1921-12 Discours au congrès de Marseille [Bordiga]

Camarades,

Il n’est pas nécessaire d’entourer de phrases, ces simples mots :  » Je vous salue, hommes de l’Internationale Communiste « . D’ailleurs, la forme de ce que je vais dire ne pourrait pas ne pas se ressentir du fait que je ne me sers pas de ma langue maternelle.

Vous me permettrez, cependant, de vous entretenir de certains problèmes à l’ordre du jour sur le terrain international, devant le mouvement communiste de tous les pays du monde.

Je vous demande la permission d’examiner ici, d’une façon très rapide et très simple, la situation et la lutte prolétarienne mondiale en ce moment-ci et les conclusions qu’on peut en tirer dans le domaine de la tactique de l’Internationale Communiste.

D’un côté, la situation du prolétariat qui s’est déjà emparé du pouvoir de la République soviétique de Russie, avant-garde de la révolution mondiale ; d’un autre côté, la situation des autres armées, des autres bataillons d’assaut de la révolution communiste qui poursuivent leur lutte contre le pouvoir bourgeois dans les autres États du monde.

Dans ce double domaine de faits, nos adversaires nous opposent leurs arguments contre les principes et les méthodes communistes. Il ne faut pas craindre d’accepter ce défi et de descendre sur ce terrain de discussion pour démontrer que la situation elle-même, les événements eux-mêmes, ne font que prouver une fois de plus, la vérité et la force de notre doctrine et de notre méthode d’action révolutionnaire. (Applaudissements).

La nouvelle politique des Soviets

On dit que la politique de la République des Soviets et du Parti Communiste qui est à la tête du pouvoir en Russie vient d’être modifiée, rectifiée. C’est vrai.

On dit que la Révolution marque un temps d’arrêt, et peut-être c’est vrai encore. Mais quelle est la valeur, au point de vue de notre méthode critique, des événements de Russie ? Nous le dirons en quelques mots.

Nous ne devons pas perdre de vue le fait qu’une double tâche s’impose à la révolution prolétarienne : une tâche politique et aussi une tâche économique. Aussi bien l’une que l’autre ne peuvent être considérées qu’à l’échelle mondiale internationale.

La révolution russe est considérée par nous comme le premier chapitre de la révolution mondiale ; son développement ne peut être poursuivi et rendu complet que si nous le rattachons au développement de la lutte prolétarienne dans les autres pays du monde.

Une révolution prolétarienne s’étant emparée de l’appareil d’État, nous sommes aujourd’hui, en présence, en effet, d’un recul du pouvoir des Soviets de Russie, d’une refonte économique d’un plan qui a dû être modifié, d’un retour sur certaines méthodes déjà prises.

Puis le pouvoir est arrivé à ce stade de la transformation de l’économie capitaliste en une économie socialiste d’abord et communiste ensuite.

Je ne m’arrêterai pas sur les détails, puisque nous acceptons ce fait dans lequel les camarades russes nous donnent un nouvel exemple de la franchise qui les distingue.

Au commencement de cette année, nous croyons être en Russie, plus avancés dans la construction de l’économie socialiste. Aujourd’hui, nous sommes revenus sur certaines mesure et, dans le même instant, des formes capitalistes et bourgeoises ont fait leur réapparition pendant que nous avions peut-être cru qu’elles étaient disparues à jamais.

Mais on peut de ces faits mêmes tirer la conclusion que la doctrine communiste reste la vérité de l’avenir, dans la même mesure que l’État prolétarien a désarmé un parti de son appareil d’activité économique, les forces rebelles se dressent dans le monde entier devant l’État prolétarien ; c’est le moment où le nouveau pouvoir se constitue. Dès qu’on a permis à ces forces de jouer librement leur effet, nous avons vu renaître des entreprises à forme capitaliste ; mais cela n’infirme pas la doctrine communiste internationale.

Il est nécessaire de centraliser cette activité avec un plan complet, un plan international ; il est nécessaire de dominer les phénomènes économiques par une machine qui est la machine du pouvoir de l’État qui a besoin d’une expérience, qui est l’expérience politique dans ce sens que les phénomènes de la production et de la distribution, et tout ce travail de transformation de l’ordre économique soit envisagé dans le cadre des autres phénomènes qui s’y rattachent et ne sont pas des phénomènes purement économiques, comme, par exemple, la salubrité publique et toutes les autres formes d’activité humaine et sociale.

L’appareil central de la révolution se dresse contre les forces économiques rebelles de la bourgeoisie qui établit ses petits noyaux, mais qui ne peut pas encore avoir et n’aura jamais – nous l’espérons à juste titre – raison du pouvoir prolétarien.

Il y a là, au contraire, la confirmation de la justesse, de la vérité et de la bonté même de notre méthode marxiste à l’égard de la transformation sociale.

Le Travail politique de la Révolution Russe

Venons-en au travail politique que la révolution russe a accompli. Il est là, il est encore tout entier devant nous. Les effort de la contre-révolution bourgeoise mondiale n’ont même pas pu l’atteindre et nos adversaires ont dû renoncer à leurs attaques multipliées parce qu’ils ont senti que jamais ils ne feraient reculer la révolution russe, formidablement active, se présentant aux yeux du prolétariat du monde entier sous une triple forme.

