1945-09 Liberté socialiste ou esclavage capitaliste ? [SLP]

Manifeste du Parti Ouvrier Socialiste d’Amérique Septembre 1945


« La découverte de l’or et de l’argent en Amérique; l’extirpation, l’asservissement et l’enterrement dans les mines de la population aborigène; le commencement de la conquête et du pillage des Indes orientales; la transformation de l’Afrique en un parc réservé à la chasse commerciale de peaux noires, marquèrent la rose aurore de l’ère de la production capitaliste [moderne]. Ces événements idylliques sont les principales forces de l’accumulation [capitaliste] primitive. Derrière eux, la guerre commerciale des nations européennes se lève, avec le inonde pour théâtre….
Le capital est venu [au monde] suant le sang et la boue par tous les pores, de la tête aux pieds. [Et, on peut ajouter, il laisse la terre dans le sang et dans la boue, monstre le plus cruel et le plus criminel de tous les âges!] »
— KARL MARX

I

La guerre mondiale — la guerre de l’impérialisme capitaliste — est arrivée à son terme. La guerre internationale des classes — la lutte de classe— continue.
Cette guerre mondiale fut disputée en partie, pour la survivance d’états capitalistes, en partie, pour la possession d’un monde devenu trop petit pour les nations particulières. Contrairement à certaines allégations, elle ne fut pas causée par un conflit d’idéologies. Provoquée essentiellement par des rivalités économiques, cette guerre fut menée pour la conquête des marchés étrangers, pour le contrôle des éléments indispensables à la production immense du capitalisme moderne, minéraux, huile, charbon, fer, caoutchouc, et ainsi de suite. L’enjeu en était donc le contrôle pu la conquête des territoires où se trouvent ces matières premières si importantes.
Ce qui déclencha cette conflagration, continuation de la première guerre mondiale, ce fut la division du capitalisme moderne, au cours de son évolution, en deux camps principaux: généralement parlant, anglo-américain et allemand-japonais. Les premiers possédaient complètement ou contrôlaient librement l’accès aux richesses actuelles et virtuelles du globe. Les seconds en étaient privés ou en avaient une quantité insuffisante pour satisfaire aux besoins de leurs millions d’habitants féconds, vigoureux, inventifs, et industrieux dans une économie, par ailleurs typiquement capitaliste. La guerre n’a pas éclaté à l’improviste. Elle avait été précédée d’une longue période de rivalité économique ( interrompue pour un temps seulement par la première guerre mondiale), dont les querelles politiques et diplomatiques n’avaient été que l’écho, en même temps que l’avertissement de la tempête à venir.

« Le capitalisme, c’est la guerre! »

Ces rivalités économiques proviennent de la nature même du capitalisme. Elles trouvent leur origine à l’intérieur de chaque nation capitaliste, et elles en arrivent à déborder des frontières politiques, qui sont artificielles. Ainsi elles produisent les conflits internationaux qu’on appelle les guerres. A l’intérieur de toutes les nations capitalistes, chaque capitaliste ou chaque groupe capitaliste fait constamment la guerre à ses concurrents. Au cours de cette lutte sans merci, de petites unités capitalistes sont écrasées ou absorbées par les plus grandes. Sans cesse plus importantes et plus centralisées, les unités qui restent, poursuivent le combat à l’infini et tendent à prendre toujours davantage les proportions de monopole. Dans le langage de Marx : « ‘Le monopole fait la compétition, la compétition fait le monopole » — mais ceci se passe toujours dans une sphère sans cesse plus limitée. En théorie — c’est-à-dire, si le capitalisme durait assez longtemps, et si. l’on ignorait tous les facteurs sociaux et humains—on aboutirait en fin de compte à un vaste monopole, toute compétition étant éliminée.
Il en va pour la compétition entre nations capitalistes comme pour la lutte entre concurrents sur le marché intérieur. Les plus petites nations, ou celles qui manquent des matières premières essentielles à l’industrie moderne, sont englouties par les plus grandes. Parfois aussi elles sont mises en tutelle et perdent leur importance. Ceci est réalisé de temps à autres pacifiquement, mais le plus souvent par la conquête militaire. Il en est ainsi pour les colonies et les régions qui n’ont pas été développées. Comme corollaire à cette évolution, on voit les marchés mondiaux se développer et être finalement, ou pour la plupart, éliminés comme marchés pour les autres pays; et, chacune à leur tour, les nations capitalistes de développement récent, doivent chercher des débouchés pour les excédents produits par les travailleurs exploités. Les marchandises exportables et en excédent, ne se vendent pas, pour des raisons évidentes, sur les marchés nationaux. En conséquence, des crises économiques et financières se produisent dans les nations industrielles très avancées, les rangs des chômeurs augmentent en proportion et croissent sans cesse. La concurrence internationale continue, et de plus en plus le globe se trouve divisé entre quelques nations industrialisées et puissantes —le point culminant est atteint avec le déchaînement de la guerre mondiale, avec ses deux camps principaux: anglo-américain d’une part et allemand-japonais de l’autre. Si le capitalisme dure, la lutte finale sera disputée entre les nations « monopolistes » ou impérialistes qui auront survécu.
Bref, LE CAPITALISME C’EST LA GUERRE!

II

Le Système engendre le conflit interne.

