1936-11 Préface et extrait de ‘Union sacrée 1914-193..’ [Martinet & Modiano]

Préface

Alfred Rosmer et le mouvement ouvrier pendant la guerre

La légende de l’accord unanime du peuple français pour la guerre, en août, est une légende mensongère, mais puissante. L’intérêt, historique et pratique, de l’ouvrage d’Alfred Rosmer sur Le mouvement ouvrier pendant la guerre est, d’abord, de faire comprendre comment cette légende s’est établie, pourquoi elle s’est imposée et perpétuée, quel avantage elle procurait aux responsables de la faillite du mouvement ouvrier, à la fois pour maquiller leurs responsabilités d’alors et pour faciliter le recommencement éventuel de la même besogne.

En fait, aux premières heures de la guerre, Rosmer le montre clairement, avant la résignation pour les uns et, pour les autres, une acceptation désespérée, il n’y eut guère dans le prolétariat qu’un immense désarroi, un désarroi très opportunément préparé par l’assassinat de Jaurès.

Quelques hommes à travers le pays, quelques hommes (plus nombreux que nous ne l’avons supposé sur le moment) « tenaient ». Mais l’atmosphère n’aidait pas, il s’en fallait, à « tenir » ! Chacun des résistants pouvait se croire absolument seul et les hommes, plus modestes qu’on ne le dit, craignent d’avoir raison, même si tout leur crie qu’ils ont raison plus que jamais, quand l’unanimité de leurs semblables est apparemment dressée, et avec violence, contre leur pensée qui n’a pas changé.

Mais apparemment unanime, la masse n’était encore qu’unanimement désorientée. Tournée vers de prétendus chefs, elle attendait d’eux des directives. Elle ne savait pas que ces « responsables » du socialisme, du syndicalisme, de l’anarchisme, n’étaient déjà plus responsables que de « l’union sacrée ».

Qu’était-il donc advenu des partis politiques, de la C.G.T., de toutes les « grandes organisations » ? Il était arrivé que tout cela s’était, du jour au lendemain, réveillé cadavres, mais que, malheureusement, les cadavres continuaient à moudre des paroles, qui étaient toutes des paroles de reniement et de mort. Il était arrivé simplement que la guerre pouvait passer parce que la classe ouvrière était déjà vaincue. « Il faut comprendre, écrit Rosmer dans un passage que tous les révolutionnaires prolétariens feraient bien de méditer mot par mot, il faut comprendre que les gouvernements ne s’engagent dans ce qui reste pour eux une redoutable aventure que lorsqu’il ont acquis la quasi-certitude d’entraîner la nation tout entière derrière eux, que lorsqu’ils sont parvenus, par une préparation patiente et habile, à égarer le prolétariat. » C’est la première grande leçon de la guerre de, et tout le livre de Rosmer l’éclaire avec une certitude irréfutable. La défaite ouvrière n’est réellement acquise que lorsque les dirigeants ouvriers « se rallient à l’ennemi de classe, font cause commune avec lui ». Mais, à ce moment, tout est consommé : « L’union sacrée se dresse sur les ruines de l’internationalisme prolétarien ». L’union sacrée est le pire crime de la classe ouvrière contre elle-même. C’est son suicide dans la dérision et dans la honte.

Mais une autre leçon, contradictoire, accompagne immédiatement et complète la première. C’est qu’il faut toujours tenir, c’est qu’on ne tient jamais en vain, se croirait-on seul contre le monde. Notre confiance dans l’avènement de la classe ouvrière qui, seule, assurera aux hommes la paix et la civilisation véritables, n’est pas une foi irrationnelle. Mais cette confiance, l’avons-nous, ou non ?

Ceux qui ont flanché, c’est qu’ils l’avaient perdu ou qu’elle leur avait toujours manqué. Leur façon (et non la plus perfide !) fut alors de railler notre « socialisme sentimental » ou notre « dogmatisme ». Ils ne bafouaient ainsi rien d’autre que le socialisme même et tout ce qu’il contient de justice sociale et de liberté humaine. De plus, l’événement a prouvé avec éclat qu’ils étaient des ânes, ces « réalistes », des ânes bridés et manœuvres par les bandits de l’impérialisme: « La confrontation de leurs folles affirmations, des illusions qu’ils entretenaient dans l’esprit des ouvriers  — la dernière guerre, la guerre pour tuer la guerre, la croisade démocratique, la libération du monde par la victoire des nations démocratiques et l’anéantissement du militarisme prussien, etc. — avec la réalité présente montre l’étendue de leur erreur ou la sottise de leur mensonge. »