D’un côté, la révolution russe a marqué le retour du mouvement prolétarien, désorganisé, désaxé, désorienté, pendant la guerre mondiale, à la véritable doctrine et à la véritable méthode d’action révolutionnaire. Deuxièmement, le mouvement révolutionnaire russe nous a aidés, nous tous, communistes de tous les pays d’Europe et du monde à rebâtir notre organisation internationale, tant au point de vue de ses organes politiques que de ses organes économiques, de même qu’il nous a fourni le plan de l’organisation internationale de l’armée révolutionnaire du prolétariat. Troisièmement, dans le domaine politique, la révolution nous présente encore cet actif formidable d’avoir résisté toute seule ; pendant que les autres prolétariats faisaient de louables efforts, mais ne réussissaient pas à entamer les forces des États capitalistes, la République révolutionnaire de Russie a battu les forces armées de la contre-révolution mondiale.

Elle a lutté, avec sa puissance inébranlable, et partout elle a été victorieuse des coups qu’elle a reçus de la réaction, qui les aurait autrement donnés dans les rangs mêmes du prolétariats des autres pays. Elle a ainsi accompli une œuvre admirable d’éducation en montrant sa puissance et sa résistance organisée et victorieuse à toute la réaction mondiale liguée contre le communisme.

À ce point de vue, la Révolution russe est encore le plus grand fait de l’Histoire.

Certes, on peut parler des compromis, des accords ; on peut dire que les représentants de l’État prolétarien de Russie se rencontrent avec les représentants des États bourgeois. Mais est-ce leur faute s’ils ne peuvent pas encore les représentants des autres États prolétariens ? Est-ce la faute du prolétariat russe si les autres pays n’ont pas fait la révolution ? Si c’est la faute à quelqu’un, camarades, c’est la vôtre ! (Applaudissements.)

C’est la faute à vous tous, aux événements qui sont au-dessus de la volonté et des puissances humaines. Mais c’est encore un peu la faute aux autres partis ; c’est aussi la faute des mouvements ouvriers qui ne se sont pas toujours mis à la hauteur des événements et de l’effort formidable des héros, des champions de la Révolution russe. C’est pourquoi il y a aujourd’hui des accords, des compromis, des concessions économiques faites aux capitalistes. C’est dans la force des choses. Les chefs de la Révolution russe ont présenté cette situation du prolétariat dans toute son éloquence, dans toute sa vérité. Mais on ne peut rien en tirer – nous l’affirmons – contre les méthodes communistes, et il n’y a rien qui entame la solidité de nos espoirs révolutionnaires.

La vie économique de la Russie

La Russie ne peut pas vivre, économiquement, sans avoir des relations avec les autres pays, surtout après avoir été bloquée pendant quatre ans, par un front militaire, par un front de guerre, et après qu’un fléau naturel est venu s’abattre sur elle et aggraver sa misère. Elle ne peut pas vivre dans l’isolement. Elle ne peut pas vivre sans briser cette chaîne. Il est nécessaire que la Russie entame les relations avec les représentants des grands États et que ses propres représentants se rencontrent avec ceux des gouvernements capitalistes.

Mais ce n’est pas là toute la signification de ce fait que les représentants des États révolutionnaires ne renoncent pas à des pourparlers avec la bourgeoisie du monde entier ; s’ils se rencontrent avec les délégués de M. Briand et des autres ministres européens, la Russie peut aussi bien être fière que ces messieurs envoient leurs délégués officiels traiter avec ces bandits, ces criminels de bolcheviks, qu’ils n’ont pas pu chasser de l’Histoire. (Applaudissements).

Un article de Lénine, que vous connaissez tous, a démontré, avec la puissance de logique qui est dans tout ce que notre camarade écrit, que ces faits laissent la méthode révolutionnaire communiste intacte, que les compromis et les concessions avec les capitalistes, de la part de l’État prolétarien russe, n’apportent pas la renonciation du mouvement communiste mondial à ses principes.

Il n’y a pas d’assimilation possible entre la dictature du capitalisme manqué, de la démocratie parlementaire, et la dictature révolutionnaire du prolétariat, qui seulement par les armes et l’insurrection révolutionnaire, peut atteindre son triomphe.

Le principe fondamental reste pour l’Internationale Communiste sur la conviction que nous traversons une crise révolutionnaire et que l’État prolétarien doit remplacer l’État bourgeois totalement. Mais nous connaissons davantage les difficultés, à la lumière de l’expérience faite par le Parti et le prolétariat russes, au prix de sacrifices immenses à nos idées.

Nous n’avons pas un mot à rayer de nos principes fondamentaux. Nous sommes, aujourd’hui comme toujours, pour la lutte de classes déclarée, et nous savons aujourd’hui que la lutte de classes, née sur le terrain économique, devient un fait politique : qu’elle est faite pour que la classe ouvrière puisse se libérer de ses exploiteurs ; qu’il faut bâtir un nouvel appareil gouvernemental, un État prolétarien qui ne peut surgir qu’après la destruction de la machine gouvernementale bourgeoise, et qui sera fondé non plus sur le mensonge démocratique du parlementarisme embrassant toutes les classes, mais sur l’organisation d’État d’une classe seule, de la classe de ceux qui produisent.

Nous sommes toujours pour la dictature du prolétariat, dans le sens marxiste du mot. Plus que jamais, nous sommes convaincus que pour accomplir cette tâche immense le prolétariat a besoin d’un organe efficace de lutte, qui est le parti politique, seulement le parti politique.

