1934-10 L’insurrection des Asturies
Nous mettons pour l’instant en ligne l’avant-propos de l’auteur à la traduction française parue en 1972 et la préface de Joaquin Maurin à la première édition espagnole en 1935.

Communication de Manuel Grossi
pour l’édition française de
L’Insurrection des Asturies
Les faits historiques rapportés dans ce livre auraient pu changer intégralement les bases politico-économiques de la péninsule ibérique en octobre 1934, si, alors que le fascisme faisait ses premières tentatives pour s’emparer de l’appareil de l’Etat, ce à quoi il était arrivé en partie, toutes les organisations ouvrières de l’Espagne avaient répondu, les armes à la main, de la même manière et avec le même courage que le prolétariat asturien, dans l’unité, a su faire sous le contrôle et la direction de l’Alliance ouvrière révolutionnaire. Il n’en fut pas ainsi. C’est de ce drame, l’abstention des anarcho-syndicalistes hors de la région asturienne, le faux courage des républicains et jusqu’au vote négatif d’une partie de la direction de l’Union générale des Travailleurs et du Parti socialiste ouvrier espagnol, lequel, ni hier ni aujourd’hui, n’a vu d’un oeil favorable l’héroïque décision des travailleurs des Asturies en octobre 1934, que dérivent les désatreuses conséquences dont le peuple espagnol souffre depuis plus de trente-sept ans.
Les Asturies ont toujours été une des régions d’Espagne où la classe ouvrière a eu une préparation, tant politique que syndicale, des meilleures. La Confédération nationale du Travail (tendance anarchiste) et l’Union générale des Travailleurs (socialiste) étaient auparavant et continuent d’être aujourd’hui, malgré les incessantes difficutés de la clandestinité et la dure répression que subissent tous les jours les ouvriers de cette région, les deux organisations de base solidement enracinées par de multiples et dures batailles contre le patronat minier et métallurgique. De la même manière on doit mentionner la ferme stabilité du Parti socialiste ouvrier espagnol, organisation fortement implantée dans les milieux ouvriers de la région asturienne, avec une exclusivité politique quasi-totale dans le bassin houiller. D’où il découle que la presque totalité des travailleurs des mines, peut-on dire, a reçu une éducation sociale très profonde, par le biais du Syndicat mineur asturien (U.G.T.) dont la tendance est socialiste en tout et pour tout.
La formation de l’Alliance ouvrière des Asturies
Au mois de mars 1934 se tient au Centre des Sociétés ouvrières d’Oviedo une assemblée de toutes les organisations ouvrières de la région des Asturies, convoquée par la Confédération régionale du Travail des Asturies, Léon et Palencia, d’influence anarcho-syndicaliste, et par l’U.G.T.
La principale mission de cette réunion, convoquée par des socialistes et des anarcho-syndicalistes, est d’arriver à l’unité d’action de toutes les forces ouvrières des Asturies moyennant la création d’un organisme unitaire et de combat, l’Alliance ouvrière révolutionnaire, dans les Asturies. L’A.O.R., quant à ses positions de base, pourrait ainsi être définie en quatre points :
- Comme organe d’unité d’action.
- Comme centre de propagande unitaire et de mutuelle compréhension entre les organisations contractantes.
- Comme organe de préparation militaire.
- Comme organe de pouvoir politique et économique.
Ces positions de base de l’A.O.R. devenaient d’une urgente nécessité puisque la marche forcée des forces réactionnaires et fascistes les portait à pas de géant vers la prise du pouvoir, d’où elles auraient étouffé, jusqu’au moindre bourgeon, les libertés octroyées par la République. Ce qui est sûr, c’est que la véritable responsabilité de ce qui se produisait retombait sur l’ensemble des groupes dits républicains ainsi que sur la tendance dite droitière du P.S.O.E., non moins responsable d’avoir galvanisé les forces réactionnaires, et par conséquent responsable de l’échec de la République. C’est si vrai qu’on facilitait l’oubli de la répression qui frappait le mouvement ouvrier révolutionnaire, alors qu’on oubliait que les fascistes étaient en train de nourrir leurs petits fauves. C’est pourquoi les ouvriers asturiens s’étaient rassemblés afin de barrer la route à la réaction, pour aller à la lutte afin de prendre le pouvoir et donner vie à une société socialiste, seule garantie de l’affer-missement de la liberté et de l’amélioration des conditions économiques des classes salariées.
A l’appel de l’U.G.T. et de la C.N.T. des Asturies accoururent le Parti socialiste ouvrier espagnol, le Syndicat mineur asturien, le Bloc ouvrier et paysan, la Gauche communiste, les Jeunesses socialistes, les Jeunesses libertaires et le Parti communiste d’Espagne (section des Asturies),
Les deux organisations proposantes, C.N.T. et U.G.T., avaient tenu quelques réunions préparatoires et étaient arrivées à un accord de principe sur les bases d’un pacte d’unité d’action. Le pacte, porté en partie à la connaissance des organisations présentes, est accepté à l’unanimité, sauf le Parti communiste et c’est presque normal qui, comme toujours lorsqu’il s’agit d’unité d’action de la classe ouvrière et que la direction ne tombe pas entre ses mains, manifeste sa désapprobation par une opposition hermétique, entreprenant une action contre-révolutionnaire dénuée de tout sérieux. Si le P.C.E. avait été majoritaire dans les Asturies, en raison de ses positions politiques aux ordres de la Russie, la Révolution des Asturies de 1934 ne se serait jamais produite.
