La Fédération de Seine-inférieure (1921)

Extrait de La France socialiste t.III d’Hubert-Rouger (Les Fédérations, 2° partie), vol. de l’Encyclopédie socialiste, syndicale et coopérative.

(…) Premières tentatives d’organisation ouvrière

A la suite du mouvement de 1848 se créent quelques Coopératives de production : une boulangerie à Dieppe, une au Havre, puis un tissage coopératif à Rouen, à Ry, en pleine campagne — futur pays du Bovary de Flaubert — une Coopérative d’études. Mais tout cela disparaît rapidement, l’Empire détruit tout.

Cependant, sous l’Empire même, se créent des Sociétés de tisseurs, et de travailleurs du livre à Elbeuf, à Rouen, au Havre, à Bolbec.

A la création de l’Internationale, la Seine-Inférieure a un correspondant, c’est Aubry, d’Elbeuf, un lithographe; et son petit apprenti Hardy, aujourd’hui bien que très âgé est encore secrétaire du Conseil des Prud’hommes de Rouen, après avoir été le fondateur de la Bourse du Travail de Rouen et de la Fédération des Chambres syndicales ouvrières du département.

Blanqui a fait un adepte : un intellectuel, Cord’homme, l’oncle de Maupassant, et que celui-ci caricaturise dans son roman Boule-de-Suif. En 1870, Cord’homme se présentant comme socialiste est élu conseiller général de Rouen, quartier Saint-Sever, par 363 voix. Mais cette première victoire socialiste ne dura pas, après la guerre, ce fut un réactionnaire qui l’emporta et ce n’est qu’en 1895 qu’un ouvrier, Orange, reconquit le siège, reperdu en 1902. Orange, radié du Parti socialiste, ne s’était pas représenté, et le candidat socialiste Halley, secrétaire de la Bourse du Travail, fut battu par le radical Soulier, qui détient encore le poste.

Cord’homme resta presque toute sa vie sans lien avec les groupements socialistes, il fut boulangiste au moment de la crise, mais il adhéra au groupe du Parti Ouvrier Français, section de Rouen, en 1902, et ce groupement le présenta à la députation à Rouen, la même année, il recueillit 250 voix.

En 1871, Vaughan, blanquiste, le futur directeur de L’Intransigeant et de L’Aurore, est adjoint au maire à Darnétal où il travaille comme comptable.

Cependant, les ouvriers commencent à se grouper, malgré l’organisation patronale qui les traque.

Ces organisations ouvrières prennent position, malgré que, successivement, les « meneurs » soient obligés de s’expatrier ; des  organisations syndicales existent au Havre, à Bolbec, à Lillebonne, à Rouen, à Elbeuf. Elles se font représenter au Congrès national ouvrier de Marseille en 1879, et c’est au Havre que se tient le Congrès suivant.

Pendant le Congrès du Havre, les socialistes du Congrès scissionniste tenu salle de l’Union lyrique, Paule Mink et Coupat, de St-Étienne, donnent des conférences sur le socialisme et font des adeptes qui resteront. Dès ce moment, les propagandistes socialistes viennent souvent dans le département, ce sont: Jules Guesde, Jean Allemane, puis Paul Lafargue, Eugène Fournière, G. Rouanet, Paulard, plus tard Perroul, Baudin, etc..

A Rouen, les Chambres syndicales organisent un Cercle des Travailleurs et une Bibliothèque populaire d’Études sociales en 1880. A  Elbeuf, le Cercle des Travailleurs socialistes se fonde à la même époque, il compte 100 membres, parmi lesquels Aimé Lesage, délégué par les Syndicats au Congrès du Havre, à la suite d’une conférence de Léonie Rouzade et Paulard, au Cirque d’Elbeuf.

Une élection cantonale a lieu à Elbeuf ; les Chambres syndicales et le Cercle des travailleurs présentent deux candidats collectivistes et révolutionnaires: Lechene au Conseil général et Pelaroquelle au Conseil d’arrondissement ; ils obtiennent quelques centaines de voix.

Aux élections législatives de 1881, deux candidatures socialistes sont présentées dans la 1" de Rouen, 212 voix, et dans la 2°, 580 voix.

Le 26 février 1882, Chambres syndicales et Cercle des Travailleurs socialistes sont en pleine croissance, ils donnent une grande réunion au 27. rue du Cours, à Elbeuf, où ils décident la fondation du Parti Ouvrier. Au bureau: Barrette, président ; Troussier et Moutier, assesseurs ; Trautwetter, secrétaire. Les orateurs sont nombreux : Barrette, Moulard, Victor Denis, Félix Moulard et Bellefontaine.

En 1888, des groupes socialistes naissent à Sotteville, Bondeville, Darnétal et dans la vallée industrielle de Maromme où existe un Syndicat des ouvriers et de l’industrie. Un vieux républicain des années impériales, l’ouvrier jardinier Cornillard, a donné son adhésion au P. O. S. R. Dans la salle des machines d’une usine en ruines, Cornillard convoque chaque dimanche le peuple de la vallée à venir assister à sa controverse politique avec le grand patron de l’endroit, M. Besselièvre fils.

En janvier 1888, au Havre, un alcoolique, nommé Lucas, tire deux coups de revolver sur Louise Michel, qui conférencie et il la blesse. La bonne Louise, cinq mois plus tard, demandait au Jury de Seine-Inférieure, d’acquitter Lucas, et l’obtenait.

