1965 Marx et l’enquête ouvrière [Quaderni Rossi]

Article paru dans les Quaderni Rossi N°5 (1965) , traduit dans Quaderni Rossi, Luttes ouvrières et capitalisme d’aujourd’hui, Paris, Maspero, 1968.

En présentant l’ « Enquête ouvrière » qu’il avait rédigée pour la Revue Socialiste, Marx écrit :

« Dans l’attente que le gouvernement français ouvre… une vaste enquête sur les faits et les méfaits de l’exploitation capitaliste, nous tenterons d’en commencer une de notre côté. Nous espérons être soutenus par les ouvriers des villes et des campagnes, qui comprennent qu’eux seuls peuvent décrire en toute connaissance de cause les maux qu’ils endurent, qu’eux seuls, et non des sauveurs providentiels, peuvent énergiquement remédier aux misères sociales dont ils souffrent. » [1]

En disant que les ouvriers sont seuls à même de décrire convenablement les conditions dans lesquelles on les exploite, Marx fait plus qu’indiquer un simple procédé opératoire. Il pose le principe d’une méthode de travail politique qui se trouve implicitement dans la Critique de l’Économie Politique. Celle-ci définissait essentiellement l’économie capitaliste par la lutte du travail salarié et du capital. Mais elle avait découvert qu’une telle lutte se présente sous une forme mystifiée, masquant le procès d’exploitation réel de la classe ouvrière, et provenant d’une mystification plus générale, propre à la classe capitaliste : celle du procès de que Marx exprime cette dernière en des formules telles que « capital-profit » ou « travail-salaire », où le profit et le salaire sont la rétribution, respectivement, du capital et du travail : « leurs produits, dit-il, leurs fruits. Les uns représentent le principe, les autres la conséquence… de telle sorte que chaque source singulière est reliée à son produit comme à ce qu’elle a engendré et produit… (l’un et l’autre) sont des parts de la valeur produite, et donc, plus généralement, de la valeur, ou bien, exprimés en argent, ils font partie du prix. »

La mystification tient au fait qu’en réalité il n’y a aucune analogie entre le capital et le travail.

Le premier est un « rapport déterminé de production sociale appartenant à une formation historique déterminée de la société… (il est) constitué par les moyens de production monopolisés par une partie déterminée de la société et par les produits et les conditions d’activité de la force de travail, ceux-ci ont conquis leur autonomie par rapport à la force de travail vivante et, par le biais de cette opposition, ils s’incarnent dans le capital ».

Quant au travail, pris comme tel, ce n’est que « l’activité productive de l’homme en général ; elle lui permet d’établir des échanges organiques avec la nature, dépouillée non seulement de toute forme sociale et de tout caractère déterminé,. mais même de sa simple existence naturelle indépendante de la société, elle est élevée au-dessus de toutes les sociétés ; c’est une manifestation et une affirmation de la vie, commune à l’homme non encore social et à l’homme qui est déjà socialement déterminé d’une façon ou d’une autre ».

C’est-à-dire que, « à côté d’une forme d’élément de production propre à un mode de production déterminé », comme le capital, on pose un élément commun à tous les modes de production, et qui « n’a rien à voir avec la forme sociale de ceux-ci » (et on établit entre eux un rapport).

C’est ainsi que le capital et le travail salarié qui lui correspond prennent l’air « naturel et éternel » du « travail » en général : « quand le travail salarié n’apparaît pas comme une forme de travail socialement déterminée, mais que le travail tout entier semble être par nature du travail salarié (et c’est ainsi qu’il apparaît à ceux qui sont impliqués dans le système des rapports de production capitaliste), même les formes sociales spécifiques, déterminées, que les conditions matérielles du travail (les moyens de production produits) prennent par rapport au travail salarié… coïncident totalement avec l’existence matérielle de ces conditions… Les moyens de travail pris comme tels deviennent du capital… et l’autonomie formelle que des conditions de travail acquièrent par rapport au travail, la forme particulière que cette autonomie prend par rapport au travail salarié, devient une propriété qui leur appartient indissolublement en tant que choses, conditions matérielles de la production ; c’est un caractère originel, qui leur est immanent, et leur échoit nécessairement en ce que ce sont des éléments de la production. Leur caractère social, déterminé par une époque elle-même historiquement déterminée, dans le procès de production capitaliste, un caractère objectif qui leur est pour ainsi dire inné de toute éternité, en leur qualité d’éléments du procès de production… C’est que le produit en lequel (on amène) l’ouvrier à reconnaître son travail, et qu’on lui présente comme son gain, son revenu, n’est plus que le salaire, la part de la valeur représentée par le salaire. Et donc, si le travail salarié coïncide avec le travail en général, le salaire coïncidera avec le produit du travail. » et la « plus-value, sous la forme du profit, ne se rapportera plus à la part du capital dépensé en travail de laquelle elle jaillit, mais au capital dans son ensemble » [2].

