1984-01 La tendance au communisme dans l’histoire

Paru dans Socialisme mondial N° 25

Le 21 janvier dernier, Socialisme mondial tenait une réunion publique à Paris. Invité ce jour-là le groupe « L’Insécurité sociale« . Nous reproduisons ci-après le texte qui a servi d’introduction à la discussion. Rappelons que pour Socialisme mondial, les termes « communisme » et « socialisme » sont des synonymes et, par conséquent, interchangeables.

Quelles sont, dans les différentes périodes de l’histoire de notre espèce, les tendances dans les comportements humains qui ont été dans la direction de ce que nous appelons le communisme ? Pour dire cela, d’abord il faut peut-être repréciser ce que nous entendons par communisme et, bien sûr, ce que nous n’entendons pas par communisme.

Pas une politique

Par rapport à la définition que l’on peut donner de ce terme, négativement le communisme n’est pas un programme ou une série de mesures que l’on opposerait de façon concurrentielle à d’autres programmes qui existeraient dans la société, et que l’on tenterait de faire triompher soit par l’argumentation, soit par la force des armes.

Donc, se réclamer du communisme ne peut ambitionner à la conquête de l’Etat et à la substitution d’un nouveau pouvoir qui serait le pouvoir juste, le pouvoir raisonnable des communistes – ou de ceux qui se réclament du communisme – opposé au pouvoir injuste de la bourgeoisie. Nous n’œuvrons pas pour le triomphe d’une nouvelle politique, puisque le triomphe de la politique et avec lui le triomphe de l’Etat, c’est la classe capitaliste qu l’a déjà réalisé sous nos propres yeux.

Si une révolution communiste a lieu, celle-ci sera le renversement et non l’aboutissement de ce qu’a été cette tendance sous la domination de la classe bourgeoise. C’est pour cette raison que nous n’utilisons pas, pour décrire le communisme, les termes de démocratie et de dictature que nous pensons être des formules juridiques qui ont été liées à différentes formes de pouvoir étatique et que nous ne pensons pas être adéquates à ce que sera le communisme.

En effet, dans les sociétés que nous avons connues, la dictature, comme la démocratie, a correspondu à l’exigence du maintenir une certaine cohésion sociale où cette cohésion n’existait pas par elle-même, soit par la coercition, donc la dictature, soit par une idéalisation de la représentativité où il y a une certaine harmonie entre les classes, comme dans la démocratie. Ces formes d’organisation dictatoriale ou démocratique ont correspondu à des sociétés qui, par leur mouvement même, rompaient les liens traditionnels et personnels qui avaient pu exister précédemment entre les groupes et les individus.

Par rapport à cela, le communisme représente non pas l’aboutissement d’une de ces tendances, mais la manifestation d’autres rapports entre les hommes, ce que l’on a communément appelé une communauté humaine. Donc la révolution communiste ne peut pas, dés son départ, être l’imposition de rapports faux entre les hommes que ce soit par des mesures dictatoriales ou des mesures démocratiques, mais ne peut être que l’acte fondateur de cette communauté humaine. Croire qu’il est nécessaire, pour arriver à cette communauté humaine, de reconstituer de façon despotique ou démocratique une nouvelle communauté fictive, même de façon temporaire, qui remplacerait les communautés fictives que nous avons déjà connues, ce serait fonder, dés le départ, ce mouvement communiste sur la négation de se dynamique propre : la constitution de nouveaux rapports humains.

Pas une économie

Si, pour nous, le communisme ne peut pas être une politique, ce n’est pas non plus un nouveau type d’organisation économique ni une nouvelle forme de répartition de la propriété. En effet, la communauté communiste n’instaurera pas une propriété « commune » puisque l’idée même de la propriété signifie l’accaparement par certains, la possession de certains au dépens des autres. Dans le communisme, la circulation des biens ne peut s’effectuer selon les modalités que nous avons connues dans le monde où nous vivons (la modalité de l’échange, l’échange de tels biens contre tels autres).

Dans une société dont personne n’est exclu, il ne peut exister d’échange, il ne peut exister d’achat et de vente, donc il ne peut exister d’argent. Il ne peut y avoir qu’une utilisation collective ou personnelle de ce que produit la communauté. Donc un remplacement de ce que nous avons connu, c’est-à-dire la logique de l’échange, par une nouvelle logique qui est la logique du partage en liaison avec la logique du don.

