1986 Les maximalistes italiens dans l’émigration [Dreyfus]

Extraits de « Un courant socialiste original : les maximalistes italiens dans l’émigration (1926-1940) », contribution de Michel Dreyfus à Les Italiens en France de 1914 à 1940/ P. Milza (École française de Rome, 1986). Voir aussi du même auteur: Bureau de Paris et bureau de Londres: le socialisme de gauche en Europe entre les deux guerres (Le Mouvement social, 1980) pdf

Un courant socialiste original: Les maximalistes italiens dans l’émigration (1926-1940)

«Je crois que le maximalisme est le phénomène le plus caractéristique d’inintelligence politique dans le mouvement ouvrier et socialiste Les maximalistes italiens (Serrati, etc.), l’ILP (Maxton), le PSOP français (Marceau Pivert), les indépendants allemands (Crispien, etc.) se ressemblent comme des frères, ils représentent tous un stade inachevé de l’évolution de la conscience politique ouvrière et socialiste, un arrêt de cette évolution ». Ce jugement sans appel est énoncé par Angelo Tasca en novembre 1939 [1]. Sans discuter ici de son bien fondé, on remarquera que Tasca, à juste titre, relie le Parti socialiste italien maximaliste à un courant international auquel appartiennent bien d’autres partis, le POUM espagnol étant sans doute le plus connu d’entre eux. Cette liaison est un des trois éléments qui contribuent à donner au Parti socialiste italien maximaliste son originalité durant toute son existence qui se déroule de l’avènement du fascisme aux débuts de la Seconde guerre mondiale. L’histoire antérieure du socialisme italien, particulièrement pendant la Première guerre mondiale, l’appartenance du PSIm à l’émigration antifasciste en France sont les deux autres composantes qui expliquent les principales caractéristiques de ce Parti. En faisant apparaître les modalités selon lesquelles ces trois éléments s’interpénètrent, s’influencent, nous présenterons un tableau général des socialistes italiens maximalistes dans l’émigration [2].

On sait que, dès le 26 juillet 1914, les socialistes italiens se prononcent dans l’Avanti ! en faveur de la neutralité absolue des  organisations ouvrières face au conflit qui va éclater quelques jours plus tard. Contrairement à la majorité des partis de la II° Internationale, les socialistes italiens refusent toute « union sacrée » même si cette politique de neutralité provoque d’importants remous dans leurs rangs et se trouve rejetée en particulier par Mussolini, bientôt exclu du Parti. Avec le Parti socialiste suisse, les italiens organisent les conférences internationales contre la guerre de Zimmerwald et Kienthal où 38 délégués venus de 11 pays signent un Manifeste contre l’Union sacrée, même si dès cette date ils se divisent en une gauche désireuse de « transformer la guerre impérialiste en guerre civile » et une droite voulant « imposer » la paix «aux gouvernements impérialistes».

Cette position originale, trop connue pour être plus longuement rappelée ici, a d’importantes conséquences sur le mouvement ouvrier italien. À l’inverse de ce que connaissent la plupart des sections de la IIe Internationale, le Parti socialiste italien n’a pas à affronter de violentes luttes internes sur son attitude pendant la guerre et ses responsabilités vis-à-vis de cette dernière. Il est vrai que la situation révolutionnaire que connaît l’Italie, les grèves et occupations d’usines pendant les années 1919-1922 posent de nouveaux problèmes au socialisme italien. Après la création du Parti communiste à Livourne (en janvier 1921), les bolchéviks cherchent à gagner la majorité du Parti socialiste où une aile de «gauche» est prête à rejoindre la IIIe Internationale, sans pour autant accepter intégralement les vingt et une conditions. Cette situation entraîne au sein du Parti socialiste débats, luttes de tendance puis scission. Lors du congrès du Parti à Rome en octobre 1922, les maximalistes excluent par 32100 voix contre 29100 l’aile «réformiste» opposée à toute discussion avec les communistes [3]. Les exclus s’organisent en un Parti socialiste unitaire des travailleurs italiens (PSULI). Ainsi, à partir de cette date, le socialisme italien est divisé en deux branches aux forces numériques sensiblement égales – situation originale en regard de celle de l’ensemble du socialisme européen. Aux élections d ‘avril 1924 les maximalistes obtiennent 360 000 voix 22 élus alors que les unitaires recueillent 420 000 voix. Dès cette époque, certains dirigeants maximalistes parmi lesquels Pietro Nenni, envisagent une réunification du socialisme italien. C’est donc un mouvement ouvrier très morcelé qui affronte pendant quatre ans la consolidation du fascisme et plus particulièrement la très grave crise politique qu’entraîne l’assassinat de Matteotti. Si la politique de l’Aventin se solde par un échec, la division du mouvement ouvrier en trois composantes principales, sans compter les anarchistes, y contribue pour beaucoup. A partir de 1926, toute possibilité d’opposition légale au régime est supprimée. Le 9 novembre la Chambre vote la déchéance des 120 députés que les partis d’opposition ont encore pu faire élire. Pour un nombre massif d’anti-fascistes italiens contraints à l’exil, la France est terre d’asile. Jusque dans les derniers mois de 1926, bien qu’au prix de difficultés grandissantes les maximalistes ont pu faire paraître leur journal l‘Avanti! Cette situation prend fin en novembre, date à laquelle les locaux du Parti, à Milan, sont pris d’assaut par les fascistes. Aussi la direction du Parti décide son transfert à Paris4 même si une structure – sans doute très réduite – est maintenue en Italie. Le 10 décembre 1926 paraît à Paris le premier numéro de la nouvelle série de l’Avanti! Cet exil que les émigrés espèrent être de courte durée s’achèvera pour la plupart d’entre eux avec la Seconde guerre mondiale : deux décennies principalement marquées par une progression généralisée des régimes forts fascistes, nazis ou inspirés par eux. Victime principale peut-être de cette progression, le mouvement ouvrier ne saura pas surmonter ses divergences pour y faire face. Le développement des dictatures en Europe ne se ramène pas uniquement à la division du mouvement ouvrier mais force est bien de reconnaître que cette division facilite l’avènement des régimes forts. Elle est pourtant combattue, bien qu’avec des forces insuffisantes par le Parti socialiste italien maximaliste. Comment et avec qui, c’est ce que nous allons maintenant examiner.

