Le parti communiste et la deuxième guerre mondiale (SPGB,1970)

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(extrait de “The Socialist Party and War”, brochure du SPGB, 1970)

Les annales de ce qui s’appelle « Communist Party » montrent aussi ce qui a été fait là, pour le massacre de la classe ouvrière. L’attitude du « Parti » à l’égard de la deuxième guerre a subi des changements répétés et de multiples contradictions.

Toujours véhément dans ses intentions déclarées de chercher avant tout la paix et la sauvegarde de la démocratie, le Parti communiste n’a guère éprouvé de difficultés à soutenir certaines guerres et à défendre la dictature. En principe internationaliste de nom et d’affiliation, il n’a jamais éprouvé aucun mal à en appeler aux travailleurs britanniques au nom du patriotisme, ni à applaudir le virulent nationalisme encouragé par le gouvernement russe qui se réfère habituellement à la deuxième guerre mondiale en l’appelant la « Grande guerre patriotique » de la Russie. Les partis communistes des autres pays ont suivi avec empressement la même ligne.

Quand le gouvernement russe fit un pacte avec Hitler en août 1939 (un événement dont les partis communistes avaient dit qu’il était « impensable ») le communiste Daily Worker saluait « une victoire de la paix et du socialisme », un échec aux plans de guerre fasciste et à la politique de Chamberlain (23 août 1939).

La guerre devait éclater en dépit des fameuses garanties de paix prétendument apportées par le pacte Hitler-Staline, et le 2 septembre 1939 le Parti communiste lançait un manifeste en faveur de la guerre.

Mais cette déclaration ne se trouvait plus en accord avec la politique de la Russie. Elle devait être rapidement répudiée. La brochure notoire : « Comment gagner la guerre » (How to win the War) de Harry Pollitt fut retirée de la circulation. Pollitt, Secrétaire Général du Parti, et quelques autres dirigeants firent d’abjectes excuses, déclarant qu’ils avaient failli méconnaître la véritable nature de la guerre, et il fut adopté une nouvelle ligne d’opposition à la « guerre impérialiste ». Le 4 octobre 1939, le Daily Worker écrivait :

« Nous sommes contre la continuation de la guerre, nous demandons que des négociations soient immédiatement ouvertes pour le rétablissement de la paix en Europe ».

Le Parti communiste continua son opposition à la « guerre impérialiste » jusqu’à l’invasion de la Russie par l’Allemagne, en 1941. Alors, ses chefs décidèrent, de nouveau, que la guerre était pour la défense de la démocratie et qu’il fallait la soutenir. Ils dépassèrent les plus zélés dans l’ exaltation de la politique de guerre. Ils votèrent pour les candidats conservateurs aux élections, dans quelques cas où se présentaient des candidats adversaires de la guerre, et ils dénoncèrent les grèves.

Le 19 septembre 1943, Harry Pollitt prononçait, à Trafalgar square, un speech, qui fut reproduit par le Daily Worker. II appelait les travailleurs à faire des sacrifices, toujours des sacrifices pour porter la production au plus haut niveau possible. Il leur demandait d’ignorer toute provocation tendant à briser le rythme de cette production.

En mars 1944, les mineurs de Pays de Galles du sud déclarèrent la grève. Le Daily Worker, embarrassé, prétendit reconnaître que les grévistes se trouvaient dans un cas exceptionnel, mais au lieu de les soutenir, il leur conseillait de reprendre le travail.

Même au sujet des armes atomiques le Parti communiste n’eut pas une attitude constante. Le Daily Worker du 6 août 1963 déclarait que le lancement de la bombe atomique sur Hiroshima était « le plus grand crime de toutes les guerres », mais a I’époque ou la bombe fut lancée, le Daily Worker avait un point de vue différent.

Le 7 août 1945, son éditorial disait :

«L’emploi de la nouvelle arme sur une grande échelle devrait provoquer la reddition du Japon. Un grand nombre de vies, chez les nations alliées, pourraient ainsi être sauvées par la nouvelle découverte. »

Le dessein dans le numéro suivant montrait les bombes américaines avec l’avertissement : « la reddition ou la mort – Potsdam ». La suggestion que les bombes atomiques devaient être utilisées sur une grande échelle (« substantial scale »), contraste vertement avec l’opposition hypocrite aux armes nucléaires qui devait venir plus tard.

La validité de la politique du Parti communiste est à juger, en dernier ressort, par sa prétention que l’achèvement du socialisme dépendait de la défense et du renforcement de la Russie, parce que la Russie est un pays socialiste ; mais il n’y a pas de socialisme en Russie. Toutes les caractéristiques essentielles du capitalisme continuent à exister en U.R.S.S. : le système de salariat, la production pour la vente en vue du profit, la grande inégalité des revenus. Au-dessus de tout, en Russie, comme dans les autres États capitalistes, s’est développée une puissance impérialiste qui cherche à étendre ses territoires et ses sphères d’intérêt et à trouver en dehors de ses frontières des marches pour ses marchandises, des matières premières à bon marché pour ses manufactures.

Dans la paix comme dans la guerre, dans les luttes intérieures comme dans la politique extérieure, le Parti communiste britannique est un partisan du capitalisme d’État russe et un ennemi des travailleurs et du socialisme.

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