1978-04 La crise sidérurgique est mondiale

(Article impossibiliste paru dans Agence Presse Libération Belgique * Nº 384 du 12 avril 1978)

Sur le terrain, lorsqu’il s’agit de la fermeture d’une usine (ex: Athus, MMRA), on oublie souvent le contexte mondial. C’est surtout le cas dans l’industrie sidérurgique où c’est la crise mondiale qui entraîne inévitablement les fermetures.

Dans le capitalisme les décisions concernant la production sont prises par des entreprises et des Etats rivaux agissant indépendamment et en isolation. C’est cette anarchie de production qui engendre de temps en temps des crises dites de « surproduction » comme dans la sidérurgie en 1961-62, en 1966, en 1971 et en 1975.

Les années 1973 et 1974 étaient des années de « boum » pour l’industrie sidérurgique mondiale pour la production ainsi que pour les profits (les bénéfices de la MMRA, par exemple, ont été pour 73 de 174,9 m de FB et ceux de 74 de 622,5 m de FB).. Ceci a amené chaque entreprise et chaque Etat a décidé une expansion de sa capacité de production, tous espérant bénéficier du marché croissant. Le résultat était que la capacité productive de toutes les entreprises ensemble est devenue plus grande que le marché des produits sidérurgiques. Une crise de « surproduction » a donc éclatée, en 1975, entraînant une forte baisse de la production de l’acier.

Ce 22 mars, le gouvernement britannique a publié un livre blanc qui décrit assez bien l’évolution de la situation:

« II y a deux raisons principales pour le problème grave d’une surcapacité mondiale dans la fabrication d’acier. D’abord, avant la guerre d’octobre 73 au Moyen-Orient et la forte hausse des prix de l’énergie qui l’a suivie, un montant immense de nouvelle capacité, moderne et hautement productive a été installée ou était en construction en Europe, au Japon et dans les pays en voie de développement. Quand cette nouvelle capacité a été construite ou décidée, on prévoyait largement une continuation de l’expansion de l’activité industrielle mondiale et la poursuite de l’augmentation de la demande d’acier.
« Mais — et ceci est le deuxième facteur — la croissance de l’industrie mondiale est tombée bien au- dessous des taux prévus avant 1974.
« De telles prévisions sont toutes sujets à une large marge d’erreur, comme les événements l’ont montré. Il y avait une tendance à la diminution de la demande d’acier au moment précis où une grande partie de la nouvelle capacité venait d’être prête.
« La combinaison des ces facteurs à entraîné une forte pression sur les prix et la plus grosse récession mondiale depuis 40 ans dans la sidérurgie. » (TheTimes, Londres, 23/3/78).

Du point de vue capitaliste donc, le problème est une surcapacité mondiale a produire l’acier … pour lequel, sous le capitalisme, la seule solution est la destruction de cette surcapacité. (Voir le rapport McKinsey). ll faut préciser que ce n’est pas une surcapacité par rapport au besoin humain mais par rapport au marché de l’acier et des produits sidérurgiques. D’où les licenciements et les fermetures d’usines, qui ont déjà commencé en Sud-Luxembourg belge et en Lorraine et qui vont se poursuivre partout. Quand on tient compte de ce contexte mondial, on comprend pourquoi des fermetures ont eues lieu et pourquoi elles vont continuer sans que personne ne puisse rien faire pour l’empêcher: il y a une « surcapacité » mondiale à laquelle la seule réponse, dans le capitalisme, est l’élimination de la capacité dite de surplus. La seule chose que les travailleurs peuvent faire est de revendiquer une compensation monétaire aussi grande que possible pour la perte de leur emploi. Bien entendu, c’est une action purement défensive .

Pour résoudre définitivement tous les problèmes des travailleurs (logement, santé, enseignement, … ainsi que le chômage) il faut autre chose: la conversion en propriété commune de tous les moyens de production et leur gestion démocratique par le peuple entier. Sur cette base on peut produire, selon une programmation élaborée démocratiquement, pour la seule satisfaction des besoins humains et non plus pour la vente en vue du profit.

Dans une telle société il n’y aurait plus de crise de surproduction, ni de chômage, ni d’employeur (privé ou d’Etat) à qui nous vendons notre force de travail parce qu’au lieu d’être des salaries nous serons des travailleurs libres et égaux qui collaboreront et consommeront selon le principe de « de chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins ».

Note:

* L’Agence de Presse Libération-Belgique a diffusé un bulletin d’information sur les luttes sociales et politiques entre 1972 et 1991. Ce n’était ni une organisation politique, ni un groupe lié à un parti, mais un collectif autogéré qui voulait offrir la possibilité aux lecteurs de faire circuler des idées, expériences ou critiques favorisant un changement de société. (cf. ici)

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