2007-03 Le terrible calvaire des Irakiennes [Zerrouky]

Article paru dans L’Humanité du 8 mars 2007

Irak . Depuis 2003 la situation des femmes n’a cessé de se détériorer. Viols, bastonnades, meurtres, interdits islamistes, exil… sont devenus leur lot.

Le 19 février, Sabrine Al Janabi, jeune sunnite de vingt ans, dénonçait publiquement le viol dont elle a été victime par des policiers chiites. Son cas n’est malheureusement pas unique. Dans cet Irak sombrant dans le chaos, le viol de femmes est le fait de tous les protagonistes, tant irakiens (forces de sécurité et insurgés djihaddistes) qu’américains et britanniques. Les femmes sont de fait les premières victimes du chaos politique et social de l’après-Saddam.

Quelques mois après la chute du régime de Saddam, dans un pays où l’administrateur américain Paul Bremer a eu la mauvaise idée de dissoudre les forces de sécurité irakiennes (armée et police) sous prétexte qu’elles étaient noyautées par les anciens du Bass irakien, Bagdad et la plupart des villes du pays ont été livrées à une totale anarchie. Assassinats, vols à main armée, kidnappings se généralisaient. Les femmes irakiennes en sont les premières victimes.

En plus des enlèvements

et viols subis par plusieurs d’entre elles, on assiste au retour de la pratique des crimes d’honneur, avant que les milices au service du nouveau pouvoir leur imposent le port de la tenue islamique sous peine de punitions. Durant l’année 2003-2004, des étudiantes et enseignantes sont tabassées, d’autres tondues publiquement. Et quand les groupes islamistes ont commencé à commettre des attentats, elles ont été les premières à être ciblées. Des salons de coiffure et des boutiques de femmes sont plastiqués.

Durant le ramadan 2004, la menace se fait plus précise : dans un communiqué, le Conseil des moudjahidin a publiquement menacé d’exécuter les femmes qui continueraient à sortir non voilées dans la rue et, surtout, celles qui se battent pour le droit à la citoyenneté. Des enseignantes, des chanteuses, des artistes sont exécutées au nom de l’islam. Qui plus est, elles sont victimes des affrontements interconfessionnels (chiites-sunnites). Ainsi, rien qu’en novembre dernier, 150 cadavres de femmes mutilées ont été recensés dans les morgues des hôpitaux de Bagdad. Qui plus est, des militantes féministes, comme Yanar Mohamed, présidente de l’Organisation pour la liberté des femmes en Irak (OLFI), Houzan Mohamed, Sakar Ahmed, la responsable locale de l’OLFI à Erbil (Kurdistan), ont été menacées de mort par des groupes islamistes et sont contraintes de vivre dans une quasi-clandestinité. La peur s’installe, les femmes sortent moins, beaucoup choisissent l’exil (1).

L’OLFI a fait état de plusieurs milliers de femmes tuées depuis avril 2003, au rythme de quinze par jour.

Les troupes d’occupation ne sont pas en reste. Selon Amnesty International, des détenues irakiennes ont été violées à la prison d’Abou Ghraib. Des médias US rapportent plusieurs cas de viols suivis de meurtres, comme celui commis en mars 2006 par le soldat Steven Green et trois autres soldats à Mahmoudiyah où, après avoir violé une jeune femme, ils l’ont assassinée ainsi que son enfant et deux autres membres de sa famille avant de brûler les corps des victimes. Quelques-uns poussent l’indécence jusqu’à faire circuler sur le Web des photos de viols suivis

de commentaires obscènes. Même des soldates n’y échappent pas, comme l’a révélé ABC News selon qui plus de 500 cas d’agressions sexuelles ont été recensés dans les rangs de l’armée US en Irak. Une chose est sûre : le commandement américain ne cache plus ces faits. Des enquêtes sont ouvertes, des soldats (pas très nombreux tout de même) sont jugés et condamnés pour l’exemple.

Face à ce déferlement, les réactions sont toutes en prudence : les Irakiens vivent mieux que sous Saddam, rétorquent ceux qui ont soutenu l’intervention américaine. En fait, c’est sous Saddam, durant les années quatre-vingt-dix, que le statut dont disposait l’Irakienne, sans équivalent dans le monde arabe, a commencé à être remis en cause. Il a été institué en 1958 par le régime du général procommuniste Abdelkarim Kassem, renversé par le Bass avec l’aide de la CIA, en 1963. Pour les Irakiennes, il n’y aura pas de 8 mars…

(1) Plus d’un million d’Irakiennes et d’Irakiens, notamment de confession chrétienne, ont trouvé refuge en Syrie.

Hassane Zerrouky


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