2004-01 Le business des camps de rétention en Belgique

Paru sur Liège Indymedia (février 2004)

Par Dele Iloanya, le 26 janvier 2004 [Né au Nigeria, résidant et travaillant en Belgique, Dele Iloanya est militant du Mouvement socialiste mondial. Il est actuellement détenu au centre de rétention de Vottem, près de Liège].

Les lois inhumaines sur le droit d’asile et l’immigration du gouvernement du Royaume de Belgique arrivent à leur point d’implosion. En 1998,la Belgique a construit au moins cinq camps de rétention et tous sont encore en fonctionnement. Par exemple Vottem, le camp de rétention de Liège, est fait de quatre sections en forme de croix. Chaque section possède douze chambres, chacune étant faite de deux doubles banquettes de bois, soit quatre personnes par chambre. Le camp de Vottem est un centre fermé, où on n’a aucun accès à la liberté. La même situation s’applique aux autres camps en Belgique. Ils ont utilisés les mêmes plans que les camps d’Hitler dans les années 30 et ont construit les leurs.

Ce n’est pas un hasard si les gens enfermés ici sont pour la plupart des migrants d’Afrique, d’Asie, d’Amérique du Sud et d’Europe de l’Est. Ces gens n’ont commis aucun crime. Ils sont juste en procédure de demande d’asile. Ils sont enfermés depuis plus de huit mois, sans avoir pu sortir. Est-ce à cela que ça ressemble, une démocratie « avancée », la capitale de l’Europe ? Un algérien est resté détenu à Vottem pendant plus de onze mois, pour une histoire de papiers, sans aucune indemnité.

Dans chaque camp de rétention en Belgique, il y a cent soixante détenus. Les Nations Unies payent 200 $ par personne et par jour. Mais ces centres ne dépensent que 10 $ environ par personne et par jour. La Belgique est considérée comme le pays le plus raciste du monde. En 1998, cinq gendarmes belges ont tué Semira Adamu, une nigériane ; la famille de la victime n’a reçu aucune indemnité. La Belgique a formé de nombreux « tribunaux kangourous » [tribunaux irréguliers], composés de trois à cinq personnes et chargés de juger si des migrants illégaux ont le droit d’être relâchés de camps de rétention. Ils sont surtout là pour le business, ils ne font rien pour aider les migrants, mais en conservent le maximum pour faire de profits. Les gens embauchées pour diriger ces tribunaux ne peuvent pas agir comme les lois le stipulent, mais attendent les instructions de l’Office des Étrangers ou du Ministère des affaires étrangères à Bruxelles. Du même coup, le tribunal de Liège ou ceux d’autres endroits où il y a des camps en Belgique, sont là pour faire en sorte que les migrants restent le plus longtemps possible dans les camps. En gros, plus longtemps on reste là, plus ils se font de beurre sur votre dos.

J’allais oublier : les tribunaux belges sont formés d’un juge, d’un greffier, d’un procureur, de l’accusé, de l’avocat de l’accusé et de deux policiers qui vous amènent les menottes aux poignets de votre cellule au tribunal. Aucun observateur, ni aucun reporter n’est autorisé à entrer dans la salle de tribunal. Tout ce qui concerne le tribunal est top secret. De même, ils ne vous laissent pas engager votre propre avocat. Le migrant n’est autorisé qu’à aller au tribunal avec un avocat commis par le gouvernement belge. Est-ce que cette attitude inhumaine reflète la véritable démocratie que la Belgique prétend être ?

Dans les camps de rétention, le sida est facilement transmis par transmission sanguine : pour dix détenus, il n’y a qu’un seule lame de rasoir par jour. Bien sûr, il n’est pas hygiénique de partager une lame de rasoir avec un autre.

Cette bande de voyous, c’est-à-dire le Ministère de l’intérieur, l’appareil judiciaire, la police et les compagnies aériennes, sont de connivence pour mettre en place cette variante de capitalisme maffieux pour s’enrichir. Ils attrapent les soi-disant migrants illégaux à l’aéroport de Zaventem pour les déporter sans le consentement de leur ambassade. Le pire, c’est que le jour de la déportation, la sécurité du camp de rétention vous prend secrètement, sans le dire aux autres détenus et vous laisse seul, en isolement cellulaire, sans la possibilité de communiquer avec qui que ce soit, jusqu’à le jour du départ. D’une seul coup, on se retrouve sur la piste où l’avion attend déjà, ils vous disent de rentrer dans votre pays, comme ça, tout simplement. Certains migrants prennent l’avion, simplement parce qu’ils ont peur de quatre policiers qui mettent la pression sur eux pour rentrer dans leur pays. On est déjà traumatisé après toute cette torture mentale. Certains migrants, sans aucune aide, n’ont pas d’autre choix que de prendre l’avion malgré le danger qui les attend dans leur pays. Où est-ce que cette façon d’agir illégale existe sur la terre ? Nulle part ailleurs qu’en Belgique.

La Belgique emmène les migrants à l’aéroport pour les déporter. Mais si la personne refuse de rentrer dans son pays, ils ont l’air plutôt contents de les ramener dans leur camp de rétention pour deux mois supplémentaires, de manière à se faire encore plus d’argent grâce à eux. Ce qui surprend chaque détenu, c’est qu’avant de le ramener au camp de rétention, une lettre de refus de voyager, envoyée par le Ministère des affaires étrangères à l’attention du camp, l’attend pour la signature. Et cela arrive, même le week-end, quand aucune administration ne travaille. C’est ça qui vous permet de comprendre que les camps de rétention en Belgique sont une source de profits.

La nourriture et les boissons qu’ils fournissent en prison et dans les camps de rétention sont données gratuitement par les fabricants. Quelquefois, elles sont presque périmées, mais les détenus les mangent de toute façon parce qu’ils n’ont pas le choix.

D’après l’article 31 de la convention de 1951 sur les réfugiés, il est interdit de pénaliser les entrées illégales ou la présence de personnes à la recherche de protection. Les plus hautes instances sont d’accord sur ce principe. D’importantes indemnités sont versées pour des accusations ou des détentions erronées. Mais la Belgique fait le contraire.

En mars 2003, le Haut-commissariat des Nations Unies pour les réfugiés a rappelé que tous les états « devaient prendre des mesures concrètes pour que les réfugiés et les demandeurs d’asile ne soient pas pénalisés ». Mais la Belgique fait le contraire. Étant donné ce qui se passe, je ne crois pas que les Nations Unies fassent assez pour protéger les réfugiés en Belgique. Les réfugiés et les demandeurs d’asile doivent faire face à de nombreux contrôles policiers, et personne ne leur vient en aide. Il est inique, criminel, qu’un pays qui prétend s’appeler une nation développée en soit encore à pratiquer l’idéologie nazi des années trente. Il est grand temps que le monde se soulève contre l’attitude de la Belgique, qui détient illégalement des migrants sans indemnité selon ce qui est prévu parla convention de 1951 sur les réfugiés.

Dele Iloanya

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