Le Parti communiste est le parti de classe du prolétariat, et ne sert pas seulement à l’agitation, à la propagande, à l’activité parlementaire, mais il est aussi l’instrument même de la lutte de classe et de l’insurrection prolétarienne, contre la résistance de l’État bourgeois. Nous sommes toujours plus convaincus que jamais que, même après le triomphe de la révolution, nous aurons encore besoin d’un État prolétarien et d’un parti prolétarien, à la tête desquels devront se trouver des hommes capables de faire comprendre aux conseils ouvriers et paysans, à l’ensemble des travailleurs, l’objet de la révolution elle-même, l’idéal communiste, et leur montrer que seule la méthode communiste crée en elle-même le salut de la classe révolutionnaire. (Applaudissements).

La lutte prolétarienne dans les autres pays

Après avoir ainsi rappelé les principes, après avoir essayé de démontrer qu’ils ne se contredisent pas avec les événements de Russie, voyons un moment les événements des autres pays, voyons si la situation de la lutte prolétarienne dans les autres pays, où le pouvoir bourgeois reste encore dressé contre nous, nous conduit à renoncer à quelque chose, à modifier en quoi que ce soit notre méthode de lutte. Nous nous tiendrons aux mêmes constatations et aux mêmes conclusions. Partout, c’est une crise du monde capitaliste, une crise qui a pris un développement formidable après la grande guerre mondiale.

Nous assistons, il est vrai, dans presque tous les pays à un effort de reconstitution de l’économie et des pouvoirs bourgeois, et nous assistons à une sorte de mouvement de reculade des masses révolutionnaires. Je ne veux pas le cacher ; nous serions de mauvais révolutionnaires si nous ne discutions pas sérieusement toutes les difficultés.

Mais examinons un peu le caractère de cet effort de la bourgeoisie pour raffermir son pouvoir, et nous verrons si le capitalisme présente une chance de reconstitution et s’il ne court pas à l’abîme et au désastre, au moment où il cherche à réagir contre sa situation actuelle.

Sans doute, le capitalisme reprend son rythme de développement dans le sens capitaliste, après cette première période qui a succédé à la fin de la guerre mondiale. C’est un phénomène d’impérialisme qui s’affirme dans toute sa brutalité. C’est un effort des pouvoirs bourgeois, restés au mains de la bourgeoisie. Mais le problème est toujours le même. Nous vivons dans une période d’anarchie économique : c’est la conséquence même de l’économie capitaliste.

La bourgeoisie croit pouvoir sortir de cette situation, avec ses grands cartels industriels, appuyés par la politique des grands États ; elle croit pouvoir bâtir une économie centralisée dans l’État capitaliste ; car le dilemme se présente toujours ainsi et la liberté économique doctrinale de la bourgeoisie ne peut être réalisée par la bourgeoisie elle-même. L’histoire devra résoudre ce dilemme.

Dans une économie organisée par le prolétariat , après que le prolétariat du monde entier aura fait la révolution, la solution économique libertaire n’est pas plus possible que la solution centraliste bourgeoise.

Nous assistons déjà aux mêmes phénomènes qui ont précédé la grande guerre de 1914 qui était, l’Internationale Communiste l’affirme encore une fois, une guerre impérialiste pour tous les États qui y ont participé, vainqueurs et vaincus.

La politique même des États qui ont gagné cette guerre démontre à l’évidence au prolétariat du monde entier que les mêmes motifs avaient suscité de part et d’autre la participation à la guerre. Ils sont toujours comme préoccupés des conditions d’une nouvelle guerre. La perspective d’une nouvelle guerre n’est qu’une hypothèse ; mais vous avez vu les événements de Washington ; vous avez vu cette conférence, convoquée sous le prétexte ridicule de désarmement et démasquant les appétits formidables des États militaires, et il faut rappeler que la bourgeoisie française joue parmi eux, un rôle de premier ordre.

Le Parti doit propager ces vérités parmi les masses prolétariennes et tirer de cette situation de nouveaux ferments de révolte.

L’offensive de la bourgeoisie contre le prolétariat

D’un autre côté, si nous considérons sous le rapport même de la lutte de classe et de l’économie sociale quelles sont les conséquences de cet effort bourgeois pour bâtir à nouveau le régime capitaliste, nous constatons un autre phénomène, qui vient nous donner une nouvelle indication, une nouvelle tactique pour aider à la réalisation de notre but.

La bourgeoisie sent très bien – et le démontre par son action économique et politique dans tous les pays – qu’il faut reconstituer son régime dans la mesure où elle ne repoussera pas seulement les attaques révolutionnaires du prolétariat, mais dans la mesure où elle assujettira le prolétariat à un régime d’exploitation économique encore plus dur que celui auquel il est assujetti aujourd’hui.

La bourgeoisie doit se poser le problème de sa reconstitution d’une façon offensive. Elle ne peut se le poser sous la forme de la simple défensive comme avant la guerre, où il lui suffisait d’empêcher toute atteinte aux principes sacrées de la propriété privée, à l’aide de son armée et de sa police, au service des entreprises capitalistes, pour garantir l’existence du régime capitaliste.

Cela ne suffit plus aujourd’hui. La bourgeoisie doit prendre l’offensive contre le prolétariat. Elle doit briser ses organisations ; elle doit baisser ses salaires , elle doit l’amoindrir. C’est seulement à ce prix qu’elle pourra garantir la continuation de l’existence du régime bourgeois. (Applaudissements.)