Pacte d’Alliance ouvrière des Asturies
Voici le Pacte et les bases qui mentionnent les termes du compromis passé entre les organisations signataires :
« Les organisations soussignées U.G.T. et C.N.T. conviennent entre elles de reconnaître que, face à la situation économique et politique du régime bourgeois d’Es-pagne, Faction unitaire de tous les secteurs ouvriers s’impose avec l’objet exclusif de promouvoir et de mener à bien la révolution sociale. A telle fin chaque organisation signataire s’engage à accomplir les termes de l’engagement fixés ainsi dans ledit pacte :
1) Les organisations signataires de ce pacte travailleront d’un commun accord jusqu’au triomphe de la révolution sociale, établissant alors un régime d’égalité économique, politique et sociale, fondé sur des principes socialistes fédéralistes.
2) Pour parvenir à cette fin, on constituera à Oviedo un Comité exécutif représentant toutes les organisations ayant adhéré au dit pacte, qui agira en accord avec un autre de type national et d’un caractère identique répondant aux nécessités de Faction générale à développer dans toute l’Espagne.
3) Comme conséquence logique des conditions 1) et 2) du dit pacte, il est entendu que la constitution du Comité national est une prémisse indispensable (au cas où les événements se déroulent nomalement) pour entreprendre toute action en relation avec l’objectif de ce pacte, pour autant que ce pacte s’efforce et prétende à la réalisation d’un fait national. Ce futur Comité national sera le seul habilité à pouvoir ordonner au Comité qui s’installera à Oviedo les opérations à entreprendre
en relation avec le mouvement qui éclatera dans toute l’Espagne.
4) Dans chaque localité des Asturies sera constitué un Comité qui devra être composé par des délégations de chacune des organisations signataires de ce pacte et par celles qui, apportant leur adhésion, seront admises dans le Comité exécutif (1).
5) A partir de la date de signature de ce pacte cesseront toutes les campagnes de propagande qui pourraient gêner ou aigrir les relations entre les diverses parties alliées, sans pour cela signifier l’abandon du travail serein et raisonnable entrepris au compte des diverses doctrines préconisées par les secteurs qui composent l’Alliance ouvrière révolutionnaire, et conservant, à telle fin, leur indépendance organique.
6) Le Comité exécutif élaborera un plan d’action qui, moyennant l’effort révolutionnaire du prolétariat, assurera le triomphe de la révolution dans ses différents aspects, et sa consolidation selon les normes d’une convention à établir préalablement.
7) Deviendront des clauses additionnelles au présent pacte tous les accords du Comité exécutif, dont l’observance est obligatoire pour toutes les organisations représentées, ces accords étant de rigueur tant durant la période préparatoire de la révolution qu’après le triomphe, étant bien entendu que les résolutions du dit Comité s’inspireront du contenu du pacte.
8) L’engagement contracté par les organisations soussignées cessera lorsqu’aura été implanté le régime signalé à l’alinéa 1, avec ses organes propres, élus librement par la classe ouvrière et par le procédé qui a régi l’oeuvre de ce pacte.
9) Considérant que ce pacte constitue un accord des organisations de la classe ouvrière pour coordonner leur action contre le régime bourgeois et l’abolir, les organisations qui auraient une relation organique avec des partis bourgeois les rompront automatiquement pour se consacrer exclusivement à parvenir aux fins que détermine le présent pacte.
10) De cette Alliance révolutionnaire fait partie, pour être préalablement en accord avec le contenu de ce pacte, la Fédération socialiste asturienne.Asturies, 28 mars 1934 »
Malgré le courant révolutionnaire qui se manifestait parmi les niasses ouvrières en faveur de l’Alliance ouvrière révolutionnaire, il faut remarquer que, de février à octobre 1934, le Parti communiste a pris parti contre l’Alliance aussi bien à travers la presse qu’à la tribune arrivant même à publier un manifeste contre l’unité qui, entre autres insanités, disait à la fin :
« Travailleurs, ne vous laissez pas abuser par le chemin de l’unité. Vos chefs vous trahissent. L’Alliance ouvrière est le nerf de la contre-révolution. A bas l’Alliance ouvrière de la trahison ! ».
C’est ce qu’écrivait le P.C. vingt-quatre heures avant que s’engage l’action révolutionnaire. C’est-à-dire le 4 octobre 1934.
Plus tard, lorsque le mouvement a éclaté, dans la matinée du 5, ces mêmes éléments du P.C. faisaient un mea culpa pour leurs erreurs et sollicitaient leur entrée dans l’Alliance ouvrière révolutionnaire, qui, comme par magie, et du soir au matin et peut-être sur l’ordre des tovaritch du Kremlin, avait cessé d’être le « centre nerveux de la contre-révolution ». Que de contrastes violents réserve la vie !
Ce qui est sûr, c’est que les communistes, une fois dans les rangs de l’Alliance ouvrière, ont lutté dans les Asturies avec un très grand courage, comme nous avons, nous tous, combattants de cette bataille, lutté. Mais ce qu’il est nécessaire de mettre au clair, c’est que toute l’action du P.C. a été liée à une tendance partisane prononcée qui, parfois, outre qu’elle faussait les bases de l’unité, était absolument détestable pour la cohésion de l’unité militaire au combat.