L’IMPOSSIBLE UNITÉ D’ACTION : 1926-1933

Pas plus que dans les autres pays d’Europe, le mouvement ouvrier italien n’échappe au début des années vingt, à un grand schisme. La création de la III° Internationale entraîne, moins de deux ans plus tard, la constitution du Parti communiste d’Italie. Comme partout ailleurs, socialistes et communistes s’organisent en deux camps hostiles. Mais cette présentation resterait incomplète si elle passait sous silence un courant original, distinct des deux grandes Internationales ouvrières et qui, avec des fortunes variables et sous des appellations diverses, perdure de la fin de la première guerre mondiale jusqu’au début de la Seconde. A partir de décembre 1920 se constitue principalement autour des socialistes indépendants allemands, de la SFIO et des socialistes autrichiens, l’Union des partis socialistes pour l’action internationale (UPS) [5], plus connue par le sobriquet sous lequel l’affublent ses adversaires: l’Internationale deux et demie, refuse de reconnaître comme un fait acquis la division entre socialistes et communistes et, au nom du socialisme révolutionnaire, tente de la surmonter. L’UPS rejette «… la seule application des méthodes démocratiques comme le fait aujourd’hui ce qu’on appelle la IIe Internationale… (et) … l’imitation servile des méthodes de la révolution paysanne et ouvrière de Russie comme le veut l’IC»; elle se définit comme une «association des partis socialistes qui poursuivent la réalisation du socialisme par la conquête du pouvoir politique et économique par la voie de la lutte révolutionnaire des classes». Enfin l’UPS se déclare résolue à « travailler de toute son énergie… à la réalisation de l’unité du mouvement socialiste ». En avril 1922, quelques mois seulement avant le Congrès de Rome, elle arrive à organiser à Berlin une conférence des trois Internationales mais cette initiative reste sans lendemain. Les derniers mois de son existence se caractérisent principalement par son rapprochement avec la II° Internationale, puis, en mai 1923 la fusion avec elle au congrès de Hambourg, d’où naît l’Internationale ouvrière socialiste.

Si les maximalistes n’ont jamais adhéré à l’UPS, idéologiquement et politiquement, ils sont très proches de ce courant qui renvoie dos à dos le «réformisme» socialiste et le «sectarisme» communiste. Le socialisme révolutionnaire défendu par les maximalistes tout au long de leur histoire s’inspire directement de celui de l’UPS. Mais sa disparition n’entraîne pas l’extinction de ce courant même si ses forces internationales s’en trouvent considérablement réduites. Avec des groupes d’importance inégale le socialisme révolutionnaire se maintient sous la forme d’un Bureau international des partis socialistes révolutionnaires constitué dès juillet 1923 auquel les maximalistes vont bientôt se rallier et y jouer un rôle important.

C’est précisément pendant ces quelques mois (fin 1922-début 1923) que les communistes italiens essaient de gagner la majorité des maximalistes qui, de leur côté, caressent l’espoir de pouvoir adhérer à la IIIe Internationale sans passer sous les fourches caudines des vingt et une conditions. Vaines tentative! Les pourparlers sont définitivement rompus pendant l’été 19236. Cette rupture laisse toute latitude aux maximalistes pour rallier le groupement international qui, tant sur le thème de l’unité ouvrière que du socialisme révolutionnaire, défend des thèses analogues aux siennes. Dès décembre 1924 les maximalistes participent, à Berlin, à une conférence internationale des partis du Bureau où sont définis les principes suivants : rejet de la IIe Internationale devenue «par suite de la politique de ses chefs de plus en plus instruments de consolidation du capitalisme et de sauvegarde de l’ordre social actuel » mais aussi de la III° Internationale « en pleine décomposition »; lutte pour une « Internationale, instrument de combat de la classe ouvrière pour la conquête du pouvoir et la réalisation du socialisme (qui) reste aujourd’hui comme au temps de Zimmerwald le vœu le plus cher des masses révolutionnaires et des partis» sur les mots d’ordre suivants :

«- unité révolutionnaire de la classe ouvrière sur le terrain national et international;

– pas d’action commune ni en temps de paix ni en temps de guerre avec les classes des partis bourgeois» [7].

La lutte pour l’unité, la défense du socialisme révolutionnaire cons tituent la base du programme des maximalistes italiens. Ce programme réaffirmé de nombreuses fois dans l’Avanti! repose sur les postulats suivants:

– analyse de l’État comme instrument de domination de la classe bourgeoise sur la classe prolétarienne;

– incompatibilité absolue entre démocratie bourgeoise et démocratie socialiste, l’une étant la «négation» de l’autre;

– nécessité absolue pour le prolétariat de conquérir le pouvoir par la révolution violente;

– affirmation de la dictature du prolétariat comme « moment nécessaire pour l’abolition des différences de classe, l’abolition des rapports de production qui reposent sur elles et et l’abolition de tous les rapports sociaux qui correspondent à ces rapports de production»[8].

La condamnation sans appel des seules méthodes démocratiques prônées par les «réformistes» de la IIe Internationale va de pair avec le rejet des méthodes «bureaucratiques», «caporalistes» de l’Internationale communiste qui veut exporter dans le monde de façon autoritaire des méthodes qui certes ont triomphé en Russie mais doivent être adaptées aux réalités politiques et sociales de chaque pays. Au sein du mouvement ouvrier le sectarisme a eu des conséquences dramatiques. Il a provoqué une division qui a entraîné une paralysie générale du prolétariat. Il faut donc travailler à la reconstitution de l’unité ouvrière, sur la base d’un socialisme révolutionnaire épuré de tout «réformisme» au travers d’une nouvelle organisation dégagée de toutes les erreurs du passé, différente donc de la II° Internationale. Ainsi, les maximalistes se font les tenants d’un socialisme révolutionnaire assez proche de celui qu’ils ont défendu avant 1914 puis maintenu hors de la politique d’Union sacrée.

Jusqu’en 1933 ces thèses seront exposées de nombreuses fois par les maximalistes, tant dans les colonnes de l’Avanti! qu’au cours des réunions du Bureau international dans lequel ils prennent un poids grandissant. Du 25 au 30 décembre 1925 se tient dans la banlieue parisienne, à Saint-Ouen, une nouvelle conférence internationale du Bureau à l’issue de laquelle Angelica Balabanova, la militante la plus en vue du parti, est élue secrétaire générale. Un Manifeste vibrant en faveur de l’unité du prolétariat international est adopté [9].

Ce souci unitaire apparaît constamment dans les prises de position des maximalistes. Quelques semaines après la conférence de Saint-Ouen, le Parti donne son adhésion au Comité syndical anglo-russe [10], non sans réticences d’ailleurs de sa minorité conduite par P. Nenni. Ce Comité a été créé un an plus tôt, à l’occasion de la grande grève des mineurs britanniques par certains dirigeants de la tendance «de droite» du parti bolchevik avec l’accord de Staline, pour «faire un bout de chemin » avec les dirigeants des Trade-Unions britanniques. Il correspond sans doute à une tentative plus générale de rapprochement des dirigeants de l’Internationale communiste avec l’aile « réformiste » du mouvement ouvrier, tentative qui est rejetée sans ménagements par l’IOS qui ne sait ou ne veut y voir qu’une manœuvre.

