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Le FMI, shylock d’Haïti

17 janvier 2010

Article de la section de Montréal des I.W.W.

Imaginez que des familles pauvres (…) se retrouvent à la rue à cause d’un incendie. Sans assurances, ces familles doivent compter sur la solidarité pour s’en sortir. Arrive maintenant un shylock qui propose à ces familles des « prêts d’urgence » assortis de conditions sévères et de taux d’intérêts élevés. Que diriez-vous ? Nul doute que vous en seriez scandalisés. C’est pourtant ce que le FMI vient de faire en Haïti.

Dans le programme d’aide d’urgence qu’il vient d’annoncer, le FMI ne fait que poursuivre le même genre de politiques qui ont fait d’Haïti une zone d’extrême précarité, même avant le tremblement de terre. En grande pompe, le FMI a annoncé un nouveau prêt de 100 millions à Haïti. Haïti a désespérément besoin de ce prêt, mais celui-ci a été fait selon un programme doté de conditionnalité.

La conditionnalité de l’aide est le principe de « bonne gouvernance » selon lequel les prêts fournis par le FMI et la Banque Mondiale le sont en fonction de conditions définies par les bailleurs de fonds, conditions qui doivent évidemment être respectées par l’emprunteur. Les prêts fournis par le FMI sont généralement assortis de conditions plus sévères que les prêts de la Banque Mondiale, car le FMI agit en tant que prêteur d’urgence, alors que la BM fourni du financement pour des projets à long terme. L’aide du FMI, c’est un peu comme quand vous allez à la banque pour faire une consolidation de dettes: les taux d’intérêts seront élevés et les conditions de remboursement sont sévères.

Le journal en ligne The Nation rapporte en effet que des activistes pour l’annulation de la dette lui ont expliqué que les conditions de la nouvelle aide annoncée par le FMI incluent des hausses de tarifs d’électricité, un gel des salaires du secteur public et des mesures « anti-inflationnistes », un euphémisme cher aux économistes pour désigner le contrôle des salaires, et ce dans un pays où les salaires comptent parmi les plus bas du monde. En un mot, le FMI saute sur un pays exsangue pour lui imposer des mesures d’ajustement structurels largement connues pour être désastreuses.

Petite histoire d’un pays enchaîné

La vulnérabilité d’Haïti aux désastres naturels et à la famine, la pauvreté endémique, la déforestation et le manque flagrant d’infrastructures ne sont pas des phénomènes accidentels. Le fait de dire qu’Haïti est le pays le plus pauvre de l’hémisphère occidental passe sous silence les causes de cette pauvreté: Haïti a été mis dans cette situation par la France, les États-Unis, le Canada, – bref les nations occidentales riches – et par le FMI et la Banque Mondiale.

Pour Haïti, c’est donc ici l’histoire qui se répète. Depuis sa lutte héroïque pour l’indépendance (obtenue en 1804) et l’abolition de l’esclavage, principalement menée contre la France, mais aussi contre les autres puissances coloniales de l’époque qui s’étaient liguées contre la toute nouvelle république, Haïti a été la proie des puissances impériales. Dès 1825, le nouvel état Haïtien a dû s’endetter de manière importante auprès de la France, celle-ci exigeant sous la menace militaire une compensation pour les pertes subies par les planteurs blancs suite à l’abolition de l’esclavage. Cette dette extrêmement importante, qui représentait jusqu’à 80% du PIB estimé d’Haïti au XIXe siècle, n’a été remboursée entièrement qu’en 1948 !

Après la dictature des Duvaliers, l’élection d’Aristide et le coup d’État militaire de Raoul Cédras, la junte militaire commença a appliquer les nouvelles politiques du « consensus de Washington », nom donné à l’ensemble des politiques d’appauvrissement prônées par les institutions internationales actives dans l’aide au développement. Le retour d’Aristide au pouvoir à l’aide d’une intervention militaire américaine, en 1994, a été accompagné de l’obligation, pour celui-ci, de suivre les politiques d’austérité budgétaires prônées par le FMI et la BM.