Dans une société communiste, les hommes s’associeraient pour accomplir telle ou telle action, pour partager les plaisir ou les émotions et répondre aux besoins généraux de la communauté, sans que le regroupement qu’ils formeraient ainsi prenne la forme d’un Etat, donc de la domination de certains hommes sur d’autres, ou prenne la forme d’une entreprise qui embauche des salariés et qui monnaie la production. Par conséquent, on ne peut parler, pour une telle société, de lois économiques. Ces lois, étant l’expression des relations humains reposant sur l’inégalité et la domination de certains ; inégalité, domination qui justifient elles-mêmes ces lois en les présentant comme des réalités inévitables ou ayant existé de toute éternité. Au contraire, dans la société communiste, il existerait un contrôle conscient des êtres humains sur leur propre activité au travers tant des relations existant entre eux que, plus généralement, des relations existant entre eux et le reste de la nature.

En résumé, sur ce que nous mettons dans ce terme communiste, le communisme est avant tout la tendance à la communauté humaine qui, sous des formes variées par lesquelles elle a pu s’exprimer au travers de l’histoire de l’espèce humaine, a toujours été la recherche d’un monde où il n’existerait ni loi, ni propriété, ni État, ni discrimination qui sépare les hommes, ni richesse qui les distingue les uns des autres, ni pouvoir qui opprime certains d’entre eux. Donc être communiste, c’est d’abord et avant tout considérer que la première richesse est dans les relations humains et en faire découler tout le reste.

Dans l’histoire

A partir de cette définition, dans quel sens peut-on dire qu’il y a eu une tendance au communisme dans le passé ? Parler de tendance au communisme dans la passé, à priori soulève déjà un certain nombre d’obstacles. Le premier obstacle, c’est parfois la difficulté à comprendre le langage qu’a pu prendre cette tendance dans le passé. En effet, au travers des différentes organisations sociales qu’a connues l’espèce humaine, la tendance au communisme s’est définie par des vocabulaires correspondant à ces différentes organisations.

Ainsi, dans la société féodale, cette tendance a pu prendre un masque ou un langage religieux qui aujourd’hui n’a plus de signification. De la même façon, aujourd’hui nous avons tendance à définir le communisme par des termes comme un monde sans Etats, un monde sans frontières, un monde sans argent, ce qui ne revient finalement qu’à dire que le communisme, ce n’est pas le capitalisme.

Donc quand on parle de communisme à différentes époques, il faut avoir conscience du fait que les définitions que l’on en donne ne sont dans une certaine mesure que le reflet du monde où nous-mêmes vivons. De ceci, il en ressort une difficulté, pour nous qui vivons aujourd’hui dans la société capitaliste à un certain stade, à analyser cette tendance dans le passé, puisque, comme tout le monde, nous avons tendance à raisonner en catégories capitalistes. A ce niveau, il est évident qu’il y a beaucoup de comportements d’êtres humains dans le passé que nous avons du mal à comprendre. C’est le cas, par exemple, de la difficulté que l’on a pu avoir à comprendre la notion de chef dans certains sociétés primitives ou la notion de don que ce soit dans les sociétés primitives ou dans des sociétés postérieurs jusqu’à la société féodale. Ces notions de chef et ces notions de don ont eu des significations totalement différentes de ce que l’on met aujourd’hui derrière ces termes.

Avant l’Etat

Ici, il ne peut être question de dresser tout un tableau de la tendance au communisme de l’origine de l’humanité à nos jours. Je me suis contenté de prendre simplement trois citations, correspondant à des périodes très différentes de l’histoire d’ l’humanité, pour voir un peu quels sont les constantes et les points communs que l’on peut rencontrer au travers de ces différentes périodes.

La première est une citation de Clastres à propos des sociétés primitives, citation qui est intéressante puisqu’elle synthétise son étude de ces sociétés :

Les sociétés primitives sont donc des sociétés indivisées (et pour cela chacune se veut une totalité) : sociétés sans classes – pas de riches exploiteurs des pauvres -, sociétés sans division entre dominants et dominés – pas d’organe séparé du pouvoir. Il est temps maintenant de prendre complètement au sérieux cette dernière propriété sociologique des sociétés primitives. La séparation entre chefferie et pouvoir signifie-t-elle que la question du pouvoir ne s’y pose pas, que ces sociétés sont apolitiques ? A cette question, la « pensée » évolutionniste – et sa variante en apparence la moins sommaire, le marxisme (engelsien surtout) – répond qu’il en est bien ainsi et que cela tient au caractère primitif, c’est-à-dire premier de ces sociétés : elles sont l’enfance de l’humanité, le premier âge de notre évolution, et comme telles incomplètes, inachevées, destinées par conséquent à grandir, à devenir adultes, à passer de l’a-politique au politique. Le destin de toute société, c’est l’Etat comme organe qui sait et dit le bien commun à tous et se charge de le leur imposer.