Dès lors, les luttes qui opposent les prolétaires toujours plus nombreux au cours du procès de l’accumulation du capital aux possesseurs du capital lui-même se présentent comme des luttes au niveau de la distribution : les négociations qu’elles ont en vue ne portent que sur la façon dont les apports respectifs de chacun — travail d’une part et capital de l’autre – seront récompensés dans le procès de production.

C’est ainsi que, d’une part, les ouvriers perdent toute possibilité de critiquer le mode de production capitaliste, et que, de l’autre, il leur devient impossible de découvrir la nature véritable du procès d’exploitation, de reconnaître que la force de travail est vendue aux capitalistes comme une marchandise dont ils se servent pour accumuler la plus-value.

Mais on peut, par une analyse critique du procès de production capitaliste, faire réapparaître la vraie nature de la contradiction et fournir un point de référence précis à la lutte de classes.

« Toutes les méthodes employées pour produire de la plus-value sont en même temps des moyens d’accumulation, et, inversement, toute extension de l’accumulation devient un moyen qui permet de développer ces méthodes. Il en résulte que, dans la mesure où le capital s’accumule, la situation de l’ouvrier empire, et ceci quelle que soit sa rétribution… l’accumulation de richesses à l’un des pôles (le pôle capitaliste) signifie du même coup de l’accumulation de misère, du travail épuisant, de l’esclavage, de l’ignorance, de la brutalité et de la dégradation morale au pôle opposé, chez ceux qui produisent leur propre produit comme capital. »

Le problème est alors de révéler aux ouvriers que ces « faits du capitalisme » sont des faits « historiques » et non pas « naturels », c’est-à-dire que la lutte entre « capital et travail » est une lutte de la classe ouvrière contre la classe capitaliste.

Dans la préface de l’édition allemande du Manifeste du Parti Communiste (1890), Engels affirme que « pour la victoire ultime des principes énoncés dans le Manifeste, Marx s’en remettait uniquement au développement intellectuel de la classe ouvrière, naissant nécessairement de l’action et de la discussion en commun. Les événements et les vicissitudes de la lutte contre le Capital, les défaites plus encore que les succès, ne pouvaient manquer de faire sentir aux combattants l’insuffisance de toutes leurs panacées et les amener à comprendre les conditions véritables de l’émancipation ouvrière » (Marx, Engels, Manifeste, Paris, Ed. Sociales, 1962, p. 16).

A ce propos, Marx affirme que « l’émancipation de la classe ouvrière doit être l’œuvre des ouvriers eux-mêmes «  : elle doit et peut l’être, parce que cette classe révolutionnaire, dont le développement exige implicitement une forme de production supérieure, possède, avec le socialisme scientifique, un formidable instrument théorique et pratique dans la lutte historique et quotidienne qu’elle mène contre le capital.

« Les crises sont inévitables… mais nous ferons notre possible pour exposer le procès d’exploitation capitaliste de façon simple et populaire, et sans supposer les notions même les plus élémentaires de l’économie politique connues à l’avance ; nous voulons être compris par les ouvriers » (Marx, Travail salarié et Capital, Paris, Ed. Soc., 1960, p. 20).

Chez Marx, la critique de l’économie politique est non seulement une critique du système de production capitaliste, mais une action politique menée contre ce système.

Marx découvre que les contrastes sociaux qui apparaissent aux ouvriers de façon empirique sont en fait des formes historiquement nécessaires, et spécifiques de la lutte des classes : car, une fois que la production capitaliste est née « le prolétariat ne peut plus accomplir sa propre émancipation sans émanciper en même temps la société entière, et la délivrer de la division en classes et de la lutte de classes ». Dès lors, dit-il, « s’il nous fallait donner de notre conception une justification scientifique, il nous semblait tout aussi important de conquérir à nos idées le prolétariat européen… ».

Des premières conférences de l’Association des Travailleurs Allemands de Bruxelles au Manifeste du Parti Communiste, de l’Association Internationale des Ouvriers à l’ « Enquête ouvrière » de la Revue Socialiste de 1880, Marx a toujours, dans son action politique, gardé ce même but :
« Le but des communistes est celui des autres partis prolétaires : constitution des prolétaires en classe. A aucun moment, il (le parti communiste) ne néglige d’éveiller chez les ouvriers une conscience claire et nette de l’antagonisme violent qui oppose la bourgeoisie et le prolétariat. » (Manifeste, Ed. Soc., p. 37-38 et 60).

La contradiction capitaliste ne peut se développer de façon révolutionnaire que par la prise de conscience de l’exploitation, et par la lutte organisée. Le problème est alors d’établir entre ces deux éléments un rapport de complémentarité, car « le prolétariat a pour lui le nombre, qui est facteur de succès, mais le nombre n’a de poids que lorsqu’il est organisé en unité et dirigé par le savoir » [3]. Il s’agit de trouver quels instruments, historiquement déterminés eux aussi, sont les plus fonctionnels pour atteindre ce but. Mais pour cela, il faut avant tout avoir compris que c’est seulement en prenant clairement conscience de l’exploitation qu’on peut dépasser les limites du conflit pur et simple quotidien contre le capital.