Bien que les luttes entre unités concurrentes à l’intérieur des nations capitalistes et celles de ces nations elles-mêmes soient semblables, dans leurs grandes lignes, il y a aussi entre elles des différences évidentes. Pour les premières le phénomène est purement économique, sauf dans la mesure où il subit l’influence de la politique, c’est-à-dire de la législation et du pouvoir de contrainte de l’État. Dans le domaine international la lutte mortelle n’est encore restreinte par aucune « police internationale. » Un certain nombre de facteurs plus ou moins importants, y jouent un rôle et y apportent de la confusion, préjugés de nationalité et de race, des prétentions de religion ou de ce qui se proclame religion, sans parler de l’effet momentané des ambitions d’aventuriers qui s’élèvent de l’obscurité pour occuper des positions de première place en divers pays. Cependant, ces facteurs subsidiaires ou ces perturbations ne changent rien au caractère essentiel de la guerre moderne. Et ils ne modifient pas le fait qu’elle résulte d’une cause fondamentale: le capitalisme et les lois économiques qui en dérivent, lois qui agissent à l’intérieur du système capitaliste avec une immutabilité comparable à celle des lois de la nature.
Le capitalisme, c’est-à-dire, le système capitaliste de la propriété privée (ou d’État) du sol et des usines, des moyens de transport, des mines, etc., est, donc, la première cause de l’anarchie mondiale actuelle, des guerres internationales, de la pauvreté et de la misère, qui dans chaque pays poussent les travailleurs à faire grève et parfois à des révoltes sanglantes et prématurées. Et assez souvent dans le passé, une autre cause importante de guerre fut l’espérance ou le désir de classes dirigeantes d’arrêter la rébellion à l’intérieur de leur pays en provoquant un conflit avec une nation étrangère « Comme tous les autres gouvernements, dit l’éminent socialiste américain, Daniel De Léon, le nôtre est sur un pied de guerre sociale avec la majeure partie de sa propre population — la classe ouvrière. La guerre à l’intérieur contraint à des alliances avec l’étranger. » Le sage et spirituel Jonathan Swift fit remarquer que « les princes avisés trouvent nécessaire la guerre à l’étranger pour garder la paix chez soi. » Notre quatrième président, le perspicace James Madison, fit observer, avec une vive pénétration et une connaissance profonde:
« Parmi les Romains c’était un principe permanent que de pousser à la guerre étrangère chaque fois qu’on appréhendait un soulèvement On peut se demander si le système le mieux réglé de pouvoir absolu en Europe pourrait durer si aucune crainte de danger extérieur ne tenait le peuple sous le joug domestique. »
Ou, dans la langue précise de Daniel De Léon: « Une guerre étrangère a toujours été le refuge des tyrans contre le danger d’éléments turbulents à l’intérieur du pays. »
Tout ceci n’est pas pour dire que les capitalistes ne préfèrent pas généralement la paix à la guerre. Il est évident qu’ils la préfèrent, de même qu’ils préfèrent toujours tenir les ouvriers occupés. La guerre coûte cher. A la longue l’invasion paisible et l’exploitation des marchés étrangers sont plus profitables. Et il n’y a pas de profits à soutirer d’ouvriers sans emploi, bien qu’une réserve de chômeurs « convenablement » limitée est considérée par les capitalistes comme un nécessité pour « stabiliser » le marché du travail. Mais les désirs mêmes des capitalistes les plus puissants ne pèsent pas grand chose, en fin de compté, dans la balance’ de la guerre et de la paix. Les événements les gouvernent et règlent leurs actions, quel que soit le degré auquel ils se prétendent maîtres de leur propre destinée, architectes de leurs fortunes.
Les guerres modernes sont les guerres du capitalisme. Mais nous ne voulons pas dire par cela, qu’elles sont nécessairement, ou même généralement, le résultat de complots intentionnels de capitalistes pour provoquer la guerre, quoique cela soit arrivé. L’expression « guerres du capitalisme » signifie que de telles guerres sont les effets logiques et inévitables d’un système social organisé sur le principe du capitalisme actuel de la production en vue du profit; elle revient à dire que de telles guerres ne pourraient avoir lieu que dans un système social semblable au capitalisme; et enfin, qu’elles renforcent (pour le moment, au moins) la cause qui les a produites, et multiplient les maux mêmes qu’elles devaient éliminer. L’histoire en fournit la preuve, l’expérience l’enseigne, et les facteurs économiques rendent la chose inévitable. On peut fonder des Sociétés des Nations, les politiques du monde peuvent graver et adopter solennellement des chartes universelles à San Francisco. Un clergé, dont les intérêts sont inséparablement attachés au système capitaliste des droits et des principes de la propriété, peut prier pour la paix, même là où la paix n’est pas et ne peut pas être. Mais, toute l’éloquence des hommes politiques internationaux, tous les arguments des réformateurs, tous les sermons et tous les discours moralisateurs du clergé ne serviront de rien aussi longtemps que l’exploitation capitaliste de la classe ouvrière, les droits capitalistes de la propriété, et la recherche universelle du profit demeureront les principes dominants de la société et serviront de guide à la conduite des classes dirigeantes en tous pays. La nature même du capitalisme rend la paix impossible. « Le carnage est un spectre qui suit toujours de près le capitalisme, » dit Daniel De Léon. La paix internationale est incompatible avec la guerre économique — la guerre économique avec l’étranger, la guerre économique (la lutte de classe) à l’intérieur.
LE CAPITALISME C’EST LA GUERRE !

III

Le Capitalisme, une phase de l’évolution sociale.