Un coup d’œil sur tous les pays d’Europe – le vôtre y compris – nous démontre l’évidence de cette vérité. Partout, nous constatons une attaque offensive qui vient de la bourgeoisie contre le prolétariat, même contre cette partie du prolétariat qui n’est pas révolutionnaire et qui ne reçoit pas le mot d’ordre des partis de révolution, mais qui se rattache seulement, dans ses traditions, aux organisations corporatives et syndicales.

Nous nous heurtons partout à cette offensive, qui est le plan dressé d’une façon systématique par les États bourgeois et capitalistes en péril : pour écraser le prolétariat, ils portent atteinte à ses salaires, et en même temps qu’ils diminuent les salaires, ils tentent d’augmenter les journées de travail. Cette tentative de désorganisation du prolétariat s’accompagne de chômage, de licenciements des ouvriers.

C’est déjà chose faite dans plusieurs pays de l’Europe centrale, et, demain, cette tentative se généralisera.

La bourgeoisie essaie de détruire le réseau syndical de résistance prolétarienne, et partout où la réaction triomphe, elle disperse les noyaux ouvriers organisés sur le terrain économique.

L’éloquence de ces faits ne peut laisser aucun doute sur la situation, qui est telle que la bourgeoisie est obligée, pour se sauver, de prendre l’initiative d’une attaque.

Que va faire, dans ces conditions, le Parti, qui est au sein du mouvement prolétarien et a un mot d’ordre à donner au prolétariat ?

Quelle doit être notre attitude vis-à-vis des fractions réformistes et opportunistes du mouvement ouvrier ?

On a proposé deux méthodes d’action. Nous étions toujours pour la conquête totale du pouvoir politique, comme moyen d’exproprier les exploiteurs, tandis que les réformistes montraient au prolétariat une autre voie possible en améliorant petit à petit les conditions des travailleurs pour les amener à une situation plus favorable. Mais il n’y a pas de réformisme qui puisse faire obtenir aux ouvriers un programme de réalisations susceptibles d’assurer l’émancipation du prolétariat.

Aujourd’hui, il existe une coïncidence entre le programme minimum et le programme minimum, et le prolétariat refuse de reculer devant cette attaque capitaliste. Il garde certaines positions déjà acquises pour créer une situation révolutionnaire. Les réformistes, les hommes de droite, que nous devons démasquer, proposent aux ouvriers d’accepter la réduction de leurs salaires, c’est-à-dire de renoncer à ce qu’ils ont déjà acquis ; par ce fait même, leur réformisme se démasque, se montre impuissant même à défendre les exigences immédiates de la vie et les besoins quotidiens du prolétariat.

Donc, leur politique amoindrirait la situation. (Applaudissements).

La préparation révolutionnaire du Parti Communiste

Les marxistes n’ont jamais dit qu’il fallait mépriser les exigences immédiates des ouvriers ; ils n’ont jamais oublié que la lutte politique naît sur le terrain économique, dans les petits épisodes de la vie prolétarienne, mais que c’est par la synthèse de ces phénomènes particuliers qu’on peut arriver à l’action d’ensemble révolutionnaire du prolétariat.

C’est au parti politique de classe qu’il appartient de conduire les masses, de ce point de départ que sont les exigences économiques et quotidiennes, jusqu’au sommet des nécessités politiques révolutionnaires, et ce n’est pas en méprisant les exigences immédiates du prolétariat, mais en assistant les ouvriers dans chacune des luttes qu’ils engagent. Les communistes disent qu’on n’arrivera pas, dans cette lutte, à un résultat définitif ; mais, en révolutionnaires qu’ils sont, ils ne s’en tiennent pas à l’écart. Ils sont avec vous dans cette lutte pour vous pousser à poursuivre votre chemin jusqu’à la victoire.

C’est là une donnée révolutionnaire de la tactique, de la méthode marxiste. Il faut conduire la lutte et la préparation révolutionnaire dans le Parti. Il faut entrer dans le vif de la réalité de la vie prolétarienne, de la lutte et de l’action prolétariennes.

Cette vérité devient mille fois plus évidente dans la situation que nous venons de tracer. Il est évident qu’aujourd’hui plus que jamais, il n’existe pas d’opposition entre les revendications immédiates et les revendications générales de la classe ouvrière. Cette opposition ne peut exister, parce que si le parti de classe parvient à ranger le prolétariat tout entier en bataille, pour refuser certaines concessions que le capitalisme prétend imposer, nous avons créé là la situation, la condition de rencontre révolutionnaire suprême entre les deux classes.

Nous avons, par ce fait même, déjà posé toute les données de la conquête révolutionnaire suprême. C’est sur cette base que la tactique de l’Internationale se dresse en ce moment-ci ; c’est sur cette base que s’établit le programme d’action du Parti Communiste, en partant de l’union de toutes les forces du prolétariat, contre la bourgeoisie organisée, sur un plan systématique, dans un effort unitaire, dans un effort politique, parce que, au centre de chaque usine, de chaque entreprise, il y a l’État bourgeois avec sa machine militaire et parlementaire, comme dans certains pays – pas le vôtre, mais je ne sais pas ce que sera demain- il y a des éléments issus des partis politiques de la bourgeoisie, qui s’organisent en milices irrégulières de la guerre de classe et viennent attaquer le prolétariat, pour empêcher toute vie syndicale.