Aux élections de 1889, les quelques rares groupes du département participent à la lutte contre Boulanger. Un ouvrier, nommé Lyonnais, se présente avec un programme vaguement teinté de socialisme verbal : originaire de la région de Neufchâtel, pays d’élevage de chevaux et de vaches laitières, il obtient le concours des cultivateurs de cette région et les voix des travailleurs des villes le font élire.

En 1893, dans la même région, sera élu le seul député radical du département ayant voté la plupart du temps avec les socialistes, M. Breton; l’instituteur, secrétaire de M. Breton, est le socialiste Lebossey.

Vers la même époque, un militant rouennais, Bazire, se révèle. C’est surtout dans sa propagande pour la création de Sociétés de libre-pensée qu’il est connu : il est encore à cette heure, le secrétaire national de ces groupements. Adhérent au Parti socialiste révolutionnaire, Bazire fut l’éducateur de bon nombre de jeunes militants qui devinrent, par la suite, d’excellents propagandistes.

Toujours vers cette année 1889, un militant de la coopération, Lucas, arrive au Parti socialiste, fraction allemaniste.
Lucas, sera dans les années prochaines, l’un das principaux organisateurs des Coopératives, tout en tenant une place importante parmi les propagateurs de l’idée socialiste.

Puis, ce sera bientôt, toujours à Rouen, Fauconnet, comptable, doublé d’un poète, écrivain et orateur de talent, initiateur de la première association d’employés, appelée à devenir syndicat 10 ans plus tard: l’Union philanthropique des Employés de Rouen. Fauconnet adhère bientôt au Parti socialiste indépendant.

Au Havre, seules quelques organisations syndicales subsistent, l’organisation socialiste végète.

Le premier Journal socialiste. Les premières affirmations socialistes.

En 1890, un comptable de Rouen, Duclos, crée une petite feuille, Le Salariat, à laquelle collaborent les militants des groupes socialistes et des organisations syndicales, les ouvriers le lisent, et on fonde sur cet organe, les plus grandes espérances pour l’avenir du Parti Ouvrier. Mais un avocat politicien l’accapare et s’en sert pour se tailler un siège législatif.

Les socialistes d’Elbeuf démasquèrent Julien Goujon dans une réunion tenue dans cette ville, le 11 février 1891. Duclos, Crépin et Texier, conseiller municipal de Sotteville lui donnèrent la réplique et le mirent au pied

A l’élection complémentaire de fin février, dans les 2° et 3° de Rouen, les socialistes du Parti Ouvrier présentèrent contre Julien Goujon, radical, et Dautresme, opportuniste, la candidature ouvrière de Gahineau. Soutenue par Crépin et par Ferroul, député de l’Aude, elle rassembla 3.012 voix.

Dans la 3° circonscription, Cornillard porte pour la première fois dans cette circonscription le drapeau socialiste et obtient 1.036 suffrages.

Deux années plus tard, Julien Goujon entre au Parlement et donne son adhésion au groupe progressiste de Jules Méline. Les socialistes abandonnèrent le Salariat, dont l’existence prit fin rapidement.

Aux élections générales de 1893, les socialistes rouennais sont unis pour présenter des candidats : Cornillard recueille 1.700 voix dans la vallée du Cailly; Gislette, ouvrier tailleur, trouve sur son nom 5.000 suffrages dans la banlieue industrielle et agricole de Rouen et Lucas, pharmacien, en obtient 1.1oo à Rouen-Ville.

Ces suffrages viennent des électeurs radicaux ; ils sont dirigés contre les opportunistes au pouvoir. Pendant 10 ans, leur nombre augmentera peu, mais ils deviendront des suffrages socialistes.

Nouveaux groupements. — La première Municipalité socialiste. — Nouveau journal. — La création de la Fédération.

Se sentant pris au sérieux, le Parti poursuit son agitation dans la région, multiplie les réunions de propagande, fait surgir de nouveaux militants.

En 1894, Hanriot crée, au Havre, le journal Le Progrès, qui parait sans interruption jusqu’à la déclaration de guerre en août 1914.

Hanriot. militant énergique, crée le groupe allemaniste " Ni Dieu, ni Maître », et entouré de Laville et Fauny, ouvriers voiliers. Ch. Mark, le futur trésorier de la C. G. T , organise les syndicats ouvriers. Un représentant de commerce — ancien peintre en bâtiments, renvoyé des chantiers pour ses opinions socialistes, — Genêt, collabore à l’organisation; il créera en 1907 la Maison du Peuple du Havre, qui existe encore et abrite les organisations ouvrières. Montagne, aujourd’hui secrétaire des marins, vient bientôt après collaborer à l’organisation havraise.

D’autre part, un jeune avocat, Jennequin, crée le groupe L’Union Socialiste, qui adhère au P. O. F. Pendant 12 ans, Jennequin défendra en correctionnelle et en cour d’assises, les militants traqués. Il le fera avec talent, courage et dévouement, puis, un beau jour, ne voyant pis venir assez vite le siège qu’il désire, il lâchera le Parti et se fera élire conseiller municipal et adjoint au maire du Havre, contre son ancien parti.

En 1892, Lucas avait créé à Sotteville-les-Rouen, la coopérative la Solidarité Sottevillaise qui, en 1920, possède 30 succursales et fait 8 millions d’affaires.

Lucas, s’est rencontré à Sotteville avec un militant de grande valeur, Gahineau, comptable aux ateliers du chemin de fer de l’Ouest. Tous deux entreprennent la conquête de la municipalité. Ils y réussissent en 1896; ce sera la première municipalité socialiste du département, et il faudra attendre l’année 1920 pour enlever les seconde et troisième municipalités socialistes de Seine-Inférieure.