Nous disons et nous prouvons que le capitalisme est la première cause de la guerre et de l’anarchie mondiale, de la misère et de la pauvreté parmi les masses exploitées du monde, et qu’en supprimant cette cause, les effets en cesseront. « Mais », diront quelques-uns, « supposons que ce soit vrai— qu’allez-vous faire? » Et ceux-ci seront enclins à soutenir que le capitalisme est un ordre « naturel »; que le mieux qu’on puisse faire c’est d’en modérer et d’en limiter les mauvais effets, tout comme on modère et limite autant qu’il est possible, les mauvais effets des forces naturelles. Ils ajouteront qu’il est aussi ridicule de parler de l’abolition du capitalisme que de l’abolition de la nature. A ces allégations nous répondons que le capitalisme n’est pas un ordre « naturel. » Il n’est pas plus enraciné dans la nature que ne l’étaient les systèmes sociaux précédents. Eux aussi persistèrent pendant des siècles de lent développement, pour céder enfin la place aux systèmes sociaux suivants. En un mot, en tant que système social, le capitalisme n’est pas plus éternel que la féodalité dont il est issu. Et la féodalité était aussi transitoire que l’était l’esclavage absolu de l’antiquité qui précéda la féodalité. Et pas un de ces systèmes sociaux ne peut rivaliser au point de vue de la longévité avec le communisme de ces premières sociétés, qui à l’origine ignoraient tout du capital, de l’esclavage, du gouvernement politique, de la propriété privée sous une forme quelconque, mais qui pratiquaient l’égalité et la fraternité, même si ces dernières étaient fondées sur la pénurie dans une société statique.
Le capitalisme vint de la féodalité. Mais il fallut des siècles avant que le capitalisme moderne, qui date à peu près du milieu du quinzième siècle, pût émerger comme un système social capable de fonctionner et de dominer. Les grands conflits, les guerres sanglantes et longues qui dévastèrent l’Europe, principalement depuis le seizième siècle ( tout comme la récente guerre mondiale ravagea la majeure partie de l’Europe, et de grandes étendues en Asie), furent les effets immédiats de l’apparition progressive du système capitaliste, luttant pour s’établir, cerné comme il l’était de tous côtés, par les restrictions féodales. Le capitalisme an-nonça la naissance des temps modernes. Son entrée dans le monde causa de profonds changements dans les conceptions religieuses et morales, dans les arts, dans les relations politiques, et, bien entendu, dans l’économie sociale. L’âge qui fut témoin des débuts du capitalisme reçut à juste titre le nom de Renaissance. Il fut presque aussi bouleversé que notre époque de confusion, de désordre et de dislocation mondiale. C’était tout à fait dans la logique des choses, puisque la Renaissance voyait la formation du système capitaliste de même que le nôtre assiste à sa mort au milieu de la ruine universelle et de l’horreur des innombrables morts et blessés.
La deuxième guerre mondiale a scellé la destruction du système.
Au cours de la longue période de lutte du capitalisme encore jeune contre la féodalité agonisante, certains éléments animés d’un esprit conciliant tentèrent de réformer le vieux système. Ils voulaient profiter des biens de la nouvelle organisation sans abandonner toutefois les droits ou les prérogatives qu’ils tenaient de l’ordre ancien. D’un même souffle, les hommes parlaient la langue du jeune capitalisme, et s’enthousiasmaient au sujet de ce qu’ils appelaient les vertus et les beautés du vieil ordre féodal. Bien plus, un grand nombre de gens, connaissant la corruption de la féodalité (c’est-à-dire, ses traits manifestes et son caractère essentiel), n’ignoraient pas qu’ils avaient le devoir de la détruire, mais hésitaient à abandonner leurs traditions pour se précipiter dans l’âge nouveau. Mais ni la coutume, ni les droits établis de la féodalité, ni la toute-puissance de la couronne et de l’église ne purent arrêter la marche victorieuse du capitalisme. A la fin du dix-huitième siècle, celui-ci se trouvait assis sur des bases relativement fermes au point de vue économique et en grande partie au point de vue politique, dans tous les pays importants.
Parvenu à maturité, et ayant maintenant atteint la vieillesse, le capitalisme est irrévocablement entré dans les dernières phases de sa décadence et de sa dissolution. Ce cours est naturel, voire inévitable, même si la guerre mondiale ne l’eût pas accéléré, et n’eût pas prononcé la condamnation du système. Il y a malgré tout des gens pour s’imaginer que l’on peut encore rajeunir le système capitaliste, tout comme ceux qui, tenant leurs droits de la féodalité, avaient cru qu’on pouvait rajeunir ce système usé et corrompu! Autant essayer de rendre à un vieillard sa jeunesse perdue. Et même s’il était possible de reconstituer le capitalisme tel qu’il était en sa période de jeunesse et de compétition, la question se pose inévitablement : « Dans quel but d’utilité sociale? »
Le capitalisme a évolué conformément aux lois inhérentes à sa nature, lois que nous avons qualifiées d’immuables. Leur immutabilité ne se manifeste toutefois qu’à l’intérieur de la sphère capitaliste. Tant que le capitalisme existera, ces lois continueront à jouer, et à produire les effets dont nous avons été témoins depuis les cent cinquante ans qui ont suivi les révolutions américaines et françaises. Ces deux événements qui ébranlèrent le monde ont annoncé d’une manière précise l’avènement du capitalisme sur des bases mondiales comme successeur de la féodalité. Ce qui donna son charme au capitalisme naissant, ce qui lui fit presque accomplir des miracles pour le monde, ce qui créa les richesses, et les hommes aux fortunes fabuleuses, — que les « plutogogues » d’aujourd’hui se complaisent à citer comme des modèles de résolution dans leurs entreprises, comme des exemples à suivre, — ce fut précisément le fait que le capitalisme grandissait — passant d’une jeunesse robuste à une maturité puissante.

Le rôle historique du capitalisme est terminé

En tant que système social, le capitalisme a atteint son terme. Il a survécu à son utilité. Il est devenu un obstacle au progrès plutôt qu’une aide. Il fut dans le passé et sera à l’avenir une cause de mort et de désastre universel. Il serait insensé d’attendre de lui les réussites de son premier âge, plus insensé encore de songer qu’une jeunesse et une vitalité nouvelles pourraient lui être insufflées! S’il était possible de rendre au capitalisme sa jeunesse, c’est-à-dire, s’il était possible de rétablir à une échelle réduite, la production, la pénurie et la concurrence, on n’y gagnerait rien. Il n’y aurait qu’une répétition futile et sans avantage de ce même cycle qui nous mena à notre présent stade. Nous verrions le même effort pénible et laborieux pour accroître les moyens de production, c’est-à-dire pour intensifier démesurément la capacité de produire les choses nécessaires à la vie. Cette assertion — évidente en elle-même — est encore démontrée par la différence existant entre les nations incomplètement développées et les pays qui ont pris pleinement la forme d’unités capitalistes. En effet, comparer un pays industrialisé à un pays non industrialisé, équivaut à le comparer à ce qu’il était quelque cinquante ou cent ans auparavant.
Le système capitaliste avait une mission précise à remplir. Cette mission était d’accroître la capacité de production de l’humanité jusqu’à ce que le loisir et les connaissances accessibles à tous fussent compatibles avec l’abondance pour tous. Ainsi prenait fin à jamais la nécessité de diviser le monde, eh deux classes, dont l’une, la plus nombreuse, devait faire le travail fatigant sur la terre, afin qu’une minorité instruite pût avoir le loisir et les moyens de contribuer au progrès des arts et des sciences. Le capitalisme a accompli cette mission, à un prix énorme de vies humaines, de bonheur humain, et aux cris d’agonie des masses laborieuses qui furent ses principales victimes. Aujourd’hui il est possible, d’un point de vue économique, de donner le loisir et l’abondance à tous, sans interrompre la marche au progrès de l’humanité, à la recherche d’une vie intellectuelle et spirituelle plus élevée. Dans le passé, l’esclave—esclave de l’antiquité, serf, et travailleur moderne salarié — était surchargé de travail pour que le petit nombre des élus puisse penser et méditer; Le mécanisme de la production en série, aujourd’hui entièrement assurée par des travailleurs salariés, mais demeurée la propriété d’une minorité, représente « l’esclave » d’aujourd’hui. Seuls l’égoïsme et l’aveuglement de la classe dirigeante, de même que le manque de compréhension des ouvriers touchant les intérêts et la mission de leur classe, constituent un obstacle à la réalisation, sur un plan plus élevé encore, de l’égalité et de la fraternité du communisme primitif, de « l’âge d’or » de l’humanité.

