1922-10 Entretien avec Marcel Body [Kollontaï]

[18 octobre 1922, à Christiania, Suède. Source: Au cœur de la Révolution, M. Body]

(…) En juillet 1921, au III° congrès de l’Internationale communiste, au Kremlin. Ses amis de l’Opposition ouvrière l’avaient chargée de faire connaître leur point de vue aux délégués étrangers et de défendre les thèses que l’Opposition ouvrière soutenait depuis le X° Congrès du Parti communiste russe. Mis au courant de l’intervention qu’elle s’apprêtait à faire, Lénine lui avait téléphoné en la pressant de ne pas y donner suite. Il l’adjura même à la séance du Congrès de ne pas prendre la parole (…) Alexandra avait passé outre (…) Lénine était venu l’écouter et quand, de la tribune, elle se dirigea vers le vaste couloir qui longeait la grande salle où le Congrès tenait ses assises, il la rejoignit. Furieux, il lui dit: « Alexandra Mikhailovna, pas un pas de plus ou alors c’est la scission. » En d’autres termes, la rupture et l’exclusion du Parti [*]. Évoquant cet épisode, elle me fit cette réflexion:

 » En effet, il m’a fallu du courage à l’époque, d’abord pour écrire L’Opposition ouvrière et ensuite, en 1921, pour prendre la parole. En 1920, ma brochure n’était en somme que le résumé de ce que je n’avais cessé de répéter depuis le début de 1918 quand je voyais la condition ouvrière s’aggraver de jour en jour et devenir pratiquement intenable. Mes critiques n’ont jamais cessé depuis cette époque, ce qui m’a d’ailleurs valu une première disgrâce puisqu’on me releva de mon poste de commissaire du peuple à l’Assistance publique. Quant à mon intervention devant le III° Congrès de l’Internationale communiste, j’en avais longuement débattu avec mes amis, notamment avec Alexandre Chliapnikov qui m’avait demandé de ne pas céder aux pressions qui ne manqueraient pas de s’exercer sur moi pour m’empêcher de faire connaître aux délégués étrangers les thèses de l’Opposition ouvrière. J’avais promis de résister aux pressions et je l’ai fait. »

Kollontaï et Body en Norvège (1924)

[*] Le biographe de Kollontaï Arkadi Vaksberg situe cet événement (Durant la suspension de séance, Lénine s’arrêta un bref instant pour lui dire « C’est la rupture » (…) jamais plus ils n’échangeraient le moindre mot) au 22 juin 1921 (Alexandra Kollontaï, p. 240).

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