Telle est la conception traditionnelle, quasi générale des sociétés primitives comme sociétés sans État. L’absence de l’Etat marque leur incomplétude, le stade embryonnaire de leur existence, leur a-historicité. Mais en est-il bien ainsi ? On voit bien qu’un tel jugement n’est en fait qu’un préjugé idéologique, d’impliquer une conception de l’histoire comme mouvement nécessaire de l’humanité à travers des figures du social qui s’engendrent et s’enchaînent mécaniquement. Mais que l’on refuse cette néo-théologie de l’histoire et son continuisme fanatique : dés lors les sociétés primitives cessent d’occuper le degré zéro de l’histoire, grosses qu’elles seraient en même temps de toute l’histoire à venir, inscrite d’avance en leur être. Libérée de ce peu innocent exotisme, l’anthropologie peut alors prendre au sérieux la vraie question du politique : pourquoi les sociétés primitives sont elles des sociétés sans Etat ? Comme sociétés complètes, achevées, adultes et non plus comme embryons infra-politiques, les sociétés primitives n’ont pas l’Etat parce qu’elles le refusent, parce qu’elles refusent la division du corps social en dominants et dominés. La politique des Sauvages, c’est bien en effet de faire sans cesse obstacle à l’apparition d’un organe séparé du pouvoir, d’empêcher la rencontre d’avance sue fatale entre institution de la chefferie et exercice du pouvoir. Dans la société primitive, il n’y a pas d’organe séparé du pouvoir parce que le pouvoir n’est pas séparé de la société, parce que c’est elle qui le détient, comme totalité une, en vue de maintenir son être indivisé, en vue de conjurer l’apparition en son sein de l’inégalité entre maîtres et sujets, entre le chef et la tribu. Détenir le pouvoir, c’est l’exercer ; l’exercer, c’est dominer ceux sur qui il s’exerce : voilà très précisément ce dont ne veulent pas (ne voulurent pas) les sociétés primitives, voilà pourquoi les chefs y sont sans pouvoir, pourquoi le pouvoir ne se détache pas du corps un de la société. Refus de l’inégalité, refus du pouvoir séparé : même et constant soucis des sociétés primitives. Elles savaient fort bien qu’à renoncer à cette lutte, qu’à cesser d’endiguer ces forces souterraines qui se nomment désir du pouvoir et désir de soumission et sans la libération desquelles se sauraient se comprendre l’irruption de la domination et de la servitude, elles savaient qu’elles y perdraient leur liberté. (Pierre Clastres, « La question du pouvoir dans les sociétés primitives », Interrogations n°6, 1976).

Clastres met l’accent sur un caractère important de ces sociétés. C’est que non seulement celles-ci ou du moins certaines d’entre elles ont été des sociétés qui refusaient l’Etat, mais aussi des sociétés qui, très pratiquement, même sans le connaître a priori, ont lutté contre l’introduction de l’Etat, qui ont vraiment offert une résistance active et pratique à l’Etat.

Critique de l’argent

Faisons un très grand saut historique pour le deuxième exemple. C’est un extrait d’un texte de Winstanley, de La loi de la liberté, donc du principal théoricien ayant participé au mouvement des Niveleurs et au mouvement autour des Niveleurs en Grande Bretagne dans la période 1650, et qui est peut être un des premiers qui a fourni une certaine expression théorique, qui marque un peu un tournant, de ce qu’il entendait par le communisme :

Lorsque l’humanité commença à acheter et à vendre, elle perdit son innocence ; et les hommes commencèrent alors à s’opprimer les uns les autres et à frauder leur droit naturel (…). Les hommes n’apprendront jamais à reforger leurs épées en socs de charrue, leurs lances en outils de jardin, ils ne sauront jamais se débarrasser des guerres s’ils n’ont d’abord balayé avec les immondices du pouvoir royal l’escroquerie qu’ils ont inventé de l’achat et de la vente.

Cet extrait tire sont importance d’une vision, d’une lucidité extrême sur les implications des rapports marchands, où il y a déjà une théorisation du communisme comme quelque chose qui se situe en rupture avec les rapports marchands et avec l’argent.

Le dernier texte, c’est un extrait du Catéchisme Communiste de Moïse Hess, où on a aussi un retour sur ce problème de l’argent et des rapports marchands. Dans le chapitre traitant, sous forme d’un questionnaire, de l’argent et de la servitude, les réponses suivantes sont apportées :

1) Qu’est-ce que l’argent ?

C’est la valeur exprimée en chiffres de l’activité humaine, le prix d’achat ou la valeur d’échange de notre vie.

2) L’activité des hommes peut-elle être exprimée en chiffres ?

L’activité humaine, pas plus que l’homme lui-même n’a de prix ; car l’activité humaine est la vie humaine, que ne peut compenser aucune somme d’argent ; elle est inestimable.

3) Qu’est-ce que l’homme qui peut être vendu pour de l’argent ou qui se vend lui-même pour de l’argent ?