Un exemple catastrophique de ces politiques a été la libéralisation du marché du riz dans les années 1990. Suite à la libéralisation de ce marché, les importations de riz en provenance des États-Unis ont progressivement remplacé la production locale de riz, laissant les paysans Haïtiens sans revenus et renforçant la dépendance des haïtiens vis-à-vis des marchés internationaux.

Dans la même période, l’aide internationale a envahi Haïti, au point où près de 80% des services normalement fournis par l’État proviennent des ONG, et que ceux-ci ont des budgets souvent plus importants que les ministères qui leur correspondent. À la fin des années 1990, Aristide décide d’augmenter légèrement le salaire minimum sous la pression populaire. Résultat: l’aide internationale, principalement américaine, se tarit.

Voilà ce que c’est, la conditionnalité de l’aide: obliger les « bénéficiaires » de l’aide à ouvrir leur marchés au dumping des pays prêteurs, avec comme conséquence la déstabilisation des économies locales. Obliger les « bénéficiaires » à devenir – ou rester – des pays de cheap labour et de main-d’oeuvre surexploitée, sans possibilité d’augmenter les maigres salaires. Enfin, une instrumentalisation des ONG permet la constitution d’un espèce de gouvernement parallèle.

Mais la situation Haïtienne va encore s’empirer dans les années 2000. Quand Aristide gagne les élections législatives et présidentielles de 2001, on lâche contre lui les organisations d’une pseudo société civile – en fait les représentants de la bourgeoisie industrielle – qui se constituent en « opposition démocratique » et minent la crédibilité du gouvernement en place par des accusations répétées de fraudes électorales relayées par les organisations américaines d’aide et de soutien à la « démocratisation ». Ces accusations répétées, ainsi qu’une guérilla d’anciens tortionnaires de Duvalier, probablement financée par la CIA, finissent par causer le départ d’Aristide et l’invasion d’Haïti par le Canada, les USA et la France en 2004. (voir ici pour plus de détails)

Aristide, miné par la corruption, affaibli par sa docilité envers les politiques du FMI et de la BM, ne pourra alors profiter du soutien populaire qui lui aurait été nécessaire pour affronter à la fois la guérilla et sa propre bourgeoisie. Les USA installent alors Gérard Latortue, un ancien fonctionnaire international, qui appliquera docilement les politiques dictées par le consensus de Washington jusqu’à la victoire électorale de René Préval, le dauphin d’Aristide, qui poursuivra les mêmes politiques d’obéissance envers les puissances occidentales.

Le problème de la dette

En 2008, un rapport du Center for International Policy a montré qu’en 2003, Haïti a dépensé $54,7 millions pour son service de la dette, alors que l’aide internationale totale pour les soins de santé, l’éducation et les autres services n’a été que de $39,21 millions. En d’autres mots, Haïti, un pays dévasté par la pauvreté, a continué à voir sa richesse être extraite du pays et dirigée vers l’étranger.

La dette Haïtienne se chiffre à $891 millions, presque toute contractée après 2004, donc après le coup d’État qui évinça Aristide et mis Latortue au pouvoir. Elle représente une somme faramineuse pour un pays ruiné, en proie à des désastres à répétition, et qui est étranglé par les grandes puissances qui le maintiennent dans un état de dépendance et de pauvreté révoltant.

L’attitude de Shylock du FMI vis-à-vis Haïti fait partie d’un processus international qui permet au capital de maintenir certaines zones « périphériques » sous la dépendance des pays riches et puissants, qui s’en servent comme réservoir jetable de main-d’oeuvre à bon marché, et comme terrain de déversement de leurs surplus agricoles, au mépris des conditions de vie des populations locales. Pour Haïti, le seul véritable espoir de changement réside dans l’abolition de ce système inique.

PS: Une autre dégueulasserie: Gildan quitte Haïti à cause du tremblement de terre.

Les Jacobins noirs

6 novembre 2008

Une réédition d’un classique sur la Révolution haïtienne par l’un des futurs animateurs de la tendance Johnson-Forest.