En dépit de la possibilité d’un cours plus « modéré » de l’IC et de ses sections, l’unité d’action reste un leurre. On le voit bien l’année suivante, quelques semaines seulement après le transfert de la direction du Parti en France.C’est en effet le 27 mars 1927 qu’est formée à Paris la Concentration antifasciste [11]. Elle rassemble outre les deux partis socialistes italiens, le Parti républicain, la Confédération générale des travailleurs et la Ligue italienne des droits de l’homme. Elle se donne pour but «une alliance du prolétariat international et des partis démocratiques des travailleurs italiens» et commence à publier un journal, La Libertà à partir du 1er mai 1927. Le Parti communiste se refuse à rejoindre la nouvelle organisation. C’est vraisemblablement à son initiative ainsi qu’à celle de l’Internationale communiste qu’est alors créé un «Bureau pour l’étude du fascisme» [12]. Il est soutenu par des intellectuels de nombreux pays qui se prononcent au même moment en faveur de la Ligue contre l’impérialisme, émanant elle aussi du communiste international. Ce bureau dont l’activité reste peu connue veut «organiser la protection des masses contre le gouvernement de terreur de Mussolini». Il ne semble pas que les maximalistes aient jamais été en rapport avec lui. Cependant au sein de la Concentration les tensions se multiplient entre maximalistes et unitaires. Ces derniers, plus faibles alors numériquement et organisationnellement, investissent cette organisation de masse que les maximalistes quittent finalement en avril 1930 [13]. À la fin des années vingt, dans un contexte difficile, le PSIm poursuit sa défense de l’unité politique et syndicale du prolétariat. Lors d’une nouvelle réunion tenue à Paris en décembre 1927, il en réaffirme la nécessité.  Cette initiative est violemment critiquée par l’Internationale communiste [14]. Cela s’explique par sa stratégie: l’adoption de la ligne «classe contre classe» entérinée quelques mois plus tard lors de son VIe congrès entraîne une politique de critique du «social-fascisme». Dans cette attaque, les socialistes de gauche et parmi eux les maximalistes ne sont pas épargnés, bien au contraire. On ne s’étonnera pas dans ces conditions, que le Bureau international des partis socialistes révolutionnaires toujours animé par A. Balabanova soit affaibli, même s’il organise une nouvelle conférence internationale à Francfort les 1er et 2 décembre 1929 [15].

L’impasse politique dans laquelle se trouve le socialisme révolutionnaire – l’unité semble plus que jamais renvoyée aux calendes grecques – explique sans doute la grave crise que traverse le Parti socialiste maximaliste à partir de 1928 qui se solde par la défection d’une aile importante de militants autour de Pietro Nenni. Avec U. Coccia, ce dirigeant s’est déjà prononcé pour une réunification avec les unitaires lors du premier congrès du parti à l’extérieur en janvier 1928, mais, mis en minorité, il a démissionné de l’Avanti! dont A. Balabanova assure alors la direction. La Fédération suisse défend également des thèses très «fusionnistes» à ce congrès suivi avec la plus grande attention par les unitaires (16). Le débat entre «fusionnistes» et «antifusionnistes» (principalement regroupés autour d’A. Balabanova) fait rage pendant les deux ans qui suivent; il est tranché au congrès de Grenoble, où selon les unitaires, la direction maximaliste n’hésite pas à exclure deux fédérations et une centaine de militants pour conserver la majorité (17). La scission existe déjà de fait et ce sont deux congrès séparés qui se tiennent à Grenoble. Les fusionnistes s’accordent avec les unitaires pour créer, en juillet 1930 au congrès d’unification de Paris, le Parti socialiste italien, section italienne de l’Internationale ouvrière. S’il est difficile d’estimer avec précision le nombre de militants qui rejoignent les unitaires, il n’est pas niable, en tout cas, que le Parti socialiste maximaliste sort gravement affaibli de cet épisode. 1930 représente un tournant dans l’histoire comparée des deux organisations et marque la date précise où les ex-unitaires l’emportent définitivement sur le plan numérique et organisationnel – ce qui était tout le contraire seulement trois ans auparavant. L’aide de l’Internationale ouvrière socialiste, incontestablement plus efficace que celle du Bureau international des partis socialistes révolutionnaires explique sans doute ce résultat mais le travail accompli par les unitaires dans la Concentration depuis sa création y contribue aussi pour beaucoup. Cette différence de comportement vis-à-vis de cette organisation de masse qu’est la Concentration illustre bien les conduites dissemblables des deux partis dans l’émigration. Peut-être est-elle l’expression d’une faiblesse fondamentale du Parti socialiste italien maximaliste : dans quelle mesure en effet la défense du socialisme révolutionnaire «traditionnel» d’avant 1914, ne s’accompagne-t-elle pas chez les maximalistes d’une certaine incapacité à s’adapter aux conditions très spéciales de l’émigration?

Plus généralement, quel bilan peut-on tirer du socialisme des maximalistes comme de celui du Bureau international au début des années trente? Le socialisme révolutionnaire semble avoir complètement échoué, et ne plus qu’être l’expression d’un passé révolu dont un petit groupe de militants aurait la nostalgie. Comme l’âge d’or de l’unité paraît lointain! Le projet politique des maximalistes – la défense du socialisme révolutionnaire, l’unité ouvrière – est quotidiennement démenti par les faits. Le programme du parti qui insiste sur le refus de tout compromis et de toute collaboration avec la bourgeoisie et qui prône la lutte pour le pouvoir et contre la guerre, selon des méthodes distinctes de celles de la IIIe Internationale, semble aussi dépassé qu’illusoire. Certes, le contexte particulier de l’Italie fasciste interdit aux socialistes italiens toute possibilité d’une pratique analogue à celle d’autres partis de l’IOS qui, depuis 1920, ont considérablement « revu » ce programme en Angleterre, en Allemagne, en Autriche et dans les pays scandinaves notamment. Contrairement à ces derniers les socialistes italiens n’ont pu «se compromettre» avec la réalité mais l’adhésion des ex-unitaires à l’IOS est, sans nul doute, l’expression d’un accord avec ces pratiques. Il s’accompagne d’ailleurs d’un tentative de renouvellement de la pensée socialiste à laquelle les maximalistes restent étrangers. Au-delà des programmes des deux partis les raisons personnelles et psychologiques interviennent également : il est impossible pour Angelica Balabanova, la principale personnalité du du parti, membre du Bureau socialiste international en 1914, de revenir dans une organisation internationale, qui dans sa majorité, n’a pas su défendre la pureté du socialisme révolutionnaire pendant la Première guerre mondiale; le poids du passé explique largement son « anti-fusionnisme » militant, viscéral pourrait-on dire. Sa méfiance envers la IIIe Internationale n’est pas moindre : en tant que premier secrétaire de cette organisation, elle a été bien placée pour en connaître le fonctionnement et en être profondément dégoûtée. Aussi la recherche de points communs autour desquels pourrait se faire l’unité d’action va de pair chez elle avec une méfiance profonde et non dissimulée.

Tous ces facteurs contribuent à accroître l’isolement des maximalistes. Quelles que soient les tentatives d’unité d’action qu’ils proposent aux communistes, ils sont généralement traités par eux en ennemis plus redoutables que les militants de l’IOS. Les choses ne vont pas mieux du côté de cette dernière où l’on n’affecte de voir dans le PSIm et ses organisations sœurs qu’un ensemble de groupuscules qui par manie scissionniste refusent l’unité socialiste [19]. Soumis aux attaques des deux principaux courants politiques du mouvement ouvrier, les maximalistes se trouvent alors dans une situation très délicate: ils apparaissent comme les défenseurs d’un socialisme caduc et ne parviennent que difficilement à s’adapter aux conditions particulières  de l’émigration. Pourtant l’évolution de la situation politique va justifier certaines de leurs positions et contribuer à leur renforcement au niveau national et international. En septembre 1932 ils donnent leur adhésion au Congrès d’Amsterdam contre la guerre où l’influence communiste est prédominante [20] et auquel l’IOS refuse de participer même si dans plusieurs pays de petits groupes de socialistes de gauche surmontent cette interdiction [21]. A partir de l’année suivante, cependant, le contexte politique va se modifier profondément.