Quand à la poignée de résistants, qui conservaient intacte leur confiance dans la capacité et le destin du prolétariat, Rosmer raconte aussi leur histoire, et cette histoire aussi est instructive. Nous n’étions rien, misérablement peu nombreux, dispersés, sans argent, sans moyens; nous nous heurtions à toutes les puissances, à tout l’appareil gouvernemental, militaire, policier, tendu à l’extrême… Nous avons travaillé (sans du tout croire que nous faisions rien d’héroïque !) comme si nous pouvions quelque chose — et nous avons pu quelque chose. La parole ouvrière franchement déclarée, en France, en Allemagne, partout, — et, bien entendu, aussitôt décrétée (a l’intérieur même du mouvement ouvrier) de trahison nationale, — commença immédiatement, partout, d’entraver et de ralentir l’énorme machine à tuer, à tromper et à asservir. Dans ce travail, Rosmer était au premier rang.  Il était préparé et qualifié par son travail d’avant la guerre. Aux côtés de Pierre Monatte, il assurait la parution de la Vie Ouvrière, la revue la mieux faite; la plus nourrie, la plus libre, la plus ardente et la plus lucide qu’ait jamais possédé le mouvement ouvrier en France, celle aussi qui – au prix de quels sacrifices ! – avait atteint le plus fort tirage et la plus profonde influence: elle dépassait 2.000 abonnés, chiffre énorme alors, quand les « grandes revues » émanant des « grandes organisations » n’arrivaient guère à plus de 500. A la déclaration de guerre, ni Monatte ni Rosmer n’avaient hésité un seul instant. La Vie ouvrière avait dû cesser de paraître, mais ils continuaient à servir la cause des ouvriers, l’internationalisme prolétarien.

Le premier coup à l’union sacrée à l’intérieur du mouvement ouvrier fut porté par Pierre Monatte. Il représentait au Comité Confédéral deux Unions Départementales. Il démissionna par une lettre motivée qu’il rendit publique. Les digestions confédérales allaient désormais être troublées et, bientôt après, celles du Parti Socialiste, installé à titre d’otage au gouvernement. Mais, comme par hasard, Monatte, qui appartenait au service auxiliaire, fut versé dans le service armé, mobilisé le 5 février (1915), et il fit la guerre « jusqu’au bout », tandis que s’allongeait la liste des « sursitaires » qui ne voulaient pas de « paix prématurée« . Rosmer, bien que mobilisé à son tour dans le service auxiliaire, resta seul pour suffire à tout.

La place me manque pour détailler ce « tout » qui comprenait beaucoup de tâches, dont la plupart étaient des plus modestes, consistaient à écrire aux camarades qu’on pouvait toucher, à les recevoir, à corriger des épreuves. Je peux dire cependant, comme garantie de la sûreté de ses informations, tant sur la besogne des « majoritaires » qui enfonçaient tant qu’ils pouvaient le prolétariat dans l’union sacrée que sur notre effort de résistance, que Rosmer se trouva toujours au centre du mouvement, informé de tout, servi par sa connaissance des langues étrangères et de toute l’histoire ouvrière, apte à tout saisir et à tout regrouper. En même temps qu’il collaborait étroitement avec Merrheim pour la confection de l’Union des Métaux, qui nous fut une arme si précieuse, il rédigeait ses petites Lettres aux abonnés de la Vie Ouvrière, dont Romain Rolland — le Romain Rolland d’Au-dessus de la mêlée, le Romain Rolland non conformiste, notre Romain Rolland — m’écrivait qu’il ne connaissait personne dans le monde contemporain qui fût capable d’écrire sur les événements avec autant de clarté et de force, des commentaires et des jugements aussi loyaux, aussi perspicaces et aussi profonds. Enfin, avec toutes ces tâches de termites, nous aboutissions quand même à la grande victoire sourde que fut Zimmerwald. Cette victoire, les ennemis du prolétariat, dans toutes les nations, en sentirent bientôt l’importance, mais nous l’avions goûtée avant eux. Je me rappelle notre joie, ai Rosmer et à moi, quand — dans un petit café situé près d’un commissariat de police ! — nous revoyions ensemble la traduction de la déclaration élaborée par les participants à la conférence…

Rosmer a retracé toute cette brûlante histoire. Il l’a fait avec le maximum de conscience et de compétence. L’abondance et la précision de la documentation, la clarté de l’exposition et la probité de l’argumentation font de son livre une œuvre historique exemplaire. En même temps, la passion qui l’anime d’un bout à l’autre et rend la lecture passionnante pour quiconque est ouvrier, pour quiconque à au cœur le salut de la classe ouvrière — qui se confond avec le salut de la civilisation. Si le prix de vente du volume (1) – que légitime largement son importance – en rend difficile l’acquisition pour certains camarades, il n’est pas de bibliothèque d’organisation qui ne doive en posséder un ou deux exemplaires, et certainement  peu d’ouvrages y seront davantage demandés, lus, relus et commentés.

Mais il se trouve qu’aujourd’hui ce livre est un avertissement brûlant et impérieux. L’histoire, qui ne se répète pas dans le détail, pose plusieurs fois de suite le même problème aux classes en lutte. L’intuition révolutionnaire doit savoir distinguer à temps les circonstances qui, différentes dans leur nature et leur position, risquent de reproduire pour le prolétariat une situation autant et plus tragique que celle de la précédente aventure. Car s’il arrive que l’histoire, comme l’a remarqué Marx, recommence en farce ce qu’elle a une fois présenté en drame, il arrive aussi qu’un drame immense renaisse en un drame plus immense et plus affreux. Nous sommes au bord de ce gouffre.

26 novembre 1936.

MARCEL MARTINET.

(1) A la Libraire du Travail, 19, rue de Sambre-et-Meuse. 36 fr. pour les lecteurs de cette cette brochure, au lieu de 45 fr.

Avertissement

Cette brochure ne prétend pas à l’originalité. Toute la documentation est tirée du livre magnifique d’Alfred Rosmer: « LE MOUVEMENT OUVRIER PENDANT LA GUERRE (DE L’UNION SACREE A ZIMMERWALD) ». Les dimensions de cet ouvrage, qui ne devait pas être plus mince, son prix, qui ne pouvait pas être moins élevé, restreignent malheureusement sa diffusion. Notre seule ambition est de faire connaître à un public aussi large que possible quelques-uns des faits saillants, des documents essentiels, des enseignements principaux qui se dégagent du livre de Rosmer. Ce n’est pas que la brochure puisse, en aucun cas, remplacer le livre; elle doit être au contraire une incitation directe à lire l’ouvrage complet.

On avait pu oublier beaucoup de choses. Après la tragédie (sanglante de 1914, l’heure tant attendue du règlement de comptes, contrairement à toute prévision, fut escamotée. En revenant du front, ceux qui y avaient réellement été pensaient peut-être à demander compte à demander comptes à certains de leurs trahisons ou de leurs défaillances. Mais de nouveaux et plus vastes problèmes s’imposèrent à ceux. La révolution mondiale devenue soudain possible, le problème russe, la reconstitution de l’Internationale absorbèrent toute l’activité et toute la pensée des militants ouvriers. On n’avait plus le courage de détruire, après la grande destruction. Mais aujourd’hui… Le moment est venu de se replonger dans l’abominable passé, le moment est venu d’étudier, de comprendre, de dénoncer et de condamner, PARCE QUE CELA RISQUE DE RECOMMENCER ET PARCE QUE CE SONT SOUVENT LES MÊMES QUI RECOMMENCENT. … Pour les récidivistes, il ne peut y avoir ni prescription, ni amnistie. Que les vieux sachent se souvenir, que » les jeunes cachent apprendre, ET TOUT PEUT ENCORE ÊTRE SAUVE !

RENÉ MODIANO.

***

Quelques extraits de la vie des saints

par HÉLÈNE MODIANO

Cachin et les « alliés »

Le 2 août 1914, Cachin parle à la grande réunion de la Fédération de la Seine à Wagram. L’Humanité rapporte ainsi son intervention:

« En termes qui déchaînent un tumulte d’enthousiasme, il montre Jaurès signalant aux ministres l’abîme ouvert où les a entraînés, et depuis peu avec plus de force que jamais, la plus aveugle politique européenne. Il faut accomplir maintenant, comme l’a proclamé Jaurès, tout notre devoir envers la patrie, mais comme des hommes conscients et libres, amis de l’univers tout entier. Nous promettons, conclut solennellement Cachin, de faire à la fois tous nos devoirs de Français et de socialistes fidèles à l’Internationale. » Ainsi Jaurès n’est pas encore enterré, et déjà on ose utiliser son cadavre. De l’aveu même de Cachin, Jaurès a vu clairement, « Sans sa dernière démarche, la politique aveugle, ou trop clairvoyante, des dirigeants français. Il se préparait à le dire, à dénoncer toutes les responsabilités, quand il fut assassiné, , par une coïncidence étrange… Le devoir envers la patrie, pour Jaurès, consistait peut-être dans la proclamation de la grève générale au dernier moment, pour faire reculer le gouvernement, et, par son intermédiaire, la Russie. Quinze jours plus tôt, moins bien informé, il préconisait cette solution , et Jaurès n’était pas Jouhaux… Personne n’avait le droit d’affirmer, le 2 août 1914, que Jaurès aurait convié le peuple français à se rendre, en rangs serrés, à l’abattoir « comme des hommes conscients et libres », ni à se montrer « amis « des hommes de l’univers entier » à coups de grenades et de mitraille. Jaurès n’aimait pas le peuple français de la même façon que Saturne aimait ses enfants (en les dévorant), ni le peuple allemand comme la Sainte Inquisition ses victimes (en les torturant pour sauver leur âme)…

Chacun fait la guerre comme il peut et où il peut. Cachin, qui n’a pas de vocation pour la vie des « hommes conscients et libres » dans les tranchées, estime (à juste titre !) qu’il sera plus utile dans la diplomatie. En qualité de « socialiste fidèle à l’Internationale », il serait bien aise qu’aucune section de l’Internationale ne reste  à l’abri de la catastrophe. Il désire que toutes celles qui sont restées neutres viennent au secours de l’impérialisme français. Il devient le grand spécialiste de l’entrée en guerre de l’Italie. Celle-ci est à vendre. Les dirigeants sont tout prêts à faire la guerre, mais ils ne savent pas encore avec qui. Cela dépend du prix qu’on y mettra. On assiste alors à ce spectacle : Südekum, député au Reichstag, vient à Rome, comme chargé de mission du gouvernement allemand, pour remplir à la fois son « devoir d’Allemand » et son devoir de « socialiste fidèle à l’Internationale », en achetant le concours de l’Italie. Cachin, député, vient à Rome, comme chargé de mission du gouvernement français, pour remplir à la fois son « devoir de Français » et son devoir de « socialiste fidèle à l’Internationale », en achetant le concours de l’Italie. Et vive l’internationalisme prolétarien ! Qu’en pensent les socialistes italiens ? Réunis en conférence le 19 octobre à Bologne, ils considèrent que la guerre est un conflit des impérialismes rivaux et se prononcent pour la neutralité  absolue. Seul, Mussolini se prononce pour « une neutralité active et opérante »! « Il est impossible pour les socialistes, dit-il, de rester spectateurs de ce drame grandiose et tragique ! » Que Mussolini l’ait pensé, et l’ait dit, il  n’y a rien là qui puisse nous étonner aujourd’hui, de la part du bourreau sanglant du peuple italien et du peuple éthiopien. Mais que Cachin ait été enthousiasmé par ce délire belliciste, voilà qui doit nous donner à réfléchir. Il entre aussitôt en contact avec Mussolini. Il lui apporte le concours financier du gouvernement français. Mussolini quitte la rédaction de l’Avanti, journal officiel du parti italien, et fonde, le 15 novembre, le Popolo d’Italia, annoncé partout comme un « nouveau journal socialiste contre la neutralité ». Dans la conclusion d’un de ses premiers articles, il lance un nouveau cri de ralliement : « Le cri est un mot que je n’aurais jamais prononcé en temps normaux, mais qu’au contraire je lance aujourd’hui d’une voix forte, d’une voix claire, sans réticences, avec une foi absolue : un mot terrible et fascinateur: GUERRA !»

Et Cachin, dans l’Humanité, savoure le triomphe de sa diplomatie:

« Dans la section italienne de l’Internationale elle-même, voici Mussolini qui, dans le Popolo d’Italia, aujourd’hui à son quarantième numéro et qui a là-bas le plus vif succès, rappelle avec éclat que « la Révolution, c’est une idée qui a trouvé des baïonnettes ». NOUS ENREGISTRONS AVEC JOIE CES SYMPTÔMES NOMBREUX ET CONCORDANTS.»

La joie de Cachin! Il est heureux. Il a réussi à faire entrer dans le jeu de la mort des centaines et des centaines de milliers d’hommes qui auraient pu rester à l’écart, et travailler à la reprise des relations internationales, au rétablissement de la paix, à la Révolution mondiale. Il est heureux. Et puis, quelle tête doit faire Südekum !

Cachin écrit encore:

« Nul ne peut plus douter aujourd’hui des intentions de l’Italie. Elle va participer au conflit et il n’y a pas un habitant de la Péninsule qui n’en soit convaincu à cette heure. CE N’EST PAS QU’ON Y MONTRE PARTOUT UN GRAND ENTHOUSIASME ; mais qui oserait reprocher à un pays de ne pas se jeter dans l’aventure redoutable sans en prévoir les conséquences ? (!!!) Pour être juste, disons que L’IMMENSE MAJORITÉ DES ITALIENS NE VEUT PAS LA GUERRE ; mais chacun sent que les événements sont plus forts que les volontés et qu’on y est entraîné malgré soi, sans que la résistance soit possible ». (Cachin, l’Humanité du 27 avril 1915.)

« L’IMMENSE MAJORITÉ DES ITALIENS NE VEUT PAS DE LA GUERRE » ! Et cependant, Cachin n’hésite pas à les y précipiter, dans « l’intérêt national » d’un pays qui n’est pas le leur. Voilà qui éclaire peut-être la situation présente, et le peu de cas que ferait Cachin des sentiments pacifiques du peuple français, pour peu que la diplomatie soviétique voie d’un bon œil une conflagration à l’ouest de l’Europe…

Cachin continue à s’employer pour la défense nationale. Il s’engage… à faire partie d’une équipe de conférenciers nationaux dans laquelle figure Léon Daudet ! C’est déjà l’époque de la main tendue… Plus tard encore, il ira en mission en Russie, pour y encourager la lutte « jusqu’au bout »… Dans Strasbourg reconquise, il versera les larmes de joie que l’on sait. Ce jour-là, il est récompensé de quatre ans de luttes désintéressées, passées dans la peine et la souffrance… des autres. Puis, il deviendra défaitiste révolutionnaire (après la guerre…). Et puis encore, il reviendra à ses premières amours, et expliquera aux prolétaires que si la guerre devait surgir, au moins leurs souffrances ne seraient pas vaines, « cette guerre servirait à abattre le fascisme hitlérien, c’est-à-dire le militarisme germanique, et serait ainsi… la dernière des guerres. Et maintenant, votons les crédits militaires, et préparons le Front français !!!

Encore un mot sur l’Italie: Jouhaux mena, côté syndicats, la même action que Cachin, côté socialiste…

Vandervelde et les « alliés »

Emile Vandervelde aussi a bien mérité des Patries… Sa grande œuvre , dans cette Grande Guerre où chacun tâchait d’employer au mieux son zèle et son intelligence, ce fut l’organisatioa du « socialisme interallié », chargé de remplacer, pendant la durée des hostilités, l’Internationale, alors mal vue… quitte à lui « rester fidèles » en paroles, comme Cachin, et à promettre, comme Sembat, sa restauration… après la guerre !

Pour ce faire il convoqua la Conférence de Londres (14 février 1915), où seules étaient appelées les sections de l’Internationale appartenant aux nations belligérantes alliées: française, anglaise, belge, russe, serbe. Il s’agissait de faire pièce à l’organisation d’une Conférence de Copenhague (17-18 janvier 1915) où les socialistes des pays neutres (pays Scandinaves et Hollande) avaient publié une résolution réclamant la convocation d’un Congrès de l’Internationale et invitant les socialistes de tous les pays à lutter pour le rétablissement de la paix ; prétention intolérable chez des « neutres » (des « voix d’eunuques » dira Gustave Hervé), et qui leur valut dans la Bataille syndicaliste un article intitulé: « La plaisanterie de Copenhague ».

Donc Vandervelde, ministre d’Etat belge, et Président de l’In ternationale (!!!), convoque à Londres les socialistes des pays al liés, avec l’approbation de la bourgeoisie française (Le Journal des Débats invite nos socialistes à se tenir à leur ferme résolution de ne pas aller à Copenhague, parmi, pouah ! des neutres !), et celle de Guesde, qui précise le sens de la Conférence de Londres : « Il s’agit d’abord d’établir qu’il ne saurait être question de paix tant que l’impérialisme allemand n’aura pas été écrasé. » Si ce ministre patriote avait pu prévoir que « l’écrasement de l’impérialisme allemand » devait amener l’avènement du fascisme hitlérien, nul doute qu’en vertu du même raisonnement, il ne nous eût contraints, pour notre bien et celui du peuple allemand, à continuer la guerre de 1914-18 jusqu’en 1936-37-3… ! Seul contre tous au Comité Confédéral du 7 février, Merrheim fit remarquer qu’une Conférence des « socialistes des pays alliés » n’était que la négation pure et simple de l’Internationale… Mais qui aurait compris ? Comprennent-ils, aujourd’hui, les camarades qui alternent docilement l’Internationale et la Marseillaise, sur l’ordre des ordonnateurs des pompes… funèbres, et qui s’apprêtent aussi docilement à faire de l’Internationale le genre humain, non plus en réservant leurs balles à leurs propres généraux (méthode périmée!) mais en abreuvant leurs sillons du sang impur des prolétaires d’en face ?


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