pas. Un site qui s’intér­es­serait aux luttes de classe sur le conti­nent latino-amé­ricain n’aurait guère de succès chez les gau­chis­tes tiers­mon­dis­tes et néos­ta­liniens ou auprès des alter­mon­dia­lis­tes réf­orma­rds. Dans ses liens, on trouve donc les ingrédients habi­tuels de la salade de la confu­sion : CQFD (gauche radi­cale), RESF (huma­ni­tai­res de gauche), Le Monde diplo­ma­ti­que (tiers­mon­dain et sou­ve­rai­niste), Article 11 (anti­fas­ciste), mais aussi alte­rin­fos (tiers­mon­diste réacti­onn­aire) et le Grand Soir (néos­ta­linien, natio­na­liste de gauche)… Et deux arti­cles du Réseau Voltaire (cons­pi­ra­tion­niste). Un petit débat s’est engagé à la suite des der­niers délires de Meyssan en faveur de Kadhafi après sa chute, mais rien de plus…

Ramadan, Tariq : Dans un texte paru sur son blog le mardi 14 avril 2009, ce grand ami des alter­mon­dia­lis­tes défend sur son blog l’antisé­mite Dieudonné en ces termes : « J’ai déf­endu, et je conti­nue­rai à déf­endre, le droit de Dieudonné à s’expri­mer. En 2005, j’ai dit et répété publi­que­ment que l’on ne pou­vait pas accu­ser Dieudonné d’antisé­mit­isme alors que, procès après procès, il était blan­chi de ces accu­sa­tions. » Donc si l’on suit Ramadan et sa confiance dans la jus­tice, toutes les per­son­nes accusées d’« isla­mo­pho­bie », ou de racisme anti-Arabes et anti-Africains, et qui ont été « blan­chies » ont été injus­te­ment accusées ?

Tariq Ramadan est par­fai­te­ment capa­ble de dén­oncer « un dis­cours antisé­mite qui cher­che à tirer sa légi­timité de cer­tains textes de la tra­di­tion musul­mane » ; les « intel­lec­tuels ou les imams qui, à chaque écueil, au détour de chaque revers poli­ti­que, voient la main mani­pu­la­trice du “lobby juif” » ; les « faus­ses rumeurs sur les 4000 juifs qui ne se seraient pas présentés à leur poste, le matin des atta­ques contre le World Trade Center » et il ne craint pas d’affir­mer : « L’antisé­mit­isme ne se jus­ti­fie jamais. » A priori, Ramadan aurait donc les idées très clai­res sur ce sujet.

Mais dans Les musul­mans d’Occident et l’avenir de l’islam, il tient des propos beau­coup plus ambi­gus : « D’aucuns pro­po­sent aux musul­mans de pren­dre exem­ple sur les juifs aux Etats-Unis. »

On se demande qui est ce mystérieux « d’aucuns », bien com­mode pour dis­ser­ter sur le mythi­que lobby juif amé­ricain, objet de tous les fan­tas­mes à l’extrême droite et chez les par­ti­sans de la théorie du com­plot. Ramadan « oublie » de nous pré­ciser que ce lobby bien réel n’est pas un lobby seu­le­ment reli­gieux – donc que la com­pa­rai­son avec un éventuel lobby musul­man n’a pas de sens – et qu’il englobe des Américains qui ne sont pas juifs et sou­hai­tent que leur pays entre­tienne des liens étroits avec Israël, pour des rai­sons géo­po­li­tiques évid­entes et pas pour des rai­sons reli­gieu­ses. Sans comp­ter la Droite chréti­enne (fon­da­men­ta­liste et sou­vent antisé­mite) qui sou­tient les gou­ver­ne­ments israéliens car elle pense que, pour que Jésus revienne sur terre, il faut d’abord que tous les juifs soient regroupés en « Terre sainte » ! La ques­tion est donc beau­coup plus com­plexe que feint de le croire Ramadan. Ou alors est-il tout sim­ple­ment igno­rant, comme le sou­li­gne la très com­plai­sante Esther Benbassa, qui pense que le conseiller ès-Islam de Tony Blair, « connaîtrait mal la com­mu­nauté juive » ?