IV

La liberté des ouvriers est illusoire.

La classe des travailleurs produit toutes les richesses de la société. Dans le système capitaliste les ouvriers passent inévitablement au rang de marchandises. En effet, on les achète et les vend, au marché du travail, à peu près, comme jadis on achetait et vendait l’esclave au marché des esclaves, ou comme on achète et vend aujourd’hui du coton et des textiles. Sous le régime capitaliste, l’ouvrier est, certes, en théorie un homme libre, et politiquement l’égal des riches. Sa « liberté » et son « égalité » ressemblent à l’égalité théorique devant la loi, dont le célèbre écrivain français, Anatole France, écrivait, que dans sa majestueuse égalité, la loi interdit aux riches aussi bien qu’aux pauvres, de mendier dans les rues, de coucher sous les ponts, et de dérober du pain.

Paraphrasant Anatole France, on peut dire que le capitalisme, d’une manière générale, permet aux riches aussi bien qu’aux pauvres de vendre leur travail au tarif existant. Les riches n’ont pas besoin de se vendre, et, évidemment, ne se vendent pas au marché; les pauvres, c’est-à-dire, les travailleurs, sont obligés de se vendre et se vendent (c’est-à-dire qu’ils vendent leur pouvoir de travail ou leur capacité d’accomplir quelque tâche productive ) au marché du travail, s’ils peuvent trouver des acheteurs capitalistes. Lorsque ce n’est pas le cas, ils sont réduits à la misère, et leur prétendue liberté devient la liberté de mourir de faim. Le fait même de l’existence du marché du travail sous le régime capitaliste répond définitivement à ces sophistes qui affirment que le travail n’est pas une marchandise ou un article commercial. Et, par contraste, notons que personne jusqu’ici n’a prétendu qu’il existe aussi un marché des fabricants de chaussures, un marché des rois du textile ou de l’acier, un marché des banquiers et des courtiers, où l’on achète et vend ces messieurs, comme on achète et vend les ouvriers au marché du travail !
Présenter la question dans ces termes concrets, c’est aussi démasquer l’argument frauduleux de ceux qui prétendent que l’Amérique capitaliste offre à tous des chances égales. En réalité, la majorité de la population, sous le régime capitaliste, dépend en matière économique de cette petite minorité qui possède tous les moyens de produire les richesses du pays. Les liens de dépendance économique sont la racine et la cause essentielle de tout esclavage. Si le capitalisme ne réduisait pas la majorité de la population à l’esclavage économique, le système ne pourrait pas survivre — il s’écroulerait presque tout de suite. Sans un marché du travail abondant, les entreprises capitalistes ne pourraient pas fonctionner. Lorsque les avocats du capitalisme déclarent que chaque ouvrier peut devenir indépendant, lorsqu’ils disent que tous ont une chance égale « d’entreprise dans les affaires », ils savent que leurs allégations sont mensongères. Car, si c’était vrai, s’il était possible que tous les ouvriers soient leurs propres patrons, de telle façon qu’aucun n’ait besoin de mettre en vente sa capacité de travail (c’est-à-dire, lui-même) qui est-ce qui ferait tourner les industries pour les capitalistes? Où les capitalistes prendraient-ils leurs immenses profits, l’énorme plus-value qu’aujourd’hui ils obtiennent par la sueur de leurs esclaves salariés? Accepteraient-ils de prendre du service les uns chez les autres? M. Ford s’engagerait-il chez M. Hockefeller, ou vice versa? Poser ces questions c’est leur répondre.

Le Système capitaliste décrète l’esclavage économique.

L’ouvrier, donc, vend sa capacité de travail (c’est-à-dire, en fait, lui-même) au prix maximum qu’il peut obtenir. Pour les ouvriers de chaque métier ce prix est déterminé à n’importe quel moment par la loi de l’offre et de la demande. Et comme l’offre tend à dépasser la demande (excepté en temps de guerre), le prix se fixe invariablement au niveau le plus bas. En théorie, cependant, le prix est conforme à la. valeur de la marchandise que l’on nomme capacité de travail; et la valeur, à son tour, correspond en fin de compte à la quantité de nourriture, au logement et aux vêtements qu’il faut à l’ouvrier pour vivre et pour « élever une nouvelle génération d’esclaves salariés.
Ainsi, du fait des lois immuables du capitalisme, les ouvriers, en tant que classe, ne pourront jamais espérer un salaire supérieur à ce qui leur est strictement nécessaire pour subsister. Et, en tant que classe, sous le capitalisme, ils ne pourront jamais atteindre plus haut que la condition d’esclave salarié. Ni l’éloquence des politiciens, ni les mensonges de chefs syndicalistes trompeurs, ne peuvent changer quoi que ce soit à ce fait et permettre aux ouvriers d’éviter un avenir de détresse, de misère et de pauvreté. Répétons-le: Sous le capitalisme, quatre-vingt-dix pour cent ou plus sont condamnés à l’esclavage du salariat — condamnés aussi certainement que tous sont « condamnés » à entrer un jour dans l’éternité. On peut brasser un jeu de cartes, mais de quelque manière qu’on le brasse, c’est toujours le même jeu. Un ou deux ouvriers, ici et là, peuvent sortir de la classe d’esclaves salariés, mais le fait même de l’esclavage du salariat n’en est pas affecté en quoi que ce soit. Pas plus que l’évasion de tel ou tel nègre n’a modifié dans le passé l’existence de l’esclavage en tant qu’institution.
Les professeurs et les avocats stipendiés du capitalisme, devraient bien méditer un peu sur tout cela.

