1914-11 Lettre à la rédaction du Sozialdemokrat de Stockholm [Luxemburg]

Publié en français dans J’étais, je suis, je serais!: Correspondance, 1914-1919 (Maspéro, 1977), p. 58-59.

Berlin, 9.XI.1914

Cher cam.[arade]. Je vous demande de bien vouloir publier les lignes suivantes : Lorsqu’il y a quelques semaines j’ai reçu comme les autres délégués au Bureau soc. intern. la proposition du Comité directeur de la Social-Démocratie hollandaise de transférer provisoirement le siège du Bureau intern. en Hollande, il m’a semblé évident que ce projet avait été débattu avec les camarades belges du Comité exécutif et avait reçu leur accord. On pouvait comprendre que, dans la situation où se trouve actuellement leur pays, les camarades belges étaient dans l’impossibilité d’exercer leurs fonctions de Comité exécutif du B. soc. int. et souhaitaient éliminer cette distinction. La nouvelle parue récemment dans le Vorwärts selon laquelle les camarades Huysmans et Bertrand se sont déclarés prêts, à Amsterdam, à transférer une partie du Comité exécutif à La Haye résout très bien la difficulté. Aussi longtemps que nos amis belges se déclarent prêts à exercer leur fonction de Comité exécutif int., il est bien évident que ce dernier doit être considéré comme l’unique organe légal de la vieille Internationale et que l’on doit laisser les camarades belges décider s’ils veulent s’adjoindre des membres du Bureau d’autres pays. L’arrangement conclu par les camarades Huysmans et Bertrand semble d’autant plus réalisable sur le plan pratique que le Bureau ne dispose plus, hélas ! pour l’instant que d’un mince champ d’action. Toutes les tentatives pour réunir, artificiellement et le plus vite possible, une conférence internationale me semblent parfaitement inopportunes. Certains camarades nous assurent, pour nous apaiser, que l’Internationale n’est pas morte, qu’elle n’a subi qu’une légère brèche facile à colmater, et c’est bien agréable. Mais ce dont le socialisme international a besoin, c’est à mon avis d’un bilan honnête et franc de sa propre faillite dans cette guerre. Tant que le parti socialiste dans chaque pays n’aura pas clarifié et arrêté pour lui-même sa position envers le militarisme, les fondations solides nécessaires à la reconstruction de l’Internationale feront défaut. D’ici là, nous devons nous contenter d’éviter tout ce qui favorise encore davantage l’effondrement de l’ancienne Internationale et tente de glisser à sa place quelque-chose de nouveau, né de la guerre.

Salutations socialistes.

R. Luxemburg

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 439 autres abonnés

%d bloggers like this: