1905 La grève générale [Louis]

Extrait de L’Avenir du socialisme (1905) par Paul Louis.

La grève générale peut-elle et doit-elle être un des instruments de lutte du prolétariat contre la classe possédante ? Ou, en d’autres termes, les travailleurs seront-ils capables, à un moment quelconque, de briser leur servitude économique en refusant leurs bras? Le problème s’est posé à une date relativement récente, bien qu’on évoque ici certains souvenirs, d’ailleurs asez confus, du chartisme anglais. L’intérêt qu’il offre est de tout premier ordre, non seulement parce que la classe ouvrière tient à connaître tous ses moyens d’action, mais aussi parce que des dissidences graves se sont élevées, au regard du chômage universalisé, entre les groupements politiques et les groupements corporatifs.

Au fur et à mesure que s’affirme la poussée syndicale, l’idée de grève générale recrute des adhérents nouveaux. Comme on l’a parfaitement montré, ce programme de combat n’a pas été élaboré par un penseur, façonné par une ou plusieurs personnalités dominantes. Elle est le produit de la mentalité ouvrière elle-même, et si elle ne se recommande d’aucune métaphysique, elle répond à des considérations à la fois simples et logiques. A l’heure actuelle, ce mode d’attaque ou de résistance, comme on veut, a conquis les syndiqués de France, d’Italie, de Hollande, d’ailleurs encore. Beaucoup le saluent, à tort, comme la ressource unique, suprême et invincible des prolétaires. Certains autres, à tort aussi, le regardent comme néfaste et inefficace. Ce qui est incontestable, c’est que l’on ne saurait écarter, comme nulle et non avenue, la ferme décision de centaines de milliers et de millions de travailleurs; c’est aussi que les salariés commettraient une faute grosse de conséquences, s’ils restreignaient volontairement leurs chance de succès.

Pendant des années, le socialisme politique a marqué, pour la tactique de la grève générale, une hostilité, une répugnance tenaces. Dans ces derniers temps, une évolution déjà notable s’est produite en ses rangs. S’il continuait à refuser au chômage concerté toute influence féconde pour l’émancipation totale, il admettait qu’il pût être utile en des cas limitativement déterminés; il consentait à l’adopter comme une procédure secondaire, apte tout au moins à décourager les tentatives de réactions. Ce changement qui tenait compte de certains faits historiques, et qui coïncidait avec un essor remarquable des groupements syndicaux, n’a pas satisfait les champions du pur syndicalisme. Ils reprochent toujours aux comités dirigeants de la démocratie sociale internationale leur modérantisme, leurs préférences pour les solutions parlementaires, légalitaires, transactionnelles. Nous avouerons qu’à notre sens des préventions injustes subsistent, non point chez tous les socialistes des fractions politiques, mais chez beaucoup d’entre eux, à l’endroit de la grève générale. La méfiance qu’ils manifestent est entretenue par l’excès de confiance que marquent, en sens inverse, les partisans de cette méthode. L’exclusivisme des uns alimente l’exclusivisme des autres; il semble qu’une conception  différente de la lutte prolétarienne doive prévaloir; conception plus large, plus éclairée, plus soucieuse de s’assouplir à toutes les conjonctures, capables surtout de fondre les deux tendances en présence, et de rapprocher tous ceux qui s’entendent sur le but final.

L’expression: grève générale, s’est adaptée à des mouvements de caractères divers. On peut d’abord considérer la suspension d’activité de tout un corps de métier. Par exemple, dans les dernières années, les mineurs de France, de Belgique, d’Autriche ont déserté les puits, réclamant une augmentation de salaire, ou une réglementation légale du travail. En tous ces cas, les grévistes s’attachaient à des revendications professionnelles et d’étendue limitée. Dans la même catégorie, se classent les chômages des transports qui ont éclaté en Italie, en Hollande, en Suisse et en Australie.
On appelle encore: grèves générales, les grèves qui englobent toutes les professions d’une grande cité, d’une région ou même d’un pays. Ici se présentent tout de suite les souvenirs de Barcelone, de la Belgique, de la Russie du Sud, de la Suède et de l’Italie. Mais il est nécessaire d’opérer une nouvelle subdivision, car certains de ces mouvements visaient purement et simplement des conquêtes politiques, tandis que d’autres demeuraient assez confus ou prenaient un tour révolutionnaire.