La première municipalité socialiste de Sotteville a pour maire Carlier, avec Lucas et Gahineau comme adjoints. La Compagnie des chemins de fer de l’Ouest licencie Gahineau parce qu’il se refuse à la servir au Conseil municipal.

En passant, disons que la propagande fut faite avec la collaboration d’un des plus savants propagandistes libertaires de l’époque: Guerda, Carlier, premier maire socialiste de Sotteville, devait trahir le Parti en 1904, dans l’espoir d’une écharpe de conseiller général, elle lui échappa, car le Parti socialiste le fit battre au renouvellement du Conseil municipal, avec Gahineau en tête de liste. En 1895, aux groupes déjà existants à Rouen, au Havre, Sotteville, Maromme, Elbeuf, Caudebec-lès-Elbeuf viennent s’ajouter les groupes de jeunesse de Rouen et du Havre. En 1895, Paul Lafargue est en tournée de propagande, il en profite pour créer la Fédération Socialiste de Seine- Inférieure. Ch. Vasseur en est le secrétaire ; Lecomte le trésorier. Tous deux appartiennent au P. O. F., mais tous les groupes du département sont adhérents à la Fédération. De nouveaux militants se sont levés. Des jeunes gens, Charles Benoit, futur administrateur du journal Les Temps Nouveaux ; Philippe, futur maire de Saint-Denis; Sarot, futur adjoint de Maubeuge ; Lebossey, un des plus brillants universitaires ; les frères Lepez, qui, plus tard, militeront dans la Seine, dans l’Hérault, les Alpes, dans la Somme et dans le Doubs; Roussel, Nos, Calinaud, puis Prévost, organisateur des paysans dans l’Eure, mort en fin 1919. Et c’est une nouvelle recrudescence dans la propagande à travers le département. Aussi lorsqu’arrivèrent les élections générales de 1898, la Fédération socialiste affronte la lutte électorale dans cinq circonscriptions. A Elbeuf, l’un des frères Martin, que le Ministre Dupuy avait fait arrêter après l’attentat de Caserio contre Carnot, est candidat. Il obtient 1.200 voix. A Rouen et Sotteville, c’est Orange ; il provoque un ballottage qui trouble les bourgeois, car il a obtenu 5.000 voix, malgré le remaniement de la circonscription et arrive le premier, et de beaucoup, des républicains. Mais, au second tour, républicains et royalistes font cause commune et Orange est battu, la société sauvée.

A Maromme, Cornillard obtient 2.700 voix. Laville est présenté à Fécamp et Bolbec. il a 300 voix. Jennequin en obtient 1.200 au Havre.

Les groupes encouragés reprennent l’agitation. Bazire et Lucas créent l’Union Socialiste, hebdomadaire qui dura trois mois.

Mais, c’est le plein de l’affaire Dreyfus; les groupes socialistes se lancent dans la lutte antimilitariste. Ils créent avec l’expert Crépieux-Jamin, dès 1899, des sections de la Ligue (les Droits de l’Homme à Rouen, au Havre, à Elbeuf, à Bolbec. A Rouen, au Havre, à Elbeuf et à Bolbec ce sont tous les soirs des batailles entre nationalistes et socialistes pendant de longs mois, jusqu’à ce que les bandes nationalistes cèdent la rue.

En 1899, au Congrès de la salle Japy, Bazire, Hanriot, Jennequin et Lecomte représentent les groupes du département.

Au 2° Congrès national de 1900, les Groupes de la Fédération sont ainsi représentés:

Fédération socialiste révolutonnaire, Groupe Union Républicaine socialiste du Havre, par Jennequin ; Comité républicain d’initiative de Sotteville, par Texier; puis deux Groupes d’Eu et du Tréport, n’ayant aucune relation avec la Fédération et qui vont mourir dès après le Congrès, sont représentés par Salvador et Mallet.

Parti ouvrier socialiste révolutionnaire, Groupe « Ni Dieu,ni Maître » du Havre, par Henriot, ainsi que le Groupe socialiste ouvrier d’Harfleur; l’Aurore révolutionnaire de Rouen, par Blanchard ; Groupe La Revanche prolétarienne de Sotteville, par Gruchy; Parti socialiste révolutionnaire, les Groupes l’ Union communiste révolutionnaire de Rouen, par Benoit; l’Avenir social de Saint-Étienne du Rouvray, par E. Lepez.

Au retour de ce premier Congrès unitaire — unité de peu de durée — les camarades de Rouen décidaient de réorganiser la Fédération de Seine-Inférieure à peu près tombée par suite de la maladie de son secrétaire Vasseur. Ils en chargent Ernest Lepez.

Lepez convoque un Congrès au Havre, salle Franklin, le 15 aout 1900; onze Groupes et quatre Syndicats répondent à l’appel. Lepez est nommé secrétaire fédéral, il le restera jusqu’à son départ de la région; en 1903, Albert Lepez est nommé secrétaire adjoint, et Vasseur, trésorier.
En 1901, le Congrès fédéral se réunit à Oissel ; il comprend treize Groupes et quatre Syndicats.

Ernest Lepez, ancien Secrétaire fédéral

Le 21 janvier1902, le Congrès fédéral, réuni sous les présidences d’Aristide Briand et de Pierre Renaudel, à Sotteville-lès-Rouen, groupait quinze section et quatre syndicats. Ces groupements appartenaient à toutes les tendances, il s’y trouvait même un groupe libertaire. Les statuts de la Fédération avaient été moditiés, afin de ne pas faire une obligation de l’action électorale.