Mais pour­sui­vons notre lec­ture :

« Lobby extrê­mement bien orga­nisé, très présent et influent dans les allées du pou­voir de Washington, il se caracté­rise par une action per­ma­nente soit dans le but de protéger les intérêts de la com­mu­nauté juive, soit dans celui de sou­te­nir l’Etat d’Israël ».

Se ren­dant compte qu’il s’engage sur un ter­rain glis­sant, sur les traces d’une foul­ti­tude d’alter­mon­dia­lis­tes et de gau­chis­tes qui jouent avec le feu, Ramadan ajoute aus­sitôt que « la tra­di­tion du lob­byisme est différ­ente des deux côtés de l’Atlantique ». Ouf, on res­pire ! Mais notre équi­libr­iste vacille de nou­veau en ajou­tant que « chaque culture poli­ti­que natio­nale a dét­erminé une cer­taine façon, pour les différ­entes allége­ances com­mu­nau­tai­res, éco­no­miques ou reli­gieu­ses de faire pres­sion et d’influer sur la vie poli­ti­que du pays ». Et que ces « pra­ti­ques de lob­bying ou des grou­pes de pres­sion » « sont menées dans les pays européens de façon différ­ente, ou sim­ple­ment plus dis­crète ».

« Plus dis­crète », qu’est-ce à dire ? Que veut insi­nuer là notre lettré suisse ? Les insi­nua­tions de Ramadan devien­nent d’autant plus trou­blan­tes qu’il écrit que la « très grande majo­rité des musul­mans » d’Occident n’ont pas « les moyens dont sont riches les com­mu­nautés juives ». Les pét­ro­mon­arques qui dis­tri­buent génér­eu­sement de l’argent en Europe (et qui ont arrosé Sani Ramadan, le père de Tariq, pen­dant près de vingt ans) ont dû bien rigo­ler en lisant ces lignes ! Quant à l’oppo­si­tion entre la pau­vreté des « moyens » dont dis­po­sent la majo­rité des musul­mans européens, et la richesse prét­endue de moyens des Juifs européens, elle nous rap­pelle de très mau­vais sou­ve­nirs, même si ce dis­cours nous est servi en termes très alam­bi­qués.

Résistance71 : Ce site aux appa­ren­ces liber­tai­res « se veut être le réveil- matin (ou la son­nette d’alarme) de notre cons­cience sociale bafouée et assu­jet­tie à la société de consom­ma­tion, arme de des­truc­tion col­lec­tive des libertés indi­vi­duel­les. Résistance pour notre mis­sion de lutter contre la pensée unique si rép­andue de nos jours et lutter contre le néo-fas­cisme glo­ba­liste du Nouvel Ordre Mondial (…). 71 pour la date de la Commune de Paris de 1871, réprimée dans le sang par la République. Commune qui, bien qu’impar­faite et mas­sa­crée dès sa nais­sance, a été et est tou­jours le sym­bole d’un espoir d’éman­ci­pation sociale de l’ensem­ble du genre humain, soli­daire et fra­ter­nel pour qu’enfin la jus­tice se réa­lise dans l’Histoire, déb­arrassée des chaînes de l’exploi­ta­tion. »

Malheureusement cette déc­la­ration d’amour aux com­mu­nards coexiste avec les liens les plus dou­teux (les « sus­pects habi­tuels » : Meyssan, Catori, Collon, Chossudovsky, et des sites comme le Grand Soir), mais aussi avec ceux de la FA, de la CNT, et de quel­ques sites anar­chis­tes. Au nom de la lutte contre la « pensée unique », Résistance 71 orga­nise la confu­sion, fait la part belle aux théories du com­plot, publie et tra­duit des contri­bu­tions qui déf­endent les régimes libyen et syrien, à grand ren­fort de cita­tions anar­chis­tes, de la CNT espa­gnole à Bakounine et Proudhon !