« Si la classe ouvrière abandonnait lâchement la partie dans la lutte qu’elle mène chaque jour contre le capital, elle perdrait elle-même la faculté de se lancer un jour dans un mouvement plus vaste… mais les travailleurs ne doivent pas s’exagérer le résultat final de ces luttes quotidiennes. Ils doivent se souvenir qu’ils se heurtent aux effets, non aux causes, et prendre garde de ne pas se laisser absorber par cette inévitable guerilla que suscite chaque nouvel empiétement du capital, chaque variation du marché.
Ils doivent comprendre que le système présent, avec toutes les misères qu’il fait peser sur la classe ouvrière, engendre en même temps les conditions matérielles et les formes sociales nécessaires à la reconstruction économique de la société. Il leur faut effacer de leurs bannières le slogan conservateur : « Un salaire équitable pour une journée de travail équitable », et inscrire le mot d’ordre révolutionnaire : « A bas le travail salarié ». [4] »

Dans l’enquête menée par Marx, on peut voir de façon exemplaire comment l’intervention politique suit les principes fondamentaux de l’analyse théorique (l’exploitation absolue de la force de travail par les capitalistes). On ne peut séparer cette enquête de son travail politique général qui a pour but unique de transformer les prolétaires en une classe antagoniste, en « l’unissant par l’organisation » et en les « guidant par le savoir ».

Analysons l’enquête de Marx, et arrêtons-nous sur quelques-uns de ses points principaux.

On peut aisément retrouver dans le questionnaire un fil conducteur qui unit ses quatre parties et en fait un tout fonctionnel et homogène. Il s’agit d’une étape de ce mouvement graduel par lequel les ouvriers ont découvert le socialisme scientifique. C’est une explication théorique de conditions qu’ils connaissent bien, une critique graduelle et toujours plus ample de l’exploitation capitaliste, dans laquelle s’insèrent, sur certains points essentiels, un éclaircissement explicite ou un jugement de valeur.

En répondant aux questions de la première partie, les ouvriers décrivent surtout l’usine dans laquelle ils travaillent. Il s’agit d’une description statique, mais qui demeure essentielle si l’on veut comprendre dans toute sa complexité comment fonctionne le mécanisme réel de l’exploitation directe, et le rapport immédiat qui unit une telle exploitation et le travail personnel de chacun. Cette partie d’analyse et de description se compost de trois groupes principaux de questions, qui portent sur la composition de la force de travail, la structure de l’usine du point de vue technique (division du travail, degré de mécanisation, etc.) et les conditions du travail.

Dans le premier groupe, la question numéro 6 est particulièrement importante : « Donnez le nombre de surveillants et autres employés qui ne sont pas des salariés ordinaires » (c’est nous qui soulignons). C’est là que l’exploitation capitaliste manifeste le plus immédiatement son inévitable despotisme. L’ouvrier doit le souligner avec force, car « le travail de surintendance apparaît nécessairement dans tous les systèmes de production qui se fondent sur l’antagonisme de l’ouvrier, producteur immédiat, et du propriétaire des moyens de production. Plus cet antagonisme est fort, plus ce travail de surintendance prend d’importance. Il atteint son maximum dans le système esclavagiste. Mais il est aussi indispensable dans le mode de production capitaliste, où le procès de production est en même temps procès de consommation de la force de travail ». Ce despotisme apparaît aussi dans l’analyse technique de l’usine : « Décrivez la tâche à laquelle vous êtes affecté ; parlez non seulement du côté technique mais aussi de la fatigue musculaire et nerveuse qu’elle impose et de son retentissement général sur la santé des ouvriers ». Et au moment où l’ouvrier décrit les conditions matérielles de son travail (hygiène, sécurité, etc.), que Marx n’ignorait certainement pas, on donne explicitement pour la première fois la raison des questions précédentes : l’employeur « a-t-il jamais indemnisé ceux à qui il est arrivé un accident pendant qu’ils travaillaient à l’enrichir » ?

Dans la seconde partie du questionnaire, la description de l’exploitation et des formes absolues de l’emprise qu’elle exerce se fait plus dynamique : il s’agit alors de la quantité de force de travail employée pendant un certain laps de temps dans le procès de production, de la durée de la journée de travail, du travail de nuit, des quarts, des règlements et des amendes. La question principale est ici celle du numéro 43 : « les machines sont-elles nettoyées par des ouvriers spécialement préposés à cet effet, ou bien sont-elles gratuitement nettoyées par les ouvriers qui y travaillent pendant la journée ? ». Il ne s’agit pas seulement de définir des tâches demeurées jusqu’alors imprécises, mais bien de démystifier une réalité capitaliste : celle du travail salarié. En effet, si le salaire est garanti par un contrat stipulé dés le début du travail, et s’il est sûrement payé à la fin de la semaine ou du mois, comment le capitaliste peut-il faire travailler gratuitement l’ouvrier ? Une analyse critique de l’économie révèle que l’ouvrier vend sa force de travail comme marchandise au propriétaire des machines, et que « son travail a à peine réellement commencé qu’il a déjà cessé de lui appartenir ». Sa force de travail est alors aux mains du capitaliste, qui en dispose totalement, et non seulement la fait « toujours fonctionner pour plus de temps qu’il n’est nécessaire pour reproduire la valeur de la force de travail » mais s’en sert selon ses exigences, quelles qu’elles soient. C’est le point fondamental de l’analyse de Marx en lien direct avec sa pensée politique : « On comprend dés lors pourquoi le fait que la valeur et le prix de la force de travail se métamorphosent en salaire, c’est-à-dire en valeur et prix du travail lui-même, devient essentiel. Toutes les idées juridiques de l’ouvrier et du capitaliste, toutes les illusions que l’ouvrier se fait à propos de la liberté se fondent sur cette forme d’apparition qui rend invisible le rapport réel et qui manifeste justement l’opposé. » Les ouvriers doivent détruire ces idées et ces illusions en commençant surtout à réfléchir sur le pouvoir du patron qui les fait travailler gratuitement.