LE SOCIALISME RÉVOLUTIONNAIRE, 1933-1940

933 représente un tournant dans l’histoire du monde : l’arrivée de Hitler au pouvoir signifie la fin de l’après-guerre mondiale et la marche vers un nouveau conflit même si cette évolution n’est alors perceptible que pour quelques voix isolées [22]. Les conséquences en sont également immenses pour le mouvement ouvrier. Ce dernier connaît plus que jamais des divisions qui ont des conséquences catastrophiques en Allemagne. Les appels à l’unité du Bureau international des partis socialistes révolutionnaires trouvent toute leur justification. Dès le 4 février 1933 a lieu à Paris une réunion de plusieurs partis socialistes de gauche n’appartenant pas à l’IOS à laquelle sont aussi présents le PSIm et son organisation sœur française, le Parti d’unité prolétarienne [23]. Ils se mettent d’accord sur la nécessité d’organiser dans les plus brefs délais une conférence mondiale de « toutes les organisations ouvrières afin de mener à bien la lutte contre le fascisme ». Un texte rappelant que « sociaux-démocrates, communistes, révolutionnaires socialistes indépendants» sont «frappés de façon identique par les coups de la réaction» et que devant cette situation il faut aboutir à une «nouvelle et sincère unité d’action des organisations ouvrières qui pourra peut-être conduire à une unité d’organisation effective de tous les travailleurs » est envoyée aux deux Internationales [24]… qui ne se donnent même pas la peine de répondre.

À partir d’une réflexion sur les événements d’Allemagne et leurs conséquences, les maximalistes – infléchissent progressivement leurs analyses. Jusqu’alors, critiquant la politique des deux Internationales ils se sont efforcés de dépasser le réformisme des socialistes et les méthodes bureaucratiques et autoritaires des communistes, d’en rejeter les aspects négatifs et d’intégrer ses côtés positifs. A partir de 1933 ils approfondissent leur critique vis-à-vis de la politique des deux Internationales et, de plus en plus, en viennent à dénoncer leur faillite totale, leur échec complet. N’ayant pas pu surmonter leurs divergences pour réaliser l’unité d’action contre le fascisme, les Internationales portent une lourde responsabilité qu’il faut mettre en lumière. Il devient illusoire de croire qu’elles soient encore capables de jouer un rôle efficace. Aussi, les maximalistes italiens comme le courant international auquel ils se rattachent envisage de plus en plus la construction d’une nouvelle organisation révolutionnaire du prolétariat. Tout en continuant à défendre les thèses du socialisme révolutionnaire ils projettent la création d’une Internationale.

Bien que lente, cette évolution est régulière. En juin 1933 encore, les maximalistes ne refusent pas catégoriquement l’unité d’action avec une organisation de masse proche du mouvement communiste. C’est ainsi qu’ils donnent leur adhésion au Comité international contre la guerre et e fascisme qui, un peu moins d’un an après le congrès d’Amsterdam, tient une nouvelle réunion à Paris, salle Pleyel. Cette volonté unitaire n’empêche pas une grande méfiance vis-à-vis du Parti communiste. On le voit bien quelques mois plus tard quand un groupe de militants partisans d’un rapprochement plus poussé avec le PCI est exclu par la direction du PSIm en décembre 1933. Les sections de Vénissieux et de Beausoleil suivent alors les exclus qui pour la plupart adhèrent au PCI.

Nous avons déjà relevé le dédain avec lequel l’IC et l’IOS ont accueilli les propositions du Bureau international et de ses partis affiliés en faveur de l’unité d’action. Elles en viennent pourtant à lui rendre un hommage tout à fait involontaire en repensant ce problème en des termes entièrement nouveaux. Tirant la leçon des événements d’Allemagne, puis d’Autriche et de France en février 1934, l’IC abandonne en quelques mois l’orientation qui fut la sienne depuis son VIe congrès pour s’engager dans ce qui va être la politique du Front populaire. Cette stratégie est progressivement adoptée par toutes ses sections, avec des rythmes parfois différents. Un pacte d’unité d’action est signé entre le PCF et la SFIO le 27 juillet 1934 suivi d’un pacte analogue entre le PCI et le PSI adhérent à l’IOS, le 10 septembre 1934.

Cette conjoncture imprévue va obliger les maximalistes à se redéfinir. Elle semble leur donner, partiellement du moins, raison dans leurs prises de position antérieures en faveur de l’unité. Dans un premier temps, sans oublier leurs critiques de la politique des deux Internationales, les maximalistes veulent signer ce pacte. ils se heurtent à un double refus du PCI et du PSI et ne peuvent s’y rallier [28]. L’organisation française proche des maximalistes, le PUP connaît au même moment une situation identique jusqu’en 1936 où la majorité de ce parti se résignera à une « fusion » avec la SFIO qui ressemble fort à une absorption.

Ce refus mais aussi les bases sur lesquelles se fait l’unité d’action – la politique de Front populaire – va obliger les maximalistes, comme leurs alliés, à approfondir leurs analyses. Aussi participent-ils à une nouvelle réunion internationale organisée conjointement par le Bureau international des partis socialistes révolutionnaires et l’Internationale Arbeitsgemeinschaft (IAG), l’autre groupement des partis socialistes « de gauche », non adhérents à la II° Internationale et constitué depuis 1932. A l’issue de cette réunion tenue du 11 au 15 février 1935 à Paris et, le dernier jour, à Saint-Denis, le fief de J. Doriot exclu depuis juin 1934 du Parti communiste, les deux organismes décident de se dissoudre et de s’unifier en une nouvelle organisation internationale, le Bureau international d’unité socialiste révolutionnaire (BIUSR) plus connu parfois sous le nom de Bureau de Londres [29].

Le socialisme de gauche doit-il œuvrer à l’unité totale de la classe ouvrière, ce que semblent commencer à faire à leur manière IC et IOS ? Faut-il au contraire travailler à l’unité socialiste révolutionnaire de la classe ouvrière que ne peuvent réaliser les deux Internationales existantes dans la mesure où leur politique a fait faillite? Bien qu’hésitant entre les deux perspectives, les socialistes de gauche tendent de plus en plus vers la seconde. Les débats s’organisent autour de deux questions principales : la construction d’une nouvelle Internationale et la lutte contre la guerre. Sur le premier point les maximalistes se prononcent, comme la majorité des participants à la conférence, pour la résolution suivante proposée par le Sozialistische Arbeiter Partei allemand (SAP) : « Considérant la faillite de la IIe et de la III° Internationale, la conférence estime que le mouvement révolutionnaire et international des travailleurs ne possède pas aujourd’hui une direction en laquelle il investit sa confiance et qu’il est indispensable de créer aujourd’hui une telle direction, c’est-à-dire de former une véritable internationale prolétarienne. La conférence pense que cette internationale ne peut être que l’aboutissement d’un pro processus historique et se constituera par l’union des éléments révolutionnaires appartenant ou non aux deux Internationales existantes».