La bourgeoisie nous apprend qu’elle conduit sa lutte sur un terrain unitaire, avec un plan systématique, par l’encadrement militaire des partis politiques. Il faut répondre avec un plan d’action unitaire du prolétariat, par l’encadrement armé et révolutionnaire du prolétariat, du monde entier, sous la direction du Parti Communiste. (Applaudissements).

Notre tactique

Il s’agit d’exploiter les particularités de la situation actuelle pour ranger cette armée prolétarienne sous le drapeau des Partis Communistes de l’Internationale Communiste. Une partie de cette armée du prolétariat se trouve encore dans les organisations des social-traîtres complices de la bourgeoisie. Notre tactique est d’aller dénicher ces énergies prolétariennes, de les délivrer de la direction de ces chefs traîtres et de les amener à participer à la lutte générale systématique contre le capitalisme.

Nous sommes plus que jamais convaincus que l’Internationale Communiste doit rester nettement séparée sur le terrain de principe et de méthode politique des autres tendances qui prétendent diriger le mouvement ouvrier et qui trompent le prolétariat.

Vous avez fait la scission et vous avez pu constater combien cette scission était juste et sage, puisque les dissidents ont toujours marché vers l’alliance définitive avec les couches les plus sombres de la bourgeoisie. Vous avez affirmé votre volonté de vous séparer de ces gens-là. L’expérience vous a donné raison. (Applaudissements).

Un abîme vous en sépare et la tactique communiste ne peut aboutir à un autre résultat qu’à démasquer définitivement les chefs de la droite, les chefs opportunistes.

Dans l’élaboration de cette tactique, sur laquelle on a beaucoup discuté, le troisième Congrès de l’Internationale Communiste n’a jamais perdu de vue cette nécessité de réaliser la concentration du prolétariat tout entier, sur le programme communiste, avec les méthode d’action communiste, la direction du Parti Communiste, et du Parti Communiste seul. C’est une donnée à laquelle l’Internationale n’a pas renoncé, à laquelle elle ne renoncera jamais, parce que si nous nous trouvions en situation d’y renoncer, nous devrions renoncer à la raison même de nos doctrines et de notre organisation.

On doit se servir, dans la tactique à employer, de cette donnée de propagande, d’action et d’organisation, et démontrer que les chefs de la droite et des syndicats asservis à une tactique opportuniste, que les chefs des partis social-démocrates ne peuvent pas même s’ériger en défenseurs des intérêts immédiats de la classe ouvrière. Il faut les obliger à paraître sous leur véritable lumière aux yeux des masses. Alors, les Partis Communistes, sans renoncer en quoi que ce soit à leur programme révolutionnaire – qui est le propre de l’Internationale Communiste – passeront aux yeux des masses prolétariennes, pour les défenseurs de leurs revendications immédiates, qui ont une allure négative, mais qui valent la peine d’être défendues contre les attaques de la bourgeoisie dans ses manifestations économiques et politiques.

C’est pour cela que le Parti Communiste convie tout le prolétariat à s’unir ; c’est pour cette lutte que tout le prolétariat, que tous les ouvriers de chaque ville, de chaque pays, de chaque catégorie de travailleur doivent s’unir : lutte générale pour les salaires, lutte pour la défense des huit heures, lutte pour les organisations. Chez vous, comme en Allemagne, comme partout ailleurs, il y en a qui refuseront de faire cette unité sur ce terrain de lutte, parce qu’ils savent que c’est un terrain révolutionnaire et qu’il s ne veulent pas la révolution.

Lorsqu’ils refuseront, nous en auront assez pour les disqualifier aux yeux de la masse, et pour prendre la direction de la partie de cette masse jusqu’à ce moment trompée par ces opportunistes. (Applaudissements).

Le rôle du Parti communiste italien

Voilà la signification de la tactique réalisée par le troisième Congrès de l’Internationale Communiste et appliquée, par exemple, dans, notre pays.

Le camarade Tasca vous en a parlé hier ; je n’insisterai pas sur les choses italiennes, si ce n’est pour vous rappeler que notre parti est peut-être le plus sectaire ; c’est le parti qui a le plus fortement lutté contre les opportunistes et il lutte en ce moment contre les syndicalistes révolutionnaires ou les anarchistes, dans les polémiques vivantes de principe et d’action.

Il consacre les quatre-vingt-quinze centièmes de son travail à la réalisation de ce front unique prolétarien qui, dans la forme, a pu faire craindre que ce soit une tactique susceptible d’amener à la confusion, mais qui a le mérite d’apporter la possibilité de donner un mot d’ordre unique au prolétariat du monde entier.

Notre parti italien dirige la plus grande partie de son énergie vers la réalisation de cette forme de tactique avec laquelle nous voyons déjà la possibilité de rapprocher dans une lutte générale, sur tout le front ouvrier de notre pays, le prolétariat entier avec les mots d’ordre qui ne peuvent pas aboutir à autre chose qu’à la conquête du pouvoir.

Nous vous proposons donc ce plan, cette tactique ; sans doute, il y a des difficultés ; on ne peut pas bien comprendre, mais naturellement, c’est vous-mêmes, parti révolutionnaire, qui devez savoir passer par-dessus ces difficultés qui ne sont que des fictions. (Applaudissements).

