1956-12 Préface à ‘Sous la botte soviétique’ [Pivert]

DEUXIÈME PRÉFACE
par M. Marceau PIVERT

Je n’ai rien à retrancher ni à ajouter aux lignes que j’ai données à notre ami D. G. R. SERBANESCO pour préfacer la première édition de son témoignage  » Ciel Rouge sur la Roumanie « .
L’empire totalitaire est actuellement secoué sur ses bases, l’esprit de liberté souffle sur son glacis, et ce sont les ouvriers, les paysans, les étudiants et les soldats, unis dans leurs « conseils », c’est-à-dire dans leurs soviets, qui prennent en main, avec leurs armes de classe, la grève générale, le combat pour l’indépendance nationale et pour le socialisme. L’admi¬rable effort du peuple hongrois ne peut pas ne pas avoir de résonance ailleurs… à travers toute l’Europe aussi bien qu’à travers toutes les Russies.
Depuis ma première préface (15 janvier 1952), j’ai eu le privilège de prendre un contact personnel avec la réalité soviétique ; je crois y avoir perçu des signes de renouvelle-ment, de détente, de compréhension… mais il y a une telle défiance à l’égard de l’Occident, y compris même des milieux socialistes traditionnels, une telle surestimation des dangers constitués par les vieilles classes réactionnaires déchues, une telle peur des forces impérialistes adverses, que les milieux qui ont alimenté, justifié, accepté lâchement et cherché à imposer partout le despotisme stalinien sont encore plus puissants, capables de saisir toutes les occasions, tous les prétextes, d’invoquer toutes les fautes, et tous les crimes commis en face, dans le camp des  » démocraties « , afin de ramener le peuple russe à la notion désespérée qu’il doit imposer par la force des armes un régime qu’on lui a fait accepter comme du  » socialisme « .

Entre les forces de paix, de bien-être et de liberté d’un côté, celles de guerre, de misère et de tyrannie de l’autre, la lutte est devenue INTERNATIONALE, et la communauté INTERNATIONALE des travailleurs doit aujourd’hui  » prendre la tête de la colonne humaine « .
Tout ce qui, à l’Ouest, contribuera à préférer les méthodes de, guerre à celles de la lutte ouvrière ne pourra que favoriser les forces de guerre encore puissantes au sein de la société russe. Mais, au contraire, tout ce qui, à l’Ouest, et particuliè-rement dans le mouvement démocratique et socialiste, mettra en mouvement les travailleurs librement organisés, en direc-tion de leurs propres objectifs, c’est-à-dire une Europe socialiste, favorisera une sympathie et une solidarité, qui deviendront de plus en plus actives au sein des masses ouvrières, paysannes et estudiantines de Russie.
Qu’il se trouve des dirigeants russes pour comprendre enfin qu’il faut aujourd’hui FAIRE CONFIANCE A L’HOMME MODERNE ET AU TRAVAILLEUR CONSCIENT, et non plus prétendre imposer la volonté d’une minorité à l’ensemble d’un peuple, et les transitions nécessaires s’imposeront sous la poussée croissante des aspirations des masses.
Les classes déchues et les régimes réactionnaires condam-nés ne peuvent que contrarier ce processus historique.
Au contraire, les hommes aimant au-dessus de tout la liberté, l’égalité, la fraternité, et non pas seulement en les réservant à des élites, mais en les favorisant partout, feront surgir des barbaries de notre époque une humanité nouvelle, meilleure, plus éclairée, et finalement, réconciliée avec elle-même.

M. P.

Le 12 décembre 1956.

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