Le PCO d’Iran et le trotskysme

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Le Parti communiste-ouvrier d’Iran (et sa scission le PCO-H,  » two parties of one movement« ), confronté directement à l’expérience de la contre-révolution en 1979, est la principale force politique de gauche iranienne qui lutte contre la théocratie pour un régime socialiste et laïque. Lors de la contre-révolution, le soutien donné alors par le parti communiste Tudeh à Khomeiny avait été une erreur largement partagée par le trotskysme international [*]. Les relations du PCO et de son parti frère en Irak avec divers courants trotskystes s’en ressentent négativement, que ce soit avec les partisans de l’alliance anti-impérialiste avec les islamistes façon SWP [**] ou avec les promoteurs d’une collaboration un peu plus subtile: « frapper ensemble en marchant séparément » façon IV° Internationale. G. Achcar n’a pas hésité à qualifier le PCO d’Irak d’ultra-sectaire dans Inprecor. La tendance spartaciste, connue pour sa défense inconditionnelle de l’ex-URSS et notamment de l’état de siège de Jaruzelski en Pologne, représentée en France par la groupusculaire L.T.F., va jusqu’à accuser le PCO de collusions avec les monarchistes.

Des relations sont cependant bonnes avec d’autres courants (l’AWL anglaise, ou le petit groupe français de J. Ribes, le CCI-T, invité au congrès de Stockholm [cf]).

Au sein la gauche iranienne, les partisans de M. Hekmat n’avaient comme partenaires trotskystes qu’un groupe, le HKS, aujourd’hui devenu la Iranian Revolutionary Socialists’ League, qui a quitté la IV° Internationale pour rejoindre le courant de T. Grant. La brochure de son leader Maziar Razi critiquant le PCO n’est disponible qu’en farsi, mais on peut voir sur leur site qualifier les militants du PCO d’opportunistes de tendance petite-bourgeoise [cf. ici].

En fait, le trotskysme et la social-démocratie n’existaient pas, ou si peu, en Iran en 1979. Bien que M. Hekmat aurait fréquenté un groupe trotskyste pendant ses études en Angleterre, l’émergence du communisme-ouvrier relève d’un autre parcours, d’une autre expérience[***]. Dès lors, que pense le PCO d’Iran de Trotsky et du trotskysme?

Comme éléments de réponse nous fournissons ces extraits:

Dans la période juste avant la révolution de 1979, la question clé qui se posait à nous – je veux dire au cercle que Hamid Taqvae, moi-même et d’autres camarades avions à l’étranger – était la question « du communisme et de Marx ». Nous étions face à cette vieille question: que dit vraiment le marxisme et dans quelles mesures les différentes écoles [« pôles »] dites communistes existantes s’y rattachent? A notre avis, les communismes chinois, soviétique, albanais et trotskyste n’étaient pas le communisme de Marx.

  • de Siyaves Azeri suite à des questions d’un « marxiste serbe », daté du 22 mai 2005 (sur le site du parti communiste ouvrier d’Iran):

I personally do respect Trotsky as a great revolutionary with humanitarian and egalitarian intentions. However, as Marx puts it in the German Ideology, sometimes « the road to hell is paved with the good intention stones »! Politically Trotsky, as a member of Bolshevik Party who participated in the economic debates of the 1920’s, did not have an economic solution that was radically different than that of Stalin. Historically Stalin adopted the economic policies, which were strongly advocated by Trotsky. Trotsky’s conceptualization of capitalism, hence of socialism, was in agreement with the dominant line in the Bolshevik Party. He, as other Bolsheviks did in late 20’s, considered capitalism simply as an « anarchy of production » and therefore did not fail to conceptualize the socialist alternative as mere « planned economy ». Politically Trotsky’s criticism of Stalinism and the Soviet Union does not surpass the so-called democratic criticism. It has nothing to say about the economic basis of Soviet society. The present time Trotskist movement basically has inherited all these misconceptions. Besides, some fractions of the Trotskist movement -Socialist Worker’s Party in particular- express an extremely backward position with regard to the political Islamic movement, nationalism, etc. In the best cases, Trotskists do not go beyond the democratic criticism of the Soviet system.

[lire l’article en entier ici]

[copier-coller le paragraphe ici pour une traduction très sommaire en français]

Précision

Les déclinaisons de cette présentation varient très probablement selon les sensibilités ou les localisations géographiques dans l’exil. On peut notamment supposer qu’Ali Javadi, leader d’une des 3 fractions issues du PCO, est plus favorable au trotskysme (écrit dans une revue trotskyste américaine, met un lien vers les archives Trotsky sur MIA sur son blog).

