Biographie de J. Longuet

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Un petit-fils modéré de Karl Marx

Article paru dans L’Humanité du 6-11-07

Figure socialiste avant 1914, Jean Longuet soutint la révolution d’Octobre mais resta dans la minorité au congrès de Tours.

Jean Longuet (1876-1938) : Un internationaliste à l’épreuve de l’histoire, par Gilles Candar. Presses universitaires de Rennes, 2007, 368 pages, 22 euros.

Jean Longuet, qui vécut de 1876 à 1938, fils de Charles Longuet époux de Jenny Marx, ne fut pas seulement le petit-fils de Karl Marx. C’est ce que nous montre Gilles Candar dans une biographie politique nuancée et parfaitement informée. Jusqu’en 1914, Longuet est avant tout un homme de parti, un avocat, un journaliste, à la Petite République et à l’Humanité, largement ouvert sur le monde grâce à son réseau de relations personnelles et sa connaissance de l’anglais. Toute sa vie, il sera « l’internationaliste » du Parti socialiste. Élu député dans la circonscription de Sceaux-Villejuif en mai 1914, il est confronté à la guerre, épisode décisif qui l’impliquera plus profondément dans l’actualité politique. Au départ, Jean Longuet choisit la défense nationale comme la majorité des socialistes, mais sans nationalisme exacerbé. Pendant la guerre, il tente de renouer des relations entre les partis socialistes des pays amis, puis ennemis de la France, mais il ne va pas jusqu’aux positions internationalistes plus radicales. Devant la révolution russe d’Octobre 1917, et bien qu’il la juge à la fois contestable dans sa forme et prématurée, il adopte une position de soutien, de plus en plus critique cependant au fil du temps. Sa tentative, au sortir de la guerre, pour « reconstruire » le Parti socialiste à égale distance des jusqu’au-boutistes et de l’extrême gauche et pour maintenir l’unité du parti, est l’apogée en somme de sa carrière politique. Cette position médiane, difficile à tenir, fut impuissante à séduire les militants socialistes de la base qui avaient vu dans la révolution russe un immense espoir. Longuet, sévèrement critiqué par l’Internationale communiste, est donc un des vaincus du congrès de Tours en 1920. Après la guerre, s’il perdit peu à peu ses responsabilités nationales au sein du Parti socialiste, en revanche il acquit une position locale en tant que maire de Châtenay-Malabry (de 1925 à 1938), puis conseiller général de la Seine. Il conserva une vaste activité internationale. Une personnalité attachante, en demi-teinte. Il n’est pas très étonnant qu’elle se soit effacée assez rapidement dans la mémoire socialiste.

Raymond Huard

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