Composition du Comité exécutif régional de l’Alliance ouvrière des Asturies
Voici la composition du Comité exécutif régional de l’Alliance ouvrière des Asturies qui a dirigé la lutte révolutionnaires des quinze jours de Révolution socialiste :
Président : Bonifacio Martin, représentant le P.S.O.E. et l’U.G.T., militant socialiste avisé, fusillé aux alentours de Lugones, à six kilomètres d’Oviedo, par les troupes qui opéraient sous les ordres du général Lopez Ochoa. Vice-président : Manuel Grossi, représentant le Bloc ouvrier et paysan et la Gauche communiste.
Secrétaire : José Maria Martinez, représentant de la Confédération régionale du Travail des Asturies, Léon et Palencia (C.N.T.). trouvé mort aux alentours de Sotiello, village éloigné de Gijón de huit kilomètres, le 12 octobre 1934. La mort de cet homme, exemplaire, sincère et loyal révolutionnaire, difficile à égaler, renferme un mystère que seuls ses plus proches compagnons pourraient éclaircir.
Trésorier : Graciano Antuna, représentant le Syndicat mineur asturien (U.G.T.), fusillé par les prétendus nationalistes d’Oviedo en 1936, après avoir subi d’horribles tortures. Ce grand combattant et mineur socialiste a su mourir en toute dignité comme seul savent mourir les fils de la mine de ces lyriques et héroïques terres asturiennes.
Etaient également membres du Comité exécutif régional de l’A.O. des Asturies au nom du P.S.O.E. et de l’U.G.T. ; Amador Fernandez Montes, Ramon Gonzales Pena, Belarmino Tomas Alvarez, et Perfecto Gonzalez, ce dernier fusillé par les forces franquistes en 1942, après avoir parcouru pendant quatre ans les montagnes des Asturies, les armes à la main, avec quelques dizaines de guérilleros révolutionnaires en lutte serrée contre le régime répressif qui domine l’Espagne. Pour la C.N.T., avec José Maria Martinez, faisaient aussi partie du Comité exécutif régional de l’A.O. : Horacia Argüelles et Avelino Entrialgo.
Pour le Comité du B.O.C. et de la Gauche communiste, Marcelino Magdalena et José Prieto, avec l’adhésion de la Jeunesse communiste ibérique, étaient membres du Comité de l’A.O. à titre consultatif.
Les Jeunesses socialistes étaient représentées par : Angel Fierro et Rafaël Fernandez.
Les Jeunesses libertaires avaient adhéré, représentées par les compagnons de la C.N.T. ci-dessus mentionnés. Javier Bueno, le grand journaliste directeur du journal socialiste Avance, était chargé de la propagande écrite. Cet homme de grande valeur sous tous les aspects, a été condamné à la peine de mort par le garrot, châtiment de droit commun, et exécuté publiquement à Madrid en 1939.
Enfin, n’oublions pas également que le Parti communiste, une fois incorporé à la lutte, a fait partie de la direction de l’Alliance ouvrière.
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Et maintenant, cher lecteur, comme point final à cette communication, il faut que tu saches que le manuscrit du journal des événements de l’Insurrection des Asturies (Quinze jours de Révolution socialiste) a été écrit avec le sang des mineurs asturiens, deux mois à peine après la fin des combats, dans les caves de la Maison du peuple de Mieres, convertie en prison et centre de torture et de martyr de ces hérauts parias du sous-sol, les mineurs des Asturies qui avaient perdu une bataille dans leur marche ferme vers la révolution socialiste, sans avoir cessé un seul instant de croire en la victoire.
Il est certain que tous les récits, quand ils sont nés de mouvements révolutionnaires, sont rédigés de manière bien mouvementée. Et mon manuscrit, l’Insurrection des Asturies, a, lui-aussi, son histoire. Les heures durant lesquelles il a été écrit ne pouvaient être plus sombres. La répression était d’une rare ampleur. C’est pourquoi les feuillets écrits sortaient de la prison au fur et à mesure, comme on pouvait, bravant toutes sortes de périls propres à la période, car, être découverts dans la pratique de ce petit jeu, c’était s’exposer à la mort. Des compagnons éprouvés, en relation avec ma famille, étaient chargés de faire parvenir mes écrits à Barcelone, où par des moyens également clandestins, les membres du Comité exécutif, Germinal Vidal, Miguel Pedrola, Wilebaldo Solano, et Galo de la Jeunesse communiste ibérique les remettait à la direction de mon parti, le Bloc ouvrier et paysan, cette même direction qui, après une lettre et une conversation particulière, m’a demandé mon accord pour donner forme de livre à mon manuscrit. C’est donc ainsi qu’est paru le récit des événements de la Révolution des Asturies de 1934.
Le cri de cet octobre socialiste : U.H.P. (Unies, Hermanos Proletarios ! — Union, Frères Prolétaires !) reste aujourd’hui plus vivant que jamais dans la conscience collective des vaillants travailleurs asturiens. Il est certain que la leçon a été très dure et très sanglante, mais aussi hautement éducative pour la jeunesse révolutionnaire qui lutte en avant-garde pour une société socialiste où la justice et la liberté seront plus humaines, plus accessibles et plus fraternelles entre tous les salariés du monde.
Manuel GROSSI. Brignoles, avril 1971.