La concorde la plus parfaite n’a cessé de régner cependant au sein de la Fédération, malgré tous les déchirements ultérieurs, au point de vue national, entre les différentes fractions du Parti.

A la fin de l’année 1900, sur les indications de Bazire, d’accord avec ses camarades, E. Lepez, secrétaire fédéral, allait solliciter Pierre Renaudel pour lui confier la représentation de la Fédération au sein du Comité général des organisations socialistes.

Pierre Renaudel, originaire de Seine-Inférieure, venait d’adhérer au Croupe du 9° arrondissement de Paris, du Parti socialiste révolutionnaire; il accepta la mission que la Fédération lui confiait et l’a remplie pendant 10 ans. Dès lors, le futur député du Var fut fréquemment à Rouen et dans la région, apportant son précieux concours à la propagande fédérale.

Lepez jeune, Roussel, Caruel, Netter, Verghut, Matissart, Forchy, Judement, Lepez aîné, Buée et Huet créent l’Union artistique rouennaise et vont parcourir le département en donnant des concerts qui serviront de prétexte à des conférences dont Fauconnet, Lucas sont les orateurs.

Xavier Privas, Gaston Perducet, et même René Fauchois, rouennais d’origine, participent à ces concerts. Le 21 mai 1901, Fauconnet et Lepez créent le journal Le peuple. Ce journal connaîtra des fortunes diverses; remis à la l’édération, il dura jusqu’en 1904 et tira jusqu’à 3.000 exemplaires. Il était publié pour la région de Rouen; Fauconnet et Lepez en assumèrent la rédaction avec la collaboration de Leconte. Trochet, Cornillard, Lucas, Bazire; il recevait des leaders de Briand, Cipriani, Renaudel, Allemane, J.-B. Clément.,Sébastien Faure, Jean Longuet. E. Buré était le rédacteur parlementaire du Peuple.

E. Les Élections municipales et législatives.

Aux élections municipales de 1900, le Parti présente des candidats à Sotteville où tous sont élus sauf un.

A Petit-Quevilly, Lucas et un vieux militant syndicaliste Alleaume sont élus avec quatre autres camarades ; Lucas devient adjoint au maire.

A Grand-Quevilly, Boullet est élu.

Au Houlme, deux camarades sont élus, qui lâcheront le Parti aussitôt ; à Notre-Dame-de-Bondeville, Cartier est élu ; lorsque, 4 ans plus tard, il tiendra la municipalité, et qu’on lui promettra à la préfecture un siège de conseiller d’arrondissement, il lâchera le Parti. Son parent, Cornillard fils, l’imitera dès qu’élu à Malaunay il aura obtenu un poste d’adjoint.

Raoul Fauconnet

A Saint-Étienne-du-Rouvray, huit camarades sont élus; mais la lassitude et le départ de quelques-uns traqués par le patronat en fera fondre le nombre petit à petit.

A Rouen et au Havre, aucun élu.

Les résultats n’en sont pas moins un succès; Sotteville n’est plus seule commune à posséder des élus socialistes. Aussi la Préfecture commence à voir d’un mauvais œil les militants et elle traque tous les fonctionnaires connus pour appartenir au Parti.

En 1902. la Fédération décide de lutter dans trois circonscriptions législatives: Le Havre, Rouen banlieue et Maromme.

Ses candidats sont: Philippe, imprimeur au Havre; Renaudel, vétérinaire, à Rouen; et Cornillard, jardinier, à Maromme.

La campagne fut acharnée ; Philippe, Renaudel, Cornillard, Lepez, Fauconnet et Bazire firent plus de 150 réunions publiques.

Les journaux Le Progrès et Le Peuple furent tirés à 40.000 exemplaires.

La Fédération obtint 12.000 suffrages pour ses trois candidats.

Tous les candidats radicaux furent battus, même le député Ricard, ancien ministre de la Justice, député de Rouen depuis 20 ans.

Au deuxième tour, Philippe fut désisté en faveur de M. Siegfried qui venait d’être battu comme sénateur parce que dreyfusard. Élu, M. Siegfried devint et est resté le plus acharné adversaire du Socialisme et des socialistes.

Mais la campagne avait porté.

F. Les Organisations syndicales. — Les Grèves. Les Coopératives.

A Rouen, dès1889, une fédération des Chambres syndicales était née; dans l’espoir de pouvoir se mettre dans ses meubles, elle créa, la même année, une Coopérative de consommation. Mais les ouvriers ne viennent pas et la Coopérative rouennaise, pour ne pas mourir, passe en des mains bourgeoises.

De 1888 à 1895, Eug. Halley, secrétaire du Syndicat des cotonniers, est avec Hardy, Leriche, Orange et Valois, l’âme de la Fédération syndicale.

En 1896, au sein de l’Exposition internationale de Rouen, ces camarades organisent une exposition ouvrière; les artisans y exposent leurs travaux. L’organisation ouvrière a un certain succès, et, avec les bénéfices réalisés, nos camarades créent, à la fin de 1896, la Bourse de Travail de Rouen.

La même année, les ouvriers avaient présenté deux des leurs au Conseil municipal de Rouen : Orange et Valois. Ils furent élus sur la liste républicaine. L’un d’eux, Valois, réclama la création d’un four crématoire, le second en province. Construit à Rouen, au début de 1899, chose curieuse, c’est Valois qui y fut le premier incinéré, le 21 avril 1899.