A dater de 1890, le parti ouvrier belge envisagea l’éventualité de la proclamation d’un chômage national, au cas où la révision constitutionnelle ne serait pas adoptée par la Chambre des représentants. Une première levée de 100 000 mineurs, en mai 1891, força les résistances de principe, mais le 11 avril 1893, les députés repoussèrent, à une écrasante majorité, l’institution du suffrage universel. Alors le conseil général du parti invita les travailleurs à quitter l’atelier: 250 000 rompirent brusquement leurs contrats; le sang coula à Jolimont, à Anvers, à Mons, mais finalement les représentants votèrent la motion transactionnelle Nyssens, qui consacrait le suffrage plural. Par contre, neuf ans plus tard, en avril 1902, les socialistes provoquèrent vainement une seconde poussée analogue, pour imposer leur formule du S.U. [suffrage universel], sans limitation; bien que 300 000 citoyens eussent répondu à leur appel, le staut ne fut pas modifié.

Au printemps de 102, 120 000 ouvriers suédois désertèrent les usines pendant trois jours, en revendiquant eux aussi le droit de vote pour tous. Les journaux cessèrent de paraître, et les tramways de circuler.

La dernière grève de Barcelone, organisée par les groupements libertaires, et qui fut comprimée avec une violence sauvage, tendait à renverser l’État et à bouleverser la structure économique. Elle échoua, parce qu’elle ne fut point soutenue dans le reste du pays espagnol, resté à un stade d’évolution industrielle très arriéré.

Quant au chômage de la Russie méridionale (été 1903), qui s’étendit de proche en proche et engloba 250 000 personnes, et à celui de l’Italie (septembre 1904), qui entraîna un million au moins de travailleurs et l’emporta en ampleur sur tous les autres, ils confondirent les aspirations révolutionnaires avec les protestations contre des faits particuliers. Le mouvement italien, issu du concert des Chambres du travail et des comités socialistes politiques, et développé à l’improviste avec une extraordinaire rapidité, permit de mesurer toute la puissance que prendrait une brusque et intégrale suspension du labeur, en un pays déterminé.

On peut encore supposer que la grève, au lieu de demeurer enfermée dans des limites nationales, s’internationaliserait, et c’est à cette éventualité que songent les syndicalistes purs, lorsqu’ils acclament, dans le chômage volontaire, l’unique outil de transformation sociale.

*

La grève générale n’est pas une construction plus ou moins idéale, une hypothèse aventureuse et sans fondement, l’invention d’une intelligence éprise de symétrie et de déduction abstraite. Sa portée est compréhensible pour les plus frustres et les moins capables de raisonnement prolongé; ce qui fait la force du du mouvement prolétarien, qui l’a choisie comme sanction et comme arme, c’est qu’il s’appuie sur des considérations de simple bon sens, à l’exclusion de toute théorie nébuleuse. D’une part, les travailleurs se rendent compte que des suspensions partielles du labeur leur ont valu des avantages, en imposant aux patrons le respect de certaines clauses: pourquoi tous les travailleurs, en s’unissant, n’imprimeraient-ils pas un recul, n’infligeraient-ils point un désastre au patronat envisagé globalement, donc au capitalisme dirigeant? D’autre part, l’organisation politique de l’Etat, qui garrotte le prolétariat, est assise sur l’organisation économique; la bourgeoisie n’a d’autre autoirté que celle qu’elle tire de sa prospérité industrielle ou agricole, et sa fortune elle-même est faite de l’exploitation des plébéins, de l’appropriation du travail non payé. Pourquoi les prolétaires ne frapperaient-ils pas la société au coeur, en refusant de se laisser pressurer plus longtemps, en tarissant partout à la fois les sources de la richesse, en déclarant d’un commun accord qu’ils abolissent la suzeraineté de leurs maîtres? Qu’on le remarque bien: la thèse de la grève générale ne va pas à l’encontre des doctrines sur lesquelles repose le socialisme contemporain; elle est en parfaite conformité avec l’ensemble des conclusions du marxisme. Elle présente, en outre, cet avantage de répondre à une profonde intuition populaire et de dépouiller toute complication oiseuse.