Groupe de mineurs de El Pisón

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Préface de Joaquin Maurin
au livre L’Insurrection des Asturies de Manuel Grossi (1935)
pdf disponible sur MIA ici.
Qui est Manuel Grossi, demanderont certainement la plupart des lecteurs.
En effet, le nom de Grossi n’est pas connu dans la république des lettres. Ce n’est ni un romancier, ni un essayiste, ni un journaliste. Grossi n’est pas un écrivain.
C’est un mineur, un révolutionnaire. C’est un des insurgés des Asturies. Il a été l’un des principaux dirigeants de cette héroïque épopée. Grossi, inconnu des milieux intellectuels, ne l’est cependant pas des travailleurs asturiens. Son nom est étroitement lié à ceux de Bonifacio Martin, José Maria Martinez et Gonzalez Peña.
Au cours du printemps 1934, se constitua dans les Asturies l’Alliance ouvrière. Le Parti socialiste, l’Union générale des Travailleurs avec sa section décisive dans les Asturies : le Syndicat mineur asturien, la Confédération régionale du Travail des Asturies, Léon et Palencia, la Gauche communiste, le Bloc ouvrier et paysan, en faisaient partie.
Le camarade Manuel Grossi fut nommé délégué du Bloc ouvrier et paysan au sein du Comité régional de l’Alliance ouvrière.
L’Alliance ouvrière, durant les premiers temps de son existence, s’adonna à un travail de propagande. Les mineurs des bassins miniers de Mieres et Langreo se sentirent encouragés de voir que le Front unique était un fait réel, indiscutable.
Le 1er mai fut déjà une annonce des journées épiques d’octobre. A Mieres et à Sama, les deux grands centres du bassin minier, eurent lieu des meetings qui furent une démonstration éclatante de la marche vers le front unique. Les mineurs, comprenant intuitivement la gravité de la situation politique, imposaient un embrassement cordial de toutes les fractions ouvrières : plus de séparation, plus de fractionnement. Unité des efforts !
Celui qui écrit cette Préface participa en tant qu’orateur à ces deux meetings, et put constater personnellement la force immense de tous ces travailleurs de la mine qui, se sentant unis, formaient un bloc compact.
L’été fut dans les Asturies, plus que dans le reste de l’Espagne, temps de grande préparation. Les travailleurs des Asturies ne sont pas des dilettantes. Ils agissent toujours sérieusement. Le prolétariat asturien est indiscutablement la poutre solide du mouvement ouvrier espagnol. Quand il élabore un plan, il le réalise. Rien ni personne ne peut détruire ce qu’il a dans la tête. Il marche vers le but d’un pas sûr, décidé. Il a conscience de sa force.
En septembre, les forces réactionnaires tentèrent de se concentrer à Covadonga. Elles voulaient, symboliquement, donner l’impression qu’elles partaient de ces rocs légendaires à la conquête de l’Espagne comme l’avaient fait, il y a des siècles, les Goths et les Chrétiens. Mais les mineurs étaient là, et les projets réactionnaires avortèrent. La concentration de Covadonga fut un vrai fiasco. Les travailleurs asturiens gagnèrent une importante bataille. Ils étaient invincibles.
Vint octobre. Et les Asturies s’insurgèrent. Durant quinze jours, les mineurs, les armes à la main combattirent sans désemparer.
Quelle importance aura l’insurrection asturienne dans le déroulement futur des événements politiques dans notre pays ?
Il est difficile de faire des pronostics. Nous avons trois expériences antérieures dans notre propre pays qui, si elles ne sont pas absolument comparables, peuvent nous servir d’enseignement. Il est certain que l’histoire ne se répète pas exactement, mais les lois des mouvements révolutionnaires, de leurs causes et conséquences sont indiscutables et doivent être examinées en tant que règles générales possibles.
En 1909, la Catalogne s’insurgea, et plus particulièrement Barcelone. La révolte fut chaotique, sans égaler de loin ce que fut le soulèvement asturien. Le Barcelone ouvrier se dressa contre la politique réactionnaire que représentait le gouvernement Maura-Lacierva (les Lerroux-Gil Robles d’il y a vingt-six ans). Maura et Lacierva triomphèrent ; l’insurrection fut étouffée et les choses reprirent leur cours. Mais la politique qu’incarnaient Mauta et Lacierva fut vaincue. Une période libérale, démocratique commença alors. Période qui vit le mouvement ouvrier dégager sa propre personnalité et se différencier progressivement du vieux républicanisme.