La Bourse du Travail de Rouen eut pour secrétaire : de septembre 1896 à juillet 1897, Thuillier; de juillet 1897 à mai 1900, Leconte; de mai à juillet 1900, Briot ; de juillet 1900 à octobre 1903, Eug. Halley. Les présidents de la Fédération syndicale rouennaise furent Leriche et Hardy. La F’édération des Syndicats du département, créée en 1896, eut jusqu’en 1905 Hardy comme président, et comme secrétaire : Benoit, Vasseur, E. Lepez et Gaston Halley.

Cette Fédération groupait, en 1903, 48 Syndicats, dont 32 à Rouen et sa banlieue, 12 au Havre, i à Lillebonne, Bolbec, Barentin et Deville.

Au Havre, les Syndicats recevaient asile dans le local municipal de Franklin. Ch. Mark devenait le secrétaire permanent de la Bourse du Travail, aidé de Laville, Fauny et Duchesnay. Et les organisations syndicales se développèrent.

Mais le Premier Mai 190T des manifestations parcoururent la ville; la police intervint, il y eut des coups échangés, cela recommença le lendemain. La Bourse du Travail fut fermée.

Les camarades constituèrent alors la première Maison du Peuple, 16, rue de la Fontaine, puis, quelques jours après, 9. rue Lemaistre, et enfin en 1907, 170, cours de la République.

Le patronat fort bien organisé, ne se tint pas pour battu et Mark, Hanriot, Laville, Fauny, Montagne et quelques autres connurent la correctionnelle, l’amende et la prison.

En 1900, se crée la Bourse du Travail d’Elbeuf, avec Faucaulnier comme secrétaire et Forster est l’un des plus actifs militants, avec Gardien et Martin.

A Oissel. l’ancienne ville forte des Normands envahisseurs, Mauduit reconstitue un groupe d’action.

En 1901, une grande grève des dockers éclate à Rouen, Mark vient prêter son concours; il est arrêté, des charges de cavalerie se succèdent. La grève réussit, mais les militants sont renvoyés. Le Syndicat qui a compté 2.000 membres est réduit à une poignée.

Fauconnet veut constituer une Coopérative de production pour les dockers; avec Lepez ils organisent la propagande; des fonds sont réunis, des clients trouvés, mais le découragement est si grand que les quelques militants dockers restant, renoncent à la lutte; et ce n’est que 4 ans plus tard que le Syndicat sera reconstitué.

En 1898 avait éclaté à Rouen une grève importante aux Établissements de tissage Manchon frères; cette grève dura 6 semaines et fut victorieuse ; deux ans plus tard, aux établissements Plantrou, à Oissel, une autre grève du textile s’était produite qui dura un mois et ne réussit pas, mais ces deux grèves avaient secoué la torpeur des ouvrières et ouvriers tisseurs. Koch, Halley, Benoit, Briot et Lepez en avaient profité pour recruter des syndiqués.

Dès la fin de la campagne électorale de 1902, une grève éclate à Malaunay, aux établissements Gartside. Lepez s’y rend avec Poulain, député des Ardennes; la grève est victorieuse et Lepez en profite pour créer un Syndicat, un groupe socialiste — 0ù il recrute Harel — et une Société coopérative L’Émancipatrice.

Quelques jours après, c’est à Monville qu’éclate la grève, au tissage Lepicard, où les femmes gagnent 22 et 23 francs par quinzaine.

Lepez y est de nouveau délégué; la grève échoue, mais dure 5 semaines, pendant lesquelles le délègue crée un groupe socialiste, un syndicat, puis la coopérative L’ Aurore. Il y recrute de bons militants : Pelletier, les demoiselles Hautemer, Gondraut. Mais avant la fin de la grève, Lepez tombe malade à Monville, et lorsqu’il rentre au Crédit Lyonnais, 5 jours après, cette maison de banque, où il est employé depuis plus de 6 ans, le congédie; le patron Lepicard, du tissage de Monville, le fait passer en correctionnelle où il est condamné.

La Fédération des Syndicats ouvriers de Seine-Inférieure compte en 1904 un nombre total de 98 syndicats, avec 23.000 adhérents, répartis à Rouen, Elbeuf, Sotteville, Malaunay, Bolbec, Houlme, Barentin, Deville, Aumale, Incheville, Tréport, Rouxmesnil, Romilly, Lillebonne, Le Havre.

En 1914, les Bourses du Travail du département et l’Union des Syndicats comptèrent plus de 30.000 adhérents.

En avril 1904, éclate la grève générale des travailleurs de l’industrie textile de la région rouennaise. En 5 jours, plus de 100.000 grévistes sont groupés; le patronat prend peur, les provocations se multiplient, les charges de cavalerie se succèdent.

A l’octroi de Sotteville, Gahineau, maire et Trochet, adjoint, ceints de leur écharpe, interdisent aux officiers sabreurs l’entrée de la commune socialiste, et par leur sang-froid et leur courage empêchent l’irréparable. La grève dure un mois ; Renaudel et Viche se dépensent, l’organisation syndicale grandit, la grève prend fin après un compromis qui accorde quelques avantages aux travailleurs dans la plupart des usines. Les Coopératives ont, durant ce temps, soutenu les grévistes de leurs deniers.

Après la campagne électorale de 1902, les électeurs se montrent furieux contre les petits commerçants qui ont contribué à l’élection des candidats nationalistes; le vent souffle à la coopération.

A Amfreville-la-Mi-Voie, où un bon militant, Eugène Bénard, a créé un groupe socialiste, se constitue la Coopérative L’Avenir.

A Dieppedalle, Lorillon crée la Coopérative L’Aube.

Avec Leroy, Lucas crée à Elbeuf la Novatrice et une Coopérative de production La Menuiserie Fédérale.