La notion du « salaire suffisant »

John Adams, deuxième président des États-Unis, dit: « Lorsque les ouvriers ne reçoivent en échange de leur travail que la quantité d’argent leur permettant d’acheter les produits de première nécessité, leur état est identique à celui de l’esclave. » La loi de la valeur (considérée avec ses corollaires, la loi de l’offre et de la demande et la loi des salaires ) établit d’une manière certaine que la classe ouvrière ne recevra jamais plus (mais souvent moins) que la quantité d’argent « qui permet d’acheter les produits de première nécessité. » Les ouvriers sous le régime capitaliste reçoivent un salaire tout au plus suffisant au seul achat de ces « choses de première nécessité », c’est-à-dire, la portion d’un esclave! Toutefois, l’exploiteur capitaliste, le politicien, et le chef syndicaliste trompeur, s’unissent pour dire aux ouvriers qu’ils ont bien de la chance s’ils peuvent s’assurer d’un « salaire suffisant pour vivre », et ils leur enjoignent de ne pas espérer davantage. L’ancien président des États-Unis, feu Franklin D. Roosevelt, dans un discours prononcé à Block Island, Rhode-Island, à l’occasion du « Labor Day » le 4 septembre, 1937, déclarait : « Il est indispensable d’assurer à tous les travailleurs bien portants, hommes et femmes, un salaire suffisant à la vie en échange d’une bonne journée de travail. Je répète ce que je disais dans mon message aux ouvriers des États-Unis l’an passé: Les travailleurs d’Amérique ne demandent pas plus. Ils ne seront pas satisfaits de moins. » *

II y a loin de la définition équitable du président Adams d’un simple « salaire suffisant à la vie », comme une marque d’esclavage, et l’acceptation présomptueuse de la part du président Roosevelt pour les ouvriers, .de cette même marque d’esclavage pour satisfaire les travailleurs (et, qui selon lui, les satisferait). La démocratie américaine s’est-elle donc si profondément embourbé dans un marais de décadence et de corruption que l’on ait pu entendre louer par le trente-deuxième Président des Etats-Unis, comme l’espoir et le salut des ouvriers ce que le deuxième Président avait dénoncé comme un signe d’esclavage !
Voilà l’avenir qu’on offre dans la société à cette classe qui produit toutes les richesses, et qui porte sur ses épaules fortes, mais fatiguées, tout le monde civilisé !

V

Le problème de la surabondance.

Le capitalisme étant dans les dernières phases de sa décadence, du point de vue international autant que national, la société est arrivée à une impasse. Elle ne peut et ne doit pas reculer; elle ne peut pas s’arrêter. Mais le système capitaliste, usé et maintenant inutile, ne veut pas la laisser marcher vers cette totale liberté industrielle et sociale, rendue possible par le progrès technologique merveilleux accompli depuis plusieurs dizaines d’années, et surtout pendant les années terribles de la guerre. L’énergie atomique, d’une manière caractéristique du capitalisme, fit d’abord ses preuves dans l’incroyable puissance de destruction de la bombe atomique, qui en une double attaque dévasta deux grandes villes japonaises. Mais la seule énergie atomique contient une promesse de libération de la misère et de la crainte, si éclatante qu’elle éblouit le prophète ou le penseur le plus hardi. Mais même sans l’application de l’énergie atomique à-l’industrie, il est possible de produire les objets de première nécessité et de luxe en une telle surabondance que cette monstrueuse pensée, d’après laquelle les véritables producteurs de la richesse seraient voués à la pauvreté et à la misère, est à jamais ridicule !
Dans un avenir très rapproché on verra, sans aucun doute, une capacité de production si considérable qu’elle rendra le capitalisme et ses fausses prémisses surannées pour

toujours. Cette productivité, sous le capitalisme, pose aux capitalistes « le problème de la surabondance. » Il s’agit pour eux d’entraver le progrès, de renverser le vieux problème de savoir comment produire assez pour assurer le progrès! Mais ceci, c’est sous le capitalisme. Sous le socialisme, dans la République de l’Union Industrielle Socialiste, un tel problème ne se posera pas parce qu’il n’existera pas. Car, sous le socialisme, plus la production sera grande, moins les producteurs devront travailler et, par conséquent, tous auront plus de loisir à consacrer aux arts et à l’instruction, aux jeux et au plaisir, à une vie faite de beauté et de satisfaction.
Donc, malgré les promesses et les possibilités de notre mécanisme de production, moderne et merveilleux, la classe capitaliste et ceux qui servent ses intérêts craignent les perspectives du proche avenir. Aveuglés par leurs intérêts de classe, ils frémissent à la pensée de céder leurs privilèges et leurs pouvoir» Ils s’efforcent d’arrêter le cours du progrès, et ils essayent en vain d’ajuster’ l’organisme vivant et grandissant de la société au lit de Procuste du capitalisme. Comme le sauvage qui échange de l’or contre des colliers en verre, les capitalistes se cramponnent au rebut d’une société capitaliste agonisante avec ses inhumanités centenaires — guerres, pauvretés, maladies, et autres innombrables misères, et ils refusent l’âge d’or de la fraternité humaine, l’âge de la paix, de l’abondance, et du bonheur, qui frappe sans cesse avec la force du tonnerre à la porte de notre temps.

Le « Spectre » du socialisme

Et comme le sauvage superstitieux, ils sont, eux aussi, gouvernés par des superstitions. Celles-ci sont légion, et sont connues communément sous le nom « d’objections au socialisme. » Ils se représentent les « spectres effrayants » du « collectivisme », dont ils croient qu’il n’est pas de plus grand

mal dans l’enfer lui-même! Ils ne veulent pas, disent-ils, de ce « collectivisme. » Ils oublient qu’ils vivent dans le plus grand collectivisme que le monde ait jamais connu, le collectivisme de la production et de l’échange capitaliste, sans lequel leur existence comme capitalistes prendrait fin! Mais le leur, c’est un collectivisme despotique, un collectivisme qu’ils possèdent et règlent. Ce dont ils ont vraiment peur, ce à quoi ils font objection, ce n’est pas le collectivisme, mais le collectivisme démocratique — le collectivisme possédé et réglé par la société, par les producteurs organisés selon les industries dans une république libre.
Ils se réclament de « l’individualisme », eux qui pour vivre en capitalistes de l’industrie, refusent l’individualité à la masse du peuple, aux travailleurs salariés d’aujourd’hui. Mais de même que les capitalistes privent la majorité de la population de l’individualisme, tout en insistant pour en avoir eux-mêmes le bénéfice au- moyen du collectivisme despotique, de même le socialisme assurerait l’individualité au moyen du collectivisme coopératif et démocratique.
Et ils parlent des vertus de leur prétendu « système d’entreprise libre », désignation nostalgique de ce système capitaliste qui est fondé sur la destruction de la liberté économique de la majorité, un système pour lequel le terme « entreprise libre » résonne comme un sarcasme aux oreilles des esclaves exploités du salariat. Car « l’entreprise libre » fondée sur l’esclavage, du salariat n’a pas plus de sens aujourd’hui pour la masse du peuple que n’en avait le mot « démocratie » pour la majorité (les esclaves) dans l’Athènes de l’antiquité!