Notes

[*] Un petit regroupement comme Révolution permanente le reconnaît aujourd’hui: « En 1979, les organisations nées à la gauche du Toudeh dans les années 1970 (Fedayin, Peykar…) ont aussi soutenu Khomeiny, y compris le groupe se réclamant du trotskysme (HKS) lié au SUQI pabliste et au SWP américain castriste. »Voir sur ce point sur notre site Iran: Révolution et contre-révolution 1978-1979. Même lorsqu’ils sont lucides sur l’islam politique, des trotskystes plus marginaux n’en espèrent pas moins souvent une « radicalisation » de ces « secteurs » (l’article de Claudia Cinatti dans le Herramienta de juin dernier en est un exemple, cf. Islam político, antiimperialismo y marxismo).

[**] Iraq: Why are the demonstrations dwindling (Workers liberty, mars 2006) Traduction partielle: Des islamo-gauchistes s’en prennent aux militants irakiens contre l’occupation
[***] En Iran les leçons de la contre-révolution islamiste, au Kurdistan irakien celles du mouvement insurrectionnel des shuras en 1991. Pour ce qui est du parti irakien, l’association Solidarité Irak avait par exemple écrit un rectificatif à Rouge en 2004 disant: » Dans ton article « les forces progressistes en Irak : pour un processus démocratique » publié dans Rouge n° 2066 (27 mai 04), tu définis le Parti Communistes des Travailleurs en Irak comme une organisation trotskiste. Ce n’est pas le cas : le PCTI ne se revendique pas de cet héritage, mais du « communisme ouvrier ». Que l’on soit d’accord ou pas avec ses orientations politiques, il critique l’anti-impérialisme comme un nationalisme de gauche et condamne toute forme de soutien aux bourgeoisies nationales, même dans le cadre d’une lutte de libération nationale. Ses positions antinationalistes, antireligieuses, que tu sembles caractériser comme sectaires, lui permettent de dénoncer tout rapprochement stratégique et/ ou politique avec les milices islamistes. Tout comme l’armée dirigée par les Etats-Unis, ces milices commettent des exactions. »(…)

Voir aussi:

4° congrès du CPOI

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Une Réponse to “Le PCO d’Iran et le trotskysme”

  1. Extrait de courrier reçu Says:

    Voici une liste approximative des textes du PCOI ou sur le PCOI traduits
    ou publiés dans NPNF.

    Aucune religion n’est réformable (PCOI)
    Azam Kamguian : Islamisme et multiculturalisme (2004)
    Azam Kamguian : L’islam et la libération des femmes au Moyen-Orient (2003)
    Azam Kamguian Islamisme et multiculturalisme (), 10
    Azam Kamguian L’Islam et la libération des femmes au Moyen-Orient
    Azar Majedi : L’islam politique contre la laïcité (octobre 2004)
    Houzan Mahmood : Irak : situation des femmes et tâches politiques actuelles
    (2004)
    Houzan Mahmood : L’islam politique et les droits des femmes en Irak (octobre
    2004)
    Houzan Mahmood : Un an après l’occupation (20 mai 2004)
    Houzan Mahmood : Une liberté vide de tout contenu (2004)
    LE PCOI face a la RELIGION, LA laicite et l’islam Politique : Azar Majedi,
    Fariborz Pooya, Maryam Namazie, Bahram Soroush et Mina Ahadi: Liberté
    d¹expression des islamistes, hijab, Islam et droits humains, Religions,
    relativisme culturel et instrumentalisation des droits humains­ Aucune
    religion n¹est réformable­ Pour un regroupement international des
    ex-musulmans – Toutes les alliances sont-elles justifiées contre l¹islam
    politique? (Mariam Namazie et Martin Thomas)
    Mansoor Hekmat : Mettre fin au terrorisme est notre tâche (2001
    Mansoor Hekmat et le communisme-ouvrier (Nicolas Dessaux), 11
    Maryam Namazie (PCOI) : L’« islamophobie » n’a rien à voir avec le racisme !
    (2003)
    Maryam Namazie : Bas les voiles ! A propos du débat sur la laïcité et les
    droits de la femme (2003)
    Mythes et réalités de la résistance irakienne (Nicolas Dessaux), 11
    Organisation pour la liberté des femmes en Irak : Pour une loi consacrant
    l¹égalité des hommes et des femmes
    Pour un regroupement international des ex-musulmans (PCOI), 18-19-20
    Pour une loi consacrant l’égalité des genres (Organisation pour la liberté
    des femmes en Irak), 10
    Religions, relativisme culturel et instrumentalisation des droits humains
    (PCOI), 18-19-20
    Résistances irakiennes contre l¹occupation, l¹islamisme et le capitalisme
    (NPNF), 21-22
    Toma Hamid L¹extrême gauche, groupe de pression de la «Résistance» irakienne
    ? ( (PCOI), 11
    Toma Hamid, Communisme ouvrier et lutte armée en Irak (2004) 11
    Toutes les alliances sont-elles justifiées contre l’islam politique? (Mariam
    Namazie et Martin Thomas), 18-19-20
    Amitiés
    Yves

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