2003-06 Après les grèves : quel débouché politique ? [CSR]

Texte du Collectif Socialiste Révolutionnaire (15 juin 2003)

Depuis début février, des mobilisations de très grandes ampleurs se développent en France. Contre la guerre en Irak, pour la défense du service public de l’éducation, pour la défense des retraites, on retrouve à chaque fois les mêmes éléments : manifestations massives plusieurs fois de suite, prise de conscience sur le fond des problèmes, fort soutien de l’opinion publique. Remarquons qu’avec beaucoup de justesse, la majorité des syndicats n’ont pas opposé la lutte contre la guerre et la défense des retraites, et ont clairement lié les deux.

Mais il y a un autre élément commun, et en apparence étonnant : une certaine résignation de nombreux manifestants, et une impression assez répandue qu’on ne peut pas gagner.

Effectivement, malgré la force des mouvements et des grèves, patronats et gouvernements cèdent plus rarement. La bourgeoisie joue là un jeu dangereux, puisqu’elle abandonne les apparences extérieures de la démocratie (que se soit Bush face à un refus international de la guerre, ou Chirac face à un refus massif de ses contre-réformes). C’est cette crispation des capitalistes qui les perdra.

L’aspect positif, c’est que les travailleurs ont compris qu’ils sont attaqués par tous les gouvernements successifs avec des différences d’intensité, mais pas de nature.

L’aspect négatif, c’est que si les travailleurs ont souvent cet à priori « défaitiste », c’est bien parce qu’ils perçoivent le manque d’alternative politique. Dans quel courant politique les grévistes peuvent-ils voir une perspective de débouché politique à leurs luttes ? Qui reconnaissent-ils comme crédibles et capables d’apporter la nécessaire rupture ? L’absence de réponse à ces questions constitue une crise politique profonde.

En effet, le PS et ses courants dits « anti-libéraux » n’ont jamais dénoncé l’acceptation par Jospin de l’allongement de la durée de cotisation à 42 ans pour tous (lors du sommet de Barcelone). Le congrès de Dijon est proclamé comme un « virage à gauche », mais quel contenu a-t-il donné au nom même du parti ? Car la question est là : quelle est aujourd’hui la raison d’être du PS ? Réponse de Hollande : faire 30% des voix. Pour faire quelle politique ? Cela, les travailleurs le savent bien.

Or, la question primordiale est la suivante : quel combat politique faut-il mener pour réunir les conditions de l’instauration par les travailleurs du socialisme, en France et dans le monde ?

A cette question, ni la direction du PS ni les courants minoritaires ne répondent. Quand au PCF, dans un appel issu de son 32e congrès, voilà le contenu qu’il donne à la révolution : « de grandes réformes audacieuses » (sic). Le virage actuel du PCF, qui, par ailleurs, n’est pas qu’une manoeuvre stratégique (c’est aussi un symptôme de la radicalisation actuelle de la société, qui a imposé des changements), ne se fait bien évidemment qu’en surface. Le courant trotskyste, morcelé entre des dizaines de groupes (il est également morcelé au sein même de ces groupes), est divisé entre ceux qui veulent coller opportunément à un courant « alter-mondialiste » politiquement confus, et ceux qui défendent une ligne léniniste orthodoxe, qui a prouvé historiquement sa faillite.

Ce qu’on voit avec l’attitude du gouvernement, c’est ce qu’on savait déjà : Chirac et l’UMP sont des obstacles à la démocratie. Cette vérité, aujourd’hui évidente, est bien difficile à faire apparaître, puisqu’elle a été niée il y a un an par tous ceux qui, portés par une vague « citoyenne » (qui s’est lamentablement, et de façon prévisible, brisée face aux réalités), ont ordonné de voter pour un ennemi de classe. Cela prouve – s’il en était besoin – que les syndicats qui ont appelé à voter Chirac le 5 mai 2002, non seulement ont renoncé à un de leurs principes, mais surtout ont alors contribué à construire le mur devant lequel ils se trouvent aujourd’hui avec les travailleurs.

La tâche qui attend les militants de gauche marxiste est longue et difficile. Il s’agit rien moins que de reconstruire une véritable gauche politique, pour et par le peuple.

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