Les Jacobins noirs, par C.L.R. James. 401 pages. Éditions Amsterdam (octobre 2008)

Préface de l’auteur (1938)

En 1789, les deux tiers du commerce extérieur de la France se faisaient avec sa colonie antillaise de Saint-Domingue, laquelle représentait le plus grand marché de la traite européenne des esclaves. La plus grosse colonie du monde, fierté de la France et objet de convoitise de toutes les autres nations impérialistes, faisait partie intégrante de la vie économique d’alors. Tout cet ensemble reposait sur le labeur d’un demi-million d’esclaves.

Au mois d’août 1791, après deux ans de Révolution française avec ses répercussions à Saint-Domingue, les esclaves entrèrent en révolte. Leur lutte dura douze ans. Ils mirent tour à tour en déroute les Blancs locaux et les soldats de la monarchie française, une invasion espagnole, une expédition britannique de près de 60 000 hommes, et un contingent français identique, commandé par le propre beau-frère de Bonaparte. La défaite des troupes napoléoniennes , en 1803, permit l’installation de l’Etat nègre d’Haïti, qui s’est maintenu jusqu’à nos jours.

C’est la seule révolte d’esclaves dont l’histoire ait enregistré le succès. Les obstacles qu’elle dut franchir témoignent de l’importance des intérêts qui étaient en jeu. La transformation des esclaves, qui auparavant tremblaient par centaines face à un seul Blanc, en un peuple capable de s’organiser et de défaire les nations européennes les plus puissantes de l’époque, constitue une des grandes épopées de la bataille et de la réussite révolutionnaires. le pourquoi et le comment de ce phénomène, tels sont les thèmes de ce livre.

Conformément à un phénomène souvent observé au cours de l’histoire, le commandement individuel et responsable de ce succès unique reposa presque entièrement sur les épaules d’un seul homme – Toussaint Louverture. Dans sa Biographie Universelle, Beauchamps décrit Toussaint comme l’un des hommes les plus remarquables d’une période riche en hommes remarquables. De son apparition jusqu’au moment où les circonstances le mirent à l’écart, il domina la scène dominicaine. En conséquence, l’histoire de la révolution de Saint-Domingue sera largement une chronique de ses succès et un hommage à sa personnalité politique. Nous croyons (nous en sommes sûrs) que ce récit montrera qu’entre 1789 et 1815, aucune individualité apparue sur le théâtre de l’histoire ne fut, à l’exception de Bonaparte lui-même, plus formidablement douée que ce Nègre, resté esclave jusqu’à l’âge de quarante-cinq ans. Et, de fait, ce n’est pas Toussaint qui fit la Révolution, mais la Révolution qui fit Toussaint, ce qui n’est pas encore toute la vérité.

Écrire l’histoire devient sans cesse plus délicat. Que les rois se prévalent de la puissance de Dieu ou de la faiblesse humaine, du christianisme ou du droit divin pour mal gouverner, voilà les "raisons" qu’on peut aisément rendre responsable de la chute des États et de la naissance de sociétés nouvelles. Des conceptions si élémentaires se prêtent à merveille à un traitement purement narratif et, de Tacite à Macaulay, de Thucydide à Green, les historiens traditionnellement célèbres se sont montrés plus artistes que scientifiques: ils ont d’autant mieux écrit qu’ils ne savaient pas bien regarder. De nos jours, par une réaction bien naturelle, nous tendons à personnifier les forces sociales, les grands hommes étant tout au plus, ou quasiment, des instruments manipulés par le destin économique. Comme bien souvent, la vérité ne se trouve pas au milieu; les grands hommes font l’histoire, mais seulement celle qui est à leur portée. Leur liberté, leur capacité de réussite, est limitée par les nécessités de leur environnement. Dire jusqu’où portent ces potentialités, tel est le vrai travail de l’historien.