La semaine rouge de juillet 1909 représenta un pas formidable en avant dans la marche de la révolution espagnole et de la classe ouvrière.
En 1917, le mouvement ouvrier et la petite bourgeoisie de notre pays tentèrent une action contre la monarchie : la dite Assemblée des parlementaires et la grève révolutionnaire d’août. Ce fut l’échec. Le gouvernement de Dato-Sanchez Guerra triompha. Cependant, quelques mois plus tard, les vainqueurs étaient mis en déroute.
Le grand développement de l’organisation du prolétariat naît précisément du mouvement de 1917 ? C’est à partir de là que le Parti socialiste prend une véritable importance et que la Confédération nationale du Travail acquiert du prestige.
Deux ans après l’échec de 1917, la classe ouvrière espagnole se trouva en situation de pouvoir vaincre totalement la bourgeoisie. Sa force n’avait point de limite. Mais le manque d’unité révolutionnaire et d’une doctrine révolutionnaire juste incarnée par un parti ouvrier, gâcha des circonstances aussi propices.
En 1930, l’Espagne se trouve de nouveau comme en 1909 et 1917 en période révolutionnaire. A la fin de l’année éclate l’une des plus formidables grèves générales qui se soient jamais produites. Le gouvernement du général Berenguer paraît inamovible. Le mouvement révolutionnaire est jugulé.
Pourtant, quatre mois plus tard, l’ouragan faisait s’écrouler le gouvernement et avec lui la monarchie.
L’écrasement momentané de ces mouvements qui ont un sens progressif, qui possèdent une signification historique, est plus apparent que réel. La défaite constitue très souvent un échelon nécessaire dans l’ascension vers de futurs triomphes. Sans la Révolution russe de 1905 vaincue, il n’y aurait pas eu la victoire de 1917.
Les événements d’octobre 1934 dont le point culminant fut la Commune asturienne ont été le prologue lumineux de la seconde révolution qui immanquablement verra le jour en Espagne.
La situation actuelle : Lerroux, Gil Robles, le « cédisme », l’apothéose réactionnaire, tout cela est purement transitoire, éphémère. Cela passera, balayé par les tempêtes des grandes commotions, sans laisser de traces.
L’Espagne se trouve actuellement – et octobre fut l’expression de cette situation – entre le fascisme et le socialisme. Toute possibilité de stabilisation démocratique bourgeoise a été détruite. La bourgeoisie ne se maintiendra au pouvoir qu’en appliquant implacablement le fer et le feu, c’est-à-dire en évoluant à marches forcées vers le fascisme dont le gouvernement Gil Robles-Lerroux n’est qu’un avant-poste d’observation.
Mais, la classe ouvrière, connaissant maintenant les « délices » du fascisme triomphant en Italie, en Pologne, en Allemagne et en Autriche, consentira-t-elle à sa victoire ? Octobre fut un effort grandiose pour lui barrer le chemin. Nous ne tarderons pas à voir ce qui peut arriver ensuite. Il y a un fait, cependant, qu’il y a lieu de mettre en relief. Le mouvement ouvrier, bâillonné, mis hors-la-loi, persécuté avec fureur comme il ne le fut jamais sous la monarchie, ne se sent pas vaincu. Obligé de se contenir, de rester à l’ombre, il se sent fort, optimiste, refait ses cadres et se prépare à entrer à nouveau dans la bataille.
L’alternative historique : fascisme ou socialisme se résoudra, finalement, dans de rudes combats, dont octobre n’a été que le premier et sûrement pas le plus important.
C’est donc dans ce sens que ce qui est arrivé dans les Asturies durant les quinze jours de l’insurrection a une importance historique capitale.
Grossi nous apporte un document d’une valeur exceptionnelle. Il ne s’agit pas d’un reportage fait d’une plume brillante. Pendant le soulèvement Grossi ne maniait pas la plume, mais le fusil, la bombe et la mitrailleuse. Il n’avait pas le temps de prendre des notes, sinon pour décider, dans les réunions des Comités, de l’action à accomplir et de son exécution en tant que dirigeant responsable.
