The New Value Controversy And The Foundations Of Economics

by

Alan Freeman, Andrew Kliman, Julian Wells (eds) : The New Value Controversy and the Foundations of Economics Edward Elgar, 2004, 319 pages

Note de lecture parue dans Innovations N°22 [cf. en anglais: La note de lecture dans  News & letters in english:  Review in News & letters (2005)]

Où en est la pensée marxiste aujourd’hui ? Cet ouvrage, issu d’un groupe de travail international sur la théorie de la valeur, apporte des réponses à cette question. Le point de départ des débats présentés dans cet ouvrage est l’ignorance ou plus encore le rejet de l’œuvre de Marx par les économistes dominants d’aujourd’hui. Rejet typique des économiques puisque dans les autres sciences sociales Marx a sa place, ne serait-ce que pour en faire la critique.

Ce rejet des économistes serait fondé sur les erreurs ou les « incohérences » présentes dans l’œuvre de Marx. Au cœur de celles-ci se trouvent la détermination de la valeur, le passage de la valeur aux prix et la loi de la baisse tendancielle du taux de profit. Les interprétations du texte de Marx, celle de Bortkiewicz (1905-1906) pour la question du passage de la valeur aux prix et celle connue sous le nom de théorème de Okishio (1965) sur la loi de la baisse tendancielle du taux de profit sont à l’origine du rejet de Marx dans l’enseignement et la recherche en économie. Mais ces interprétations sont-elles exactes ? Retournant au texte original de Marx, l’ambition des éditeurs de cet ouvrage est de démontrer que les supposées « incohérences » de Marx résultent de mauvaises interprétations du texte de l’auteur. Il ne s’agit pas de construire une nouvelle théorie de la valeur mais de rétablir les propos de Marx. Ce faisant si les erreurs de Marx sont démontrées inconsistantes, plus rien n’entrave alors le retour de Marx sur la scène de l’enseignement et de la recherche en économie, sauf si le rejet est de nature idéologique.

La première partie de cet ouvrage rassemble des textes (Laibman, Kliman, Moseley, Freeman, Ramos…) qui réexaminent et débattent les fondements de la « théorie de la valeur de Marx ». Cette théorie de la valeur, créée par les interprètes de Marx (Dmitriev, Bortkiewicz, Sweezy, Seton, Okishio, Morishiama, Laibman…) repose, selon les éditeurs, sur deux interprétations critiquables du texte de Marx. D’une part, la théorie de la valeur « révisée » par les auteurs ci-dessus est atemporelle et simultanée signifiant que les inputs et les outputs ont simultanément la même valeur. Eliminant le temps existant entre la transformation des inputs en outputs, cette procédure empêche les prix unitaires (et les valeurs) des outputs d’augmenter ou de baisser par rapport aux prix unitaires (et aux valeurs) des inputs. Ainsi, cette théorie révisée présuppose l’existence perpétuelle d’un type particulier d’équilibre. Deuxièmement, la théorie révisée a un caractère dual, séparant le système des prix de celui des valeurs. A l’inverse, la lecture faite par les éditeurs met en avant le caractère temporel de la valeur chez Marx : les valeurs et les prix, en tant que grandeurs, sont historiquement déterminés, offrant ainsi une théorie générale de leur détermination qui s’applique si les valeurs et les prix des inputs égalent ou non les prix des outputs. De même, selon les éditeurs, la théorie de Marx contient un caractère systémique unitaire : le total de la valeur que les moyens de production utilisés transfèrent aux produits est égal au total de la valeur qui a été nécessaire pour les acquérir. Il dépend donc de leurs prix (et non de leur valeur) au moment où ils entrent dans la production. Cette partie comprend aussi une discussion sur le travail abstrait et sur le type de travail qui crée la valeur.

La seconde partie de l’ouvrage contient une série de contributions non directement liées au débat principal de cet ouvrage, mais qui présentent un tour d’horizon actuel de la recherche marxiste sur la valeur : des différentes catégories de la valeur dans la doctrine Soviétique (Paresh Chattopadhyay) à la mesure empirique des valeurs (Edward B. Chilcote) ou à son transfert international (Paul Cooney), etc. Un ouvrage riche en débats (l’interprétation des éditeurs n’étant pas partagée par tous les auteurs) qui montre que le positionnement théorique doit être fondé sur la lecture des textes originaux et non uniquement sur les interprétations de ceux-ci ou sur des considérations idéologiques. Comme le rappellent les éditeurs, le modèle IS-LM et ses impacts économiques sont-ils le reflet du texte de Keynes ?

Blandine LAPERCHE

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