Avec Hardy, Roussel, Bazire, Lepez, Lucas crée à Rouen la Coopérative de production L’Imprimerie Fédérale.

Avec David, Masselin, Bourdon, Leduc, Viche, Bazire, Trenel, Calinaud, Prévost, Fauconnet, les Lepez créent les Coopératives la Laborieuse et la Libératrice.

Avec Bion, Gaston Halley, Nos, Bénard, Lepez crée la Ménagère, coopérative de boulangerie.

Les travailleurs secouent un peu leur apathie.

Lepez organise une tournée enfants de la Coopérative Wooruit de Gand. Le succès en est très grand et compense les menues misères infligées aux militants.

Et, du 15 au 17 aout 1902, se tient à Sotteville le 4° Congrès national de la Coopération socialiste de France. Le maire Gahineau, et Allemane, député, président.

La Fédération des Coopératives du Nord-Ouest, que Lucas avait créée en Juin 1901, avait organisé ce Congrès. C’est au cours de ce Congrès que les frères Lepez, au nom des Coopératives de Malaunay et Monville, proposent de prélever chaque année une cotisation de 1 franc par coopérateur pour créer des ateliers de production et pour coopérer à la propagande socialiste. Au Congrès coopératif de Nantes, en 1905, E. Lepez, représentant les mêmes Sociétés, appuiera la création d’un Magasin de Gros des Coopératives socialistes, et sera avec Lucas, de Rouen, et Héliès, de Paris, l’un des créateurs du M. D. G. dont il devait, en 1906, signer avec Héliès, aujourd’hui maire d’Issoudun, les pièces de constitution chez M" Leclerc, notaire à Charenton-le-Pont (Seine).

Au début de l’année 1903, un conflit éclate à la Coopérative la Solidarité Sottevillaise. La majorité nouvelle répudie le socialisme. Lucas crée sur l’heure une Coopérative nouvelle, la Revanche Prolétarienne, sur les bases de la Maison du Peuple de Saint-Claude.

En 1905, Leblond rétablit la Coopérative de production L’Émancipation des Chaussonniers de Pont-de-l’Arche, créée en 1902 par Lucas, après une grève au cours de laquelle Lepez et Renou avaient institué un Syndicat. A la même époque, se crée au Havre la Coopérative l’Indépendante.

Les verriers de la vallée de la Bresle commencent à secouer le joug, Viche et Delsant constituent au Tréport et à Incheville, Blangy, quelques organisations, mais là comme ailleurs, l’alcoolisme est le plus grand adversaire du socialisme.

G. La Fédération de 1902 à l’unité.

Déjà, depuis 1900, de nouveaux militants étaient venus s’ajouter aux anciens. Ce furent Viche, qui s’attacha à amener aux idées de progrès le Syndicat des typographes dont il était membre, et qui devint, par la suite, un des meilleurs militants de la Fédération ; puis Gotté, Victor, puis Allix, fondateur à Saint-André, dans l’Eure, du groupe international, puis Huvé, organisateur des travailleurs du peigne, à Ezy, dans l’Eure, puis Vauquier, qui organise Lillebonne.

Mark, Hanriot et Montagne, de leur côté, commencent à défricher Honfleur, Caen, Pont-Audemer, où Gosselin vient au Parti.

Au Congrès de Lyon de 1901, Hanriot et Renaudel avaient représenté la Fédération ; celle-ci décide de rester adhérente au Parti socialiste français, tout en continuant de grouper en son sein les groupes du département, en leur totalité.

Au Congrès de Tours, en 1902, la Fédération est représentée par Bazire, Lepez, Renaudel. Elle reste à l’extrême-gauche du Parti, et a déjà demandé l’exclusion de Millerand, qu’elle réclamera de nouveau au Congrès de Bordeaux en 1903, avec Fauconnet, Lepez, Texier et Renaudel comme délégués.

Au Congrès de la Fédération socialiste, assemblé à la Maison du Peuple du Havre en septembre 1902, 21 groupes sont représentés.

Lucas présente un rapport sur la coopération et le socialisme et Renaudel présente un rapport sur le socialisme et le programme agraire. Ces deux rapports adoptés, la Fédération décide de les publier en brochures. Elle publiera également, le mois suivant, en brochure, une conférence sur la " Politique du Parti socialiste » que vient de faire Jaurès au Cirque de Rouen, et en décembre de la même année, la Fédération publiera la conférence faite par Sébastien Faure — dans la même salle — sur la « Liberté de l’Enseignement ».

En 1902, un policier nommé Baret, venant du Havre, où il dirigeait La Cravache, avait trouvé le moyen de s’introduire dans le Parti et de publier à Rouen l’hebdomadaire Le Combat pendant six mois. Les militants chassèrent Baret, dont ils avaient été les dupes.

A Darnétal, avec le Syndicat du Textile, Pilache a fondé un groupe socialiste; à Fécamp, au Grand-Quevilly, à Graville-Sainte-Honorine, à Saint-Étienne-du-Rouvray, au Tréport, au Petit-Quevilly, les travailleurs ont également constitué des Groupes.

La Fédération devient une menace pour les dirigeants de la bourgeoisie ; Lepez est renvoyé, ainsi que nous l’avons vu plus haut, en correctionnelle; Benoît fait une conférence aux conscrits, il est poursuivi, perquisitionné, mis à l’index et forcé de quitter Rouen.

Hanriot, au Havre, est à son tour poursuivi et condamné à 2 mois de prison; les militants ne s’émeuvent pas, ils redoublent d’ardeur et intensifient la propagande orale et écrite.