« Pour accélérer la formation d’une telle Internationale qui seule pourra réaliser l’unité sur des bases révolutionnaires, les partis dont la conférence se compose décident:
1) de concentrer leurs forces pour le développement d’actions internationales;
2) d’utiliser toutes possibilités de coordination des forces prêtes à l’action à une échelle internationale d’édifier, par là le groupement international des travailleurs (…)

Le 1er septembre 1935 ils rejoignent le Comité international pour la défense  du peuple éthiopien où se retrouvent parmi beaucoup d’autres la LIDU, la CGIL, Giustizia et Libertà, le Parti socialiste section de l’IOS, l’organisation des Patronati italiens victimes du fascisme, le Parti républicain et le Parti communiste italien. La Charte du Comité international pour la défense du peuple éthiopien et de la paix s’organise autour des trois points suivants :

«Défense du droit international et des institutions qui le régissent pour régler les rapports et les différends aujourd’hui inévitables entre les divers états. Défense de la SDN dans la mesure où elle saura être à la hauteur de sa mission qui est de réaliser avec tous ses moyens la paix et de protéger chaque peuple contre l’agresseur.
« Défense du peuple éthiopien dans son existence et son indépendance. Il faut nier qu’on puisse accomplir œuvre de civilisation au moyen de la guerre. Il faut nier aussi le droit d’effectuer des marchandages sur le dos des peuples. De même, Défense du peuple italien dont le prestige et la force dans le monde seraient ruinés par une aventure sanglante et déshonorante ».
«Défense de la paix, idéal de toute l’humanité après le désastre de la dernière guerre : la la défense de la paix sans laquelle la crise qui désole le monde s’aggraverait inévitablement jusqu’à la catastrophe» [32].

En acceptant cette Charte, les maximalistes reconnaissent le système de sécurité collective dans le cadre de la SDN ce qui est contradictoire avec leur refus explicite de toute collaboration avec la bourgeoisie, la SDN représentant selon eux une forme de domination impérialiste. Mais l’adhésion du PSIm au Comité n’est pas sans réserves comme en témoigne la déclaration suivante qu’il signe avec les autres partis adhérents du BIUSR le 1er octobre :

« Le BIUSR prévient les ouvriers et leurs organisations du grave danger de guerre. il leur fait remarquer que la résistance à cette menace est sérieusement compromise par la II° et la III° Internationale.

La plupart des partis attachés à l’IOS soutient la défense nationale sous le capitalisme et continue à répandre des illusions sur la SDN. En fait, l’IC fait pression pour l’unité nationale avec les classes gouvernantes des pays capitalistes alliés à l’URSS et encourage les systèmes de paix collective dans le cadre du capitalisme.

Le BIUSR appelle les prolétaires à refuser toute unité nationale avec la classe capitaliste ou des gouvernements capitalistes et à se préparer pour l’action révolutionnaire de masse contre la guerre. affirme que les résultats révolutionnaires d’octobre en URSS ne peuvent être préservés que par le développement d’une politique et d’une action révolutionnaire de tous les pays» [33].

Créé avec le soutien de la plupart des organisations ouvrières et de gauche [34], le Comité international de défense du peuple éthiopien veut mobiliser l’opinion mondiale contre le fascisme italien, soutenir la SDN dans son action contre les « fauteurs de guerre » et organiser le boycott des armes et des munitions envers l’Italie. Malgré ses appuis considérables, son activité qui ne semble guère s’être poursuivie au-delà du début de l’année 1936 se solde par un échec [35]. De nouveaux événements internationaux d’importance vont interpeller les maximalistes : ils ont pour nom Front populaire, guerre d’Espagne et Procès de Moscou. Dès septembre 1935 les appuis internationaux des maximalistes se sont encore renforcés par l’adhésion au BIUSR du POUM espagnol dès sa constitution. C’est en septembre également que se constitue la Gauche révolutionnaire de la SFIO qui, sans adhérer  formellement au Bureau, noue immédiatement des relations très étroites avec lui. L’apparition conjointe de ces deux organisations est l’expression du développement des luttes ouvrières qui se manifeste dans ces deux pays. Comme les autres socialistes révolutionnaires, les maximalistes prennent position sur la politique du Front populaire. Doivent-ils être l’extrême gauche de ces Fronts ou faut-il au contraire condamner «la collaboration de classe» qui les sous-tend? Et dans tous les cas, comment influer sur les événements? Tout en réaffirmant leur volonté d’adhésion au pacte d’unité d’action dont ils ont été écartés, les maximalistes se prononcent pour l’unité «organique» du prolétariat, la création d’un nouveau parti sur les bases du socialisme marxiste, le refus de toute collaboration de classe, la prise du pouvoir du prolétariat par la lutte révolutionnaire et le «principe» de la dictature du prolétariat comme «régime transitoire et exceptionnel pour la défense de la révolution et la transformation intégrale du régime capitaliste en régime socialiste ». Ce programme bien différent de celui du Front populaire ne peut avoir, on l’imagine, de répercussions immédiates en Italie.

L’absence de perspectives immédiates dans leur patrie explique la passion avec laquelle les maximalistes – comme la très grande majorité des émigrés antifascistes – suivent les événements d’Espagne à partir de l’été 1936. Quelques que soient les divergences existant sur l’analyse de la situation, la volonté de se battre contre des forces ouvertement soutenues par Mussolini est partagée par tous comme l’exprime avec tant de force le slogan de Carlo Rosselli:  » Aujourd’hui en Espagne, demain en Italie ». Dès le début du conflit les maximalistes condamnent vigoureusement la non-intervention prônée par le gouvernement de Léon Blum et mettent l’accent sur les conséquences internationales de la guerre d’Espagne, expression manifeste de sa dynamique interne. Contrairement à ce que prétendent les IIe et IIIe Internationales la lutte qui se déroule alors en Espagne n’est pas une lutte entre fascisme et démocratie mais une lutte révolutionnaire dont l’enjeu est la victoire du socialisme ou du fascisme et qui concerne le prolétariat mondial dans son ensemble. En Catalogne, comme dans d’autres provinces espagnoles, les ouvriers se battront avec dix fois plus d’énergie pour défendre le nouvel ordre qu’ils sont en train de construire – leur ordre – plutôt que pour soutenir une démocratie bourgeoise dont ils ne tireront que de maigres bénéfices. La poursuite de la guerre, la victoire future dépendront en dernière analyse, de l’approfondissement du processus révolutionnaire: guerre et révolution doivent être menées de pair.

Cette analyse est approuvée par Dino Mariani, membre de la direction du PSIm lors d’une conférence internationale organisée par le BIUSR à Bruxelles du 31 septembre au 2 octobre 1936. Cet accord politique s’accompagne d’une aide militante et matérielle. Des militants du parti s’engagent dans la colonne Lénine [37], la colonne internationale du POUM; la présence d’un fort contingent d’émigrés italiens explique la publication pendant quelques mois en 1937 d’un organe en italien par ce parti: La rivoluzione spagnuola [38].

On aurait cependant tort de croire que la lutte contre le franquisme se fait dans l’unité complète. Bien au contraire. Dès l’été 1936 le premier des « grands » procès de Moscou qui donne le signal d’une lutte violente, à l’échelle internationale des communistes contre tous les oppositionnels quels qu’ils soient, provoque de profonds remous au sein du mouvement ouvrier. Assimilé à tort à un parti trotskyste, le POUM est au centre de ces attaques que certains de ses militants – et parmi eux Andrès Nin, le plus connu – paieront de leur vie.