Lors d’une révolution, quand explose en une volcanique éruption la lente et incessante accumulation des siècles, les gerbes d’étincelles et autres trajectoires météoriques qui survolent la scène forment un chaos dénué de sens, et se prêtent à d’infinis caprices d’interprétations, à tous les romantismes, si l’observateur cesse de les prendre pour autre chose que ce qu’elles sont: les projections du sous-sol dont elles proviennent. Dans ce livre, nous avons essayé, non seulement de faire l’analyse, mais aussi la démonstration, en leur dynamique, des forces économiques de l’époque et de la façon dont elles modèlent la société et la politique, les hommes dans leur masse et leur individualité. Nous avons enfin tenté de faire apparaître la puissante réaction qu’exercent ceux-ci sur leur environnement dans l’un des rares moments où la société atteint son point d’ébullition et se fait alors fluide.

L’analyse est science et démonstration de cet art qu’est l’histoire. Les violents conflits de notre époque permettent à notre regard, désormais affûté, de percer jusqu’à la moelle, plus aisément qu’auparavant, les révolution du passé. Mais pour cette raison, précisément, il n’est plus possible de rameuter les émotions de l’histoire avec cette tranquillité qu’un grand écrivain anglais a trop étroitement associée à la seule poésie.

La tranquillité de nos jours, ne peut être que de deux ordres: innée, elle est philistine; acquise, elle n’a pu l’être qu’au prix d’un abrutissement délibéré de la personnalité. C’était dans la quiétude anglaise d’une bourgade de bord de mer que l’on pouvait le mieux entendre, distinct et incessant, le fracas de l’artillerie lourde de Franco, le crépitement des pelotons d’exécution de Staline et la stridence de l’agitation acharnée du mouvement révolutionnaire s’évertuant à développer sa clarté et son influence. Tel est notre temps et ce livre s’en réclame, lui empruntant un peu de sa fièvre et de ses tourments. L’auteur n’en a aucun regret. C’est l’histoire d’une révolution. Ecrit en d’autres circonstances, il eût pu être un livre différent, mais pas forcément meilleur.

C.L.R. James (1938)

Aide aux sinistrés d’Haïti

10 septembre 2008

Solidarité Laïque lance un appel d’urgence pour les sinistrés d’Haïti, touchés le passage successif de deux ouragans.
Une première dotation d’urgence sera débloquée pour venir en aide aux milliers de sans-abris…

Le passage successif des ouragans Gustav, Hanna et Ike a frappé durement l’un des pays les plus pauvres du monde : près de 180 victimes, des milliers de sans-abris, des habitations et des infrastructures routières détruites… le bilan est très lourd.

La ville des Gonaïves a été placée en état d’urgence humanitaire.

Solidarité Laïque débloquera dans les prochaines heures une première dotation financière mise à disposition de ses partenaires sur le terrain.
Cette aide permettra, après évaluation des besoins, d’apporter un secours d’urgence (vivres, médicaments…).

Dans un pays où 70 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, ces catastrophes naturelles à répétition sont un désastre pour le développement du pays.

Urgence Häïti

Emeutes de la faim en Haïti

15 avril 2008

(Image à la Une de l’Huma)

Une semaine d’émeutes de la faim en Haïti ont entraîné la chute du gouvernement et fait au moins 5 morts et plus de 500 blessés (L’Humanité d’hier). Le riz a vu son prix doubler dans un des pays les plus pauvres de la planète (le plus pauvre d’Amérique) : Haïti occupe la 153° position au classement de l’Indice de Développement Humain (sur un total de 177 pays classés) ; l’espérance de vie n’atteint pas les 52 ans, presque les 3/4 de la population vit dans la pauvreté, la moitié des enfants souffrent de malnutrition. 2/3 des haïtiens n’ont pas accès à électricité et la moitié pas davantage à l’eau potable (Democracia comunista, hier).

Dans les années 1980, Haïti produisait 95% du riz qu’elle consommait, le journaliste uruguayen R. Zibechi dit que maintenant, après 20 ans de politiques néolibérales, Haïti importe 80% de son riz des États-Unis (WW4Report).

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