C’est dans la Maison du peuple de Mieres, convertie en prison, qu’après octobre Grossi a eu le temps de faire un résumé de l’action de ces quelques jours. Ces pages, sèches, mais fortement émouvantes parfois, sont un reflet très intéressant de ces journées chargées d’électricité et illuminées par les explosions de la dynamite. On n’écrira difficilement sur ce qui est arrivé dans les Asturies rien qui, étant une relation vécue, soit comparable au récit de Grossi. Et non pour son caractère littéraire, mais justement parce qu’il n’en a point, étant une traduction fidèle de l’action.
Le camarade Gonzalez Peña, dans la lettre adressée à Grossi qui précède ces pages, dit clairement qu’entre lui et Grossi, en tant que dirigeants tous les deux du mouvement révolutionnaire, il y eut une complète identité avant et durant le mouvement. La même qui sûrement a existé entre Peña et Grossi d’un côté, et Bonifacio Martin, José Maria Martinez et autres dirigeants, de l’autre.
Le document de Grossi puise là sa valeur. Bien qu’écrit par lui, il n’est, en fin de compte, qu’un rapport de guerre des Comités révolutionnaires, résumant la bataille livrée et énonçant les raisons qui ont obligé à démobiliser et à conclure un armistice temporaire.
Manuel Grossi, mineur âgé de 30 ans, dirigeant de l’insurrection asturienne, auteur des pages qui suivent, se trouve actuellement en prison, attendant l’heure de passer devant le Conseil de Guerre qui prononcera certainement la peine de mort.
L’intérêt dramatique s’en trouve encore accru.
Joaquin Maurin
5 juillet 1935
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L’INSURRECTION DES ASTURIES
Quinze jours de révolution socialiste
3 octobre
La crise du gouvernement Samper a grandement surexcité les esprits des travailleurs asturiens. Les rudes visages des mineurs apparaissent préoccupés, inquiets. Ils s’interrogent l’un l’autre du regard, du geste. Que va-t-il se passer?
Dans la soirée, les Centres ouvriers connaissent une affluence extraordinaire. Des milliers de travailleurs y accourent. Atmosphère dense, chargée de fumée et d’électricité. On parle d’une voix forte, presque en criant. Les commentaires tournent, c’est évident, autour de la crise. Comment sera-telle résolue? Formetra-t-on un gouvernement Lerroux? Avec ou sans la Confédération espagnole des droits autonomes (C.E.D.A.)? Telle est la principale préoccupation de tous.
Lerroux ne bénéficie d’aucune sympathie dans les milieux ouvriers. Tous les commentaires lui sont franchement hostiles. Néanmoins, s’il se limite à former un gouvernement républicain, il est plus que probable qu’on ne déclenchera aucune action immédiate contre lui. Ce à quoi on ne peut consentir c’est à l’entrée de la C.E.D.A. dans le gouvernement. Là-dessus, tous paraissent unanimes. La C.E.D.A. non! La participation de la C.E.D.A. au gouvernement serait une première victoire officielle du fascisme. Accepter cela sans résistance, sans lutte, équivaudrait à préparer soi-même sa défaite, son écrasement, sa tombe. Ce serait une complicité.
L’amère expérience des travailleurs allemands est présente à tous les esprits. Cette expérience, les travailleurs espagnols ne la répèteront pas.
A la nuit, le ciel se couvre de nuages noirs. L’orage couve.
4 octobre
Le matin, encore tôt, les rues de Mieres présentent un aspect peu courant. Une extraordinaire affluence de travailleurs. Un besoin avide de nouvelles. Des questions, presque toujours les mêmes. De vifs commentaires. A travers questions et commentaires, la volonté collective, la passion unanime des travailleurs se forment. Les heures passant, la tension des esprits monte. Au-dessus des têtes noires des mineurs, on sent un étrange bouillonnement. cela tient de l’angoisse, de la tragédie et de la menace. Il est l’annonce de grands événements, de glorieuses prouesses collectives qui embellissent l’histoire des peuples.