Quand on parle de la nouvelle tactique politique des soviets et de l’Internationale Communiste, une chose doit être hors de cause : c’est qu’il n’y a pas de nouvelle tactique, car il ne s’agit que d’une tactique de redressement du marxisme qui présente des contradictions apparentes, qui se juxtapose aux conditions immédiates dans la société actuelle, pour en faire sortir ce qui doit briser cette société, c’est-à-dire la nouvelle forme de société préconisée par la révolution mondiale.

Dans les autres pays, cela n’autorise personne à dire qu’il y ait une renonciation quelconque, une atténuation de la valeur révolutionnaire, du programme, des formules d’action de l’Internationale Communiste. Au contraire, il y a une expérience qui s’affirme toujours davantage d’une efficacité et d’une force d’action qui gagne quelque chose chaque jour : un révolutionnarisme qui ne se borne pas à des déclarations et à peindre le tableau de la société future, mais qui entre dans le vif de la réalité, qui mène sur le front de la lutte tous les exploités et qui, avec toutes ses forces, se lance dans la bataille suprême pour renverser la honte de l’exploitation capitaliste mondiale. (Applaudissements).

Le rôle du Parti communiste français.

Je n’ai rien dit, jusqu’à présent, de la situation de la France et de votre parti. L’Internationale Communiste n’est pas ici – je ne parle même pas de son modeste représentant à cette tribune – elle n’est pas ici pour vous donner des leçons et des ordres. Elle est ici pour dire aux militants du monde entier quelle est la contribution que les communistes – et sans doute ce Congrès du Parti Communiste français – doivent apporter à la construction mondiale de ce plan d’action qui nous donne la certitude que, si défavorable que soit la situation, nous en sortirons vainqueurs et triomphants, au nom du communisme.

D’ailleurs, une lettre vous a été lue, vous exposant les opinions du Comité Exécutif de l’Internationale Communiste vis-à-vis de certains désirs du Parti français. Vous l’avez accueillie avec un esprit de solidarité internationale qui vous fait honneur et qui démontre au monde entier, au prolétariat communiste et aux adversaires, que le Parti Communiste français est véritablement une des grandes et puissantes armées de la Révolution mondiale qui se rangent sous le drapeau de l’Internationale Communiste.

Je ne compte pas revenir sur ces détails : je suis déjà très content de constater la solidité de votre foi, de votre volonté, de votre courage révolutionnaire, dans l’accueil que vous faites à mes affirmations. Vous venez de donner, par votre réponse, au monde communiste tout entier, la preuve que vous voulez réellement sortir de la particularité de la situation française, pour combattre sur un plan d’action mondial et sur une base systématique internationale, jusqu’à la victoire, avec vos camarades du monde entier.

Votre tâche, depuis le Congrès de Tours, est considérable, et personne ne peut la méconnaître dans le mouvement communiste international, de même que personne ne peut se méprendre sur la tâche importante de ce Congrès.

Vous allez vous occuper, entre autres choses, de la question agraire, si importante pour votre pays, la plus intéressante si nous parvenons à surmonter certains préjugés de l’ancien mouvement démocratique. Je n’ai pas besoin de souligner l’importance du rôle que la classe paysanne pourra jouer dans la révolution. Vos thèses sont, à ce sujet, tout à fait satisfaisantes. Vous avez épousé complètement les données marxistes et la tactique agraire de l’Internationale Communiste. Vous avez compris qu’à côté du prolétariat de l’usine, des ouvriers de l’industrie française, on doit ranger la grande force révolutionnaire des paysans, qui tendent à se soustraire à l’exploitation des privilégiés.

Mais ce problème qu’est celui de l’agitation de la classe ouvrière industrielle doit être envisagé dans le cadre des données tactiques internationales. Nous avons un parti, ce n’est pas seulement pour avoir des principes, des théories, et pour les propager dans toute l’étendue de notre propagande, par des articles, des discours, des lectures, des conférences. Nous n’avons pas seulement accompli notre tâche lorsque nous avons fait tout cela, comme vous l’avez très bien fait. Nous devons, dans tout notre travail, réunir ces trois facteurs de l’action communiste, de l’action marxiste, pour ainsi dire : la propagande, l’action, l’organisation. Ils sont inséparables. Dans chaque occasion, dans chaque épisode de la lutte sociale dans laquelle un petit groupe de travailleurs exploités se dresse pour poser la question de ses conditions d’existence, notre propagande doit intervenir et dire quelque chose. Elle doit expliquer que le communisme est le développement de la lutte naturelle de classe, et elle doit donner à ce groupe d’ouvriers un peu plus de conscience et de vie ; mais elle ne doit pas seulement cela. Il ne suffit pas aux communistes d’éclairer les cerveaux ; ils doivent encore systématiquement organiser ces groupes en armées rangées en bataille parmi la classe ouvrière tout entière. Et cette organisation n’est pas seulement l’organisation intérieure de notre parti, de nos fédérations, de nos sections, dans lesquelles nous ne pouvons appeler que les militants les plus éclairés, les ouvriers qui ont déjà compris nos principes et nos méthodes, nous devons avoir égard aussi à l’organisation susceptible de rallier au parti lui-même organisé sur le terrain politique, les groupes de la classe ouvrière qui ont déjà accepté l’ensemble de nos méthodes de lutte, qui ne sont pas en mesure de devenir des militants du parti, mais qui peuvent tout de même grossir les troupes révolutionnaires dans les moments décisifs.