Résistances : librai­rie pari­sienne anti-impér­ial­iste et « anti­sio­niste », créée par deux ex-mili­tants de Lutte Ouvrière, par ailleurs mem­bres de la CAPJPO. Cette librai­rie a sou­tenu la can­di­da­ture Dieudonné sur les listes Europalestine avant de se fâcher avec lui. A invité dans ses murs Gilad Atzmon, musi­cien juif qui tient des dis­cours délirants contre la gauche juive ; Paul-Emile Blanrue, autour d’un livre bourré de sous-enten­dus antisé­mites (Sarkozy et les Juifs) ; et des écrivains cons­pi­ra­tion­nis­tes comme Thierry Meyssan et Webster G. Tarpley.

Suite à l’agres­sion dont ce local avait été vic­time, agres­sion menée par des sio­nis­tes d’extrême droite après que la librai­rie eut accepté d’accueillir le livre de P.-E. Blanrue, ces ani­ma­teurs ont écrit dans une lettre cir­cu­laire : « les agres­sions subies à plu­sieurs repri­ses par la librai­rie Résistances (…) visaient de toute évid­ence à bâillon­ner la déf­ense des droits du peuple pales­ti­nien, mais aussi la contes­ta­tion plus géné­rale de l’idéo­logie du "choc des civi­li­sa­tions", du racisme, ainsi que l’infor­ma­tion régul­ièrement dis­po­ni­ble sur toutes les autres luttes : celles des sans papiers, des peu­ples d’Amérique Latine, d’Afrique noire… ».

On vou­drait les croire mal­heu­reu­se­ment, P.-E. Blanrue se fout comme de ses pre­mières chaus­set­tes des « droits du peuple pales­ti­nien ».

Y.C.

[*] Expression anglo­saxonne employée pour faire passer la pillule lorsqu’on uti­lise un gros mot ou une expres­sion vul­gaire

Capture d'écran sur le site de Michel Collon

Voir aussi:

NPNF N° 36-37 à commander 10€ franco de port à yvescoleman@wanadoo. fr

[Les photos ont été ajoutées par la BS.]

The US military is making Iraqi children sick

28 août 2011

Article de Falah Alwan, président de la Fédération des conseils ouvriers et syndicats en Irak (FWCUI), paru hier sur le site de Workers’ Liberty, qui parle notamment d’une contamination autour d’une base américaine à Haweja, près de Kirkouk, rappelle le soutien de la FWCUI aux insurrections arabes et déclare que "Le gouvernement Maliki soutient Assad dans sa répression de l’insurrection syrienne, mais ce n’est pas surprenant. "

We have a catastrophic situation in Haweeja, near Kirkuk. There is an American munitions training centre in the province and the local people are suffering from living near the weapons testing. 412 children are suffering from radiation sickness. The FWCUI recently participated in a delegation organised by the Organisation for Women’s Freedom in Iraq (OWFI) to meet local residents and discuss the issues. There are hundreds of people with illnesses, including cancer. People cannot afford proper medical treatment; FWCUI and OWFI are demanding that the weapons testing stops, that the site is cleaned up and that people are given access to the medical treatment they need.

Another important issue at the moment is the new harbour Kuwait is building near Iraq shores, Mubarak Port, which is named for the Kuwaiti ruling family. Iraq currently has very limited access to the sea through ports such as Umm Qasr and al-Faw. The new harbour will prevent Iraqi ports from functioning properly and will make sea trade difficult. There have been many demonstrations and protests against the building of the Kuwaiti harbour; workers and other activists have been holding demonstrations to demand construction ceases.

The Kuwaiti government is the main force behind the project but it may be working with others. It will reshape transport and trade in the Gulf and prevent Iraqi from exporting gas. Many countries have interests in controlling sea trade in this area including Qatar, Saudi Arabia and Iran. These countries may not be directly involved but they could benefit from the weakening of Iraq’s sea-trading potential.