La foule noire accourt, en quête de nouvelles, à la Maison du peuple. C’est un va-et-vient continu. Les mineurs entrent et sortent comme des abeilles: de la Maison du peuple s’échappe un bourdonnement. La Maison du peuple se substitue au temple et à la caserne. La nouvelle foi et la nouvelle discipline s’y forgent. La vie sociale moderne y afflue et s’y engendre. Les grands événements sociaux, les grands accouchements de l’histoire y couvent. Celui qui désire connaître notre temps et pénétrer l’avenir, qu’ilo regarde du côté des Maisons du peuple!
Aujourd’hui, veille de la bataille, nous nous rendons compte de l’influence qu’exerce l’Alliance ouvrière sur les parias du sous-sol. A.O., ces deux lettres ont acquis un pouvoir magique. Le meeting, la conférence, la réunion publique, le journal, le manifeste les ont popularisées parmi les travailleurs. Elles font, aujourd’hui, partie de leur conscience collective. Ils ont confiance en elles, parce qu’ils ont confiance en eux-mêmes, en leur union, en leur force. En ces instants, gros de danger, les ouvriers mettent tous leurs espoirs dans l’Alliance ouvrière.
Vers sept heures du soir, on apprend la constitution du nouveau gouvernement. Trois ministres de la C.E.D.A. en font partie. Au premier moment, les ouvriers n’arrivent pas à le croire. Comment! Est-ce possible qu’on leur livre ainsi la République? La nouvelle se confirme. L’indignation succède à la stupeur. Les sourcils se froncent et les yeux s’enflamment de colère. Les poings se ferment et se lèvent presque instinctivement.
Les ouvriers de Mieres me connaissent comme membre du Comité de l’Alliance ouvrière. Ils viennent à moi en troupe et m’assaillent de questions. Que pense faire le Comité? Quelle réponse donne-t-on à la provocation de la bourgeoisie?
Je sens peser sur moi la responsabilité de ces moments. Je ne peux rien faire sans consulter les autres membres du Comité. Je réponds à ceux qui m’interrogent:
“L’Alliance ouvrière est informée de ce qui arrive et se conduira comme il sied à une organisation révolutionnaire. Ce qui s’impose à nous d’abord, c’est la sérénité et la discipline”.
Le Parti communiste officiel essaie de profiter des circonstances pour dresser les travailleurs contre le Comité central de l’Alliance ouvrière. Cette manoeuvre ne donne aucun résultat. Les ouvriers savent à quoi s’en tenir.
9 heures du soir. La nouvelle de l’entrée de la C.E.D.A. au gouvernement reçoit une confirmation définitive. Les esprits sont grandement excités. On sent la proximité de la bataille. L’Armée rouge est au point de gestation ultime. L’horloge de la révolution ne s’arrêtera plus.
Vers 10 heures du soir, je rencontre Ramon Gonzalez Peña. Nous échangeons nos impressions sur l’attitude à adopter. Nous nous mettons facilement d’accord: il faut déclencher l’insurrection. Mais auparavant, l’Alliance ouvrière doit se réunir et consulter la Commission exécutive du Parti socialiste et de l’Union générale des travailleurs. A minuit, on pourra déjà avoir une réponse. Si, comme il est logique de le supposer, elle est affirmative, l’insurrection commencera immédiatement.
Minuit. Les nouvelles reçues sont favorables au mouvement. Tout est prêt. Il n’y a plus qu’à mettre le feu à la mèche de l’insurrection. Nous l’y mettons sans hésiter, d’un geste grave, mais avec la volonté de vaincre (1).
Note
(1) Dans la Maison du Peuple de Mieres se trouvaient réunies les Jeunesses socialistes et du B.O.C. A partir de dix heures du soir, une garde est formée, afin d’empêcher l’entrée d’éléments étrangers dans le oocal des Jeunesses, le reste de la Maison du peuple restant ouvert aux sociétaires. Vers dix heures du soir, on commençait à préparer l’armement qui n’était pas considérable, en attendant la décision du Comité régional d’Alliance ouvrière (Note de M.G.)
5 octobre
La prise de Mieres
De quelle quantité d’armes disposions-nous au moment de nous lancer dans l’insurrection?
[à suivre]
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Affiche de solidarité avec les familles des combattants 1934-1937
Meeting avec Grossi
Barricade pendant l’insurrection





