Il ne pouvait pas exister dé démocratie à Athènes parce que la majorité de sa population était soumise à un ignoble esclavage. De même il ne peut exister d’entreprise libre sous le capitalisme où l’immense majorité est complètement séparée de l’outillage de la production, auquel elle ne peut avoir accès qu’en se vendant à l’esclavage. du salariat, un esclavage misérable qui détruit l’âme. Pour la grande majorité il n’y a, et il ne peut y avoir, ni liberté, ni entreprise personnelle, ni individualisme quelconque, sous un tel régime. Lorsque la ploutocratie et ses porte-paroles disent que les droits de la propriété sont sacrés, lorsqu’ils proclament d’un ton sublime qu’il ne peut pas y avoir de liberté là où il n’y a pas de « propriété privée » (ils entendent par propriété privée celle des instruments de la production, produits et contrôlés par la société tout entière et dont la société a besoin), ils ne détiennent par la vérité, et leurs paroles sont déraisonnables. Car le capitalisme est un système social ( ou plutôt antisocial ) dans lequel, la possibilité d’accéder à la propriété est refusée de façon permanente à plus de quatre-vingt-dix pour cent de la population.

« L’Entreprise libre », c’est le despotisme économique !

Dans l’ère qui précéda le capitalisme, l’ouvrier possédait ses propres outils. Au point de vue économique il était donc un homme libre. Maintenant les « outils de la production » (les usines immenses) sont possédés par une petite minorité de ploutocrates qui ont le pouvoir d’en refuser l’accès aux ouvriers, excepté dans des conditions d’esclavage financier. Et ils exercent ce pouvoir chaque fois qu’ils le jugent bon. Voilà le soi-disant système « d’entreprise libre ! » Voilà ce qu’on appelle la liberté ! Voilà notre célèbre « mode de vie américain » pour lequel les fils et les filles de travailleurs américains sont supposés avoir versé leur sang sur les champs de bataille de la guerre mondiale !

En réalité, le droit de propriété privée, autrefois res-pecté en Amérique, a cessé d’être le droit des ouvriers de posséder leurs propres outils et de jouir des fruits de leur propre travail. Il est devenu le droit de capitalistes inutiles, jouant à la Bourse, de fermer les usines de la production quand cela leur plaît. Actuellement c’est le droit d’empêcher les travailleurs productifs de s’approcher des usines ou des instruments de la production, chaque fois que la classe qui ne fait que posséder, estime peu profitable l’emploi de ces instruments.
En bref on peut résumer comme suit, les éléments qui constituent le système « d’entreprise libre » — c’est-à-dire, le capitalisme: —
1 — Le travailleur, privé de propriété, ou des outils de la production, est forcé de se vendre comme esclave salarié. L’esclavage, quelle que soit sa forme ou son degré, ne signifiera jamais la liberté.
2 — Comme esclaves du salariat, les travailleurs sont spoliés de la majeure portion de ce qu’ils produisent. La plus grande partie, sous une forme ou sous une autre, va à l’Etat et à la classe qui possède de la propriété ! Aucune
société ne peut être libre ou acceptable, si elle est fondée sur l’exploitation d’une classe par une autre.
3 — Une tyrannie absolue règne en effet dans les industries et partout où l’on emploie et exploite les travailleurs salariés. Tyrannie économique ne signifiera jamais démocratie.

4 — Le sort des travailleurs, en tant que classe, est une vie d’esclavage. L’industrie privée (le capitalisme) exige essentiellement d’avoir à sa disposition un marché du travail bien fourni. « L’entreprise libre », c’est-à-dire le capitalisme, ne pourrait pas, comme nous l’avons vu, exister un jour de plus, s’il n’y avait pas toujours des millions de travailleurs aux conditions de vie si précaires qu’ils sont forcés de vendre leur capacité de travail, c’est-à-dire, eux-mêmes, à un certain prix. Et ce prix, en mettant les choses au mieux, les empêche à peine de crever de faim. Là où la porte de « l’opportunité » est destinée à être fermée pour toujours à la majorité, il est malhonnête de prétendre que le capitalisme est un système d’entreprise libre qui offre des chances égales à tous. Le refus intrinsèque de ces chances ne pourra jamais être défini comme l’octroi possible ou assuré desdites chances.

VI

La crainte de la révolution sociale

Le monde civilisé se trouve plus que jamais à la croisée des chemins. On commença ostensiblement la guerre la plus sanguinaire de toute l’histoire pour amener la paix, l’abondance, et la liberté sur la terre. Jusqu’ici elle a accompli, ou est en train d’accomplir juste le contraire en ce qui concerne la grande majorité de l’humanité. Et ceux qui travaillent de toutes leurs forces pour conserver le système responsable du carnage récent, et de l’incroyable et arbitraire destruction de richesses causée par lui, en peu de mots, les capitalistes et les apologistes du système capitaliste, montrent que leur prétendu intérêt en faveur du bien-être universel des peuples, et leur désir hautement proclamé, de préserver et d’améliorer les formes de la civilisation, ne sont que fraude et tromperie.

Partout où les opprimés essayent, si prudemment et de façon si limitée que ce soit, d’établir des conditions qui doivent leur rendre des libertés perdues, ou accroître celles dont ils jouissent déjà, les capitalistes des nations dominantes essayent de les arrêter et de les opprimer. Et s’il y a un signe de révolution sociale n’importe où, ces groupes de capitalistes puissants n’hésitent pas à employer leurs ennemis fascistes d’hier, ou à s’allier avec eux pour écraser la révolte et protéger leurs intérêts. Ce fait prouve, une fois de plus, que la classe capitaliste craint moins « l’ennemi », la classe dirigeante d’une autre nation, que la classe ouvrière révolutionnaire de n’importe quelle nation, et surtout de la leur. Par leur frayeur et leur conduite perfide les classes capitalistes du monde prouvent de nouveau la vérité de l’axiome marxiste : « La classe ouvrière n’a partout seul ennemi — la classe capitaliste et celle de sa propre nation vient en tête de la liste » (De Léon). Paissent tous les ouvriers apprendre bientôt cette leçon, s’ils ne l’ont déjà apprise par le sang, la sueur et les larmes du carnage universel et l’orgie des destructions.