According to a member of the workers’ committee in al-Faw, 100,000 jobs in Iraq will be under threat if this harbour goes ahead. Our federation has issued a statement to urge all workers to continue demonstrations and to make this issue central to the mass protest on 9 September.

The government’s privatisation project is also continuing. The government wants to privatise sections of the economy currently organised under the Ministry of Industry, starting with the big companies including textiles. In total there are 69 “companies” threatened with privatisation, which employ around 250,000 workers. The privateers include both foreign and domestic “investors”. The government has consistently used “investment” as a euphemism for privatisation and have attempted to privatise gradually in order to avoid big confrontations with workers. There is already significant foreign “investment” in many Iraqi industries, such as the French company Lafarge which operates cement factories.

The Federation of Workers’ Councils and Unions in Iraq (FWCUI) was looking into holding national conference for workers’ representatives from companies threatened with privatisation and we contacted the AFL-CIO Solidarity Centre to discuss financial support. We’ve since concluded it will be more practical to hold a series of regional conferences, which we plan to do in October 2011.

The Shiwashok oil refinery workers in Erbil ended their strike [which began on 2 August] after promises from management to improve safety, pay remunerations and increase salary. But they were only promises, not concrete agreements. 332 workers were involved in the strike. Workers are worried about losing their jobs if they continue strikes; their contracts are very insecure and the company sees workers as easily replaceable. There are huge numbers of unemployed people ready to take their jobs. There was a similar issue in a strike near Nasiriyah; 40 workers struck to win back pay but the bosses just sacked them. There is no job protection in workers’ contracts.

On the question of the Arab uprisings, FWCUI was absolutely clear from the very start that we supported uprisings and revolutions in Tunisia, Egypt, Syria and Libya. We called for workers to play a central and defining role in each uprising. We have contacts in Egypt and Tunisia, but it’s harder to make contacts in Syria and Libya. Our attitude is very clear.

The Maliki government is supporting Assad in his repression of the Syrian uprising, but that’s unsurprising. Iran supports Assad, so Maliki supports Assad. He doesn’t want to stray too far from Iran’s line. There are rumours of his government giving money to Syria to help Assad put down the uprising.

Falah Alwan en juillet dernier

La voix des sans-papiers N° 5

25 août 2011

Le N°5 de La voix des sans-papiers est sorti et est téléchargeable au format pdf (8 pages) ici. Ci-dessous son éditorial:

