1923-10 Un acte du drame révolutionnaire allemand [Thalheimer]

Paru dans l’Humanité du 7 octobre 1923.

Nous recevons tardivement une lettre que nous a adressée de Berlin, le 1er octobre, notre ami Thalheimer. Les. événements qu’elle relate apparaissent déjà anciens vu la rapidité du développement récent des choses, mais ils n’en restent pas moins fort intéressants à connaître.

Le drame de la révolution allemande commence. Le front blanc s’est soudainement constitué. D’un trait de plume M. Ebert, digne incarnation de la social-démocratie allemande, a renversé les cors démocratiques et parlementaires. La parole est à M. le général von Séeckt, à ses officiers, à sa Reichewehr et, aux orga
nisations fascistes. La social-démocratie abdique entre les mains des généraux blancs. C’en est fait de la République et des républicains bourgeois Il n’est plus question que de sauver l’ordre capitaliste et, avec lui, ses dirigeants social-démocrates. Les ouvriers social-démocrates, ceux qui ont défendu et sauvé la Républiqué bourgeoise lors du pronunciamiento de M. Kapp, sont à vrai dire les seuls républicains qu’il y ait en Allemagne or ils veulent une République socialiste et se rapprochent des communistes.

Les ouvriers social-démocrates de Berlin n’ont-ils pas demandé hier les têtes de MM. Gessler et von Seeekt, la saisie des valeurs réelles, le paiement des frais de la défaite de la Ruhr par la bourgeoisie ? Ils ne sont donc plus les soutiens prolétariens de la République bourgeoise Et cette publique n’a plus d’appuis. C’est pourquoi les travailleurs qui la défendirent naguère sont aujourd’hui livrés par la grande coalition à la dictature militaire des gèneraux blancs Aux monarchistes de sauver le régime bourgeois puisque les républicains n’en veulent plus.

En Bavière

Le prétexte de la dictature militaire a été vite trouvé dans le ralliement des bandes de Hitler et Ludendorff en Bavière. Les monarchistes bavarois n’ont pas sité à profiter de ce déploiement de forces pour amener leur gouvernement à leur donner formellement la dictature. Le cabinet von Kriilling a conféré les pouvoirs les plus extraordinaires von Rahr, l’instrument docile du kronprinz Rupprecht de Bavière et du leader paysan M. Heim. Le premier pas vers le détachement de la Bavière du Reich est fait. Et la Grande Coalition d’y répondre en abandonnant l’exercice de la dictature du Reich en Bavière à M. von Kahr et au général von Lossow. Le premier pas vers la séparation fait par la Bavière reçoit ainsi une consécration officielle et les monarchistes bavarois reçoivent par contre-coup un encouragement à rechercher l’unité du Reich par le moyen d’une révolution monarchiste d’ans le reste de l’Allemagne. M. von Kahr est ainsi invité à faire marcher les bandes de Ludendorff et de Hitler contre la Saxe et la Thuringe rouges et à cerner par l’Ouest (Westphalie), l’Est et le Nord, Berlin, capitale rouge du Reich.

Le « front blanc »

Le front blanc, le front de la contre-révolution qui s’étend du citoyen Ebert à M. von Kahr appuie en réalité le front fasciste, quoique les homme de l’un et de l’autre comptent bien se « rouler » les uns les autres. Les deux fronts blancs, légal et fasciste, sont, dressés, contre le prolétariat. La capitulation devant M. Poincaré, et l’exécution du programme de M. Stinnes exigent l’écrasement préalable des masses ouvrières. En présence de l’ennemi prolétarien, les deux éléments, de la réaction ne connaissent plus de désaccord.

en est à cette heure le prolétariat allemand ?

sont les quinze millions de prolétaires des villes et des campagnes ? Les communistes sont sur la brèche. Ils préconisent le front unique, contre la dictature militaire. Ils préparent la grève nérale. Ils rallient autour d’eux les ouvriers social-démocrates et sans-parti. Ce déploiement des masses s’accomplit et s’accomplira malgré tout, En Saxe, dans l’Erzgebirge les premiers coups de fusil ont déjà été tirés…

Peut-être les mitrailleuses diee Hitler-Ludendorff et des Gesslër-von Kahr auront-elles déchiré le. voilé qui cache encore le front prolétarien, avant que ces lignes tombent sous les yeux de nos lecteurs.

A. TALHEIMER


%d blogueurs aiment cette page :