En 1903, la Fédération publiera la conférence faite en octobre 1902 à Limoges, par Fauconnet sur « l’idée syndicale ».

Aux élections législatives de 1902 : 4 candidatures sont présentées : 1re Le Havre: A. Philippe, 1.780 voix; 2° Rouen: P. Renaudel ; 3° de Rouen : Braquehaes ; 4° de Rouen : Cornillard.

Les radicaux perdent leurs sièges législatifs en 1902, ils avaient — sauf un — perdu tous leurs sièges cantonaux, au renouvellement de 1901 où la Fédération socialiste, sans résultat appréciable, avait présenté E. Halley et Vasseur à Rouen, Laville et Mark au Havre, Lucas à Grand-Couronne et Cornillard à Maromme.

Leur journaliste, M. Dautresme, après son échec aux élections législatives de 1902, décida de vendre son journal.
Le Petit Rouennais, et de prendre du service dans les cadres préfectoraux. (Nos camarades de Perpignan l’auront comme préfet et les vignerons révoltés le chasseront de sa préfecture en 1907).

Avec Viviani, Renaudel, Fauconnet, M. Gayet, Albert Coulé, E. Lepez offre le rachat du Petit Rouennais pour la Fédération Socialiste; mais M. Dautresme l’ayant cédé à une Société de radicaux d’occasion, il est supprimé pour faire place au journal La Dépêche… qui n’a cessé, depuis sa constitution, d’être à fond contre tout mouvement ouvrier et à plus forte raison socialiste.

Alors, la Fédération décide de faire campagne pour réunir les fonds nécessaires à la création d’un journal socialiste et transformer le Peuple en quotidien. Pendant 18 mois, tous les camarades s’emploieront à cette œuvre; Renaudel prend le secrétariat du Peuple et avec Viche et Lepez jeune fait chaque soir des réunions dans nombre de communes. Gotté devenu trésorier fédéral depuis 1901, prend la trésorerie du journal dont Fauconnet reste l’administrateur. E. Lepez, boycotté par le patronat, est obligé de s’expatrier; il quitte la Fédération en octobre 1903, et est remplacé au secrétariat par Viche, au Congrès de Bolbec.

Puis voici les élections municipales à Rouen ; les groupes du P. S. F. et du P. O. S. R. présentent une liste complète de 36 candidats, parmi lesquels Hazirc, Sonnette, Halley, H. Lepez,  Fauconnet, Renaudel, Tabouret, Viche; elle recueille 650 voix. Au Havre, la liste socialiste obtient 1.200 voix. A Sotteville, Ernest Gahineau est élu par 1.812 voix, avec les camarades de liste en obtenant de 1 767 à 1.678 voix. Au Petit-Quevilly, pas un sortant n’est réélu, mais en revanche, quelques élus à Caudebec et à Elbeuf. A Saint-Étienne, les candidats ouvriers obtiennent de 424 à 461 voix. A Lillebonne, de 620 à 711 voix; à Oissel, 8 candidats; à Amfreville-la-Mi-Voie, 2 candidats.

En juillet 1904, élections au Conseil général. Viche est candidat à Darnétal ; Fauconnet, comptable, 4° canton de Rouen; Hazire, courtier, à Maromme; Duchesnay, ébéniste, au Havre 4° canton, et Renaudel, à Sotteville; Tulève, typographe à Rouen, 6° canton. Dès le premier tour, tous les camarades sont battus, sauf Renaudel arrivant en tête des républicains; mais, au second tour, les radicaux donnent leurs voix au réactionnaire qui est élu avec 150 voix de majorité.

Fauconnet. très malade, quitte la région et s’en va mourir quelques mois après près de Nice, à Vence, et le Parti perd en lui une liante intelligence, un dévouement à toute épreuve.

Marck, avait déjà dû quitter le Havre à la recherche d’une situation ; Sarot a groupé les métallurgistes, mais il a quitté Déville, lui aussi, à la recherche d’un gagne-pain, car les patrons ne connaissent pas la liberté d’opinion en Normandie, et les ouvriers ne savent pas encore défendre les leurs.
Malgré l’effort réalisé, les résultats n’ont pas été suffisants pour créer Le Peuple quotidien, après tous les assauts subis, un peu de découragement se manifeste, le Peuple hebdomadaire cesse sa publication le 14 août 1904, et Renaudel rentre à Paris.

Quelques mois de repos, l’entrée en lice de nouveaux militants, puis sur de nouveaux frais, la Fédération socialiste retournera à la conquête de la liberté pour tous.

A la veille de la fondation de la section française de l’Internationale ouvrière, la Fédération comptait les Groupes suivants :

I. Union socialiste rouennaise; 2. Le Combat de Saint-Sever; 3. Comité d’initiative électorale de Sotteville ; 4. Union républicaine socialiste du Havre ; 5. Ni Dieu, ni Maître, du Havre ; 6. Études sociales du Petit-Quevilly ; 7. Le Réveil du Grand-Quevilly ; 8. Evolution de Lillebonne ; 9. Réveil social de Pont-Audemer; 10. Avenir International de Saint- André-de-l’Eure ; 11. Réveil social de Darnétal ; 12. Groupe de la Mi-Voie; 13. Oissel; 14. Elbeuf ; 15. Caudebec; 16. Pont-de-l’Arche; 17. Bolbec ; 18. Deville; 19. Maromme ; 20. N.-D.-de- Bondeville; 21. Monville; 22. Malaunay; 23. La Houlme; 24. Barentin ; 25. Notre-Dame-de-Franqueville.