Dans la quatrième partie de l’enquête, l’analyse de l’exploitation et la description que l’ouvrier en donne englobent tous les rapports sociaux dans lesquels il est impliqué en tant que prolétaire, en usine ou dans la société.

Cette partie se compose de quatre groupes assez homogènes de questions, qui correspondent à quatre stades étroitement unis de l’analyse : on y retrouve certains aspects de l’exploitation déjà étudiée auparavant mais qui se rapportent plus facilement au système entier de production. Ces groupes portent sur : la réglementation de la vente de la force de travail, le salaire, le rapport entre salaire et coût de la reproduction, la façon dont le capitaliste se sert des machines et des progrès techniques.

Dans le premier groupe de questions, l’ouvrier décrit le rapport juridique qui le lie à son patron. Qu’il compare un peu les droits et les devoirs réciproques qui dérivent du contrat stipulé. Marx, qui connaît à fond les conditions de la classe ouvrière anglaise dont l’organisation est bien supérieure à celle de la classe ouvrière française, sait très bien que les patrons peuvent seuls user et abuser du contrat selon leur bon plaisir. « Au cas où le contrat se rompt, et que celui qui offre le travail est en défaut, à quelle pénalité doit-il se soumettre ? ». Et, tout de suite après : « Et quand l’ouvrier est en défaut, quelle pénalité doit-il subir ? »

La description suivante, qui porte sur le salaire, est assez longue – elle en considère toutes les formes possibles et elle cherche à en révéler le sens. Le salaire peut être payé au temps ou aux pièces, mais « le salaire aux pièces est la forme qui convient le mieux au mode de production capitaliste » et présente pour le capitaliste deux avantages particuliers. Avant tout, il « offre au capitaliste la possibilité de mesurer avec précision l’intensité du travail. Seul le temps de travail qui s’incarne en une quantité de marchandise déterminée à l’avance et fixée expérimentalement est considéré comme du temps de travail socialement nécessaire, et est payé comme tel ». En second lieu, « la qualité du travail est ici contrôlée par l’œuvre elle-même, qui doit avoir une valeur moyenne si le prix aux pièces doit être payé intégralement. De ce point de vue, le salaire à la pièce devient une source infiniment féconde pour les déductions du salaire et les escroqueries capitalistes ». L’ouvrier est mis en garde : « S’il est payé aux pièces, prend-on prétexte de la qualité de l’article pour vous tromper en réduisant votre salaire ? ».

Puis viennent deux questions extrêmement importantes en elles-mêmes, et qui le sont encore plus si nous les rapportons l’une à l’autre, car elles permettent de découvrir la nature du travail salarié : « Que ce soit à la pièce ou au temps, quand le travail est-il payé ? En d’autres termes, pendant combien de temps faites-vous crédit à votre patron avant de recevoir le prix du travail effectué ? Êtes-vous payé après un mois ? une semaine ? etc. ». Une fois de plus, c’est là un résultat de l’analyse théorique des caractéristiques de la production capitaliste. « L’aliénation de la force de travail et de la façon dont cette force se développe en réalité (comme valeur d’usage) sont donc des faits détachés dans le temps. Mais, dans le cas des marchandises pour lesquelles l’aliénation formelle qui échoit à la valeur d’usage par l’intermédiaire de la vente est détachée dans le temps de la consignation réelle de l’acheteur, l’argent de ce dernier fonctionne surtout comme moyen de paiement. Dans tous les pays où la forme de production capitaliste domine, la force de travail n’est payée qu’après avoir fonctionné durant le temps fixe établi par le contrat ; le travailleur avance donc partout au capitaliste la valeur d’usage de la force de travail ; il la laisse consommer par celui qui l’achète avant qu’on ne la lui ait payée ; le travailleur fait donc partout crédit au capitaliste ». Dans l’absolu (car l’accumulation du capital dans les mains de la classe capitaliste enlève à ce fait une part de sa signification économique) il fait crédit à son propre patron, qui ne peut s’enrichir sans la force de travail que l’ouvrier lui donne. Mais, pour que l’ouvrier comprenne ce fait et le fasse sien, en se dressant contre son patron, Marx lui pose une autre question, qui l’amène à décrire les conséquences d’un tel système sur les conditions matérielles de sa vie :
« Avez-vous remarqué qu’en vous payant en retard on vous oblige souvent à recourir au Mont de Piété, où vous devez déposer un taux élevé d’intérêts, et à vous dépouiller de choses qui vous sont nécessaires ? Avez-vous remarqué que cela vous oblige à vous endetter auprès des boutiquiers et à devenir leur débiteur ? Connaissez-vous des cas où des ouvriers ont perdu leur salaire à cause de la faillite ou de la banqueroute de leur patron ? »