Celui qui peut être vendu est un esclave et celui qui se vend a une âme d’esclave.

4) Que devons-nous déduire de l’existence de l’argent ?

Nous devons en déduire l’existence de l’esclavage (de l’homme), car l’argent est le signe même de l’esclavage de l’homme puisqu’il est la valeur de l’homme exprimée en chiffres.

5) Combien de temps les hommes resteront-ils encore esclaves et se vendront-ils avec toutes leurs facultés pour de l’argent ?

Ils le demeureront jusqu’à ce que la société offre et garantisse à chacun les moyens dont il a besoin pour vivre et agir humainement, de telle sorte que l’individu ne soit plus contraint à se procurer ces moyens par sa propre initiative et dans ce but vendre son activité pour acheter en contrepartie l’activité d’autres hommes. Ce commerce des hommes, cette exploitation réciproque, cette industrie qu’on dit privée, ne peuvent être abolis par aucun décret, ils ne peuvent l’être que par l’instauration de la société communautaire, au sein de laquelle les moyens seront offerts à chacun de développer et d’utiliser ses facultés humaines.

6) Dans une société ainsi constituée, l’existence de l’argent est-elle possible ou imaginable ?

Pas plus que l’existence de l’esclavage des hommes. Lorsque les hommes ne seront plus obligés de vendre les uns aux autres leurs forces et leurs facultés, ils n’auront plus besoin non plus d’estimer leur valeur en chiffres, ils n’auront plus besoin de compter ni de payer. A la place de la valeur humaine exprimée en chiffres apparaîtra alors la véritable, inestimable valeur humaine – à la place de l’usure, le foisonnement des facultés humaines et des jouissances de la vie – à la place de la concurrence aux armes déloyales, une coopération harmonieuse et une noble émulation – à la place de la table de multiplication, la tête, le cœur et les mains d’hommes libres et actifs. (M. Hess, 1846).

C’est le dernier exemple de cette expression théorique du communisme que j’aurais voulu donner. Bien sûr on pourrait en donner quantité d’autres mais au travers de tous les exemples que l’on peut donner, il y a certaines constantes que l’on peut toujours dégager. La première de ces constantes correspond à la définition du communisme donnée au départ, c’est-à-dire, faire partir le communisme non pas d’une politique, non pas d’une économie, mais de l’homme et des rapports entre hommes, d’où aussi l’importance du thème égalitaire, de l’égalité, dans toutes les expressions théoriques qu’a pu connaître le communisme. Bien sûr, plus on se rapproche de sociétés basées sur les rapports marchands, plus la critique est centrée autour du rôle de l’argent et au delà, à partir de l’argent, la critique de tous les rapports d’achat et de vente que ce soit des biens ou des hommes.

L’intérêt aujourd’hui

Pour conclure, quel est l’intérêt pour nous aujourd’hui de ce que nous pouvons savoir de cette tendance au communisme dans l’histoire passée ? A mon avis, il y a trois types d’intérêt que peut avoir cette connaissance.

D’abord, c’est la négation de tout le discours sur la nature humaine ou l’éternité de certains comportements humains, la critique de tous les discours du style « ça a toujours été comme ça », « l’homme est un loup pour l’homme », etc, etc.

Le deuxième type d’intérêt, c’est de nous aider à mieux comprendre finalement ce que sont nos propres aspirations. Parce que, tout comme les aspirations prises dans le passé ont été partielles, souvent maladroites, notre propre aspiration aujourd’hui est tout aussi partielle et tout aussi maladroite. Finalement, la mise en commun de tout ce qu’était cette aspiration dans l’histoire de l’espèce humaine, c’est un peu aussi un moyen de voir en quoi l’essentiel, quel que soit le cadre social dans lequel il se trouve posé à un moment ou à un autre de son histoire, correspond, répond aujourd’hui à nos propres aspirations.

Il y a un troisième type d’intérêt. C’est peut-être finalement nous aider à nous en sortir par rapport à la situation que nous avons aujourd’hui, puisque, à ces différentes aspirations au communisme, ont correspondu différentes tentatives pour lutter contre ce qui s’opposait à ces aspirations. On connaît ces tentatives, on voit quels ont été leurs apports, quels ont été leurs limites. Cela peut peut-être aussi être aujourd’hui pour nous une façon de lutter pour nos propres aspirations, de combattre les formes particulières prises aujourd’hui par tout ce qui s’oppose à cette aspiration au communisme.

M.C. (« Insécurité Sociale »).

Une Réponse to “1984-01 La tendance au communisme dans l’histoire”

  1. N° 25 et 26 de Socialisme mondial (1984) « La Bataille socialiste Says:

    […] La tendance au communisme dans l’histoire […]

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