Il faut résoudre ce problème immense de l’organisation, pour rallier à notre parti – cerveau qui donne la conscience, organisation puissante qui donne l’initiative des mouvements et qui appelle à la lutte et à la bataille – pour rallier à notre parti organisé, la grande masse du prolétariat français, aussi bien des paysans que des ouvriers de façon que ce grand parti puisse appeler le prolétariat tout entier à la bataille décisive, à la lutte révolutionnaire suprême.

Mais je reconnais qu’il est plus facile de venir dire ces choses à cette tribune, que de résoudre toutes les difficultés de votre situation. C’est là votre tâche, camarades ! L’Internationale Communiste la suit ; elle y participe ; nous y participons tous, permettez-moi de vous le dire, et d’espérer, camarades français, que vous suivrez l’exemple de vos camarades des autres pays. La collaboration à l’Internationale ne doit pas être le mensonge hypocrite qui était celui de la 2° Internationale. La 3° Internationale doit être un fait vivant et non une formule qu’on affiche dans des programmes, et dans des articles, ou qu’on proclame dans des discours. La participation à la 3° Internationale doit être une réalité qui se manifeste en action dans toutes les organisations, dans toutes les fédérations, dans toutes les sections. Cette chose, que vous savez mieux que moi, vous est dite par le représentant d’un pays communiste très proche et qui a besoin de vous pour lutter. Nous avons besoin de travailler ensemble. La lutte du prolétariat italien et du prolétariat français doit être la même, parce que la bourgeoisie de votre pays, comme du nôtre, est notre ennemi commun.

Nous devons réaliser l’unité de front de l’Internationale Communiste, dans la lutte communiste. L’Internationale Communiste vous donne le matériel pour cette œuvre, dans les résolutions de ses Congrès internationaux. Ces résolutions valent d’être acceptées et revendiquées par votre Congrès , surtout en ce qui concerne l’action syndicale. Elles valent d’être appliquées par vous de la manière la plus étroite, aux difficultés d’une situation très délicate qui comporte une somme immense de responsabilité.

En Italie, nous avons aussi une situation difficile, dure, âpre. Mais c’est une situation particulière. Ici, vous avez une situation qui n’est pas claire. Vous pourrez la rendre plus claire par vos affiches, et demain, par les méthodes du communisme. (Applaudissements).

La situation syndicale

Particulièrement en ce moment, c’est un problème formidable devant la situation syndicale française. Hier, il y avait une organisation syndicale unie ; aujourd’hui, nous sommes en présence d’une scission qui est peut-être un fait accompli.

La situation a changé et elle a changé les données qui doivent vous servir à dresser la politique syndicale de votre parti qui doit se mêler de faire de l’économie prolétarienne. (Applaudissements).

Il faut le dire hautement, parce que dans le développement de la situation économique et des épisodes de la lutte économique de chaque groupe d’hommes, il y a des données permettant de bâtir l’action d’ensemble, l’action politique qui devra rassembler toutes ces forces dans une lutte commune.

Maintenant, personne ne pourra dire, dans l’Internationale, que vous n’avez pas agi avec clairvoyance dans votre tactique syndicale. Vous avez des buts communs avec une tendance du mouvement ouvrier qui n’est pas certainement une tendance de traîtres, d’opportunistes, mais qui est une tendance qu’au point de vue révolutionnaire, on doit saluer, du haut de cette tribune : la tendance des syndicalistes révolutionnaires de gauche.

Vous avez raison de travailler coude à coude avec ces camarades parmi lesquels il y a une majorité immense de braves ouvriers qui devront être gagnés à nos véritables méthodes dans la lutte contre les réformistes de la C.G.T.

Mais vous ne devez pas cacher que vos principes ne sont pas les principes syndicalistes révolutionnaires ; que vos méthodes ne sont pas les mêmes méthodes ; que vos buts coïncident pour le moment, mais qu’il faut se préparer à d’autres tâches et que la tâche du Parti Communiste n’est pas seulement un plan pour aujourd’hui, mais d’avoir un plan des possibilités de son action dans les différentes perspectives qui peuvent se présenter.

Vous devez vous attendre à un changement dans vos rapports avec les syndicalistes révolutionnaires. Le syndicalisme révolutionnaire, ce n’est pas le communisme, ni au point de vue des méthodes, ni au point de vue des principes. Ce n’est pas que la différence se borne aux déclarations de ces camarades révolutionnaires quand on est sur le terrain économique et n’entrant pas dans le terrain politique. Le Parti Communiste ne peut pas accepter cette distinction qui n’a aucune valeur. En réalité, le syndicalisme est une politique du mouvement syndical, et le communisme est une autre politique du mouvement syndical. (Applaudissements).

Il y a une méthode de travail syndicaliste dans le syndicat et il y a une méthode de travail communiste dans les mêmes syndicats. Alors, camarades, il faut que vous fassiez comprendre vos principes et vos doctrines dans votre propagande et dans votre agitation, comme vous avez commencé à le faire vis-à-vis de la doctrine et des principes des syndicalistes que nous respectons. Ils ont une conception différente de la nôtre du développement de l’histoire, et ils ont une critique différente de la société capitaliste ; ils tracent un processus différent de l’émancipation prolétarienne. Il faut éclaircir devant le prolétariat ces différences et faire au sein des syndicats, la propagande en faveur de nos propres doctrines, de nos méthodes et de nos perspectives du développement du prolétariat qui pousse à l’action politique, à l’intervention des partis dans la lutte, à la dictature du prolétariat et à la constitution des conseils ouvriers et paysans.