Dans le troisième groupe de questions, l’ouvrier analyse le coût de la reproduction de sa propre force de travail ; il établit un rapport direct entre le salaire qui devrait correspondre à la valeur réelle de sa force de travail, mais que tout capitaliste cherche à ne pas payer intégralement, et le prix des objets les plus nécessaires ; ce n’est pas par hasard qu’on trouve parmi ceux-ci, dans la catégorie des « frais divers », les livres, les journaux, « les contributions payées à des sociétés de secours mutuel, pour les grèves, les ligues, les caisses de résistance, etc. ».

Mais il est une comparaison politiquement plus importante qui permet de comprendre immédiatement le point fondamental de l’analyse, l’unique raison d’être du système despotique de l’usine la plus-value, la richesse du patron. « Établissez une parallèle entre le prix des articles que vous produisez ou des services que vous rendez et le prix de votre travail. » Certes, l’ouvrier ne peut ni calculer le coût de la production ni déterminer le montant net du profit ; mais les machines aussi ne sont que du travail mort et ce qui importe, c’est que l’ouvrier s’aperçoive qu’une différence existe effectivement, et que cette différence tourne exclusivement à l’avantage de celui qui l’empoche, c’est-à-dire son patron.

Enfin, dans le quatrième groupe de questions, on confronte directement l’exploitation à différents aspects du fonctionnement de la société capitaliste : la science appliquée aux machines, le progrès, le cours du marché, les crises. « Y a-t-il eu, à votre connaissance, des cas où des ouvriers ont perdu leur place parce qu’on a introduit des machines nouvelles ou des perfectionnements d’un autre genre ? ». Ici aussi, nous voyons clairement que l’analyse scientifique ne fait qu’un avec la nécessité de faire comprendre aux ouvriers le lien du développement technique et du chômage. La concurrence contraint les capitalistes à diminuer le prix de leurs produits, ce qui demande un accroissement de productivité et un placement plus large de capitaux. Ce qui, au niveau de l’entreprise, signifie une augmentation de la composition organique du capital, et donc, corrélativement, une diminution du capital variable ; au niveau social, c’est la formation d’une troupe industrielle de réserve, qui devient un élément fondamental du développement : cette troupe est toujours disponible, elle appartient aussi complètement au capital que si celui-ci l’avait élevée à ses propres frais. Cette masse disponible de prolétaires a une importance fondamentale quand le capital en expansion « fait impétueusement irruption dans de vieilles branches de la production, dont brusquement le marché s’élargit, ou bien dans des branches qui s’ouvrent pour la première fois » : elle alimente les mouvements généraux et par conséquent les vicissitudes sans fin du cycle industriel, c’est-à-dire les crises. Une autre question avait en effet établi peu auparavant une connexion de cette ampleur : « Parlez des interruptions qui sont intervenues dans le travail à la suite de changements de méthodes ou de crises particulières et générales. Parlez de vos propres périodes de chômage involontaire ». Le chômage involontaire devient ainsi synonyme d’une disponibilité telle qu’elle permet au capitalisme de se servir de machines, avec toutes les conséquences que cela fait peser sur l’organisation de l’usine. Le capitalisme, avec son énorme capacité de « s’épanouir par bonds et sa dépendance par rapport au marché mondial, transforme la vie de l’industrie en une suite de périodes de vitalité moyenne, de prospérité, de surproduction, crise et stagnation ». Cette disponibilité permet l’emploi capitaliste des machines pour exploiter les ouvriers. L’analyse théorique et la recherche au niveau des ouvriers se concentrent sur un point fondamental du développement historique de l’accumulation : « Le développement du machinisme et l’augmentation de la productivité du travail ont-elles accru ou diminué l’intensité et la durée du travail ? ». Il s’agit là du rapport entre plus-value absolue et plus-value relative, qui s’établit historiquement avec le développement du système des machines ; celui-ci, « comme tout autre développement de la forme productive du travail, a pour tâche de réduire les marchandises à meilleur marché et d’abréger la part de la journée de travail que l’ouvrier emploie pour lui-même, pour prolonger l’autre part, celle que l’ouvrier donne gratuitement au capitaliste ; c’est dès lors un moyen de production de plus-value ».

