1926-11 Les "Cinq Points de Bordiga"

Paru dans Contre le courant N°12 (28 juin 1928).

Il est souvent question dans les publications de l’Opposition de ce que l’on appelle les ‘Cinq points de Bordiga". Il s’agit de cinq propositions formulées par le camarade Bordiga le 24 novembre 1926 pour préciser sa position à l’égard de la crise du Parti russe et de l’Internationale. Nous croyons utile de placer le texte de ces cinq propositions sous les yeux de nos camarades comme un élément de discussion important.

1° Les positions de la Gauche russe à propos des directives de la politique d’État du P.C.R. sont partagées par nous-mêmes. La directive soutenue par la majorité du C.C. est combattue par nous comme un acheminement vers la dégénérescence du P.C. et de la dictature prolétarienne, qui conduit en dehors du programme du marxisme révolutionnaire et du léninisme. Dans le passé, nous n’avons pas combattu la politique d’État du P.C.R. tant qu’elle est restée sur le terrain correspondant à deux documents: le discours de Lénine sur l’impôt en nature et le rapport de Trotsky au IV° Congrès mondial. Nous acceptons les thèses de Lénine du II° Congrès;

2° Les positions de la Gauche russe sur la tactique et la politique du Comintern – à part la question des responsabilités passées de beaucoup de ses membres – sont insuffisantes. Elles ne s’approchent pas du tout [de] ce que nous avons dit depuis le début de l’I.C. sur les rapports entre Partis et masses, entre tactiques et situations, entre Partis communistes et autres Partis soi-disant ouvriers, et sur l’évaluation de l’alternative de la politique bourgeoise. Elles se rapprochent davantage, mais pas encore complètement, sur la question des méthodes de travail de l’I.C. et sur l’interprétation et le fonctionnement de la discipline intérieure et du fractionnisme. Les positions de Trotsky sont satisfaisantes sur la question de la Révolution d’Octobre 23 en Allemagne, comme est aussi satisfaisante son analyse sur la présente situation mondiale. On ne peut pas en dire autant des rectifications de Zinoviev sur la question du front unique et de l’I.S.R. et sur d’autres points, qui n’ont qu’une valeur occasionnelle et contingente et ne donnent aucune garantie à une tactique d’éviter les erreurs passées;

3° Étant donné la politique de pression et de provocation des dirigeants de l’I.C. et de ses sections, toute organisation de groupe nationale ou internationale contre la déviation "à droite" présente des dangers scissionnistes. Il ne faut pas vouloir la scission des Partis et de l’I.C. Il faut laisser s’accomplir l’expérience de la discipline artificielle et mécanique, la suivre dans ses absurdes procédures jusqu’où il sera possible, sans jamais se solidariser avec les courants prévalants. Les groupes idéologiques ayant une position "de gauche" traditionnelle et complète, ne peuvent pas se solidariser inconditionnellement avec l’Opposition russe, mais ils ne peuvent pas condamner sa récente "soi-disant"‘ soumission; elle n’a fait ainsi aucun compromis, mais elle a seulement subi des conditions hors desquelles la seule alternative était la scission. La situation objective est encore telle que – pas seulement en Russie – être chassé en dehors des cadres du Comintern signifie avoir moins de possibilités de modifier le cours de la lutte des classes ouvrières que celles qu’il y a à l’intérieur même de ces cadres;

4°On ne saurait admettre, en tout cas, une solidarité et une communion de déclarations politiques avec des éléments comme Fisher et Cie qui ont, en Allemagne et dans d’autres pays, des responsabilités toutes récentes de direction suivant une tactique "droite-centriste" et dont le passage à l’opposition coïncide avec l’impossibilité pour eux de conserver la direction des Partis d’accord avec le Centre de l’I.C. ou avec des critiques faites dans l’I.C. à leur activité. Cela serait incompatible avec la défense d’une nouvelle méthode et d’un nouveau cours dans le travail de l’I.C. qui doit succéder à celle de la manoeuvre à type parlementaire-fonctionnariste.

5° Avec tous les moyens qui n’excluent pas le droit de vivre à l’intérieur des Partis et de l’I.C. doit être dénoncé le courant prévalant comme conduisant à l’opportunisme et contrastant avec les principes programmatiques de l’I.C. Il peut y avoir des groupes différents de nous qui ont le droit de défendre leurs thèses à condition qu’ils se posent le problème de rechercher les défaillances initiales, non théoriques, mais tactiques, organisatives et disciplinaires qui ont rendu la III° Internationale encore susceptible d’un danger de dégénérescence.

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