Il faut soutenir l’entente, dès que la situation l’exigera, mais sur une base théorique clairement posée dès le premier moment, car il faut se préparer à l’avance à des différences positives et à la pratique de méthodes différentes entre vous et les camarades syndicalistes révolutionnaires.

On dit qu’il y a, dans les thèses de l’Internationale Communiste, une formule choquante pour les ouvriers français, celle de subordination ou d’asservissement. C’est une formule a priori qui est simplement ridicule ; mais un marxiste ne doit renoncer au droit de pénétrer le mouvement syndical de son esprit révolutionnaire, de travailler les militants des syndicats et de tâcher d’obtenir de son autonomie et de son indépendance que l’organisation syndicale vote pour le plan du Parti Communiste et dise au Parti Communiste que spontanément ces ouvriers syndicalistes révolutionnaires sont prêts à marcher dans l’action unitaire de la révolution sociale. (Applaudissements).

Voilà une méthode à laquelle un Parti Communiste ne peut pas renoncer ; il est possible que demain, cette méthode, encore, soit choquante ; mais nous ne sommes pas des sectaires et nous ne croyons pas, nous-mêmes, qu’il y a quelque chose d’absolu.

Nous nous rendons compte de la complexité du mouvement révolutionnaire. Aujourd’hui, vous pouvez avoir raison et vous pouvez avoir tort demain. L’essentiel est que sans y passer, on ne laisse pas passer l’heure de la révolution, et sans entente, on risquerait de n’arriver jamais à son accomplissement.

Si délicate que soit la question syndicale et quelles que soient les différences qui existent entre syndicalistes et communistes, nous devons nous unir coûte que coûte. Les syndicalistes, d’ailleurs, ont toujours fait l’unité en France, mais en plaçant la question sur le terrain de la doctrine et en luttant contre l’opportunisme de Jouhaux et compagnie.

Partout ailleurs, en Allemagne, en Italie, en Hollande, dans tous les autres pays, le syndicalisme dit que le syndicat économique ne doit pas prendre tous les ouvriers, mais la partie la plus révolutionnaire des ouvriers. Il est logique dans cette affirmation, puisqu’il veut créer des éléments d’avant-garde, et qu’il croit que le syndicat lui-même doit être un terrain de développement des consciences révolutionnaires. Mais si, par ce fait même – qui peut se présenter en France – il condamne une partie du prolétariat à rester en dehors de la l’organisation syndicale, cela ne démontre pas que puisse se développer ainsi la vie du mouvement syndicaliste pur.

Il y a un sentiment de scission entre les syndicalistes et cependant, tous se déclarent pour l’unité. Nous autres communistes, nous sommes pour le syndicat unitaire, sans condition préalable aucune, sans condition qu’il soit dirigé par les communistes ou que la majorité soit communiste. Non, nous demandons l’unité de l’organisation syndicale, sans aucune réserve.

Chez nous, l’unité n’est pas perdue ; nous nous résignons à laisser le mouvement syndical entre les mains des réformistes et des anarchistes, mais parce que nous savons très bien que c’est le terrain véritable d’où jaillira, d’une façon irrésistible, le rapprochement de tous les ouvriers sous le drapeau communiste.

Un programme d’action

J’ai assez longuement parlé, camarades. En soulevant certaines considérations d’ordre théorique, je n’ai pas voulu choquer certaines traditions légitimes, mais simplement aborder, effleurer toutes les questions, puisque l’Internationale Communiste a le droit et le devoir de prévoir les conditions véritables que peut présenter la situation internationale ; mais je suis sérieusement gêné dans ce Congrès qui devra lui-même envisager la question de la préparation révolutionnaire du prolétariat français, de cette fraction marxiste, qui est une fraction réaliste, à laquelle vous devez tracer un programme qui ne soit pas seulement un programme théorique, mais un programme d’action indiquant les moyens avec lesquels nous parviendrons à rapprocher le prolétariat entier dans la lutte révolutionnaire.

Je suis sûr que des travaux de ce Congrès sortiront des résolutions d’accord avec les méthodes de l’Internationale Communiste et intéressantes pour tout le mouvement communiste international.

J’ai fini. Je garderai toujours en moi-même satisfaction d’avoir été parmi vous et je rapporterai l’expression de votre solidarité et de votre enthousiasme aux travailleurs de mon pays. Nous nous efforcerons d’exposer le plus fidèlement possible vos travaux au Comité Exécutif.

Nous n’avons pas besoin de vous demander autre chose que la continuation du travail immense que vous accomplissez chaque jour et qu’accomplissent toute vos sections, dans une synthèse générale de votre conscience, de votre foi, de votre enthousiasme.

Vous vous annoncez aux communistes du monde entier dans les affirmations que je viens d’exposer.

Camarades du Parti Communiste français, nos adversaires crient à la défaite de l’Internationale Communiste et de la Révolution mondiale. Crions-leur que ce n’est pas vrai. Déclarons que l’Internationale Communiste est une force réelle qui ne manquera pas de se mettre à la tête du prolétariat du monde entier.

La révolution mondiale n’est pas une chimère de notre pensée, mais une chose réelle, vivante. Camarades, vive la Révolution mondiale ! (Vifs applaudissements).

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