On voit immédiatement quelles conséquences cela entraîne pour les ouvriers : augmentation de la journée de travail, augmentation de l’intensité du travail. « Pendant un demi-siècle, en Angleterre, la journée de travail et l’intensité croissante du travail de l’usine vont de pair… mais (il est) un point crucial où l’extension de la journée de travail et l’intensité du travail s’excluent l’une l’autre de telle sorte que seul le prolongement de la journée de travail permet une intensité du travail moindre, et, inversement, qu’un degré d’intensité supérieur n’est plus compatible qu’avec une journée de travail écourtée… et dès que la révolte ouvrière… oblige l’État à abréger le temps de travail par la force, le capital se jette en pleine connaissance de cause dans la production de la plus-value relative, grâce à un développement accéléré du système des machines [5]. « L’ouvrier répondra très probablement que la journée de travailestdiminuéeet l’intensité du travail accrue ». Dans quelques entreprises, on se heurtera peut-être à la situation opposée. Mais, quelle que soit la réponse, la question aura eu son utilité : elle aura permis d’établir un rapport immédiat entre les progrès du capitalisme et les ; progrès de l’exploitation. La dernière question de ce quatrième groupe confirmera probablement ce rapport.
« Dans votre métier, pendant combien d’années un ouvrier de santé moyenne peut-il continuer à travailler ? »

Dans les trois premières parties, ce qui prime est l’analyse de Marx, son effort pour donner aux ouvriers une conscience claire de la nature de leur propre exploitation. Dans la quatrième partie, les ouvriers décrivent la façon dont ils s’opposent à l’exploitation elle-même. A ce moment de la lutte, la classe ouvrière en voie d’organisation affronte un capitalisme déjà organisé. Pour Marx, il s’agit aussi partiellement d’une recherche qui, par ses questions précises, tend à susciter des possibilités nouvelles au niveau de l’organisation de la lutte. « Votre métier a-t-il soutenu des grèves d’ouvriers appartenant à d’autres catégories ? » . Il importe relativement peu que la réponse soit négative ou même nulle. L’essentiel est de faire comprendre que, non seulement cette possibilité existe, mais que c’est la plus efficace, et que l’union de tous les prolétaires est capable de vaincre les capitalistes déjà unis et organisés par la production même et le pouvoir politique de l’État : « Y a-t-il eu des coalitions d’employeurs qui cherchent à imposer des réductions de salaires, des augmentations du travail, pour s’opposer aux grèves, ou plus généralement, pour imposer leur volonté ? ». Et immédiatement après : « Connaissez-vous des cas où le gouvernement ait mis la force publique au service des patrons contre les ouvriers ? » Quel pouvoir les ligues de résistance ou les sociétés de secours mutuel peuvent-elles opposer aux capitalistes organisés ou au gouvernement qui leur vient en aide ? Mais ce sont là les limites objectives des possibilités d’organisation que possède la classe ouvrière française à cette époque et la critique de Marx ne peut poser qu’indirectement le problème. Il ne peut donc faire la critique qu’il adressait déjà en 1895 aux Trade Unions anglaises qui « manquent en général à leur but, parce qu’elles se limitent à une guérilla dirigée contre les effets du système existant, au lieu de chercher à le transformer en même temps et à se servir de leur force d’organisation comme d’un levier pour libérer définitivement la classe ouvrière et pour une abolition définitive du système du travail salarié ».

Pour aller au delà de ces limites et indiquer d’autres instruments d’attaque clairement organisés contre le capitalisme, il faut d’abord connaître le système et les manoeuvres de ses représentants, qui ont déjà compris depuis longtemps les dangers d’une opposition directe et violente au niveau de l’usine et qui étudient depuis longtemps des solutions à long terme qui permettront d’emprisonner la classe ouvrière. « Y a-t-il dans votre métier des usines où la rétribution des ouvriers est payée en partie sous le nom de salaire et en partie sous celui d’une prétendue co-participation aux profits ? Comparez les sommes reçues par ces ouvriers à celles reçues par d’autres ouvriers, dans des usines où n’existe aucune prétendue co-participation aux profits. Faites la liste des obligations auxquelles ces ouvriers sont soumis. Peuvent-ils se mettre en grève, etc. ? Leur est-il possible d’être autre chose que les humbles serviteurs de leurs patrons ? ».

On indique ainsi le danger permanent d’une situation politique que le capitalisme peut déterminer historiquement (sous des formes changeantes) pour soumettre la classe ouvrière à ses exigences. La participation aux bénéfices de l’entreprise est à cette époque la plus grande mystification du travail salarié et en même temps la plus grande apologie que l’on puisse faire de toutes les illusions sur l’égalité, sur la liberté, sur la propriété, qui naissent d’une telle mystification. « Liberté 1 puisque l’acheteur et le vendeur d’une marchandise, par exemple la force de travail, sont déterminés par leur seule libre volonté… Egalité ! puisqu’ils n’entrent en rapport réciproque que comme possesseurs de marchandises, et échangent des produits équivalents… Propriété ! puisque chacun dispose seulement de ce qui lui appartient en propre… et que chacun d’eux n’a à faire qu’à lui même. L’unique pouvoir qui les rapproche et les mette en rapport est celui de leur propre profit, de ce qui les avantage en particulier, de leurs intérêts privés. Et c’est justement parce que chacun se meut ainsi pour lui-même et que personne ne fait rien pour l’autre, que tous accomplissent, par une harmonie préétablie, ou sous les auspices d’une providence omnisciente, la seule oeuvre qui les avantage réciproquement, celle de l’utilité commune, de l’intérêt général ».