Sur cet épisode dramatique, la SFIO et le PSI, pour des raisons de politique générale – Front populaire oblige – restent à peu près muets. Dès le 4 septembre 1936, les maximalistes, comme les autres partis adhérents du BIUSR, prennent position [39]. Tout en reconnaissant en l’Union soviétique un état ouvrier, ils dénoncent toute forme de terrorisme, expriment leur inquiétude devant le procès des Seize, affirment ne pouvoir accepter les confessions faites au procès par les accusés dans des circonstances suspectes. Enfin les maximalistes demandent la construction d’une commission d’enquête composée de représentants des diverses tendances du mouvement ouvrier afin d’examiner les accusations portées contre Trotsky et se déclarent prêts à participer à cette commission.Cette position est à nouveau réaffirmée deux mois plus tard, lors de la Conférence de Bruxelles [40]. Il ne fait pas de doute en tout cas que cet épisode contribue à creuser un peu plus le fossé entre le PCI et le PSI d’une part et les maximalistes de l’autre et qu’il explique sans doute leur rapprochement avec Giustizia e Libertà ainsi que les anarchistes à partir de juin 1937[41]. Ces derniers sont aussi victimes des attaques communistes que ce soit en Espagne (C. Berneri, G. Rosini) ou plus tard aux États-Unis (Carlo Tresca)[42].

Ainsi la guerre d’Espagne dont l’issue est prévisible dès 1938 pousse irréversiblement les maximalistes à défendre un socialisme révolutionnaire distinct de la politique du Front populaire, également en échec à cette date. Que peuvent alors faire ces socialistes révolutionnaires face à un nouveau conflit mondial menaçant?

Le mouvement ouvrier a été traumatisé dans son ensemble par le choc, l’effondrement qu’a représenté pour lui la Première Guerre mondiale. Les analyses qu’il fait à partir de 1937/38 sont inspirés par les débats et l’expérience qu’il a connus à partir de 1914. Bien qu’apparaissant dans un contexte tout à fait différent, les notions de bellicisme, de pacifisme et de défaitisme révolutionnaire découlent d’analyses qui précèdent la Révolution d’Octobre. Ces notions qui sont réexaminées dans ce contexte nouveau entraînent au sein d’un même parti des prises de positions contradictoires sur le problème de la guerre et de la paix. Au sein du socialisme de gauche les maximalistes affrontent cette question lors d’une nouvelle conférence internationale tenue à Paris en février 1938. Il n’est plus possible d’espérer ramener la II° Internationale sur le chemin de la lutte des classes. Quant à l’IC, elle est devenue une organisation «réformiste, instrument de la bureaucratie stalinienne réactionnaire». La tâche de l’heure consiste à rassembler toutes les forces révolutionnaires sur les bases suivantes : action de lasse à la base de la lutte contre le capitalisme; rejet du social-patriotisme en temps de guerre comme en temps de paix; rejet de toute forme de «paix civile avec la bourgeoisie»; défense de la révolution espagnole et du POUM; défense de l’Union soviétique dans le but de « sauvegarder ce qui peut encore l’être des conquêtes d’Octobre». Le PSIm comme la majorité des partis présents se prononce pour le défaitisme révolutionnaire. Quelques mois plus tard lors de la crise de Munich le BIUSR tente de mettre sur pied un Front ouvrier international contre la guerre dont on trouve trace jusqu’en décembre 1941 à Mexico sous la forme d’un Manifeste aux ouvriers de tous décembre 1941 à Mexico sous la forme d’un Manifeste aux ouvriers de tous les pays au terme duquel figure la signature du PSIm [44]. Le dernier numéro de l’Avanti! est paru en mai 1940 et le parti n’a qu’une existence et une activité des plus réduites pendant la guerre où il disparaît en tant qu’organisation. Pourtant ce courant original du socialisme italien se reconstitue à partir d’août 1943 sous la forme du PSIUP. Mais ceci est une autre histoire.

EFFECTIFS, IMPLANTATION DES MAXIMALISTES

A partir de diverses sources, et parmi elles les rapports de police conservés au Casellario Politico Centrale, il est possible de mieux cerner la physionomie – les effectifs et l’implantation du PSIm – à partir de 1926, date charnière à laquelle ce parti se réorganise dans l’émigration. Mais sait-il s’y adapter? Est-il en ces circonstances capable de modifier sa structure et son fonctionnement ou reste-t-il, en France, prisonnier de ses vieux modèles, de ses anciens archétypes? Bien qu’il soit difficile de répondre avec précision, il semble que le PSIm soit plus un parti dans l’émigration qu’un parti de l’émigration comme en témoigne par exemple son échec dans la Concentration. On peut aussi se demander jusqu’à quand subsistent des relations avec l’Italie : s’il est parfois fait mention de contacts suivis avec des camarades restés au pays on ne dispose à l’heure actuelle d’aucune information précise.

Ainsi, l’histoire du PSIm à partir de 1926 en Italie reste entièrement à écrire – dans la mesure où elle a existé. Cette césure complète entre un parti réorganisé en France et des noyaux – mais que sont-ils exactement? – restés en Italie contribue certainement à l’affaiblissement général du parti. On ne peut donc avancer ici que des chiffres concernant l’émigration. D’entrée une évidence nous frappe : l’énorme décalage entre la masse globale des émigrés italiens en France et la faiblesse des effectifs des partis – et parmi eux le PSIm – qui s’efforcent de structurer cette émigration.

Selon F. Dedele, le chiffre total des adhérents « n’était certainement pas supérieur à 2500-3000 inscrits » parmi lesquels « 150-200 militants » particulièrement actifs à la fin de 1927 [46]. Selon un rapport de la direction du parti [47], le parti regrouperait un millier d’adhérents dont un tiers seulement réside en France. À cette date l’Avanti! a 1500 abonnés.Le parti compte trois fédérations dans le «Centre» (la région lyonnaise), la Côte d’Azur et le Nord ainsi qu’en Suisse, en Belgique et en Argentine. Au total une trentaine de sections plus une trentaine de groupes dans les divers pays d’Europe. Mais le parti est alors en pleine réorganisation.

Ces effectifs ont un peu augmenté quelques années plus tard. Lors du IVe congrès à l’extérieur (Paris, 4-5- juin 1933), le rapport moral est approuvé par les camarades résidants en France, par 387 voix contre 2248. Le parti dispose alors d’une Fédération parisienne, d’une autre en banlieue (avec de fortes sections à Aubervilliers et Sartrouville) et de quatre en province (Centre, Var et Bouches du Rhône, Côte d’Azur et Sud-Ouest). En 1934 le parti totalise 684 adhérents dans le monde [49]; en 1937 un peu moins de 500 dont 253 pour la France (42 à Paris et 90 en banlieue) et 229 dans le monde, dont 180 en Argentine [50]. A la veille de la Seconde guerre enfin, les effectifs remontent à environ 600 dont 265 en France répartis dans une fédération à Paris (42), une en banlieue (90) et six en province : Meurthe-et-Moselle (Auboué), Centre, Bouches- du-Rhône, Côte d’Azur, Var, Loire Atlantique. Des groupes existent également en Grande-Bretagne, en Tunisie, aux États-Unis (où réside depuis 1936 Angelica Balabanova) en Suisse, en Belgique, au Luxembourg et surtout en Argentine où le chiffre de 180 est à nouveau avancé [51]. Pendant toutes ces années le tirage de l’Avanti! oscillerait entre 3000 et 4000 exemplaires, mais on ignore le nombre de militants restés en Italie . Ainsi, en dépit des variations qui ont pu se produire, après 1926, le PSIm n’a sans doute guère dépassé le millier d’adhérents de par le monde, ce qui est évidemment fort peu. En 1927 les unitaires n’auraient pas regroupé plus de 500 adhérents [52]. Renforcés par la réunification de 1930, ils comptent jusqu’à 3500 militants en 1938 [53]. Les communistes italiens dans l’émigration auraient été environ 2000 de 1923 à 1925, 1 600 à leur niveau le plus bas en 1931, puis 1800 en 1932. En 1931 encore les effectifs totaux du PCI auraient été de 5600 membres [54]. Tous ces chiffres sont très faibles en regard du nombre total d’émigrés italiens en France [55].