Le programme du marxisme

S’ils ont bien appris cette leçon, ils ont fait le premier pas vers la société libre socialiste qui doit succéder au capitalisme, si nous voulons vivre de façon décente et civilisée, dans le confort, la concorde et le bonheur. Mais après cette étape, il faut franchir la suivante: organiser le mécanisme du gouvernement qui convient et qui est nécessaire à la société libre socialiste, au gouvernement de l’Union Industrielle Socialiste de la République du Travail; organiser selon le plan raisonnable et facile proposé par le Parti Ouvrier Socialiste marxiste d’Amérique. Et quel est ce plan?
1 — La classe ouvrière de chaque nation doit se grouper en Unions Industrielles Socialistes et s’allier aux travailleurs de toutes les autres nations qui se seront organisés pareillement. L’Union Industrielle Socialiste se consacre à l’anéantissement du capitalisme, et à l’établissement de la forme industrielle de gouvernement—l’administration industrielle des choses, la production pour des considérations d’utilité et non de profit ou de marchés. Partout le gouvernement de l’Union Industrielle Socialiste détruira et remplacera l’Etat politique capitaliste.
2— Conformément à l’évolution sociale, le gouvernement de l’Union Industrielle Socialiste est représentatif des industries, à la différence de l’État politique capitaliste qui est fondé sur la représentation territoriale ou politique. Le gouvernement politique, le règne d’une classe, a ses racines dans le territoire national. Le gouvernement Industriel Socialiste s’inspire de considérations d’utilité professionnelle.
3—L’Unionisme Industriel Socialiste ne fait aucun cas des frontières artificielles ou géographiques. Il néglige les lignes de démarcation politiques, sur le plan national et international. En conséquence, l’Unionisme Industriel organise les occupations utiles — les industries du monde — en arrondissements de la société future des travailleurs émancipés et libres.
Ainsi, l’Unionisme Industriel c’est la formation de la République Socialiste, et, lorsque ce premier but sera atteint, ce sera la République Socialiste en action.
Tel est le plan, le seul plan viable, qui puisse mettre fin à la lutte séculaire, le seul qui puisse enfin amener la paix, l’abondance, la liberté, et le bonheur dans un monde excédé des guerres et tenu en esclavage. Voici l’espoir de l’humanité — l’espoir, la promesse, et l’accomplissement!

***

Ouvriers d’Amérique—et, par vous, ouvriers du monde écoutez ce conseil et cet appel à l’action! Le temps presse.

Il faut agir avant qu’il soit trop tard. Méfiez-vous des mensonges cruels et des flatteries de la classe capitaliste, déshonorée et en faillite ! Méfiez-vous des réformateurs visionnaires qui vous promettent une « vie meilleure » mais qui travaillent de telle manière qu’ils assureront le maintien du mode de vie capitaliste ! Méfiez-vous des chefs syndicalistes qui vous égarent, agents et lieutenants de la classe capitaliste ! Leur tâche est de vous garder dans les chaînes de l’esclavage, et d’entretenir chez vous l’illusion du choix libre — le « choix » d’accepter les conditions déshonorantes de l’esclavage du salariat, ou de crever de faim, et peut-être de crever de faim en tout cas.

Il n’existe pas de raccourci pour arriver à la liberté

Méfiez-vous de ceux qui se prétendent socialistes mais qui sont en réalité alliés aux intérêts capitalistes pour perpétuer le système capitaliste. Ils se disent les amis des travailleurs, tout comme le groupe de chefs syndicalistes, et de petits réformateurs’ de Grande-Bretagne qui remplacèrent récemment le tory Winston Churchill et qui se donnent beaucoup de peine pour administrer les affaires impérialistes de la classe capitaliste anglaise. Ils se nomment faussement « socialistes », et ils acclament leur avènement au pouvoir comme « une victoire pour les travailleurs et le socialisme. » Ils sont en réalité hostiles aux travailleurs et aux socialistes. Ils pensent tout d’abord à sauvegarder le système capitaliste et à protéger la puissance commerciale anglaise dans le domaine international. Quelles que soient leurs intentions, leurs efforts rendront plus lourdes encore les chaînes des travailleurs de la Grande-Bretagne. Ils oppriment les travailleurs exploités et les empêchent d’obtenir ce qui est leur bien propre. Nous n’avons pas oublié qu’ils permirent au capitalisme anglais d’imposer le travail obligatoire (la conscription du travail) aux travailleurs britanniques pendant la guerre. Et aujourd’hui encore, la guerre finie, ils maintiennent la même mesure, la conscription du travail, le système détesté du travail d’esclave qu’ils ont emprunté directement au livre de Hitler lui-même!
Il n’est pas de raccourci pour aller à la révolution; On ne peut amadouer, acheter, ou effrayer aucune classe dirigeante jusqu’à lui faire abandonner sa puissance et ses privilèges. Comme le dit Marx on ne peut pas faire une révolution dans le dos de la société. La société, dit Marx dans une de ses remarques les plus frappantes, « ne peut ni procéder par bonds hardis ni supprimer par des actes légaux les obstacles qui se présentent aux phases successives de son développement normal. Mais elle peut atténuer les douleurs de l’enfantement et en raccourcir la durée. »
Méfiez-vous aussi des pseudo-marxistes (connus aussi sous le nom de stalinistes) qui parlent de leur « Etat socialiste » termes qui se contredisent. ( « L’existence de l’Etat est inséparable de l’existence de l’esclavage »—Marx). Cette contradiction révèle la mauvaise foi de ceux qui présentent comme un « despotisme bienveillant » le commandement bureaucratique d’une classe et défendent-la philosophie de l’inviolabilité de l’État, comme étant la vraie fraternité socialiste de l’homme, cette fraternité qui ne connaît ni le despotisme, ni la bureaucratie, ni l’État politique! Et ces soi-disant marxistes ajoutent encore l’outrage au préjudice qu’ils portent à la noble cause du socialisme : ils ont appliqué pendant la guerre, et ils appliquent, aujourd’hui aussi, un système de travail forcé, qu’il est impossible de distinguer du système naziste, soit que les esclaves soient des Russes indigènes, soit qu’il s’agisse de prisonniers allemands.
Méfiez-vous, enfin, de tous ceux qui prétendent avoir de bonnes intentions — ces « bonnes intentions » qui font l’ouvrage des pires éléments !