Il nous semble indispensable, pour pouvoir juger plus complètement l’enquête de Marx, d’ajouter à ce qui précède les quelques considérations qui suivent.

L’enquête avait été organisée par la Revue Socialiste et non par Marx, qui n’avait fait qu’élaborer le questionnaire. A l’origine se trouvait le mouvement ouvrier français, qui voulait organiser de façon plus efficace la lutte syndicale, et cherchait pour cela à mieux connaître les conditions d’exploitation réelles de la classe ouvrière, le degré d’organisation qu’elle avait atteint, etc. Il voulait aussi étendre ainsi la base ouvrière des groupes socialistes et des associations ouvrières en prenant directement contact avec le plus grand nombre possible d’ouvriers.

« L’ouvrier doit donner son nom et son adresse, de manière à permettre le cas échéant d’entrer en communication avec lui. » Mais Marx avait forgé l’instrument de ce travail d’une façon telle que les buts de la Première Internationale socialiste et les buts de Marx lui-même recouvraient tout de suite ceux du mouvement ouvrier français. Il entendait d’une part fournir à la classe ouvrière de futurs instruments théoriques et lui faire prendre conscience de la vraie nature du capitalisme et de sa condition de classe exploitée ; et d’autre part, il voulait, à partir ;- d’un exemple concret, proposer aux « groupements socialistes des différentes écoles » une méthode de travail fondée sur le socialisme scientifique, capable de créer les conditions d’une lutte efficace contre le capitalisme français : il voulait ainsi donner un sens réel à l’action menée en commun par les différents groupes et les associations ouvrières.

Et enfin, le fait que l’enquête n’ait pratiquement pas eu de conclusion, puisque les réponses parvenues à la Revue Socialiste s’élèvent au nombre d’une centaine sur les vingt-cinq mille exemplaires diffusés dans toute la France, n’a somme toute qu’une importance relative. L’essentiel était que les questionnaires, en parvenant aux ouvriers, leur donnent de nouvelles possibilités de connaître la façon dont l’exploitation capitaliste fonctionne.

Quel rapport y a-t-il entre l’enquête de Marx et notre action politique actuelle ? Pour nous, il s’agit surtout de vérifier si les instruments d’intervention que nous avons choisis en rapport avec notre position théorique sont vraiment fonctionnels. Et il est peut-être nécessaire de réaffirmer quelques points essentiels de cette position théorique elle-même.

Il est deux présupposés incontestables, historiquement et empiriquement, deux faits qu’il s’agit de maintenir fermement : le système capitaliste peut n’avoir qu’un caractère transitoire ; il se caractérise par l’exploitation despotique de la force de travail. Par contre, il faut remettre en question certains points de l’analyse, qui portent sur la façon dont le capital s’accumule (et c’est en partie ce que les Q.R. ont tenté de faire). Car avec les variations intervenues dans le capital, certaines conséquences immédiates de l’exploitation capitaliste ont été modifiées, comme la misère matérielle ou le chômage permanent. On ne peut plus, de nos jours, aborder aussi directement l’exploitation elle-même. Marx, dans son analyse, était déjà parvenu à la conclusion qu’il était historiquement toujours plus difficile de démystifier le procès de production et de reconnaître le mécanisme de production de la plus-value. « Si l’on considère le capital tel qu’il se trouve dans le procès de production direct, comme pompe de surtravail, ce rapport est encore très simple, et c’est la relation réelle qui s’impose aux dépositaires de ce procès, aux capitalistes eux-mêmes… mais quand, selon le mode de production spécifiquement capitaliste, se développe la plus-value relative, et avec celle-ci les forces productives sociales du travail, ces forces productives et les liens sociaux du travail semblent, dans le procès du travail direct, transférés du travail au capital. Le capital devient déjà ainsi une entité mystique ; et toutes les forces sociales produisant du travail semblent lui appartenir en propre au lieu d’appartenir au travail pris comme tel, elles semblent des forces nées en son sein. Puis intervient le procès de circulation, et ses changements de substance et de forme touchent toutes les parties du capital… Et le procès de production réel, qui unit le procès de production direct et le procès de circulation, engendre des formes nouvelles, où le fil des liens internes se perd toujours davantage ; chaque rapport de production devient de plus en plus indépendant des autres, et les éléments constitutifs de la valeur se donnent comme des formes autonomes les unes par rapport aux autres. »

Il s’agit d’une difficulté objective, où se trouvent pris les sujets de la production des deux classes. Mais cette difficulté fait la force de la classe dominante ; et la science économique aura beau émaner du mouvement ouvrier, elle se transformera en une idéologie qui ne saura servir que le pouvoir capitaliste, dans la mesure où elle se séparera de l’analyse théorique du procès d’exploitation. La critique de Marx s’adresse aussi bien à l’économie vulgaire qu’au « socialisme vulgaire qui, ayant pris aux économistes bourgeois l’habitude de considérer et de traiter la distribution indépendamment du mode de production, se voit principalement axé sur la distribution ».