COORDINATION 75 DES SANS-PAPIERS : LA SCISSION

Ce numéro de notre bulletin sort bien méconnaissable par rapport au projet initial.
Depuis fin avril, une crise grave, concernant d’abord le seul collectif du 18e, étendue ensuite à tous les collectifs de la CSP75, secoue l’ensemble de la coordination parisienne formée en 2004, au point d’être désormais sentie de part et d’autre comme une scission véritable.
Quand l’idée de ce numéro a été lancée, il a été proposé et accepté par les deux parties selon ce plan de principe : 1) aller au-delà de l’événement brut pour en saisir les raisons de fond, 2) présenter les positions des uns et des autres « en regard », sur une page celles du « côté Sissoko », sur la page d’en face celles du « côté Danfakha », ou vice versa, et ainsi de suite.
Nous espérons ne pas avoir entièrement failli au premier point. Mais, pour le second, il en va tout autrement.
Le côté Danfakha avait d’abord (28 juillet) accepté et salué ce projet, et un premier rendez-vous collectif de travail avait été fixé au mardi 2 août. Mais deux jours avant, un mail nous avertissait qu’« on se fixera un autre rendez-vous plus tard ». Finalement, le dimanche d’après (7 août), à une réunion de leur groupe, Dramé et Danfakha nous ont annoncé qu’ils refusaient toute contribution au journal. Vaine a été toute tentative de les convaincre.
Que faire ? Mieux vaut une information incomplète, que pas du tout d’information. L’assistance a alors été avertie que le travail d’interviews et de rédaction des articles était, côté Sissoko, bien avancé, que donc le journal paraîtrait avec les seules positions de cette partie. La réponse a été que la leur se réservait un « droit de réponse » (Dramé), bien improbable, vu le caractère épisodique de notre publication : ceci a été exprimé de manière appuyée, au cours de la tentative de persuasion.
C’est donc largement incomplet que paraît ce numéro de la Voix des sans-papiers. Il y a là une situation subie, contraire à notre volonté, voulue par d’autres pour des raisons inexpliquées. Mais il s’en trouvera qui nous accuseront quand même de « prendre parti»… Eh bien voilà, c’est déjà fait : avant même que le journal ne sorte. Et du côté d’où on se l’attendait le moins.
La FASTI ne saurait être trop remerciée d’avoir été la seule association parisienne à appuyer publiquement l’occupation de la Bourse du travail par les sans-papiers de la CSP75, et d’avoir, depuis, durant trois ans, mis ses locaux et son matériel à la disposition des publications qui se sont succédé.
Seulement voilà : alors que la plupart des articles de ce numéro étaient rédigés et que la composition allait commencer, par lettre du 11 août remise le jour même (adressée aux « membres des collectifs de sans-papiers »), la FASTI nous a annoncé qu’elle n’entendait « pas prendre position pour l’une ou l’autre des parties » : en conséquence notre publication devait cesser de se servir du matériel de l’association.
Vaines ont été nos protestations d’indépendance et autonomie du journal par rapport à quelque collectif que ce soit, vains nos arguments touchant l’information correcte : différence entre information partielle (incomplète) et partiale (qui prend parti): c’est en faisant obstacle à l’information de se faire et circuler, qu’on « prend position », même sans le vouloir. En l’occurrence, pour ceux opposés à la parution du journal.
Et c’est pourquoi ce numéro, réalisé en plein mois d’août avec des moyens de fortune, paraît avec une semaine de retard.

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Noam Chomsky et ses amis

20 août 2011

Le site Infokiosques a mis en ligne en juillet une utile brochure sur Noam Chomsky et ses supporters compilant des textes d’Octavio Alberola, Claude Guillon et Yves Coleman parus dans les revues Oiseau-Tempête (excellente revue, disparue mais dont nous publions régulièrement d’anciens articles), Cuba Libertaria et Ni Patrie Ni Frontières, dont un texte que nous avions déjà reproduit en 2008: Sur le film « Chomsky et Compagnie » d’Olivier Azam.

"Les der­nières embras­sa­des de Chomsky avec le colo­nel Chavez ne pour­ront que ren­for­cer sa popu­la­rité auprès de toute la « gauche » alter­mon­dia­liste, mou­vance qui, malgré sa dimen­sion « glo­bale », est en fait très natio­na­liste dans chaque pays, pour peu que l’on se mette à grat­ter un peu ce qu’il y a der­rière ses pro­cla­ma­tions plei­nes de bons sen­ti­ments." (Ni Patrie Ni Frontières)

"Cette réhabilitation « libertaire » du réformisme trouve son écho dans les milieux anarchistes français ou francophones, comme d’ailleurs dans des démarches comme celle d’Attac, déjà critiquée dans ces colonnes, qui ne se réfère certes pas à l’« idéal libertaire » mais recourt à la phraséologie et à l’imaginaire utopique du mouvement ouvrier (cf. Oiseau-Tempête n° 8). La mode réformiste-libertaire s’exprime également dans l’écho donné aux thèses « municipalistes », reprises de Bookchin, et dans la tentative de créer un pôle universitaire-libertaire" (C. Guillon)

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Liens vers la brochure:

L’avenir lugubre du capitalisme

12 juin 2011

Le numéro de juin de la revue libertaire en ligne Divergences publie une traduction en français de l’article de Paul Mattick junior Capitalism’s Dismal Future: lire ici.