Après le départ de Lepez, le secrétariat fut confié à Viche et la trésorerie fédérale à Victor Gotté. Sur l’initiative du Comité de Sotteville, la Fédération donne son adhésion au P. S. F. où siégeaient Jaurès, Briand, Viviani. Renaudel, Poisson, Uhry, Cipriani. etc.

La Fédération de Seine- Inférieure avait incorporé les groupes de l’Eure ; elle envoya ses propagandistes défricher le terrain et participa aux campagnes électorales des militants de ce département.

C’est la Fédération de Seine-Inférieure et Eure qui organisa, à Rouen, le Congrès du P. S. F. à la salle du Cirque, où après trois jours de débats auxquels prennent part Jaurès, Revelin,  Briand, Viviani, Renaadel, Poisson, Jean Longuet, le Congrès vota la résolution d’unification, répondant à l’invitation de l’Internationale à Amsterdam demandant aux socialistes français de réaliser leur unité. Au Congrès du Globe, la Fédération fut représentée par P. Renaudel, V. Gotté, Prévost et Bazire.

H. L’Unité socialiste. Les Congrès. L’action fédérale.

La Fédération étant imprégnée de l’esprit unitaire, la fondation de la section française de l’Internationale ouvrière fut accueillie avec joie par les socialistes de Seine-Inférieure.

Dès leur retour du Congrès de Paris, avril 1905, Gotté, Prévost et Renaudel, délégués de la fédération, prièrent le Conseil fédéral  de s’assembler en vue de l’unification définitive des forces socialistes départementales. Le Conseil fédéral, réuni le 28 mai 1905, votait les deux ordres du jour suivants :

La Fédération de la Seine-Inférieure et de l’Eure (ancien P. S. F.) décide de provoquer la réunion d’un Congrès d’unification auquel seront invités les groupements autonomes ou ayant appartenu à d’anciennes organisations dans les deux départements.

La Fédération propose que ce Congrès se tienne à Elbeuf le 18 juin.

Elle charge, dès maintenant, les citoyens Alleaume, Enoé, Gotté de préparer un projet de statuts qui pourra servir de base à la discussion du Congrès.

Seront convoqués les Groupes de Maromme, d’Elbeuf, d’Ezy et d’Évreux. Le Groupe socialiste rouennais a avisé, en outre, la Fédération qu’il inviterait à une réunion unitaire Le Réveil Social des six cantons de Rouen (ancien P. O. S. R.).

*
**

La Fédération, en présence des défections qui viennent de se produire dans le Parti unifié, espère que les Fédérations sauront, s’il est besoin, rappeler aux élus dépendant d’elles, les décisions prises en commun après les libres discussions du Congrès d’unité, et les leur faire respecter.

Elle estime que toute autre attitude constituerait un manquement à la parole donnée, dont les Fédérations ne voudront pas assumer les responsabilités.

Le Congrès se tenait le 25 juin 1905, à Elbeuf. Pierre Renaudel, J.-L. Breton, Louis Dubreuilh, représentaient le Conseil national de la S. F. I. O. et le groupe socialiste du Parlement.

Tous les groupements étaient représentés ou avaient envoyé leur adhésion à l’unanimité; les dispositions définitives, consacrant l’unité complète dans les deux départements de la Seine-Inférieure et de l’Eure, furent adoptées par acclamations, et un ordre du jour vigoureux contre le militarisme international et le patriotisme capitaliste fut voté à l’unanimité. Hanriot, du Havre, et V. Gotté, de Rouen, furent désignés comme délégués du Conseil national.

Le Bureau fédéral fut ainsi composé: Secrétaire général: Viche ; secrétaire adjoint: Enoé, en remplacement de Viche; trésorier : V. Gotté. Lorsque Enoé devint secrétaire, il est remplacé par Dufour au poste de secrétaire adjoint.

A partir de ce Congrès, la vulgarisation des idées socialistes fut entreprise dans les campagnes et bientôt de nouveaux groupes vinrent augmenter les effectifs fédéraux; les deux premiers furent ceux de Graville et Gisors.

Viche s’était spécialisé dans la propagande syndicale et fut appelé au secrétariat de la Bourse du Travail de Rouen, et remplacé au secrétariat de la Fédération par Enoé, qui remplit son mandat plusieurs années durant. En 1906 Tilloy remplaçait Gotté à la trésorerie fédérale.

Aux élections législatives de 1906, la fédération déclenche une vigoureuse offensive contre les forces de conservation sociale; à Rouen, Tilloy aida à renverser le célèbre Borgnet. Viche, quoique malade, accepta par devoir de prendre la suite de Renaudel, dans la circonscription du marquis de Pommereu; sa campagne acharnée contre la réaction, dans la partie rurale du pays, amena le tiers des votants à s’affirmer sur son nom.

A Elbeuf et au Havre, les candidats socialistes menèrent de bonnes campagnes, prélude de succès futurs, et Tilloy, un an après, enlevait le premier siège du Conseil d’arrondissement, pour conquérir en 1910, définitivement, le canton de Sotteville-lès-Rouen. Tilloy étant élu conseiller général, Delaville, adjoint au maire de Sotteville, vieux militant du Parti, fondateur du Groupe de cette ville en 1889, le remplaçait au Conseil d’arrondissement.

Vers le milieu de 1906, Ernest Poisson, jeune avocat de Caen, s’installe à Rouen. Il crée le journal hebdomadaire Le Semeur, dont la publication continua jusqu’en 1912, avec Tilloy comme rédacteur après le départ de Poisson en 1908.

A SUIVRE…


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