1922-07 Lettre à Humbert-Droz [Dunois]

Source :Jules Humbert-Droz / L’ « œil de Moscou » à Paris (1964).

Paris le 5 juillet 1922

Cher camarade,
D’où Souvarine peut-il bien tenir les renseignements sur lesquels se fonde son rapport au Présidium ? Je me le demande avec une certaine inquiétude. Quels peuvent bien être les camarades qui, dans l’intérêt d’une politique qui n’est certainement pas celle de l’Exécutif, s’efforcent de créer de tels malentendus ?
Puisque tu as bien voulu en appeler à mon témoignage, je te répondrai avec toute la netteté dont je suis capable.
1. Soit chez moi, soi à l’Humanité, soit au parti, nous n’avons cessé, toi et moi, de nous concerter et de marcher d’accord, sur la base de la politique délibérée par l’Exécutif : union, contre la droite, de la gauche et du centre.
2. Je ne sache pas que tu aies systématiquement évité aucun camarade de la gauche. Je sais par contre que certains camarades de la gauche, d’une vive susceptibilité, se sont parfois formalisés de ne pas te voir travailler exclusivement avec la gauche. Ils avaient tort. Ta mission n’est pas de travailler avec la gauche et rien qu’avec elle, mais de rapprocher et d’unir le centre et la gauche., ce qui implique naturellement une certaine collaboration avec les éléments du centre.
3. Non, tu n’as pas entendu que le son de cloche du centre. Tu as entendu toutes les cloches, même la cloche de droite.
4. Il est exact que d’assez nombreux camarades croient à la nécessité d’un Livourne1 français. J’y ai cru moi-même quelque temps (dans l’intervalle des deux Exécutifs élargis). Je crois maintenant que nous réussirons peut-être à en faire l’économie. Mais je n’en puis beaucoup vouloir à ceux des nôtres qui ne partagent pas mon expérience. Toute la politique que nous voulons faire ne peut aboutir que si Frossard y collabore énergiquement. Or, beaucoup manquent de confiance en Frossard, non seulement dans son énergie, mais encore dans sa sincérité, ou, si tu préfères, dans sa continuité d’esprit.
5. Toute ton activité a tendu au rapprochement de la gauche et du centre et pas un instant je n’ai eu l’impression que tu aies encouragé les centristes à persévérer dans leur politique d’atermoiements. Il a fallu user jusqu’ici de certains ménagements diplomatiques ; si tu l’as fait, j’estime que tu as bien fait. L’heure va venir, j’en suis sûr, où il faudra parler avec une fermeté accrue : je pense bien que tu n’y manqueras pas.
A toi, cordialement.

Amédée Dunois.

Tu peux faire de ma lettre l’usage qu’il te plaira.

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