1916-05 Lettres à Chliapnikov [Lénine]

[écrit entre le 6 et le 13 mai]

A A.G. Chliapnikov

Cher Alexandre, la conférence est terminée, le manifeste (du premier mai) en est publié. J’espère que vous recevez le Berner Tagwacht ou un autre journal suisse ? Sinon, écrivez-moi, et nous vous enverrons le texte français. Grigori est en train de préparer une lettre détaillée sur la conférence ; elle vous sera envoyée. En somme, le manifeste a été adopté, c’est là un pas en avant, car les députés français (trois, dont le demi- chauvin Brison) l’ont adopté. On a adopté une résolution critiquant le pacifisme et une autre critiquant violemment le Bureau Socialiste International. D’une façon générale, et malgré tout un tas d’insuffisances, cela constitue quand même un pas vers la rupture avec les social- patriotes. La gauche a été plus forte cette fois-ci : un Serbe, trois Suisses, un Français (il n’est pas député; il n’était pas là au nom du groupe, mais à titre individuel) ont renforcé notre gauche. De plus, deux Allemands (du groupe de « L’Internationale ») ont marché avec nous pour l’essentiel.

Avez- vous vu le manifeste de Huysmans ? Il contient notoirement une méchante « allusion » à notre endroit ! Le Volksfreund (Braunschweig) lui a bien répondu. En ce qui concerne les Japonais, nous avons décidé de faire encore une tentative d’accord, la dernière, j’espère : 1) tous les anciens accords (oraux) sont abrogés ; 2) accord entre la rédaction de l’Organe central, qui rédige le numéro et les éditeurs, de livraison en livraison, c’est-à-dire pour chaque livraison séparément ; 3) éditer le numéro 3 à Berne (c’est évidemment impossible à Stockholm).

Voyez donc si cela réussira ou non. Sinon, nous éditerons un Recueil du Social-Démocrate. On ne peut plus attendre.

Voici le plan pour le N°3:

1) Matériel en provenance de Russie (jusqu’à 3 feuilles).

2) Thèses du comité de rédaction de l’organe central sur l’autodétermination.

3) Article de Lénine sur le même sujet.

4) La 2° Conférence de Zimmerwald. Grigori Zinoviev ou Lénine.

5) Boukharine: un sujet économique.

6) Lyaline sur la cherté de la vie.

7) Alexandre — de Russie.

8) Un serbe et un italien ont promis des articles.

9) Questions russes — Grigori Zinoviev.

10) Radek — suite (? est-ce  bien la peine, à mon avis non).

10) Kollontaï— d’Amérique.

11) Un Lett.

12) Varin.

13) Le mouvement syndical des femmes.

14) Revue de livres.

15) A propos du groupe de Trotsky, Martov et Chkheidze….

Sondez avec tact et faites le point, apportez les réponses dès que vous le pouvez.

Avec mes meilleurs vœux de succès,

Bien à vous, Lénine.


P.S. Comme Nadia l’a déjà écrit, je suis d’accord avec vous sur le recueil juif. Nadia a plusieurs fois écrit de Berne pour le matériel. Amitiés à Alexandra Mikhailovna!

***

16 mai 1916

Cher Alexandre,

Les conditions avancées dans ma dernière lettre n’étaient pas pour négocier mais étaient une dernière tentative. Puisque ces conditions n’ont pas été acceptées je considère que l’accord est enterré. C’est maintenant définitif. Inutile d’en parler ou écrire davantage. Ces gens confirment mes pires craintes, un désir de se cacher derrière Radek sans avoir à travailler eux-mêmes et en m’en reportant la responsabilité. C’est la fin !

Écrivez-moi davantage à propos de votre voyage. Il n’y a pas de travail en Scandinavie ? Incroyable !

Je vous écrirai plus longuement dans un jour ou deux. Nadia a écrit au Comité de distribution qui lui a répondu que tout vous a été envoyé.

Nous vous écrirons de nouveau.

Cordialement. Bien à vous. Lénine

***

Pour Alexandre

Le 23 mai 1916

Cher ami, je viens de recevoir à l’instant de Grigori la lettre que vous lui avez adressé le 19 mai.

Vous écrivez que vous « en avez terriblement assez de la correspondance et de la discussion avec le Communiste ». Je vous comprends parfaitement, mais prenez patience! Puisque vous avez engagé les pourparlers, il ne faut pas vous énerver et jeter le manche après la cognée, voyons ? Ce n’est pas agir en prolétaire, je vous assure.

Vous posez deux questions : (1) coopter à la rédaction encore deux (partisans de l’OC) ; (2) organiser une « rubrique de discussion » auprès du Communiste.

Sur le premier point, vous écrivez : « Mes conversations avec eux m’ont permis de me rendre compte qu’ils n’ont rien contre cela, non sans un déchirement au cœur, bien sûr. »

J’ai réfléchi à votre plan. Je considère simplement comme abusif et injustifié devant le parti (surtout après toutes les expériences malheureuses) de prendre des journalistes non-professionnels. On pourrait peut-être bien en trouver un (j’en ai un en vue ; il faut s’informer et réfléchir encore et encore, avant de dire oui ou non). Pour le deuxième, c’est plus difficile.

Ne pourriez-vous pas modifier votre plan, en vue de le rendre plus facile à réaliser pratiquement, de la façon suivante : ou bien la rédaction de l’O[rgane] C[entral] coopte deux journalistes du parti (il y en aura alors 7), si elle en trouve; ou bien on n’en trouve qu’un, les éditeurs (les Kiesky, elle et lui) délèguent un des leurs au comité éditorial (et alors ils seront cinq: Boukharine + un éditeur + trois ici) ?

(Personnellement je trouve ça bien adapté car (a) il n’y aurait plus besoin d’inventer des éditeurs; (b)(…)

Pensez-y et répondez (s’il n’ y a pas de souci, sondez le terrain parmi les éditeurs).

(…)

C’est incroyable, mais c’est un fait !

Si sous couvert de « discussion » les éditeurs veulent fournir une plateforme à tous les groupes à l’étranger qui souhaitent lutter contre notre parti sans s’y joindre, ce n’est pas une discussion, c’est un jeu.

Si ce n’est pas là ce qu’ils veulent, pourquoi par exemple ne pas prévoir que le droit d’ouvrir des discussion soit limité 1) aux membres du comité de rédaction, 2) aux organisations du Parti en Russie, 3) au C.O.A., organisation du Parti hors de Russie ?

Kommunist était une alliance avec les hollandais et Radek. Cette alliance a été modifiée par le fait que nous avons été déclassés dans le journal de Radek et des hollandais du rang de rédacteurs à celui de contributeurs. Ne gardons donc pas les mêmes illusions funestes. Nous devons aller de l’avant, pas nous laisser entraver.

Conclusion pratique: Réfléchir (et je vais y réfléchir et écrire à Grigori à ce sujet) au §§ suivant:

1) La composition du comité éditorial est changée: 5 ou 7 (voir ci-dessus);

2) Un autre titre est choisi (Sbornik ou un semblable);

3) Des règles explicites de discussion;

4) La Suisse comme lieu de publication (vous ne mentionnez pas ce point. pourquoi ?);

5) Répartition des revenus de telle ou telle manière. Les éditeurs accepteront-ils de fournir la moitié du coût de transport et d’entretien des organisateurs de contacts, etc., i. e., vous-mêmes ?

Répondez-moi.
Votre,
V. Oulianov
Tous mes voeux , et ne lâchez pas vos nerfs. les chefs n’ont pas droit aux crises de nerfs.


%d blogueurs aiment cette page :