1982-12 Sur le « tiers-monde »

Lettre publiée dans Révolution sociale!, décembre 1982.

Le point de départ de toute analyse sérieuse du soi-disant « tiers-monde » doit être la constatation qu’il n’existe au monde aujourd’hui qu’un seul système social : l’économie-monde capitaliste. Ce système est né en Europe au XVIe siècle mais ce n’était que vers la fin du XIXe siècle qu’il a couvert la totalité du globe.

Dire que le capitalisme couvre le globe ne veut pas dire que tous les habitants du globe sont soit des capitalistes soit des travailleurs salariés, mais simplement que la vie de chaque homme sur la terre est dominée par le fonctionnement de l’économie-monde capitaliste (même s’il peut exister quelques tribus oubliées dans la jungle de la Nouvelle-Guinée ou ailleurs). Par exemple, la plupart des paysans du tiers-monde produisent des « cash-crops » à vendre sur le marché mondial.

La mondialisation du capitalisme signifie qu’il n’y a aucune solution « nationale » aux problèmes sociaux. La solution se situe également à l’échelle mondiale : une révolution sociale mondiale qui remplacera l’économie-monde capitaliste par le socialisme (ou le communisme) mondial.

En d’autres termes, ce ne sont pas seulement des mouvements sociaux dans le tiers-monde qui « ne peuvent pas isolément poser le problème de la révolution communiste ». Ceci est vrai également pour des mouvements sociaux dans un pays du monde « avancé ». La révolution socialiste sera mondiale ou ne sera pas.

En plus, puisque le capitalisme a (depuis la fin du XIXe siècle) posé les bases matérielles pour une société mondiale d’abondance, tout le globe, y compris les parties non-ndustrialisées, peut passer directement et ensemble à la société socialiste (communiste). Le socialisme mondial est donc non seulement dans l’intérêt des travailleurs salariés des aires industrialisées du globe mais également dans celui des paysans et ex-paysans du tiers-monde. Comme on disait, « I’émancipation de la classe ouvrière impliquera l’émancipation de l’’humanité entière sans distinction de race ni de sexe ».

II reste vrai cependant, que l’épicentre de la révolution socialiste ne peut qu’être les aires industrialisées du monde parce que c’est ici que se trouvent et les industries capables de fournir l’abondance pour tous et les gens formés et qualifiés pour les faire fonctionner dans l’intérêt de tous. Si la révolution y commençait, le tiers-monde n’aurait qu’à suivre (ce qu’il fera sans doute bien volontiers et sans hésitation) tandis que dans le cas inverse (qui n’est pas à exclure a priori, d’accord) il y aurait de graves problèmes, difficiles sinon impossibles à surmonter.

L’article contient deux affirmations douteuses et fort contestables :

1- Que « la plus-value dans sa part la plus importante est désormais produite dans ces régions » (le tiers-monde) et que la plus-value transférée vers l’Occident « concourt à la paix sociale ».

Puisque la production est déjà aujourd’hui collective et mondiale (tous les salariés et autres producteurs du monde ne forment qu’un seul « travailleur collectif ») on ne peut attribuer la production d’une partie de la plus-value à une seule région du monde, pas plus qu’à un seul pays, une seule usine ou un seul individu. Toute la plus-value du monde est produite collectivement par les travailleurs du monde entier. Sa répartition parmi les capitalistes du monde est autre chose et il se peut que les capitalistes « indigènes » du tiers-monde (« bourgeoisie nationale » si on veut) n’aient pas assez de force, c’est-à-dire, n’aient pas des États assez puissants, pour s’accaparer leur « juste » part de ce butin, mais en quoi cela concerne-t-il les producteurs du monde? C’est une simple querelle entre brigands !

S’il est vrai que, en règle générale, les salariés en Occident reçoivent des salaires plus élèves que les salariés du tiers monde, c’est que ceux-là sont plus formés et plus qualifiés et vendent donc une force de travail d’une qualité supérieure pour laquelle les employeurs doivent selon les lois du marché, payer plus. Ceci n’a rien à voir avec une prétendue participation à une exploitation du tiers-monde.

2- Que l’on puisse parler de « la faillite du système marchand que manifeste la crise liée à la saturation des marchés solvables et a l’impossibilité de créer de nouveaux marchés (ou de solvabiliser ceux existants) ».

Le problème n’est pas (et n’a jamais été) celui des marchés. Globalement la production elle-même génère toujours un pouvoir d’achat (« un marché ») suffisant pour absorber ce qui est produit. Le problème du capitalisme, c’est la motivation pour produire, c’est-à-dire le taux de profit. Ce sont les variations, en hausse et en baisse, de ce taux qui règlent le cycle de la production dans le capitalisme. Lorsque les perspectives de profits sont mauvaises, la production se ralentit mais puisqu’il y a eu une diminution de la production il y a aussi une diminution du pouvoir d’achat généré et donc un rétrécissement du marché. C’est ici que beaucoup de gens se trompent en prenant la saturation apparente des marchés comme la cause de la chute de la production, tandis qu’en réalité c’est précisément l’inverse : c’est la chute de la production qui a entraîné la soi-disant saturation des marchés. De même, pour sortir d’une crise ce n’est pas de nouveaux marchés qu’il faut, c’est une hausse du taux de profit, mais c’est la crise elle-même qui recrée cette condition pour une reprise de la production. Elle le fait en dévaluant le capital (le capital, il faut se rappeler, n’est qu’une somme de valeurs et dans une crise ces valeurs se déprécient par les faillites, les restructurations financières, la baisse des prix réels, etc. . . .) et en augmentant le taux de plus-value (diminution des salaires réels). Et c’est la reprise de la production qui crée les nouveaux marchés. Donc la crise actuelle n’est pas la crise finale du capitalisme mais simplement une crise cyclique de laquelle le capitalisme sortira tôt ou tard.

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