Mais le chômage universel ne peut surgir brusquement, comme une vision de féérie, par un simple coup de baguette. Ses conditions n’ont rien de mystérieux; elles peuvent, elles doivent être précisées, et ceux-là mêmes qui préconisent cette gigantesque entreprise n’ont jamais prétendu qu’elle ne dût âs être préparée par une laborieuse propagande. C’est uniquement sur le caractère de cette préparation que des divergences d’opinion sont susceptibles de s’affirmer.

La grève générale ne peut réussir que dans une contrée de grande industrie, ou mieux de puissante concentration financière et ouvrière. Si les prolétaires sont répartis entre d’innombrables ateliers, si les petits établissements constituent encore un effectif important, la tentative est fortement menacée d’échec. Cela revient à dire que la grève générale sera la consécration, l’aboutissement d’une intense poussée syndicale ou qu’elle apparaîtra d’avance frappée de stérilité. Là où les travailleurs ne seront pas encore mûrs pour le regroupement , où ils se méfient les uns des autres, où ils ne se sentent pas la solidarité permanente de leurs intérêts, ils ne sauraient aspirer à rompre leur servage, en déposant simultanément leurs outils. Le refus de labeur concerté ne pourrait donc être envisagé que par les prolétariats dont l’organisation est déjà avancée, et soustraite aux vicissitudes quotidiennes. Nous ne voulons pas soutenir, pourtant, que la grève générale soit subordonnée à l’embrigadement intégral des travailleurs d’une nation.

Mais pour qu’elle réussisse et engendre le résultat escompté, il ne suffit pas que l’éducation corporative soit à peu près achevée; il est indispensable aussi que l’éducation politique ait été conduite avec soin. La classe ouvrière doit connaître exactement les barrières qui entravent sa marche, les complications administratives que la bourgeoisie a accumulées, les formulations multiples qui se superposent dans l’Etat contemporain. Surtout, elle aura pour obligation d’ébranler cet État, par des assauts de chaque jour, jusque dans ses couches les plus lointaines. La grève générale représentera l’effort maximal des travailleurs contre la classe capitaliste; plus aura été dissocié, disloqué, secoué, le mécanisme de la puissance publique, et plus s’accroîtront les chances de succès. On en revient ainsi de toute nécessité à l’alliance des modes d’action. Replacé en son cadre logique, ramené à des conditions évidentes, élaboré avec méthode, le chômage universalisé surgit comme le plus formidable, et aussi le plus élémentaire, des appareils de combat.

Les socialistes qui veulent condenser tout le mouvement prolétarien dans l’organisation et dans la propagande politiques, ont opposé à la grève générale l’argumentation suivante:

Elle doit réussir du premier coup, ou bien son échec déterminera un désastre écrasant; elle est impossible, parce qu’elle privera les ouvriers eux-mêmes de subsistances; elle puise son origine dans l’enfance du communisme, et par suite ne saurait être défendue par un prolétariat adulte; elle apparaît comme une ruse, comme un expédient destiné à entraîner les salariés, malgré eux, à la révolution violente; elle est la révolution elle-même, et se rattache essentiellement au concept anarchiste; si elle pouvait aboutir, c’est que le peuple serait déjà mûr pour son émancipation, etc.; nous passons certaines objections ou considérations secondaires.

Nous n’insisterons pas sur les contradictions qu’on peut relever entre ces diverses opinions, du reste souvent reliées en un même corps de raisonnement. Mais il importe d’examiner, une par une, les idées émises.

