1936-07 Le Congrès socialiste de Huyghens [Hérard]

Courrier publié dans La Révolution prolétarienne du 10 juillet 1936.

Non, non et non, de ce jour ne date pas « une  ère nouvelle dans l’histoire du monde » comme  l’écrit un journaliste socialiste trop prompt à citer  Gœthe.

Ce ne fut pas à proprement parler un Congrès,  mais bien plutôt une manifestation en l’honneur  de Léon Blum. La clôture de la discussion après le  discours de celui-ci, les acclamations enthousiastes,  les chants et les flons-flons, le montrent abondamment.

A part une infime minorité, le Parti socialiste, tout à la joie du succès parlementaire, abandonne l’esprit critique et lui préfère la mystique. Mieux, on aspire à l’unanimité dans l’euphorie du triomphe, au monolithisme dans les appréciations sur le gouvernement. Il semble que les éminentes qualités de Léon Blum interdisent toute discussion sur les problèmes qu’il aura à résoudre. Aussi toute objection d’ordre politique est-elle transférée immédiatement sur le terrain psychologique, et interprétée comme une marque d’hostilité à l’égard du chef du Parti.

Ou je connais bien mal celui-ci, ou cette sorte d’abdication n’est pas de son goût. Le Parti socialiste en est encore à comprendre que différenciation politique et fraternelle camaraderie ne sont pas incompatibles, et que cc la louange n’a de valeur qu’aux pays la critique est permise », comme disait Beaumarchais.

Naturellement, la tribune d’un Congrès socialiste est libre, et la démocratie formelle y trouve son compte. Mais l’esprit des congressistes d’une part, l’escamotage des questions essentielles d’autre part, aboutissent à une sorte de dictature intellectuelle des leaders. Ce qui est extrêmement grave pour l’avenir.

Du point de vue doctrinal et idéologique, ce Congrès a été très pauvre. Seuls Marceau Pivert et Marcelle Pommera tentèrent de sortir les délégués de l’atmosphère ministérialiste. Les problèmes pratiques : affaires étrangères et finances ne furent pas traités. Car enfin on ne peut prétendre que le discours de Léon Blum ait apporté à ces questions la moindre réponse !

Une motion d’unanimité fut votée qui contient des choses excellentes mais taît des choses essentielles. Elle fut -complétée par une déclaration de « la gauche révolutionnaire » qui sacrifiant à l’irrésistible désir d’unanimité éprouva cependant le besoin de prendre une assurance sur l’avenir.

Une discussion sordide sur l’attribution des sièges à la C.A.P. vint d’ailleurs ruiner l’effet psychologique créé par la résolution d’unanimité. Pendant la suspension de séance que nécessita cet incident, le triste cabotin Monléhus vint pousser une goualante (invité par qui ?) : il ne dut qu’à la politesse exagérée des congressistes de ne pas recevoir le coup de pied au derrière qu’appellent ses palinodies.

Et c’est ainsi que ce congrès-concert se termina sur deux fausses notes.

Lucien HÉRARD.


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