Paul Mattick jr est l’auteur d’un nouveau livre (en anglais): Business as usual. On peut lire en français Le jour de l’addition publié dans la revue Échanges puis chez L’insomniaque éditeur en mai 2009.

Référendum à l’usine Fiat de Pomigliano d’Arco

26 juin 2010

Mardi dernier un référendum d’entreprise a attiré l’attention sur l’usine Fiat de Pomigliano d’Arco et ses 5 000 ouvriers. Le patron de FIAT a conditionné une relocalisation de production de la Pologne vers l’Italie à l’acceptation par les salariés d’un plan de flexibilité (cadences, rotations, temps de pause, heures supplémentaires, absentéisme…). Les NON ayant, malgré le chantage et l’aval donné à l’accord par la plupart des syndicats [*], atteint les 36 % , soit plus que ce qui était  exigé de la direction,  « le constructeur pourrait décider de créer une nouvelle société qui embaucherait uniquement les salariés prêts à accepter les nouvelles conditions de travail dans leur contrat » (Le Monde, 24-06-10). Que faut-il attendre de tels chantages ? On se rappelle qu’en France un "accord" portant sur un retour aux 40 heures hebdomadaires en 2007 chez Continental n’avait pas évité les licenciements deux ans plus tard (la direction déclarant ensuite cyniquement que ledit accord n’avait  « jamais comporté de clause de garantie, ni pour les emplois de Clairoix ni pour le site »). En mai dernier, c’était Opel qui obtenait l’accord des syndicats pour un gel des salaires jusqu’en 2014, raflant doublement la mise puisque cet accord (265 millions d’euros d’économies sur les salaires!) lui ouvrait des facilités de subventions d’État (cf. ici).

Lire l’article du Monde du 24-06-10

image AFP

Réactions dans l’extrême-gauche italienne:

Les COBAS se présentent comme de nouveaux syndicats de base alternatifs.

[*] La FIOM-CGIL a quant à elle déclaré que « c’est une violation flagrante des principes constitutionnels et des droits acquis comme celui de grève » et qu’elle engagera des actions en justice pour que soient déclarés anticonstitutionnels aussi bien le référendum que l’accord.

Un rapport sur les massacres de 1988 en Iran

14 juin 2010

Nous traduisons un article de Geoffrey Robertson publié dans le Guardian du 7 juin 2010. G. Robertson est un célèbre juriste anglais, spécialiste des droits de l’homme et auteur de  Crimes against Humanity – The Struggle for Global Justice, dont on a récemment entendu parler en France lors de sa proposition d’engager une procédure judiciaire contre le pape. Il vient de sortir un rapport sur les massacres de 1988: The Massacre of Political Prisoners in Iran 1988 qui peut être téléchargé ici.

L’ONU doit juger les assassins de 1988 en Iran

Geoffrey Robertson

Ce week-end marque le premier anniversaire de la mort de l’élection truquée que  le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, a déclaré perdue pour le candidat réformateur Mir Hossein Moussavi.  Ensuite, des manifestants avaient été abattus dans les rues de Téhéran ou torturés dans la célèbre prison d’Evin , plusieurs ont été pendus comme mohareb – ennemis de Dieu. Cette intolérance à la dissidence  ne saurait surprendre: c’est le même régime qui a déjà assassiné des milliers de prisonniers politiques – et n’a jamais été appelé à en rendre compte.

C’est arrivé en été 1988, après que la guerre avec l’Irak prenne fin en une trêve amère. Les prisons d’Iran étaient pleines d’étudiants condamnés pour avoir protesté contre l’ayatollah Khomeiny au début des années 1980 – marxistes et gauchistes de toutes les variétés ainsi que les partisans de l’organisation Moudjahidin-e Khalq – un mouvement de guérilla avec une version différente de l’Islam. Ils ont été triés par le personnel pénitentiaire en 2 groupes: ceux qui restaient «infaillibles» dans leurs convictions politiques et les apostats. Le régime a décidé qu’ils devaient être éliminés afin de ne pas ennuyer le gouvernement d’après-guerre, et Khomeiny a émis une fatwa autorisant en secret de leur exécution.