Il n’est pas exact que la grève générale, si elle avorte d’abord, entraîne un échec irrémédiable pour la classe ouvrière. On eût pu s’exprimer de la même façon au sujet des émeutes ou insurrections qui ont jalonné l’histoire du passé. Une tentative est brisée; une autre peut être plus heureuse. La vérité est que les salariés doivent se préparer le mieux possible, mais le résultat seul leur apprendra si leur préparation était suffisante. Au surplus, les quelques chômages étendus ou généralisés qui se sont produits en ces derniers temps, ne semblent pas avoir laissé derrière eux, en dépit de leurs issues fâcheuses, une dépression caractérisée. La population de Barcelone n’a nullement été accablée par la victoire de l’ordre; le parti ouvrier belge continue son attaque comme avant 1902, et pour prendre l’exemple le plus typique de tous, le mouvement italien de septembre 1904 a engendré une poussée remarquable du socialisme. Alors que les votes obtenus dans la Péninsule, par les candidats réformistes ou révolutionnaires, étaient montés à 165 000 en 1900, ils ont atteint 287 000 quelques jours après la reprise du travail; et dans l’intervalle le gouvernement avait accentué son rapprochement avec les purs cléricaux, et surtout le réformisme avait démoralisé les ouvriers. Dans les deux provinces où la cessation du labeur s’était le plus exactement opérée, la Ligurie et la Lombardie, la statistique enregistre, d’une élection à l’autre, des accroissements de suffrages de 60 % et de 62 %.

La grève générale imposera la misère à la classe ouvrière, mais elle comportera aussi la privation de toutes choses pour les possédants. On suppose que ceux-ci, grâce à leurs accumulations de richesses, pourront faire venir des denrées. On oublie seulement que les transports seront suspendus comme l’ensemble des industries, que les riches se refuseront à vivre dans le froid, dans l’obscurité, dans la suppression de toutes nouvelles, et que le seul spectacle du prolétariat levé en masse, et unanime dans ses volontés, les astreindra à de salutaires réflexions.

La grève générale a déjà hanté les ouvriers anglais, dans la première moitié du XIX° siècle, à l’époque du chartisme; le fait est exact. Cependant, peu à peu elle a conquis les groupements syndicaux du continent, et pour l’immense majorité des prolétaires, elle se présente comme un instrument d’un maniement difficile, mais d’un incomparable vigueur. Il n’est pas indifférent que cette conception se retrouve de la Belgique à la Russie, et de l’Amérique à l’Espagne, et que, habituellement écartée par les dirigeants politiques du socialisme, elle ait été accueillie d’instinct dans tous les pays, où le machinisme se développe. Peu importe qu’elle soit enracinée dans le passé, puisqu’elle s’adapte aux conditions économiques du présent, et qu’elle suit, dans ses progrès, les progrès mêmes de l’expansion capitaliste.

Les ultra-légalitaires, ceux qui attendent tout de la lente et méthodique éducation du suffrage, ceux qui ne comptent ni sur les crises violentes de la surproduction ni sur les coercitions éventuelles, et qui foxent toujours leurs regards sur les urnes électorales, assignent à la grève générale un caractère anarchiste et la qualifie de guet-apens.

Nous cherchons vainement à quel titre on la taxerait d’anarchiste, à moins qu’on ne veuille par là reprocher à certains socialistes de l’avoir abandonné à d’autres. En réalité, le chômage universalisé ne relève d’aucune doctrine. Aurait-on l’idée d’attribuer l’idée du chômage partiel à telle ou telle école communiste? Et le prolétariat serait-il condamné à peine sans relâche pour nourrir ses maîtres, ceux-ci n’ayant plus rien à craindre désormais que la seule action politique, si aisée à briser dès qu’elle est livrée à elle-même? Par ailleurs, c’est faire injure aux prolétaires que de leur dénier toutes vues claires et complètes des conséquences de leurs entreprises, et sans doute nul d’entre eux n’ignorerait, s’il s’associait à un refus de labeur concerté par tout un pays ou par plusieurs pays, les effets possibles d’une aussi colossale entreprise.

Enfin, la dernière objection: « Si la grève égénrale réussissait, le peuple serait mûr pour l’affranchissement, et alors il aurait pu faire l’économie d’une grande bataille douloureuse », ne saurait nous émouvoir. Il y a là une simple hypothèse; les déductions purement abstraites n’ont de valeur que dans les livres, et au surplus, comment le prolétariat connaîtra-t-il, sinon par l’expérience, le degré de caducité et de dissolution de la société capitaliste?

Même succintement examinée, l’argumentation des adversaires de la grève générale apparaît fragile et laborieuse. Mais sa faiblesse est encore d’autant plus évidente que les tenants de la légalité stricte ont eux-mêmes admis, en certains cas, l’éventualité d’imposants chômages.

