L’industrialisation du Brésil au début du XX° siècle

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Article paru dans les Annales en 1966.

Vista do bairro do Brás, em São Paulo, na década de 1920. Destaque para a fábrica de Francesco Matarazzo

Industrialisation du Brésil.1

L’industrialisation du Brésil et plus particulièrement de l’Etat de Sao Paulo commence dès la fin du XIXe siècle avec l’essor de la culture du café et la construction d’un réseau ferroviaire, lorsque l’abolition de l’esclavage et l’afflux d’immigrants font apparaître, en même temps que la main-œuvre, un marché intérieur suffisant pour que naissent les premières industries (textiles, alimentaires, etc.). Déjà des hommes d’État s’ouvrent à l’idée de faire dépasser au Brésil la phase d’une production de type colo­nial : des tarifs protectionnistes sont édictés pour favoriser l’essor industriel.

Entre 1885 et 1905, le nombre d’ouvriers employés dans les fabriques textiles passe de 3.177 à 39.159 et s’élève à 55.000 en 1910, En 1907, il y a 151 841 ouvriers dans tout le Brésil. Dès 1910 Sao Paulo dépasse Rio par le nombre de ses établissements industriels et l’importance de sa population ouvrière.
La première guerre mondiale permet à l’industrialisation du Brésil de s’accélérer : le nombre des établissements industriels qui était de 3 258 en 1907 s’élève à 13 336 en 1920 ; à cette date, l’industrie brésilienne emploie 275 512 ouvriers.
Mais malgré la formation de sociétés anonymes — il en existe 89 en 1920 — l’industrie brésilienne est encore constituée par de petits établissements qui n’emploient qu’un nombre réduit de personnes — une vingtaine en moyenne dans chaque entreprise. Avec l’afflux des capitaux américains, et les progrès de l’électrification, les fabriques se sont modernisées : en 1920, 47, 2 % de l’énergie qu’elles utilisent est électrique. La nature de la production a cependant peu changé depuis le début du siècle. Ce sont toujours les industries alimentaires et textiles qui viennent largement en tête.
Les entrepreneurs sont presque toujours des immigrants — italiens, portugais, libanais, syriens — qui se sont établis à leur compte et ont prospéré après avoir d’abord travaillé comme ouvriers.
La classe ouvrière a des origines plus diverses. Si les esclaves libérés en 1888 n’ont fourni qu’un très faible contingent d’ouvriers industriels, beaucoup d’anciens artisans se sont intégrés au prolétariat. Mais ce sont surtout les immigrants, dont plus de la moitié s’est établi dans l’État de Sao Paulo, qui ont formé la classe ouvrière brésilienne. En 1901, sur 50 000 ouvriers résidant à Sao Paulo, 90 % sont d’origine italienne.
Logés dans des immeubles surpeuplés construits à la périphérie des villes et parfois aussi dans des baraques bâties au voisinage des usines, les ouvriers ne bénéficient d’aucune législation limitant la toute puissance du patronat. Des enfants de 8 à 9 ans sont astreints à 10 et 11 h de présence dans les fabriques. Le plus souvent les ouvriers travaillent 9 h par jour et 6 h le dimanche. Les milieux patronaux et gouvernementaux considèrent les revendications ouvrières — la journée de 8 h, la réglementation du travail des femmes et des enfants, l’institution d’assurances contre les accidents du travail — comme inspirées par des meneurs anarchistes et n’y répondent que par la répression policière.
Malgré les tracasseries de la police, des organisations ouvrières se sont pourtant constituées. Ce sont des ligues, des cercles, des syndicats, des chorales, des troupes théâtrales, des sociétés de musique influencées par des anarchistes et des socialistes souvent d’origine italienne.
La presse ouvrière est apparue dès le XIXe siècle — en 1845 une publication fouriériste est éditée à Rio — mais les journaux qui s’adressent au prolétariat et qui sont souvent édités en plusieurs langues pour atteindre les immigrants récents, se font plus nombreux et se diffusent plus largement dans les premières années du xxe siècle. L’un d’eux, « L’Avanti », fondé par des socialistes italiens, atteindra un tirage de plusieurs milliers d’exem­plaires. Les journaux anarchistes, se heurtent à plus de difficultés en raison de la répression particulièrement sévère qui frappe tout ce qui se réclame de cette idéologie.
Entre 1901 et 1917, la longueur excessive du travail et l’insuffisance des salaires provoquent des grèves qui sont la plupart du temps limitées à une usine. Cependant en 1907, une grève des cheminots s’étend à presque toutes les compagnies ferroviaires de la région de Sao Paulo.
Au cours de la première guerre mondiale le mécontentement des travailleurs s’étend et s’aggrave. Tandis, en effet, que la journée de travail est toujours aussi longue, les salaires ont baissé dans des proportions étonnantes. A l’usine de lainage Rodolfo Crespi à Sao Paulo, les salaires qui variaient entre 300 et 200 milreis avant la guerre, sont tombés à 100 et même à 90 milreis en 1917.
C’est cette grave détérioration de leur niveau de vie qui est à l’origine de la grève quasi générale qui, de mai à juillet 1917, paralyse l’État de Sao Paulo, et contraint le patronat et l’État à passer un compromis avec les organisations ouvrières. Les travailleurs qui réclamaient la liberté de s’associer, la journée de 8 heures, la réglementation du travail des femmes et des enfants, une augmentation des salaires — 35 % pour les plus bas, 5 % pour les plus élevés — et la libération de leurs camarades emprisonnés au cours de la grève, n’obtiendront pas entière satisfaction. Le 14 juillet 1917 les ouvriers de la fabrique Crespi, qui étaient les premiers entrés en lutte, reprennent le travail contre la promesse d’une augmentation de 20 % de la rémunération du travail nocturne et de 15 % de celle du travail diurne. La fin de la grève Crespi entraînera un déclin rapide du mouvement.
Par son ampleur — il y eut jusqu’à 80 000 grévistes dans le pays — la grève de 1917 a renforcé la combativité des travailleurs et fait prendre conscience aux classes dirigeantes de l’existence d’une question ouvrière. Mais il faudra néanmoins attendre jusqu’en 1930 pour qu’il y ait au Brésil une législation sociale effectivement appliquée.

Pierre Souyri

1. Maria Luisa Marcilio, « Industrialisation et mouvement ouvrier à Sao Paulo au début du xxe siècle », Le Mouvement social, n° 53, oct.-déc. 65, pp. 111-129.

La grève Crespi de 1917

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4 Réponses to “L’industrialisation du Brésil au début du XX° siècle”

  1. Aurélia Says:

    Est-ce que vous n’auriez pas des informations sur la vie des femmes a l’industrialisation de Belgique?

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  2. Moi Says:

    Merci beaucoup, votre site m’a beaucoup aidé dans ma recherche

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  3. Moi2 Says:

    Moi aussi! c’est génial !

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  4. SB Says:

    Merci beaucoup, cela ma énormément aidé dans mon projet en histoire et géographie.

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