Les Gardiens de la Révolution sont descendu s dans les prisons et un "comité de la mort" (un juge islamique, un procureur de la révolution et un fonctionnaire du ministère des Renseignements) a pris une minute ou deux pour identifier chaque prisonnier, le déclarer mohareb et le diriger vers la potence érigée dans l’Auditorium de prison , où on les pendaient six à la fois. Plus tard, leurs corps étaient aspergés de désinfectant et transportés dans des camions de viande vers des charniers. Leurs effets ont été renvoyés dans des sacs en plastique à leurs familles trois mois plus tard, mais le régime refuse toujours de révéler l’emplacement des tombes et continue à interdire aux familles de se rassembler sur un site qui a été identifié dans un cimetière de Téhéran.

On peut difficilement comparer entre elles des atrocités, elles sont toutes odieuses, mais il s’agissait de choses presque aussi terribles que Srebrenica ce meurtre de sang-froid par l’État de prisonniers à la fin d’une guerre. Cela évoque les marches de la mort des prisonniers alliés à la fin de la seconde guerre mondiale – les généraux japonais responsables ont été condamnés à mort au procès de Tokyo. Mais qui est responsable du massacre des prisons iraniennes?

L’ayatollah Khomeiny est mort. Mais trois figures de proue de son régime sont encore bien vivantes, et disponibles pour être mises en accusation dans un tribunal international. Le président d’alors, Ali Khamenei, est maintenant le  guide suprême iranien – l’homme qui a avalisé l’an dernier les élections truquées. Ali Rafsandjani, reste un acteur politique puissant, qui était alors le commandant de la Garde révolutionnaire, celui qui a reçu l’ordre de procéder à la tuerie. Ensuite, il y a l’homme qui  était premier ministre  d’Iran en 1988: Mir Hussein Moussavi, chef de file d’aujourd’hui du mouvement réformateur.

Mousavi s’est présenté aux réunions électorales l’année dernière avec les chants de "1988" mais a refusé de dire ce qu’il sait de l’assassinat en masse.  Dans le cadre d’une enquête menée pour la Fondation américaine Abdorrahman Boroumand je suis tombé sur un entretien qu’il avait accordé à la télévision autrichienne en décembre 1988. En réponse aux accusations d’Amnesty International a dit malhonnêtement que les prisonniers avaient préparé une  insurrection: «Nous avons dû écraser la conspiration – à cet égard nous n’avons pas eu de pitié."  Il demander aux intellectuels occidentaux de soutenir le droit des gouvernements révolutionnaires à prendre des «mesures décisives" contre ses ennemis. Il est ironique de constater que le régime qu’il défendait avec une telle hypocrisie écrase désormais ses propres partisans sans pitié.

Mais c’est ce qui arrive lorsque les dirigeants politiques et militaires baignent dans l’impunité. L’ONU ne s’est pas soucié de l’utilisation par Saddam Hussein de gaz toxiques à Halabja plus tôt cette année-là, et a fait la sourde oreille aux rapports d’Amnesty sur le massacre des prisons (les diplomates iraniens ont dit que les morts avaient eu lieu sur les champs de bataille).  Mais il n’y a pas de prescription pour crimes contre l’humanité, et l’assassinat en masse de prisonniers déjà condamnés pour délits politiques doit compter comme l’un des plus graves  crimes impunis. Le fait qu’ils ont été tués parce qu’ils ne croyaient pas en Dieu – le Dieu de la révolution de l’ayatollah – donnant à leur massacre une forme génocidaire: la destruction d’un groupe en raison de son attitude envers la religion.