La grève générale est reconnue comme un acte licite, lorsque la classe dirigeante persiste à refuser l’extension des libertés élémentaires, ou à contrarier la pratique de la démocratie, lorsqu’elle repousse l’universalisation du suffrage ou tâche de restreindre le droit de vote: en somme, la rupture du contrat du louage par la masse des salariés, serait digne d’approbation si le statut politique était en jeu. C’est la consécration des tactiques qu’employèrent, en des occurences que nous avons rappelées, les Belges et les Suédois.

Cette doctrine a été sanctionnée expressément par le congrès international d’Amsterdam, au mois d’avril 1904. Il convient de reproduire ici la motion qui fut adoptée en ces assises solennelles, par trente voix contre quatre et trois abstentions:

« Le congrès, considérant qu’il est désirable que la démocratie sociale se prononce sur la grève générale, que les conditions nécessaires, pour la réussite d’une grève de grande étendue, sont une organisation et une discipline volontaire du prolétariat;

Déclare la grève générale, si on entend par là la cessation complète de tout travail à un moment donné, inexécutable, parce qu’une telle grève rendrait chaque existence, celle du prolétariat comme tout autre, impossible.

Considérant que l’émancipation de la classe ouvrière ne saurait être le résultat d’un tel effort subit, qu’il est au contraire possible qu’une grève, qui s’étendrait soit sur un grand nombre de métiers, soit sur les plus importants d’entre eux, au fonctionnement de la vie économique, se trouverait être un moyen suprême d’effectuer des changements sociaux de grande importance ou de se défendre contre des attentats réactionnaires sur les droits des ouvriers, avertit ceux-ci de ne point se laisser influencer par la grève générale dont se servent les anarchistes pour détourner les ouvriers de la lutte véritable et incessante, c’est-à-dire de l’action politique, syndicale et coopérative, et invite les ouvriers à augmenter et à raffermir leur unité, en développant leur organisation de classe, puisque de ces conditions dépendra le succès de la grève politique, si celle-ci, un jour, se trouvait être nécessaire et utile. »

L’on doit se rappeler qu’aucune des fractions socialistes françaises n’a souscrit à cette motion. Elle a le tort, tout d’abord, d’aller à l’encontre du courant d’idées qui domine à l’heure présente le mouvement prolétarien. Elle offre, en second lieu, de multiples faiblesses. Si l’on admet les grèves très étendues, englobant les métiers les plus importants, ceux qui commandent tous les autres, et qui, en conséquence, les entraîneront dans le urs chômages, comment condamnerait-on la grève générale? Si cette dernière entreprise peut être utile pour sauvegarder les libertés politiques ou pour élargir les prérogatives déjà acquises, comment serait-elle nuisible en tout autre cas? La disticntion ne saurait agréer à personne. Il ne suffit pas de donner au prolétariat une constitution, une chambre élue, un ministère responsable, un bulletin de vote, ou encore la liberté de réunion ou la liberté de la presse; la classe ouvrière, dans le régime démocratique, comme dans tous les régimes qui conservent l’appropriation individuelle, souffre essentiellement de son servage économique, et l’on voudrait qu’elle se levât pour obtenir des avantages préliminaires, mais non pour secouer son véritable joug! Ce ne sont point là les uniques contradictions de la motion d’Amsterdam; elle préconise encore l’action syndicale; or le chôamge universalisé, n’est-il point l’arme suprême du syndicalisme, l’aboutissement logique de son effort?

Plus on étudie le problème, et plus on s’aperçoit que le socialisme politique, après avoir déjà évolué à cet égard, et repoussé les solutions plus strictes d’autrefois, sera contraint peu à peu de bannir ses dernières répugnances. Il ne saurait plus proscrire la grève générale qu’en rompant délibérément avec les groupements syndicaux, c’est-à-dire avec la masse du prolétariat. Déjà il a dû s’associer, en septembre 1904, à la tentative italienne, sous peine d’être débordé. Les avertissements ne lui manquent nulle part; des tendances nouvelles se font jour dans ses rangs. Qu’il prenne garde, en trop tardant, de se heurter, un beau jour, au fait accompli!

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