Les points forts du parti correspondent dans l’ensemble aux zones de forte émigration italienne : Var, Bouches-du-Rhône, Côte d’Azur, Sud-Ouest et région lyonnaise. Dans deux autres régions, le Nord et la Lorraine, les résultats sont moins satisfaisants. Enfin une mention spéciale doit être faite à Paris et sa banlieue – ce qui s’explique par l’importance de la population ouvrière dans la région parisienne mais aussi par les liaisons internationales du PSIm dont nous avons déjà évoqué l’organisation « soeur » française. Rappelons ici que l’Union socialiste- communiste constituée en mai 1923 de deux scissions du PC (fin 1922 et début 1923) adhère au Bureau international dès sa création. Transformée en Parti socialiste-communiste en 1927, elle fusionne en décembre 1930 avec une nouvelle scission du PC, le Parti ouvrier paysan (POP) pour former le Parti d’unité prolétarienne (PUP). Dans leur majorité les cadres de ces partis sont d’anciens dirigeants communistes impliqués avant tout dans le travail municipal mais qui, écartelés à un moment donné entre les exigences de leur mandat électif et le projet révolutionnaire du parti auquel ils appartiennent, finissent par rompre avec ce dernier. La plupart d’entre eux se trouvent en banlieue et disposent d’un certain pouvoir au niveau municipal [56]. Ils peuvent donc venir en aide aux émigrés italiens, leur fournir travail, logement, etc.

On trouve souvent mention dans les publications de l’USC puis du PUP de ces rapports fraternels entre les deux organisations ce qui, sans nul doute contribue à expliquer cet aspect particulier de l’implantation du Parti socialiste italien maximaliste.

*

L’histoire du PSIm se solde apparemment par un échec. Son projet politique global – la reconstitution de ‘unité du prolétariat sous le drapeau du socialisme révolutionnaire – ne s’est pas réalisé. A l’exception d’une brève période de cinq ans de 1934 à 1939 le mouvement ouvrier politique et syndical a dépensé une énergie considérable dans des luttes fratricides. À partir d’août 1939 et du pacte germano-soviétique il est plus divisé et désorienté encore qu’il ne l’avait été depuis deux décennies. Le socialisme révolutionnaire défendu par le PSIm apparaît bien plus dans les années 1930 comme la réminiscence d’un passé peut-être glorieux que comme une réalité politique existante. Ce parti d’émigrés survit dans l’émigration sans arriver à maintenir suffisamment de liens avec la classe ouvrière italienne. Incapable de repenser sa stratégie, ses alliances, son fonctionnement, ses structures, son échec semble patent. Et pourtant… Sans nier toutes ces faiblesses, il est cependant nécessaire de nuancer un tel bilan. Par ses liaisons internationales, le PSIm se trouve au cœur de l’émigration politique européenne et en contact avec de nombreux groupes émigrés qui, comme lui, ont été contraints de se réfugier en France, cette plaque tournante de l’émigration politique européenne. Son appartenance au BIUSR dont l’audience bien méconnue actuellement ne saurait être retracée ici se fait au moment même où les deux « grandes » Internationales ouvrières, ces colosses aux pieds d’argile, connaissent elles-mêmes une très profonde crise qui s’achève par leur disparition. Numériquement forte, l’IOS, selon son propre secrétaire général devient incapable à partir de 1933 de répondre aux problèmes de l’heure. En 1939, F. Adler estime que l’organisation dont il a été depuis sa constitution l’un des principaux dirigeants est politiquement morte [57]. Les résultats ne semblent pas plus brillants pour l’IC la même année. Tout jugement historique sur le PSIm doit être replacé dans ce contexte plus général de crise profonde du mouvement ouvrier.Envisagé comme courant italien ou international, le maximalisme, si sévèrement condamné, nous l’avons vu par Angelo Tasca, est un révélateur de cette crise, l’expression particulière de difficultés rencontrées par la classe ouvrière italienne et internationale à l’époque sans doute la plus tragique de son histoire.

Michel Dreyfus.

Notes:

[1] Cf. Carnets (inédits) conservés à la Fondazione G. Feltrinelli. Pourtant A. Tasca se prononce pour un rapprochement avec les maximalistes  lors du dernier congrès du PSI (Paris, juin 1937).

[2] L’histoire du PSIm a jusqu’ici peu retenu l’attention des historiens. G. ARFÉ dans sa Storia dell’Avanti! traite essentiellement de l’histoire de la section italienne de l’IOS ce qui est également le cas de S. COLARIZI : // PSI in exilio 1926-1933, dans Storia contemporanea, n° 1, marzo 1974, ou de L. Dt LEMBO dans dans son étude très fournie: L’organizazzione dei dei socialisti in Francia dans L’emigrazione socialista nella lotta contro il fascismo (1926-1939) Firenze, 1982. On se rapportera à l’étude de S. SOZZI: Il partito socialista italiano massimalista in esilio ed Elmo Simoncini (Dino Mariani), dans Antifascisti romagnoli in esilio, Firenze, 1983, p. 185-333. Nous nous permettons également de renvoyer à notre article: Le scelte internazionali del Partito socialista massimalista italiano, dans Rivista di storia contemporanea, n°2, aprile 1984, p. 237-259. 1 F. PEDONE, // PSI nei suoi congressi, vol. III, 1917-1926, Milano. 1963, p. 60.

[6] Cf. L’Avanti!, passim, par exemple : La questione italiana davanti all’Executivo della IIIe Internazionale, 4 juillet 1923. Cf. également l’Égalité, organe de l’Union socialiste communiste  française et membre du Bureau international, n°29, 1er août 1923 : Le PSI rejette les conditions de Moscou – ce qui est entériné par le Comité directeur du Parti lors de sa réunion du 25-2/août 1923.

[7] Une conférence internationale des partis socialistes révolutionnaires, dans Bulletin du Bureau international d’information des partis révolutionnaires-socialistes, 15 juillet 1925.

[8] Nell’imminenza del congresso; Il Manifesto al Partito della maggioranza della Direzione: L’unita socialista deve essere nel socialismo rivoluzionario, dans Avanti!, 18 settembre 9 (…)

[9] CF. Avanti!, passim, du 25 décembre au 5 janvier 1926.

[10] L’adesione al Comitato anglo-russo per l’unità sindacale, dans Avanti!, 10 mars 1926. Cf. aussi L’adhésion des maximalistes italiens au Comité anglo-russe, dans La Correspondance internationale, mars 1926, n°38, p. 358-359.