Travailleurs, nos frères, hommes et femmes qui travaillez en tous pays: tournez le dos au passé révolu, et au présent du capitalisme moribond — faites face au soleil de l’avenir, le soleil brillant et bienfaisant du socialisme ! Brisez les chaînes qui vous lient au système capitaliste d’exploitation, avec ses luttes fratricides. Cimentez les liens qui uniront les travailleurs de la terre dans une harmonie fraternelle et dans un effort social sublime ! Unissez-vous pour mettre fin au gouvernement de classe ! Organisez-vous pour établir la République du Travail ! Organisez-vous pour renverser par une révolution paisible, mais complète, le système inhumain du capitalisme ! Organisez-vous dans les industries et sur le plan politique pour amener le socialisme, le rêve de tous les temps, l’espoir susceptible d’être réalisé dans un proche avenir ! Unissez-vous pour mettre un terme à. l’horreur de mille ans de guerre, d’esclavage, et de pauvreté ! Unissez-vous pour établir un règne millénaire de liberté dans la coopération, et de paix dans l’abondance !

COMITÉ EXÉCUTIF NATIONAL PARTI OUVRIER SOCIALISTE D’AMÉRIQUE

ARNOLD PETERSEN

Secrétaire National

Le 13 septembre 1945

Note:

* La Rédaction a souligné en italiques les points saillants de ce paragraphe.

~~

Declaration of Fundamental Principles, Socialist Labor Party of America,

The Socialist Labor Party of America, cognizant of Worldwide social disintegration, reasserts the inalienable right of man to life, liberty and the pursuit of happiness, in the following declaration of principles:
We hold that the purpose of government is to secure to every citizen the enjoyment of this right ; but taught by experience we hold furthermore that such right is illusory to the majority of the people, to wit, the working class, under the présent System of economic inequality that is essentially destructive of THEIR life, THEIR liberty and THEIR happiness.
We hold that man cannot exercise his right to life, liberty, and the pursuit of happiness without the ownership of the land on and the tool witoh which to work. iDeprived of thèse, his life, his liberty and fais fate.’fall into the hands of the class that owns those essentials for work and .production. This ownership is today held by the minority in Society, the capitalist class, exercising through .this ownership and control an économie despotism without parallel in history.
Government statistics* establish that 59 per cent of the nation’s wealth is owned by 1 per cent of the population; that 83 per cent ofthe wealth is owned by 12 per cent of the population, thus finally establishing that 92 per cent, of the nation’s wealth is owned by 13 per cent of the population, leaving the vast majority, the working cïass, or 87 per cent of the population, the owners of but 8 per cent of the nation’s wealth.

The ownership of the bulk of the nation’s wealth by the few is conclusive evidence that labor is robbed of the major portion of the product which it alone produces. Thus the worker is denied the means of self-employment, and, by compulsory idleness in wage slavery, is deprived of even the necessaries of life.
We hold that the existing contradiction between the theory of democratic government and the fact of a despotic economic system—the private ownership of the natural and social op-portunities—divides the nation into two classes: the non-pro-ducing, but owning, Capitalist Class, and the producing, but propertiless, Working Class; throws society into the convulsions of the Class Struggle and invariably perverts government to the uses and benefit of the capitalist class.
The time is now here when, as the natural result of sopial evolution, this system has worked out its own downfall. Having completed its normal development, the capitalist system, and its political reflex, the State, are now outworn. No longer able to dispose readily of the huge quantities of surplus commodities in foreign markets, each capitalist nation seeks desperately to crowd out its competitors, with the result that wars and conflicts convulse the civilized world. In this mad struggle for survival, the working classes of all nations are the chief sufferers.
Against such a system the Socialist Labor Party raises the banner of revolt and demands the unconditional surrender of the capitalist class. In this supreme crisis no reform measures will stead, and history teaches that where a social revolution is pending, and, for whatever reason is not accomplished, reaction, dictatorship, is the alternative. Having outlived its social usefulness, capitalism must give way to a new social order—a social order wherein government shall rest on industry, on the basis of useful occupations, instead of resting on territorial (political) representation. This new social sys

tem can only be the Socialist Industrial Union form of Gov-ernment if the needs of the vast majority are to be served and if progress is to be the law of the future as it has been in the past. Upon the despoiled workers rests the duty of effecting this revolutionary change in a peaceful, civilized manner, using the ballot and all that thereby hangs in order to effect the change.
We, therefore, call upon the wage workers of America to organize under the banner of the Socialist Labor Party into a classconscious body, aware of its rights and determined to conquer them.
We further call upon the wage workers of America to organize into integral Socialist Industrial Unions to enforce the fiat of their ballot, and to fulfill the needs and purposes of the Socialist Industrial Union Government. Industrial Unionism is the Socialist Republic IN THE MAKING; the goal reached—the Industrial Union—is the Socialist Republic in operation.
And we also call upon all other intelligent and social-minded citizens to place themselves squarely upon the ground of working class interests, and join with us in this mighty and noble work of human emancipation, so that we may put summary end to the existing barbarous class conflict by placing the land and all the means of production, transportation and distribution into the hands of the useful producers as a collective body, and substituting the Socialist Industrial Cooperative Commonwealth for the present state of planless production, industrial and international wars and social disorder—a commonwealth in which every worker shall have the free exercise and full benefit of his faculties, multiplied by all the modern factors of civilization.

(Adopted in National Convention assembled, in the City of New York, April 29, 1940.)

(* Federal Trade Commission Report, 1926)

Une Réponse to “1945-09 Liberté socialiste ou esclavage capitaliste ? [SLP]”

  1. Neues aus den Archiven der radikalen Linken - eine Auswahl « Entdinglichung Says:

    […] Socialist Labor Party (USA): Liberté socialiste ou esclavage capitaliste? […]

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