Aujourd’hui plus encore qu’à l’époque, les ouvriers considèrent que le travail salarié en usine représente leur forme naturelle d’existence, en un contexte qui a pourtant subi de nombreuses modifications. Car c’est la production sociale en son entier, avec toutes les superstructures qui y sont intégrées, qui influence les conditions de travail, le salaire, la vie totale des ouvriers ; de telle sorte que le mode de production capitaliste leur apparaît comme le seul mode de production possible, ce qui se vérifie toujours plus dans la mesure où le capitalisme réussit à contrôler globalement et à planifier la production.

Seuls éléments « non-naturels » demeurent les luttes syndicales et les fluctuations dues à la conjoncture, qui ne suffisent pas, c’est évident, pour faire qu’un appel lancé aux ouvriers suffise pour qu’ils s’organisent – appel fondé génériquement sur leur condition d’exploités – pour qu’il soit facilement accueilli et puisse se radicaliser en forme organisée.

D’autre part, il est devenu beaucoup plus difficile d’adresser des critiques directes au système de production capitaliste. Il faudrait toute une série d’analyses qui, en étudiant les expériences révolutionnaires socialistes, fourniraient un point de comparaison important permettant de comprendre l’absurdité de la méthode de production capitaliste. Sans compter que les systèmes nationaux des partis ouvriers, qui sont les seuls à avoir intégré une praxis effective, sont demeurés isolés ; ils ont contribué à mystifier la nature et les résultats de telles révolutions, et, surtout, ils n’ont absolument pas aidé la classe ouvrière à comprendre l’absurdité du capitalisme (neutralisant au même moment ainsi les luttes qu’elle a pu entreprendre).

Les critiques devraient surtout porter sur le fait que la science et la technique sont employées comme les moyens « de réduire le temps de travail dont une classe a besoin pour s’approprier et contrôler la plus-value ». On s’oppose ainsi, en fait, à l’effort historique du prolétariat, qui veut « arracher à la production ce caractère capitaliste que la bourgeoisie cherche à rendre éternel ».

C’est à partir de là qu’il nous faut rechercher les instruments les plus aptes à permettre une telle analyse critique de la part des ouvriers, donc les instruments les plus aptes à mettre cette analyse à leur portée.

« Réflexion entreprise depuis 1961 [jusqu’en 1966] par une équipe de militants intellectuels et ouvriers, en marge du Parti communiste, qui, à Turin, s’est rassemblée autour de la revue Quaderni rossi (Les Cahiers rouges). Rédigés au fur et à mesure des luttes de ces dernières années, elles constituent une réflexion vivante sur la pratique des luttes ouvrières. »

Dario Lanzardo

Notes:

[1] Marx, Le Capital.

[2] Il faut entendre cela en un sens politique ; et y rattacher l’analyse par laquelle Marx étudie le rapport de la composition organique du capital et du faux profit. Cette analyse n’est d’ailleurs plus entièrement adéquate de nos jours, mais elle n’entre pas dans le cadre de cet article.

[3] Tiré de l’Adresse inaugurale de Marx au moment de la fondation de l’Association Internationale des Ouvriers qui eut lieu à Londres le 23 septembre 1864, cité dans Le Parti et l’Internationale, p. 113.

[4] Tiré du rapport fait par Marx au Conseil Général de l’Association Internationale des Ouvriers en juin 1865, publié sous le titre de Salaire, prix, profit.

[5] Mais le capitalisme ne tarde pas à trouver le moyen d’empêcher que i on réduise la journée de travail même si on renforce le rythme du travail : quand les machines tournent, le travail mort qui s’y trouve se valorise et devient une valeur d’échange qui s’ajoute à la plus-value apportée par l’ouvrier. C’est un mouvement historique qui se généralise à partir de l’accumulation et de ses caractéristiques changeantes. Les machines tournent perpétuellement durant la moitié ou même les trois quarts de la journée de travail ; graduellement, la lutte syndicale pour qu’on réduise la journée de travail ou qu’on paie davantage un travail plus intensif se rencontre avec la nécessité d’élargir le marché des produits de consommation produits au niveau industriel.

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Une Réponse to “1965 Marx et l’enquête ouvrière [Quaderni Rossi]”

  1. Neues aus den Archiven der radikalen (und nicht so radikalen) Linken « Entdinglichung Says:

    […] (PCOI-H): Charte du renversement de la République islamique d’Iran (2005) * Quaderni Rossi: Marx et l’enquête ouvrière (1965) * Mansoor Hekmat: L’invasion du régime irakien et nos tâches […]

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