Le PS et la contre-réforme des retraites

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Article paru dans Lutte ouvrière d’aujourd’hui (daté de demain):

L’attitude du Parti Socialiste : un soutien… à la « réforme » des retraites.

Interrogée sur France Inter, lundi 12 novembre, sur son soutien aux grévistes, cheminots et agents de la RATP, Ségolène Royal a d’abord déclaré : « Bien sûr qu’il faut réformer le système des retraites globalement ».

De la politique de Sarkozy, elle n’a critiqué finalement que la méthode, qualifiée d’ « arrogante ». Elle soutient « la demande des organisations syndicales de s’asseoir autour d’une table de façon tripartite, c’est-à-dire avec les entreprises, les représentants des salariés et l’État. » Et d’ajouter : « Ce qu’il ne faut pas faire – et ce que fait malheureusement le gouvernement – c’est faire de la provocation ou aller à l’affrontement pour l’affrontement. »

Autrement dit, Sarkozy s’y prendrait mal. La gauche au pouvoir serait plus « efficace » car moins provocatrice… pour imposer des sacrifices aux travailleurs. Voilà ce qu’on peut déduire de telles déclarations. Et cette position n’est pas celle de la seule ancienne candidate socialiste à la présidentielle. Elle est celle de tous les dirigeants socialistes, qui se gardent de prendre une position en faveur d’un mouvement social qui pourrait faire reculer le patronat et le gouvernement. Mais elle n’est guère différente de celle de tous les dirigeants confédéraux, qui acceptent l’idée qu’une réforme des régimes spéciaux est nécessaire, et qui n’en discutent que les modalités.

Rappelons, d’ailleurs, que le PS, lorsqu’il était au gouvernement, n’est pas revenu sur les mesures de Balladur concernant les retraites, qui ont ouvert la voie à celles appliquées par le gouvernement Raffarin et par Sarkozy-Fillon aujourd’hui.

Pourtant, la productivité au cours des siècles passés a fait de tels progrès que, même s’il y a moins d’actifs par rapport au nombre de retraités, il y aurait de quoi financer largement le maintien de l’âge de la retraite à 60 ans, voire moins, avec une durée de cotisation qui ne dépasse jamais 37 ans et demi, et augmenter le montant des pensions. Mais aucun dirigeant politique du Parti Socialiste n’ose le dire ; cela ferait trop de peine au patronat.

Les quelques contorsions des dirigeants du PS, qui ne portent que sur la façon de faire passer la pilule, ne parviennent pas à masquer le fait qu’ils sont en fait, en matière de retraite, sur la même longueur d’onde que la droite, et surtout le patronat.

Aline RETESSE.

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Article de Denis Collin paru le 12 novembre 2007 sur le site La sociale:

Union sacrée…
OU QUAND JULIEN DRAY SOUTIENT SARKOZY CONTRE LES CHEMINOTS

Voici ce qu’on peut lire dans la presse (dépêche de l’AFP)

« Le député socialiste Julien Dray, le 1er septembre 2007 à la Rochelle. Le député socialiste Julien Dray a jugé dimanche que la grève de défense des régimes spéciaux de retraite pouvait encore être évitée à condition que le président Nicolas Sarkozy s’implique. La grève est évitable « si le président de la République bouge beaucoup, se déplace partout et prend ses responsabilités », a-t-il estimé dans une interview à Europe 1, TV5-Monde et Le Parisien – Aujourd’hui en France. Selon M. Dray, les syndicats « ont été mis dos au mur, et c’est le gouvernement qui porte la responsabilité de cette grève ». « Je pense qu’il y a aujourd’hui au gouvernement un certain nombre de gens qui poussent à l’épreuve de force pour l’épreuve de force », a-t-il dit avant de préciser qu’il visait le ministre du Travail Xavier Bertrand. Se disant lui-même favorable à une réforme qui conduirait l’ensemble des salariés à cotiser 40 annuités, Julien Dray a encore affirmé que si « on ne veut pas de la grève, on a encore 24 heures, 36 heures pour discuter ». « C’est la responsabilité du président », a-t-il conclu : « Il s’est trop mis en avant pour se défiler cette fois-ci ». »

Un discours assez simple à décoder. Il tient en deux points.

1) L’essentiel réside dans l’affirmation selon laquelle Julien Dray est d’accord avec Sarkozy sur le fond, savoir la « réforme » (c’est-à-dire la liquidation) des régimes spéciaux. Sur ce point, il est comme l’ensemble de la direction du parti socialiste et conformément aux discours de Mme Royal pendant la campagne présidentielle.

2) Julien Dray est en désaccord avec la méthode Sarkozy puisque celle-ci pousse les travailleurs à la grève. D’où l’urgence : éviter la grève. Julien Dray a raison. Si la grève radicalise les positions des travailleurs, la « réforme » pourrait avoir du plomb dans l’aile. Sarkozy pourrait reculer, comme s’en inquiète aussi un éditorialiste de Marianne qui accuse Sarkozy d’être un « faux dur » qui délégitime les réformes (voir Marianne).

Conclusion : « l’opposition » du porte-parole du PS à Sarkozy est une simple apparence qui masque de plus en plus difficilement un soutien ouvert au président de la république. Julien Dray est-il le prochain ministre « d’ouverture » comme la rumeur en court ? Toute spéculation à ce sujet est inutile. Julien Dray exprime la logique politique de la direction du PS, engagée de facto dans une stratégie d’union sacrée avec l’actuel président de la république. L’approbation du nouveau traité européen Sarkozy-Merkel n’est donc pas une affaire strictement européenne. Elle est un élément d’une politique d’ensemble du parti prétendument socialiste.

Il est temps de tirer de tout cela les conclusions qui s’imposent.

1) Pas un militant de gauche ne peut rester membre de ce parti de droite. Les militants et responsables de gauche qui restent membres du PS y sont de plus en plus de simples faire-valoir : ils n’ont aucune chance d’infléchir la politique de ce parti (l’expérience l’a amplement prouvé) mais la direction du parti se sert d’eux pour camoufler son orientation réelle.

2) Ce parti étant un parti de droite, il faut le considérer comme les autres partis de droite, sur tous les plans. C’est-à-dire qu’il n’y a aucune raison de continuer à faire prévaloir aux élections cette discipline républicaine qui n’est plus que l’assurance tous risques de hommes de main de la grande bourgeoisie.

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