La plupart des juges et des fonctionnaires qui ont exécuté la fatwa en sont encore à de hautes fonctions à Téhéran – en vertu d’un chef suprême qui, lorsqu’on l’interroge sur les tueries de prisonniers répond: «Pensez-vous que nous aurions dû leur donner des bonbons? ". Il est encore temps pour le Conseil de sécurité de l’ONU pour faire respecter le droit international en mettant en place un tribunal pour juger les auteurs des massacres des prisons. Cela sera peut être une meilleure façon de faire face à une théocratie dont le comportement en 1988 offrait déjà la meilleure source d’inquiétude pour son comportement futur avec des armes nucléaires.

G.R.

Voir aussi:

  • Iran: Le 20e anniversaire du « massacre des prisons » de 1988 (08-2008)
  • GurgaonWorkersNews

    22 mai 2010

    Gurgaon, dans l’Haryana, en Inde, est montré comme un symbole de réussite capitaliste. Derrière une façade de grandes tours et de centres commerciaux se trouvent des travailleurs et leurs luttes, notamment dans la fabrication de voitures et de scooters pour la nouvelle classe moyenne indienne.

    Depuis plusieurs années, un collectif anime un site et une lettre électronique en anglais: GurgaonWorkersNews. Le dernier numéro de la newsletter vient de sortir. On y trouve notamment un entretien avec trois militants communistes locaux, appartenant à des orgas différentes, et un point sur les luttes salariales face à l’inflation. GurgaonWorkersNews déclare être indépendant de tout parti et syndicat, mais chercher à informer sur les luttes ouvrières de la région. (Contact:  gurgaon_workers_news@yahoo.co.uk).

    GurgaonWorkersNews – Newsletter 26 (May 2010)

    Workers’ Lines in Kapashera, Gurgaon

    Voir aussi:

    Orwell s’en retournerait dans sa tombe…

    5 mai 2010

    Une photo prise place George Orwell à Barcelone, postée sur le net par Amir Aharoni et repérée par le bloguiste Poumista, où l’on voit un panneau "zone sous surveillance dans un rayon de 500 mètres". Curieux hommage à l’auteur de 1984 par la municipalité de la ville:

    The Municipality of Barcelona - Zone under surveillance

    RAWA, femmes afghanes en lutte depuis 1977

    20 mars 2010

    Alors que de plus en plus d’Afghanes choisissent le suicide pour mettre un terme à la violence dont elles sont victimes au quotidien (17 femmes se sont immolées en 6 mois dans la seule province d’Herat), comme le révèle un rapport canadien [1], RAWA (Femmes révolutionnaires afghanes), organisation féministe composée uniquement de femmes, poursuit son combat pour la paix, la démocratie, la justice et la laïcité en Afghanistan.

    S’il y a eu des progrès de 2002 à 2005 (scolarisation des filles, accès au travail), les reculs ont suivi: le rapport d’Human Rights Watch sur la situation des afghanes (décembre) a ainsi de quoi questionner la politique d’aide et de reconstruction (parole des députées étouffée, assassinats, nombre de femmes en baisse dans la fonction publique, violences…).

    Les activités politiques de RAWA, dont la fondatrice a été assassinée en 1987 par la branche afghane du KGB, ont été marquées par des manifestations contre l’invasion soviétique de décembre 1979, pour les droits des femmes, puis par la lutte contre les intégristes musulmans, quels qu’ils soient. Aujourd’hui, RAWA est aussi mobilisée contre l’occupation militaire de l’Afghanistan et le gouvernement mafieux de Karzaï. Elle travaille de manière clandestine (répression des Talibans et occupation de l’OTAN). Ses champs d’action sont à la fois politiques et sociaux: cours d’alphabétisation et des formations pour les femmes, orphelinat et hôpital au Pakistan. RAWA fait un travail politique de résistance, édite notamment le journal Payan-e-zan (Le message des femmes), milite pour la réation d’un front populaire démocratique, "une forme d’auto-organisation politique, seule apte à exprimer les revendications du peuple afghan dans un cadre non-violent". A l’étranger, RAWA organise des tournées dans de nombreux pays: après la France en février, les USA en octobre 2009.

    H.A. (L’Émancipation, mars 2010)

    [1] Afghanistan: la condition de la femme, janvier 2010


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