"... on ne parle plus en PARTI DE CLASSE, animateur du mouvement prolétarien, traduisant ses aspirations, dirigeant ses réactions, ramassant les manifestations de sa vie et de sa lutte quotidiennes pour le diriger contre l'ennemi qui, lui, toujours debout, ricane et triomphe de nos timidités et de nos défaillances..." (

La Maison des Fédérations de la CGT en 1913
Almanach SFIO en 1913
Petit-Pierre sera socialiste, livre illustré de vulgarisation (1913)

Liebknecht et Luxemburg
Brochure de la BS en 1932
1° numéro de Masses
Manifestation antifasciste, Paris février 1934
Brochure
N° de
Vadémécum du propagandiste
Jean Zyromski
Les TPPS en 1935

Militants à Paris
Brochure d'Hélène Modiano (1936)
Boulogne-Billancourt, juin 1936

Barcelone, juillet 1936
Une de La Gauche révolutionnaire (octobre 1936)

Publicité poumiste dans le cahier Spartacus de décembre 1936.

Journées de mai 1937 à Barcelone
Manif contre la non-intervention en Espagne (mai 1937)

L'Espagne socialiste, journal du C.A.S.P.E.
Pivertistes, anarchistes et syndicalistes s'unissent en 1937 dans Solidarité internationale antifasciste
Une de Juin 36 (1938), organe de la Fédé SFIO de la Seine puis du P.S.O.P.
Scission du P.S.O.P. après Royan (1938)
Militants pivertistes en 1938

Brochure de Robert Louzon en 1938
Aide matérielle du PSOP aux réfugiés espagnols (février 1939)
D. Guérin & M. Pivert au congrès du P.S.O.P. (mai 1939)
Pivert à la tribune du Congrès du PSOP (1939)
Brochure clandestine
"A los ciudadanos"
Brochure
Brochure
Journal des Jeunesses socialistes (1946) avant leur exclusion.

Une de la nouvelle série de la BS qui reparaît en juillet 1947
Brochure
Une de cette BS 2° série contre Jules Moch (29/10/1948)
Cahier Spartacus en 1948
Berlin, juin 1953
Hongrie, 1956
Turin, 1962

Brochure du SPGB
Mémorial de
Pouvoir ouvrier N°90
Chili, 1973
Traduction française de 1972
Livre de 
Grève des mineurs anglais, 1984
Insurrection armée et mouvement des conseils ouvriers (shuras) au Kurdistan irakien en 1991
The Hobgoblin



Une partie des écrits d'
Etude
Livre 





Livre d'A. Rustenholz en 2003


Réédition récente d'une compilation d'écrits d'A. Nin de 1930 à 1937
Anthologie
Le Capital 