La vendeuse de cigarettes du Mosselprom

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la vendeuse de cigarettes du mosselprom – 1924 © rabitchev

Rire au pays des Soviets

Article paru dans L’Humanité du 27-11-07

PATRIMOINE .La cinémathèque de Toulouse présente une copie restaurée d’une comédie soviétique de 1924, la Vendeuse de cigarettes du Mosselprom.

C’est l’aspect méconnu du cinéma soviétique : la veine comique. L’URSS produisit des films qui n’avaient pas pour objectif premier d’exalter la révolution mais de distraire la population. Cette production de co- médies, abondante dans les années vingt, cessa complètement au cours de la décennie suivante : le pouvoir stalinien ins- tallait alors une emprise totale sur la so- ciété, ôtant toute envie de rire.

La Vendeuse de cigarettes du Mosselprom est, historiquement, le premier film soviétique comique. Il est réalisé en 1924 par Iouri Jeliaboujski dans un studio semi-privé, la Mejrabpom, l’Hollywood russe. Ce long métrage muet narre l’histoire de Zina, vendeuse de cigarettes au Mosselprom, une entreprise d’État installée à Moscou. Le cameraman Latouguine, qui travaille tout près de là au tournage d’un film, devient amoureux d’elle et lui propose de devenir actrice. Quiproquos et malentendus vont bien entendu émailler l’idylle entre Zina et Latouguine. Le succès de la Vendeuse de cigarettes fut considérable, surtout dans les campagnes et les cercles ouvriers. La présence de l’acteur Igor Illinski, qui était alors une véritable star, contribua sans aucun doute à ce triomphe populaire. En revanche, la critique, beaucoup moins enthousiaste, jugea le film léger et « idéologiquement inconsistant ». Quant aux dirigeants soviétiques, s’ils encouragent alors la production de comédies, ils se désolent de leur faible contenu politique. Malgré son immense succès en URSS, la Vendeuse de cigarettes n’est pas distribuée à l’étranger, ce qui participe sans doute à l’oubli dans lequel ce film va lentement sombrer. En 1945, le cinéma soviétique est enfin autorisé à l’Ouest mais cette liberté profite surtout aux oeuvres engagées, la Grève ou le Cuirassé Potemkine, et on ne prête guère attention aux comédies. La Vendeuse de cigarettes a donc connu en France une diffusion très discrète. D’où la démarche de la cinémathèque de Toulouse de proposer au public ce film oublié.

Grâce à son fondateur, Raymond Borde, la cinémathèque de Toulouse entretient depuis des décennies des relations étroites avec son homologue de Moscou, le Gosfilmofond. Et c’est ainsi qu’on retrouve d’exceptionnels trésors du cinéma soviétique sur les bords de Garonne. La copie de la Vendeuse de cigarettes, cependant, a nécessité un important travail de restauration, confié au studio L’Immagine Ritrovata de Bologne. Et Zina peut de nouveau connaître l’amour et ses tourments auprès de Latouguine.

Lors de sa réalisation, la Vendeuse de cigarettes n’a été accompagnée d’aucune musique originale. Et dans les salles où était projeté le film, un pianiste improvisait des notes pour souligner les images muettes. Aussi, la cinémathèque de Toulouse a demandé à deux musiciens, Charlotte Castellat et David Lefebvre, de composer et interpréter une partition originale. Avec cette musique, la copie restaurée a déjà été projetée à Bologne et La Rochelle. Et elle le sera dans les mêmes conditions ce soir à Toulouse.

Bruno Vincens

Autres projections : le 10 décembre à Paris, au studio 106 de la Maison de Radio France et le 22 mai 2008 à l’Opéra de Bordeaux.

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