[11] Cf. S. FEDELE, Storia della Concentrazione antifascista, 1927-1934, Milano, 1976.

[12] Cf. AN F 7 13460: «Les intellectuels contre le fascisme ».

[15] La Conferenza del Bureau dei Partiti socialisti rivoluzionari a Francfort, dans Avanti! n°47, 15 décembre 1929.

[16] Dans le compte rendu qu’il fait du congrès, Modigliani écrit notamment : «Le Parti maximaliste (…) conditions maximaliste – surtout dans le Midi de la France a beaucoup travaillé soit avec les socialistes unitaires, soit avec la SFIO », Le socialisme italien et la marche à l’unité, dans Nouvelle revue socialiste, n°21, 15 janvier-15 février 1928.

[17] Cf. Les socialistes italiens vers l’unité article non signé dans Nouvelle revue socialiste, n°31, 15 avril- 15 juin 1930, selon lequel une majorité se serait déclarée en faveur de l’unité et pour cette raison aurait encouru les foudres de la direction. La majorité aurait pris acte du fait que « réformistes et maximalistes ne représentent que deux aspects également périmés de la lutte des classes dans la phase de la conquête des libertés publiques et dans la période de pouvoir qui a suivi la guerre» et aussi que «… le Parti socialiste italien et le Parti socialiste des travailleurs italiens qui ont en commun le but immédiat de la conquête de la démocratie politique et le but final de la création de la société socialiste doivent s’unir pour faire à nouveau du Parti socialiste le guide aimé et respecté de la classe ouvrière». Rien n’est dit sur la IIIe Internationale. Sur cet épisode, cf. S. FEDELE, Storia della Concentrazione…, op. cit., p. 59-73.

[18] Cf. son témoignage: My life as a rebel, New- York, 1938 ainsi que Ricordi di una socialista, Roma, 1948.

[19] L’IOS remarquait lors de son 2′ congrès : « La force répulsive de Moscou est devenue si grande qu’un groupement particulier est en train de se constituer : l’Internationale des expulsés», II’ congrès de l’IOS (Bruxelles, 1925), p. 127.

[20] Cf. Il congresso contro la guerra, lettre d’adhésion signée A. Balabanova, dans Avanti!, n°20, 4 settembre 1932,

[21] Cf. Monde, juillet-août 1932, passim, et notamment la polémique entre Henri Barbusse, figure de proue du congrès, et Fritz Adler, secrétaire de l’IOS.

[22] «Le délai qui nous sépare d’une nouvelle catastrophe européenne est déterminé par le temps nécessaire au réarmement de l’Allemagne. Il ne s’agit pas de mois mais il ne s’agit pas non plus de dizaines d’années. Quelques années suffisent pour que l’Europe se trouve de nouveau précipitée dans la guerre si Hitler n’est pas arrêté à temps par les forces de l’Allemagne elle-même», L. Trotsky Qu’est-ce que le national-socialisme, 10 juin 1933, dans Écrits, (3), 1928-1940, Paris.

[23] Cf. Le iniziative internazionali … Ces partis sont le Parti ouvrier norvégien, l’Independent Labour Party anglais, le Parti socialiste indépendant de Hollande, le Parti socialiste ouvrier d’Allemagne et le Parti socialiste ouvrier indépendant de Pologne.

[24] Cf. New Leader, 6 février 1933.

[28] Cf. Bollettino interno della direzione de l’unità proletaria. La conferenza dei partiti socialisti rivoluzionari , dans Avanti!, n° 3, marzo 1935.

[29] Cf. Un passo verso l’unità proletaria. La conferenza dei partiti socialisti rivoluzionari , dans Avanti!, n° 3, marzo 1935.

[30] Id.

[31] Cf. Défense du peuple éthiopien et de la paix, organe du Comité international pour la défense du peuple éthiopien et de la paix, n°6 spécial, novembre 1935.

[32] Id. Cf. également Dossiers Duchene, Organisations antifascistes, GFA Rés. 82. Consultable à la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC).

[36] Cf. Vers le socialisme mondial. La révolution espagnole. L’action contre la guerre, le fascisme et l’impérialisme. Compte rendu du Congrès socialiste révolutionnaire de Bruxelles

[40] Cf. Vers le socialisme mondial. . ., op. cit.

[41] Cf. par ex. : Dichiarazione d’intesa fra il PSI ei gruppi anarchici italiani, dans l’Avanti!, n° 14, 1er août 1937.

[42] Cf. Les procès de Moscou dans le monde, dans Cahiers Léon Trotsky, n° 3, spécial, juillet-septembre 1979.

[43] Cf. A new hope for world socialism. The resolutions adopted at the Revolutionary socialist congress. February 19th-25th 1938, édité par the International Bureau for revolutionary socialist unity.

[44] Cf. El socialismo revolucionario (…)

[45] Je remercie ici É. Vial qui m’a fait bénéficier de ses fructueuses recherches dans ce fonds essentiel en me transmettant de nombreux documents qui y sont conservés.

[46] Cf. S. FEDELE, Storia. . ., op. cit., p. 12.

[47] Cf. Rapporto della direzione del PSI del novembre 1927, cité par L. LEMBO, L’organizzazione…, op. cit., p. 231. Rappelons que les congrès du PSIm en France ont été les suivants: Marseille (8-9 janvier 1928), Grenoble (16-17 mars 1930), Lyon (27-28 mars 1932), Paris (4-5 juin 1933), Saint-Ouen (30-31 décembre 1934), Boulogne-sur-Seine (5-7 juin 1937).

[48] Rapport sur le IIe Congrès, Paris, 1933.

[49] Cf. Rapport de police du 22 novembre 1934 ainsi que le Rapport sur le Ve Congrès (Saint-Ouen) où il est fait mention de 684 inscrits, «20 de plus que l’an dernier».

[50] Cf. Rapport sur le VIe Congrès (Boulogne-Billancourt). Selon un rapport de police du 9 septembre 1936 il y a déjà 30 italiens dans les colonnes du POUM (maximalistes et trotskystes, ces derniers sans doute en nombre très réduit).

[53] Cf. L. LEMBO, L’organizzazione. . ., op. cit., p. 238.

[54] F. VALENTI, Le Parti communiste français et les immigrés italiens de 1923 à 1932, p. 91 à 94.

[55] En 1921 on compte 451 000 immigrés italiens en France, 760 000 en 1926 et 808 000 en 1931 selon l’Annuaire statistique de la France. Cité par F. VALENTI, op. cit., p. 92. 56 Cf. M. DREYFUS, Dissidences communistes et implantation municipale en banlieue parisienne, 1920-1940 (Communication présentée au colloque Henri Sellier tenu à Suresnes du 24 au 26 novembre 1983)

[56] Cf. M. DREYFUS, Dissidences communistes et implantation municipale en banlieue parisienne, 1920-1940 (Communication présentée au colloque Henri Sellier tenu à Suresnes du 24 au 26 novembre 1983).

[57] F. Adler s’est exprimé dans deux documents  rédigés l’un en 1939, l’autre en 1940, publiés par Herbert STEINER sous le titre : L’Internationale socialiste à la veille de la IIe Guerre mondiale, Le Mouvement social N°58 (1967).


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